INSECURITE

République démocratique du Congo

Les ex-rebelles ont du mal à rentrer dans les rangs

Les véhicules légers blindés de la Monuc et les soldats des Forces armées de la République démocratique du Congo ont pris position le 15 mars autour des résidences de Jean-Pierre Bemba et Azarias Ruberwa à Kinshasa. 

		(Photo : AFP)Le 15 mars était la date butoir pour que les milices personnelles des anciens chefs de guerre et anciens vice-présidents de la transition rendent les armes. Rien n’en a été. Les soldats de Jean-Pierre Bemba et d’Azarias Ruberwa sont restés sur leurs positions, pendant que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et des unités de la Mission de l’Onu en RDC (Monuc) se déployaient autour de leurs résidences.

 
Les véhicules légers blindés de la Monuc et les soldats des Forces armées de la République démocratique du Congo ont pris position le 15 mars autour des résidences de Jean-Pierre Bemba et Azarias Ruberwa à Kinshasa.
(Photo : AFP)

L’intégration des anciennes milices dans l’armée régulière congolaise est un processus prévu par les accords qui ont régi la transition politique au Congo. Mais les belles intentions des uns et des autres ne résistent pas toujours à l’épreuve du terrain. La perspective de tomber dans l’anonymat n’enchante pas ces hommes en armes, plus miliciens que militaires. L’ordre républicain et la soumission à une autorité morale ne conviennent pas à leur vision des choses. Ils ont l’impression de perdre leur raison d’être et rejettent les nouveaux costumes qu’on leur propose. Le processus de «brassage» avec les unités régulières est en cours et des modules de formation sont déjà programmés.

Mais face au peu d’enthousiasme manifesté par les miliciens de rejoindre les rangs de l’armée régulière, le ministère congolais de la Défense avait décidé de donner un coup de fouet au processus. Il n’avait pas l’intention d’organiser des séances de rattrapage. Et, pour inciter Jean-Pierre Bemba et Azarias Ruberwa à se séparer de leur garde pléthorique, l’état-major a prétexté de la date butoir du 15 mars pour envoyer l’armée régulière prendre position autour des résidences des anciens chefs de guerre. Les soldats des FARDC (Firces armées de la RDC) étaient censés constituer la nouvelle garde en remplacement des miliciens. Il faut rappeler que les accords avaient prévu le remplacement des miliciens, «gardes-du-corps», par des policiers. Mais la relève ne s’est pas faite. Bien au contraire. Les ex-rebelles ont pris ce déploiement de l’armée régulière pour de la provocation et se sont barricadés. Ils avaient aussi face à eux des véhicules légers blindés de la Monuc.

Réflexes de maquisards

Alerte générale, tenues de combats, tête cernée de bandeau rouge, les réflexes de maquisards ont ressurgi et on a frôlé la confrontation à Kinshasa. La tension était réelle au point d’alimenter des rumeurs folles d’attaques imminentes des uns contre les autres. Certaines boutiques sont restées fermées et les rues qui bordent les résidences de Bemba et de Ruberwa sont restées désertes. Pour l’instant, l’apaisement est prôné de part et d’autre. Tout le monde a en mémoire les affrontements qui ont émaillé l’élection présidentielle et qui ont fait plusieurs dizaines de morts.

Jean-Pierre Bemba préfère que ses «hommes à lui» assurent sa protection, lui qui aurait échappé, ces derniers mois, à plusieurs tentatives d’assassinat. Quant à Azarias Ruberwa, il souhaite que ses hommes ne soient pas dispersés un peu partout dans des unités de l’armée nationale, mais qu’ils soient plutôt regroupés en un même lieu. Les desiderata de chacun pourraient conduire à de nouvelles négociations sur le processus d’intégration des ex-rebelles dans l’armée nationale congolaise.

C’est dans cette ambiance tendue que la nouvelle Assemblée nationale a ouvert, le 15 mars, sa première session ordinaire en présence du président de l’Assemblée nationale du Gabon, Guy Nzuba  Ndama et du vice-président de l’Assemblée d’Angola, Joao Lorençio. La nouvelle Assemblée nationale congolaise, présidée par Vital Kamerhe, clôturera sa session le 15 juin prochain. «Pour faire face à ces  foyers d’insécurité, il incombe au gouvernement de poursuivre les efforts déjà déployés notamment dans l’intégration de l’armée que nous voulons républicaine et forte», a précisé Vital Kamerhe, qui faisait allusion aux exactions d’éléments incontrôlés dans l’est du pays, mais également à ce qui se passe à Kinshasa.



par Didier  Samson

Menaces de mort à l'encontre de Mme Bernadette Sayo Nzale

Nouvelles informations
CAF 001 / 0905 / OBS 086.2
Menaces de mort / harcèlement
République centrafricaine
2007

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a reçu de nouvelles informations et vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante en République centrafricaine (RCA).

Nouvelles informations :

L’Observatoire a été informé par l’Organisation pour la compassion et le développement des familles en détresse (OCODEFAD) de menaces de mort à l’encontre de Mme Bernadette Sayo Nzale, présidente de l’organisation.

Selon les informations reçues, les menaces proférées à l’encontre de Mme Sayo se sont aggravées. En effet, depuis le 17 janvier 2007,  celle-ci a reçu plusieurs appels anonymes sur son téléphone portable et celui de sa fille, la menaçant de mort. Par ailleurs, le 18 janvier 2007, une journaliste de Radio centrafrique a reçu un appel anonyme dont l’auteur annonçait la mort de Mme Sayo. La gendarmerie mobile a également été contactée par téléphone, les auteurs des appels ont déclaré : « Mme Sayo a été mise à mort vous pouvez aller ramasser son corps chez elle ». Les gendarmes se sont alors rendus à son domicile, et ont pu constater que Mme Sayo était saine et sauve.

Ces graves menaces font suite à l’organisation par l’OCODEFAD, le 13 janvier 2007, d’une journée de sensibilisation autour du thème :  « un modèle de partenariat efficace entre le gouvernement et les organisation des sociétés civiles pour la consolidation de la paix en Centrafrique ». Plusieurs représentants d’ambassades étrangères et du Bureau des Nations unies en RCA (BONUCA) étaient présents à cette journée.

Ces faits viennent s’ajouter aux pressions exercées contre Mme Sayo en raison de ses activités pour la défense des droits des victimes de crimes internationaux commis en RCA depuis 2002. Ainsi, la fille de Mme Sayo a été enlevée pendant plusieurs heures dans la nuit du 1er décembre 2006, et a fait l’objet d’une tentative de viol.

D’autre part, les pressions exercées contre le propriétaire du local abritant le siège de l’OCODEFAD se sont intensifiées, visant à le contraindre d’expulser l’organisation.

L’Observatoire, craignant fortement pour la sécurité de Mme Bernadette Sayo Nzale et de sa famille, condamne l’ensemble de ces faits qui visent à la dissuader de poursuivre ses activités, notamment de lutte contre l’impunité des auteurs des crimes les plus graves perpétrés depuis 2002 sur le territoire centrafricain.

L’Observatoire rappelle à cet égard l’obligation des autorités centrafricaines de protéger ses citoyens, conformément aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, en particulier sont article 12.2 qui dispose que « L’Etat prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la présente déclaration ».

L’OCODEFAD, basée à Bangui, regroupe plus de 2 000 adhérents, victimes des graves violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire commises à l’occasion des conflits qui se sont succédés entre troupes loyalistes et rebelles depuis 2002. L’OCODEFAD a pour objectifs statutaires d’apporter un soutien économique, social et médical aux victimes et de les aider dans la constitution de plaintes auprès de la justice centrafricaine et de la Cour pénale internationale pour faire valoir leur droit à la justice et à réparation.

Rappel des faits :

Le 3 août 2006, trois hommes armés avaient cambriolé le domicile de Mme Bernadette Sayo Nzale, emportant l’ordinateur portable de l’organisation, des clés USB et des documents relatifs au travail de l’organisation, notamment des rapports trimestriels et des listes de victimes. Les bijoux et la chaîne HIFI pourtant visibles dans la pièce principale n’avaient pas été subtilisés par les voleurs, ce qui laissait à penser que ces derniers avaient pour but précis de dérober les documents confidentiels de l’OCODEFAD. Un voisin aurait reconnu en l’un des voleurs une personne qui rôdait près du domicile de Mme Sayo Nzale depuis plusieurs jours. Les voleurs avaient opéré de jour, en l’absence du gardien et des différents occupants de la maison.

Ce vol était intervenu une semaine après la diffusion, le 29 juillet 2006, d’un communiqué de presse de l’OCODEFAD, qui présentait l’opposition des victimes adhérentes à la demande d’amnistie pour les auteurs des crimes commis en RCA depuis 2002. Cette demande d’amnistie avait été formulée, la veille, par le Pasteur Josué Binoua devant les députés centrafricains, au nom de la réconciliation nationale. En réaction au communiqué de l’OCODEFAD, plusieurs des membres de l’organisation, dont sa présidente, avaient reçu des menaces proférées anonymement par téléphone.

Le 4 août 2006, Mme Sayo Nzale avait porté plainte contre X pour vol auprès de la brigade territoriale de la gendarmerie. Le 9 août 2006, l’avocat de l’OCODEFAD, Maître Mathias Morouba, cherchant à obtenir copie de la plainte, s’était vu répondre que celle-ci était perdue.

Depuis la création de l’OCODEFAD, ses membres font l’objet de menaces, intimidations, agressions  physiques et tentatives d’instrumentalisation, notamment liées à la saisine par le président centrafricain François Bozizé de la Cour pénale internationale (CPI) pour demander l’ouverture d’une enquête de la Cour sur les crimes commis à l’occasion du conflit opposant, entre octobre 2002 et mars 2003, les troupes loyalistes de l’ancien président Ange-Félix Patassé et les rebelles du général Bozizé.

Actions demandées :

L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités de la RCA et de leur demander de :

  1. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de Mme Bernadette Sayo Nzale et des membres de sa famille, ainsi que de tous les adhérents de l’OCODEFAD ;
  2. Mener une enquête indépendante sur les faits décrits ci-dessus, afin que leurs auteurs soient identifiés et dûment jugés et sanctionnés conformément à la loi en vigueur ;
  3. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement à son article 1 qui dispose que “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits de l’Homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international”, et son article 12.2 sus-mentionné ;
  4. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par la République centrafricaine.

Adresses :

  • M. Francois Bozize, Président de la République. Fax : + 236 05 56 20
  • M.Elie Doté, Premier Ministre. Fax : + 236 61 42 71
  • M. Michel Sallé, Ministre de l’Intérieur chargé de l’Administration du territoire. Fax : + 236 61 26 27
  • M. Paul Otto, Ministre de la Justice, des droits de l’Homme et de la bonne gouvernance. Fax : + 236 61 15 79
  • Ambassade de la République centrafricaine à Bruxelles, 416 bd. Lambermont, 1030 Saint-Josse-Ten-Noode, Belgique, Fax : + 32 2 215 13 11; Tel : 32 2 242 28 80, Email : ambassade.centrafrique@skynet.be

***

Paris - Genève, le 18 janvier 2007

Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.

L’Observatoire, programme de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseurs des droits de l’Homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible.

L’Observatoire a été lauréat 1998 du prix des Droits de l’Homme de la République Française.

Pour contacter l’Observatoire, appeler La Ligne d’Urgence :
E-mail : Appeals@fidh-omct.org
Tel et fax FIDH : 33 (0) 1 43 55 20 11 / 01 43 55 18 80
Tel et fax  OMCT : + 4122 809 49 39 / 41 22 809 49 29

Limogeage de deux officiers à Mpila
(Mwinda 10/03/2007)


" L'homme des masses " aurait-il échappé à un coup d'Etat alors qu'il s'apprêtait à rentrer au pays après le sommet Afrique France de Cannes ? En tout cas, le limogeage de l'amiral Hilaire Mouko et du colonel Serge Oboa, respectivement chef de la sécurité présidentielle et officier de sécurité de Denis Sassou Nguesso alimente aujourd'hui de folles rumeurs à Brazzaville.

Mais que s'est-il donc passé ? Tout serait parti d'un différend qui opposait depuis plusieurs mois Hilaire Mouko à Serge Oboa. Un différend qui, semble-t-il, relevait d'un simple d'un conflit d'intérêts.

Il faut dire qu'au palais de Mpila on ne s'ennuie guère : par exemple pour une raison inconnue le sieur Olesongo, ci-devant officier d'ordonnance du grand chef en serait, paraît-il, venu aux mains dernièrement, dans un avion et en plein vol, avec " Le Spécial ", le " vice-président " Okemba.

S'agissant des deux officiers de sécurité, au fil des mois, leurs différends se seraient aggravés au point que leurs éléments respectifs en seraient arrivés, un jour, à un affrontement sans merci. Notons que les éléments d'Hilaire Mouko assuraient la sécurité de Denis Sassou Nguesso en tenue militaire coiffés de bérets violets, et ceux de Serge Oboa étaient toujours en civil autour de " L'Homme des masses ". Mais, Hiérarchiquement, Serge Oboa relevait de l'autorité d'Hilaire Mouko.

Après le sommet de Cannes donc, Denis Sassou Nguesso, qui avait prolongé son séjour en France d'une semaine, devait rentrer un samedi à Brazzaville. Mais, informé in extremis par ses services de renseignement de l'absence injustifiée des éléments du colonel Serge Oboa à l'aéroport International de Maya Maya, ce dernier, toujours prudent comme un sioux, a craint pour sa vie. Une inquiétude d'autant plus fondée que, d'après certaines informations, Hilaire Mouko ne se retenait pas, en privé, d'affirmer qu'un destin national l'attendait peut-être un jour. Alors, " L'homme des masses ", qui a toujours en mémoire les circonstances de l'assassinat de Marien Ngouabi, a vite fait de différer son retour. Il est rentré le lundi suivant, très tôt le matin, confiant sa sécurité entre les mains du chef d'état-major de son armée.

Alors quelques questions : qu'a bien voulu faire Hilaire Mouko ? une révolution de palais ou a-t-il seulement voulu sanctionner un subalterne qui commençait à lui manquer de respect ? Les Congolais s'interrogent.

Notons que la note de limogeage des deux officiers a été publiée le week-end dernier. Le roi de Mpila a ordonné aux deux indésirables de libérer sous 48 heures les villas qu'ils occupaient non loin de son palais. Dans les milieux informés on rapporte que le plus affecté par ce limogeage serait le colonel Serge Oboa. L'officier serait inconsolable. Le pauvre : en dépit d'un bon traitement financier, il n'aurait pas eu le temps de s'offrir une maison à Brazzaville. Quant à Hilaire Mouko, il devra faire preuve d'imagination pour espérer conserver son train de vie.

A l'heure où nous écrivons ces lignes " L'homme des masses ", qui a pris part aux festivités marquant les 50 ans de l'indépendance du Ghana, après une réunion à Libreville, se serait rendu vers une destination inconnue. Le temps de se reposer peut-être quelque part - Maroc ? Espagne ? - après une intense période de travail…

Franck Naya

© Copyright Mwinda

 
20/12/2006
Conseil de sécurité
CS/8917

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

5603e séance – après-midi


LE CONSEIL DE SÉCURITÉ RENOUVELLE SON ENGAGEMENT EN FAVEUR DE LA RÉGION DES GRANDS LACS


Le processus actuel est un exemple pour l’Afrique tout entière, estiment certaines délégations


La région des Grands Lacs est dans la bonne voie à condition que les promesses et les engagements pris par les principaux intéressés se concrétisent sans retard après une décennie de conflits sanglants, ont estimé cet après-midi les membres du Conseil de sécurité lors d’un débat qui survenait quelques jours après le deuxième Sommet de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs tenue le 15 décembre à Nairobi, au Kenya.


Dans une déclaration faite par son Président à la fin de la réunion, le Conseil appuie la demande de prorogation du mandat du Représentant spécial du Secrétaire général, M. Ibrahima Fall, pour une période finale de trois mois qui s’achèvera le 31 mars prochain.  Par ailleurs, le Conseil de sécurité de l’ONU exhorte les pays de la région, le Groupe des Amis de la région des Grands Lacs (coprésidé par le Canada et les Pays-Bas), les organismes des Nations Unies et la communauté internationale d’envisager d’apporter une assistance au Secrétariat de la Conférence et au Fonds spécial pour la reconstruction et le développement.


La réunion a été ouverte par deux exposés, l’un de M. Fall, le second de Mme Liberata Mulamula, Première Secrétaire exécutive du Secrétariat de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs.


Le Représentant spécial du Secrétaire général a souligné l’importance de la dizaine de protocoles conclus à la Conférence de Nairobi, allant de la non-agression et de la défense mutuelle à la lutte contre l’exploitation et les abus sexuels, en passant par l’assistance humanitaire.  Pour M. Fall, la mise en œuvre de ces textes devrait permettre le rétablissement durable de la paix, de la sécurité et du développement dans la région.  Le processus actuel devrait aussi permettre aux États de prendre des mesures contre les groupes rebelles présents sur leur territoire.


Pour sa part, Mme Mulamula a réitéré la requête des chefs d’État et de gouvernement pour que soit poursuivi, pendant au moins un an, l’appui de l’Union africaine et des Nations Unies.  Cela implique, a-t-elle rappelé, que les institutions de l’ONU, ses fonds et ses programmes continuent de fournir l’expertise technique et le soutien financier.  Elle a indiqué qu’il était souhaitable que cette assistance et ce soutien soient étendus au nouveau Secrétariat de la Conférence dans sa première année de mise sur pied et la phase critique à venir de l’application du Pacte de la sécurité, de la stabilité et du développement.  La signature de ce Pacte par les dirigeants de la région montre, selon elle, une volonté politique et la détermination de transformer la région en un espace de paix durable, de stabilité et de croissance partagée.


Le contrôle des frontières des pays de la région est essentiel pour empêcher le trafic d’armes et les actions de groupes armés, a souligné le représentant du Pérou lors du débat qui a suivi.  Il s’est dit convaincu que la Mission de l’Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) avait un rôle à jouer à cet égard. 


Plusieurs intervenants ont souligné l’importance du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement, le considérant comme un exemple à suivre pour le reste du continent, particulièrement dans d’autres conflits tels que le conflit larvé qui oppose l’Éthiopie à l’Érythrée ou la Côte d’Ivoire.  Presque tous les orateurs ont relevé le caractère particulièrement exemplaire des récentes élections en RDC, certains citant aussi le Burundi.  Les orateurs ont aussi insisté sur l’appui nécessaire de la communauté internationale, même si celui-ci ne doit pas être considéré comme illimité.  Ainsi, tout en se félicitant de l’action de la communauté internationale dans la stabilisation des Grands Lacs, la délégation française a toutefois souligné que c’était la poursuite de l’engagement de l’ensemble de la région elle-même qui en conditionnerait le succès. 


Le représentant du Ghana a rappelé que la région était dotée de ressources naturelles importantes qui favoriseront la reconstruction, à condition que s’instaure bonne gouvernance et état de droit.  L’Argentine estime ainsi que la phase actuelle doit permettre de traduire en justice les auteurs de violation des droits de l’homme en exigeant la participation active de la Commission de consolidation de la paix.  La délégation rwandaise s’est félicitée du fait que les pays de la région aient rejeté la suggestion de certaines puissances d’inclure dans le processus actuel les forces ayant commis le génocide au Rwanda.  Enfin, le représentant de la Fédération de Russie a mis en garde contre le risque de résurgence des heurts interethniques.



LA SITUATION DANS LA RÉGION DES GRANDS LACS


Déclarations


M. IBRAHIMA FALL, Représentant spécial du Secrétaire général pour la région des Grands Lacs, a déclaré que la Conférence internationale des Grands Lacs, qui s’est tenue les 14 et 15 décembre derniers, était la consécration d’efforts soutenus pour tourner la page de ce qui, depuis plusieurs décennies, semble être le résultat d’une fatalité de guerres, de conflits et de souffrances.  Les pays de la région et leurs initiatives sont les premiers acteurs et les lauréats de cette belle réalisation.  Toutefois, depuis le génocide au Rwanda, le Conseil de sécurité n’a pas cessé de soutenir les initiatives de règlement négocié des conflits, le respect et l’application des accords de paix ainsi que la mise en œuvre des mécanismes d’appui aux pays de la région.  Cette Conférence est d’ailleurs une initiative du Conseil, appuyée par l’Union africaine.  Il s’est ensuite félicité des annonces de contributions volontaires en faveur du Fonds spécial pour la reconstruction et le développement de la région des Grands Lacs.


Pour M. Fall, la volonté politique collective, qui s’est manifestée à l’occasion de cette Conférence, s’est aussi traduite par l’application du principe d’inclusivité, permettant ainsi la participation d’acteurs non gouvernementaux, de la société civile, d’organisations religieuses, dont les points de vue ont été pris en compte par les groupes de travail de la Conférence.  En prévision de la mise en œuvre du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement signé par les pays de la région, ces organisations ont adopté des directives.  Cette implication a d’ailleurs permis d’assurer la cohésion des projets et de jeter les bases d’une division des tâches entre les différentes parties impliquées.


Au cours du Sommet de Nairobi, les partenaires se sont félicités du forum offert par la Conférence pour promouvoir la coopération technique et diplomatique.  Le Canada a exprimé un intérêt particulier pour appuyer les processus de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR), la lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre ou encore le déminage.  De son côté, l’Union européenne s’est déclarée prête à soutenir le Pacte en apportant une aide de 45 millions d’euros pour financer divers projets prioritaires définis dans le cadre de la Conférence.  Dix protocoles ont également été adoptés, allant de la non-agression et de la défense mutuelle à la lutte contre l’exploitation et les abus sexuels, en passant par l’assistance humanitaire.  Il est prévu de mettre en œuvre ces protocoles de manière coordonnée, dans la mesure où a été identifiée une interrelation entre ces divers domaines.  La mise en œuvre combinée de ces projets devrait contribuer au rétablissement durable de la paix, de la sécurité et du développement dans la région, a ajouté le Représentant spécial.  Si ces projets sont exécutés convenablement, ils permettront par exemple aux États de prendre des mesures contre les groupes rebelles présents sur son territoire ou à un autre État de le faire à leur place le cas échéant.  Enfin, une attention particulière a été accordée au recouvrement des terres et des propriétés appartenant aux personnes déplacées de retour.  Sachant les relations étroites qui prévalent entre peuples de la région et la rapidité avec laquelle un conflit peut prendre une dimension régionale, les initiatives issues de cette Conférence seront de nature à prévenir ce type d’embrasement, a conclu M. Fall.


Mme LIBERATA MULAMULA, Première Secrétaire exécutive du Secrétariat de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, s’est félicitée du fait que cette réunion arrivait à point nommé alors que vient de se tenir, les 14 et 15 décembre, le deuxième sommet de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs.  Celle-ci a donné lieu à la signature du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement, a-t-il rappelé.


Elle a rappelé que le Conseil de sécurité avait joué un rôle clef dans la genèse de la Conférence internationale et souligné que le premier sommet historique de 2004 avait culminé avec la signature de la Déclaration de Dar es-Salaam sur la sécurité, la stabilité et le développement.  Cette Déclaration, a-t-elle estimé, a donné suite à la définition de projets dans quatre domaines prioritaires: la paix et la sécurité, la bonne gouvernance et la démocratie, le développement économique et la bonne démocratie, le développement économique et l’intégration régionale et les questions humanitaires et sociales.  Un mécanisme de suivi a été mis en place prévoyant un Secrétariat de la Conférence siégeant à Bujumbura (Burundi).  Les tâches de celui-ci sont énormes, a noté Mme Mulamula.  Celle-ci a appelé le Conseil de sécurité à proroger le Bureau du Représentant spécial jusqu’en mars prochain, comme l’a demandé la Commission interministérielle régionale, pour assister le Secrétariat de la Conférence.


Mme Mulamula a réitéré la requête des chefs d’État et de gouvernement pour que soit poursuivi, pendant au moins un an, l’appui de l’Union africaine et des Nations Unies.  Cela implique, a-t-elle rappelé, que les institutions de l’ONU, ses fonds et ses programmes continuent de fournir l’expertise technique et le soutien financier.  Elle a indiqué qu’il était souhaitable que cette assistance et ce soutien soient étendus au nouveau Secrétariat de la Conférence dans sa première année de mise sur pied et la phase critique à venir de l’application du Pacte.  La Secrétaire exécutive a souligné le caractère unique du Secrétariat de la Conférence de par les nombreux défis auxquels il faisait face, plus particulièrement la reconstruction.  Il n’est pas sans importance qu’il soit composé des pays qui sortent de guerres, des pays ravagés, pâtissant d’infrastructures décrépites, de la pauvreté, mais déterminés à mettre un terme au triste chapitre d’une région déchirée par la guerre.


La signature du Pacte par les dirigeants de la région montre, selon elle, une volonté politique et la détermination de transformer la région en un espace de paix durable, de stabilité et de la croissance partagée.  L’avenir de la région des Grands Lacs repose dans la mise en œuvre globale de ce Pacte.  Comme l’a souligné le Secrétaire général, a-t-elle ajouté, « le Pacte n’est pas seulement une vision, c’est un programme d’action ».  Mme Mulamula s’est dite personnellement encouragée d’une part par la mobilisation et la volonté politique profonde des dirigeants, et d’autre part par l’enthousiasme et la bonne volonté démontrés par la communauté internationale de voir la paix prévaloir dans la région.  En conclusion, la Première Secrétaire exécutive du Secrétariat de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs s’est dit prête à travailler avec le Conseil dans la poursuite d’objectifs communs en faveur d’une paix et d’une stabilité durables dans la région des Grands Lacs.


M. AUGUSTINE MAHIGA (République-Unie de Tanzanie) s’est félicité de la signature du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement dans la Région des Grands Lacs.  Le représentant a indiqué que l’Ambassadeur Mulamula, Secrétaire exécutif de la Conférence sur la paix dans la région des Grands Lacs, aura besoin du soutien du Conseil de sécurité, du système des Nations Unies, du Groupe des amis pour la région des Grands Lacs et de la communauté internationale au-delà des trois mois qui consacreront la transition entre le Secrétariat des Nations Unies/Union africaine et une institution régionale.  Ce soutien et ce partenariat pourraient prendre diverses formes allant de l’édification des capacités au partage d’information.  Le représentant s’est aussi félicité du fait que grâce aux efforts du Conseil, des pays comme le Rwanda ne sont plus à son ordre du jour et que des pays comme le Burundi et la République démocratique du Congo ont mené un processus démocratique.  Même si le nord de l’Ouganda n’est pas à l’ordre du jour du Conseil, celui-ci suit avec un grand intérêt les pourparlers entre le Gouvernement de l’Ouganda et l’Armée de résistance du Seigneur.  La Conférence de paix dans la région des Grands Lacs sera un partenaire indispensable pour le Conseil de sécurité en garantissant la restauration et le maintien de la paix.


M. JIRO KODERA (Japon) s’est félicité de la signature du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement, qui inclut notamment un protocole de non-agression et de défense mutuelle des pays de la région des Grands Lacs.  Le Pacte inclut également des protocoles en vue de promouvoir l’avancement économique.  Le Japon a ensuite rappelé que les élections démocratiques en République démocratique du Congo (RDC) et au Burundi ont contribué à la réussite de ce Sommet et que le Secrétariat des Grands Lacs devrait être installé au Burundi.  S’agissant de la consolidation de la paix, le représentant a rappelé en conclusion que le Japon avait offert son assistance à l’Afrique en mettant l’accent sur l’assistance aux programmes de DDR et au renforcement des capacités.


M. JEAN-PIERRE LACROIX (France) a estimé que le deuxième sommet de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs tenu la semaine dernière, était un événement important.  Évoquant la résolution des conflits, en particulier ceux du Burundi et de la République démocratique du Congo (RDC), il a estimé que la concrétisation de progrès dans la région supposait le développement de la coopération régionale. 


La délégation française voit deux domaines de coopération essentiels.  Il s’agit en premier lieu de la sécurité.  Le Conseil de sécurité, a rappelé M. Lacroix, a souvent constaté que ces questions avaient une dimension transfrontalière.  Ensuite, a-t-il précisé, les relations économiques car, tous les États ont un intérêt à coopérer.


Si la France se félicite de l’action de la communauté internationale dans la stabilisation des Grands Lacs, c’est toutefois la poursuite de l’engagement de la région qui conditionnera le succès de cette approche, a estimé le représentant français.  M. Lacroix a ensuite remercié la République-Unie de Tanzanie pour la rédaction de la déclaration présidentielle, à laquelle la France apporte son appui.


Mme ELLEN MARGRETHE LØJ (Danemark) a déclaré que l’adoption du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement au second sommet de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs était un signe encourageant.  Cette initiative est une avancée vers la paix et la sécurité, et il faudra compter sur l’engagement des principaux pays pour mettre en œuvre et appliquer un mécanisme de suivi efficace piloté par des acteurs régionaux, a-t-elle ajouté.  La représentante s’est, par ailleurs, félicitée de la mise en place de mécanismes de transition en République démocratique du Congo (RDC) et au Burundi, ainsi que des négociations de paix en cours entre le Gouvernement ougandais et l’Armée de résistance du Seigneur.  Toutefois, a-t-elle poursuivi, la situation dans l’est de la RDC et au Darfour continue de faire peser une menace sérieuse à la paix et à la stabilité régionale et internationale. 


La représentante a, en outre, estimé que la protection des civils et la lutte contre l’impunité des auteurs de crimes graves relevaient de la responsabilité des gouvernements de la région.  Dans ce cadre, tous les États concernés doivent faire en sorte que soient poursuivis les auteurs de violations des droits de l’homme, en coopérant étroitement avec les juridictions pénales internationales, y compris la Cour pénale internationale.


M. MICHAL MLYNAR (Slovaquie) a déclaré que la signature du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement était la conséquence logique des progrès réalisés en matière de paix et de sécurité dans la région des Grands Lacs, notamment en République démocratique du Congo (RDC) et au Burundi, où des élections démocratiques ont récemment été couronnées de succès.  Toutefois, a précisé le représentant, les messages positifs en provenance des Grands Lacs ne devraient pas nous distraire des questions toujours urgentes, qu’il s’agisse de la présence de groupes rebelles sur les territoires de plusieurs pays de la région ou des centaines de milliers de personnes déplacées sur le chemin du retour.  Le Pacte est un fondement, mais ce n’est qu’un début, a ajouté le représentant.  La consolidation de la paix exigera des efforts de mise en œuvre supplémentaires ainsi que des ressources humanitaires, financières et matérielles considérables, a-t-elle prévenu.


Mme MARY CATHERINE PHEEX (États-Unis) a noté que le Sommet des 14-15 décembre avait été organisé de manière opportune après les développements pacifiques survenus dernièrement dans la région des Grands Lacs.  Il s’agit d’un pas encourageant et positif, a-t-elle souligné.  La représentante des États-Unis s’est réjouie du sérieux affiché par les partenaires en présence dans la quête de la démocratie et de la bonne gouvernance.  Les États-Unis sont convaincus que la paix et la démocratie peuvent prévaloir et ils encouragent les initiatives prises par les différents pays de la région.


M. NANA EFFAH-APENTENG (Ghana) a indiqué que la région des Grands Lacs et, en particulier la République démocratique du Congo (RDC), était dotée de ressources naturelles importantes, qui favoriseront la reconstruction économique une fois que la paix et la stabilité auront été restaurées.  Le rétablissement de la bonne gouvernance et l’état de droit permettront d’y parvenir et de mettre fin à l’impunité qui prévaut encore dans certains pays de la région, a poursuivi le représentant.  La relance de la situation économique dans la région des Grands Lacs, a-t-il estimé, dépendra aussi des annonces de contributions qui seront faites pour appuyer la mise en œuvre du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement.


M. PAUL JOHNSTON (Royaume-Uni) s’est dit encouragé par les réalisations des pays de la région.  Cela a été démontré par la réussite des élections en République démocratique du Congo (RDC), un exemple pour la région, a-t-il noté.  Pour appuyer ce processus de transformation, le Royaume-Uni a débloqué un demi-milliard de livres sterling et participe à divers programmes européens.  À problèmes communs, solutions communes, a souligné le représentant britannique.  Les échanges commerciaux interrégionaux, a-t-il estimé, permettront d’enraciner paix et stabilité.  Il a exprimé l’espoir que les engagements pris à Nairobi se concrétiseraient dans le sens recherché.  Les engagements oraux sont nécessaires mais pas suffisants, a ajouté le représentant du Royaume-Uni, mentionnant le cas du Soudan.  Il a exhorté les pays de la région à œuvrer de concert pour assurer la sécurité à leurs concitoyens.  Sa délégation remercie la Tanzanie pour la rédaction de la déclaration présidentielle dont fera lecture le Président du Conseil de sécurité à la fin du débat.


M. BASILE IKOUEBE (République du Congo) s’est réjoui du choix du siège du Secrétariat de la Conférence qui incombe au Burundi, pays qui figure déjà parmi les premiers champs d’expérimentation de la Commission de consolidation de la paix.  Il a également félicité Mme Liberata Mulamula, de la République-Unie de Tanzanie, pour sa nomination à la tête de ce Secrétariat.  Il a ensuite déclaré n’avoir aucun doute sur l’aptitude des autorités tanzaniennes à gérer le mécanisme régional de suivi de la Conférence sur la région des Grands Lacs.  Par ailleurs, le représentant du Congo a émis l’espoir que la région, reconnue comme « zone de développement spécial », continuera de bénéficier de l’appui des Etats de la région et de celui de la communauté internationale, qui ont œuvré pour la mise en œuvre du processus de paix.  Il est en outre souhaitable, a poursuivi le représentant, que le Fonds spécial pour la reconstruction et le développement passe, dans les délais prévus, à la phase opérationnelle en vue de consolider les évolutions positives de ce processus.  Enfin, il s’est félicité de l’adoption du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement qui marque, selon lui, un tournant décisif dans l’histoire de la région des Grands Lacs, en lui offrant un outil essentiel pour l’instauration de la paix et la promotion de la coopération régionale.


M. FEDERICO BARTTFELF (Argentine) s’est félicité des développements historiques dans la région comme les élections démocratiques au Burundi et en République démocratique du Congo.  De tels développements n’auraient pas été possibles sans, en particulier, une collaboration hardie entre les gouvernements de la sous-région, les efforts de l’Union africaine et d’autres organes multilatéraux, et surtout la signature du Pacte de sécurité, stabilité et de développement dans la région des Grands Lacs.  L’établissement d’un Secrétariat de la Conférence internationale sur la paix, la sécurité et la démocratie dans la région des Grands Lacs est aussi une grande avancée.  La nouvelle phase qui commence aujourd’hui, exige aussi de grand efforts et une action coordonnée permettant de créer des institutions stables, de reconstruire et de développer des pays pendant la phase postconflit.  Cette nouvelle phase permettra de traduire en justice les auteurs de violation des droits de l’homme et exigera la participation active de la Commission de consolidation de la paix.  Nous soulignons toutefois que l’amnistie pour les violations graves des droits de l’homme comme stratégie permettant de mettre un terme à un conflit ne donnera pas de résultats positifs sur le long terme.  Le représentant a, notamment, insisté sur la situation des enfants qui continuent d’être pris en otage et qui sont victimes d’exploitation sexuelle par des groupes comme l’Armée de résistance du Seigneur.


M. IGOR SHCHERBAK (Fédération de Russie) a noté que la République démocratique du Congo, malgré l’instabilité dans l’est du pays, se normalisait et que le Burundi, tout comme l’Ouganda, émergeait de la guerre civile.  Il a souligné que l’ONU y avait joué un rôle actif à cet égard et que celui-ci était bien accueilli par les dirigeants de la région.  Il y a néanmoins un risque de résurgence des heurts interethniques, une situation humanitaire très grave, a averti la délégation russe.


Le représentant a estimé que l’étape suivante sur la voie de la pleine normalisation a été illustrée par la Conférence de Nairobi la semaine dernière.  Les travaux de la Conférence devraient permettre de résoudre les problèmes régionaux qui, par ailleurs, sont étroitement liés.  La création d’un mécanisme de suivi est riche de perspectives, a noté le représentant russe.  Les ressources naturelles ont été exploitées de manière illégale et barbare ces dernières décennies, a-t-il rappelé.  Il est donc temps de prendre le problème à la racine pour faire en sorte que les richesses naturelles bénéficient aux populations, a-t-il conclu.


M. LIU ZHENMIN (Chine) s’est félicité des évolutions positives enregistrées dans la région des Grands Lacs en matière de consolidation de la paix et même de relèvement économique.  La paix et le développement vont de pair dans cette région, a ajouté le représentant, qui a souligné que la signature du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement signalait la transition des pays des Grands Lacs vers une nouvelle phase.  Nous espérons que la Conférence des Grands Lacs continuera d’être le cadre d’un dialogue en faveur de la reconstruction post-conflit, a conclu le représentant de la Chine.


M. CHAVEZ (Pérou) a noté que de nouvelles menaces apparaissaient et que la prévention des conflits était une démarche essentielle, développée en particulier par le Pérou et les pays de la communauté andine.  Les richesses naturelles doivent être mises au service de la reconstruction et de la fourniture de services publics, a-t-il souligné.  L’attention principale doit être portée à la République démocratique du Congo, a indiqué le représentant du Pérou, qui a estimé que cela doit s’accompagner d’un leadership interne.  Le contrôle des frontières des pays de la région est essentiel pour empêcher le trafic d’armes et les actions de groupes armés, a souligné le représentant, qui se dit convaincu que la MONUC a un rôle à jouer à cet égard.  En conclusion, il a exprimé l’espoir que l’ONU pourrait accompagner le processus du suivi afin de servir d’exemple pour le reste du continent, en particulier en Éthiopie, en Érythrée, en Somalie, au Soudan et en Côte d’Ivoire.


M. ADAMANTIOS TH. VASSILAKIS (Grèce) a rappelé que des améliorations avaient été notées sur divers plans avec la mise en place d’une réconciliation nationale remarquable au Rwanda, la tenue d’élections en République démocratique du Congo avec une participation massive de la population congolaise et l’élection démocratique des autorités législatives et administratives.  Les autres aspects positifs concernaient notamment les élections paisibles et démocratiques au Burundi ayant entraîné l’élection d’un nouveau Président et l’instauration d’un nouveau Gouvernement et enfin l’accord de cessez-le-feu signé entre l’Armée de résistance du Seigneur et le Gouvernement de l’Ouganda.


Le représentant a indiqué également que le deuxième sommet de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, qui s’était tenue à Nairobi la semaine dernière, avait représenté le point culminant des efforts entrepris par toutes les parties intéressées.  En outre, l’adoption du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement dans la région des Grands Lacs représentait une étape importante de la coopération entre les États de la région.  Il a émis le vœu que le Conseil de sécurité apporte son concours aux initiatives de désarmement, de démobilisation, de rapatriement et de réintégration des anciens combattants, améliore la surveillance et la mise en œuvre rigoureuse de l’embargo sur les armes, accorde une attention particulière au renforcement de la sécurité aux frontières du fait du débordement de la crise du Darfour au Tchad et en République centrafricaine, et contribue, en concertation avec le système des Nations Unies, à lutter contre l’exploitation illégale des ressources naturelles.


M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER (Qatar) a rappelé qu’à la suite de la deuxième Conférence internationale des Grands Lacs, les pays de la région souhaitaient plus que jamais renforcer leur coopération à l’appui de la paix, de la sécurité et de la prospérité économique.  Il s’est également félicité que le Burundi accueille le Secrétariat de la Conférence.  Outre les protocoles relatifs au Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement, visant à renforcer les initiatives régionales, a déclaré le représentant, les pays devraient s’efforcer d’appliquer les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, en particulier les résolutions 1625, 1631, 1649 et 1653.  Sans des institutions de bonne gouvernance, sans la participation des peuples de la région et sans l’engagement de la communauté internationale, l’application du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement ne sera en effet pas possible, a prévenu le représentant.  Pour que les protocoles relatifs au Pacte s’avèrent efficaces, il faut aussi que les pays de la région s’approprient les projets lancés sur leur territoire, a-t-il conclu.


Mme KIRSTI LINTONEN (Finlande), qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, de pays associés et de pays candidats, a noté que la région des Grands Lacs se trouvait à la croisée des chemins, se félicitant des derniers développements.  Pour elle, le Pacte de sécurité, de stabilité et de développement constitue la pierre angulaire de la coopération entre les États de la région.  L’Union européenne attend maintenant la mise en œuvre des engagements pris, estimant qu’un engagement local fort, y compris financier, et le sens d’appartenance de la part des États de la région, sont requis afin d’assurer la réussite de ce Pacte.  L’Union européenne rappelle qu’elle est disposée à soutenir le Pacte, particulièrement dans les domaines de la gestion des ressources naturelles et de la coopération régionale.


Il s’agit, pour Mme Lintonen, d’un nouveau départ pour l’Afrique centrale.  Si les drames de la région ont assombri l’ensemble de l’Afrique, nous sommes témoins d’une nouvelle dynamique positive, a-t-elle constaté, qui devrait influencer le développement global du continent.  Elle a exprimé l’espoir en particulier que les leçons de partenariat et de résolution des conflits présentés par le Pacte de Nairobi inspireraient les efforts de résolution d’autres conflits dans la région, dans le nord de l’Ouganda en particulier.  La coopération tripartite entre les Nations Unies, l’Union africaine et l’Union européenne est devenue un trait distinctif de la prévention des conflits en Afrique et dans la région des Grands Lacs, a-t-elle souligné.  Il s’agit d’un nouvel exemple de la manière dont on peut progresser par la voie d’un multilatéralisme efficace. 


Évoquant ensuite le succès de la transition en République démocratique du Congo, notre espoir, a-t-elle dit, est que nos efforts conjoints en RDC donnent de l’élan pour des développements similaires dans l’ensemble de la région.  Dans un tel environnement d’après-guerre, la réforme du secteur de la sécurité sera toujours au cœur des initiatives de gouvernance.  Ces défis sont hautement prioritaires pour la future coopération européenne, a ajouté Mme Lintonen, qui a dit attendre avec intérêt, à cet égard, les prochaines consultations avec les autorités de Kinshasa.  La représentante a ensuite évoqué le cas du Burundi et promis que l’Europe resterait un partenaire fiable, engagé dans une approche constructive, plus particulièrement dans les domaines de la gouvernance, de l’état de droit et de la démocratisation à venir de la société.  Enfin, Mme Lintonen a souligné l’importance de dynamiques régionales renforcées, susceptibles de contribuer à la stabilisation dans l’est de la RDC.  Elle estime que la signature du Pacte de Nairobi est une étape très importante pas seulement pour les Grands Lacs mais aussi pour l’ensemble de l’Afrique.  Les engagements pris en faveur de politiques non-violentes, de défense mutuelle dans la résolution des conflits, autant que l’accent mis sur la coopération dans la démocratie, la bonne gouvernance, l’intégration régionale et le combat contre l’exploitation des ressources naturelles définit, selon elle, la voie à suivre.  Sur un tel chemin prometteur, l’Union européenne entend demeurer un partenaire actif en soutenant une coopération et un dialogue plus proches au sein de la région des Grands Lacs.


Mme NDUKU BOOTO (République démocratique du Congo) a indiqué que le deuxième sommet des chefs d’État et de gouvernement des pays de la région des Grands Lacs était un évènement historique, dans la mesure où il a souligné l’importance du partenariat qui prévaut entre les pays concernés et la communauté internationale.  La représentante s’est félicitée de cette dynamique, basée sur un nouvel ordre sécuritaire régional, sur l’élargissement et l’intégration de l’espace économique et commercial, sur la démocratie et la bonne gouvernance, sur la stabilisation et l’amélioration de la prise en charge collective des problèmes sociaux et humanitaires, résultant des réajustements internes au niveau de chacun des pays.  Cette nouvelle entente vient d’être couronnée de succès par la signature du Pacte régional de stabilité, de sécurité et de développement, en tant qu’engagement de non-agression et de défense mutuelle, qui consacre les conditions optimales d’un développement durable, a poursuivi le représentant.  Il s’est en outre félicité de l’adoption de la structure du Fonds spécial pour la reconstruction et le développement qui, de l’avis de la représentante, contribuera sans nul doute au progrès économique et à la reconstruction.  Sa délégation est d’avis, comme le Secrétaire général, que l’appropriation de cette Conférence des États de la région confère à ce Pacte une dimension importante sur le plan de la démocratie, de la bonne gouvernance et du développement économique.  Enfin, pour ce qui concerne la RDC, Mme Booto a déclaré que l’ambition de son gouvernement était de rassembler les énergies nécessaires à la mise en œuvre du programme d’action de la Conférence.


M. JOHN MCNEE (Canada), s’exprimant au nom du Groupe des Amis des Grands Lacs, a déclaré que les 11 États Membres concernés mèneraient la mise en œuvre de toutes les composantes du Pacte.  À cet égard, il a ajouté que la création d’un premier mécanisme de coordination pour la région des Grands Lacs marquait leur appropriation entière de cette entreprise sans précédent.  Nous félicitons le Burundi qui s’est vu attribuer le siège du mécanisme de suivi et nous félicitons chaleureusement l’Ambassadrice Liberata Mulamula, choisie au nom de la République-Unie de Tanzanie, pour diriger ce nouvel instrument en tant que Secrétaire exécutif, a encore déclaré M. McNee.  Ce dernier a affirmé que les premiers mois de la mise en œuvre du Secrétariat seraient pleins de défis.  C’est pourquoi, il a indiqué que le Groupe des Amis poursuivrait son appui financier, pour une période de six mois, afin de permettre le bon fonctionnement du Secrétariat de la Conférence et de consolider les mécanismes nationaux de coordination.  


M. McNee a dit, en conclusion, que le Groupe appuyait la demande de la République-Unie de Tanzanie de prolonger de trois mois, à partir du 31 mars 2007, le mandat du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour les Grands Lacs, et ce, en vue de faciliter la transition du secrétariat conjoint ONU-Union africaine au nouveau Secrétariat des pays de la Conférence. 


M. JOSEPH NSENGIMANA (Rwanda) s’est félicité des progrès constatés dans la région des Grands Lacs depuis la Déclaration de Dar es-Salaam, adoptée en 2004, que ce soit au Burundi, en Ouganda, en République-Unie de Tanzanie ou tout récemment en République démocratique du Congo (RDC) où viennent d’avoir lieu des élections démocratiques.  Les 11 pays de la région devraient également se féliciter d’avoir mené le processus préparatoire de la Conférence internationale à sa conclusion logique, a ajouté la délégation.  Celle-ci a permis, en effet, une large participation de représentants gouvernementaux, de femmes et de jeunes, de la société civile, des médias du secteur privé et d’organisations religieuses, favorisant un esprit de coopération et de partenariat à l’échelle de la région. 


Toutefois, la Conférence doit de nouveau se concentrer sur les questions essentielles qui se posent pour les pays de la région.  Ainsi, a affirmé le représentant rwandais, certaines puissances ont envisagé le processus de la conférence comme le moyen de redonner une nouvelle crédibilité aux forces ayant commis le génocide au Rwanda.  Elles prétendaient que le processus ne progresserait pas tant que ces individus ne seraient pas invités à y participer, même à titre d’observateurs.  M. Nsengimana s’est félicité de la décision des pays de la région de ne pas le permettre.  De son côté, le Rwanda a rappelé son engagement à lutter contre l’impunité en faisant traduire en justice les génocidaires.  Le représentant du Rwanda a, en conclusion, souligné la nécessité de s’engager à mettre en œuvre les dispositions du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement et à le ratifier dans les meilleurs délais, à fournir tout l’appui nécessaire, y compris financier, au mécanisme de suivi régional, et enfin à rendre opérationnel dès que possible le Fonds spécial pour la reconstruction et le développement.


Reprenant la parole au terme de la réunion, le Représentant spécial du Secrétaire général pour la région des Grands Lacs s’est dit très encouragé par le débat, en particulier par l’accent mis par l’Union européenne et les Nations Unies de continuer ensemble d’épauler le nouveau Secrétariat de la conférence, et de continuer de manière dynamique à œuvre à la stabilisation.  Il a enfin exprimé l’espoir que les pays de la région concrétiseraient leurs engagements.


Déclaration présidentielle


Le Conseil de sécurité félicite les pays de la région des Grands Lacs d’avoir mené à bonne fin le deuxième Sommet de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, tenu à Nairobi le 15 décembre 2006.


Le Conseil félicite les dirigeants de la région d’avoir signé le Pacte de sécurité, de stabilité et de développement de la région des Grands Lacs et se réjouit de l’engagement que ceux-ci ont pris de l’appliquer.


Le Conseil se réjouit en outre de la décision de créer un mécanisme de suivi régional, qui comprendra un secrétariat de la Conférence, dirigé par son premier Secrétaire exécutif, Liberata Mulamula, Ambassadeur de la République-Unie de Tanzanie, et de la décision d’installer à Bujumbura les bureaux du secrétariat de la Conférence.


Le Conseil rend hommage au secrétariat conjoint Union africaine/ONU, au Groupe des Amis de la région des Grands Lacs, coprésidé par le Canada et les Pays-Bas, aux institutions chefs de file des Nations Unies, à l’Union européenne, à la Banque africaine de développement et à la communauté internationale pour l’appui et l’assistance qu’ils ont apportés à la Conférence.


Le Conseil rend également hommage au Secrétaire général et à son Représentant spécial, M. Ibrahima Fall, pour le concours, la volonté et l’efficacité dont ils ont fait montre pour faciliter l’organisation du deuxième Sommet et la signature de l’Accord de paix.


Le Conseil appuie la demande du Comité interministériel régional tendant à voir proroger le mandat du Représentant spécial pour la période finale de trois mois, jusqu’au 31 mars 2007, en vue d’assurer une appropriation régionale du mécanisme de suivi et de mener à bonne fin le passage au secrétariat de la Conférence.

Le Conseil exhorte les pays de la région, le Groupe des Amis, les organismes, fonds et programmes des Nations Unies et la communauté internationale à envisager d’apporter une assistance au secrétariat de la Conférence et au Fonds spécial pour la reconstruction et le développement de la région des Grands Lacs en vue d’aider les parties à mettre en œuvre le Pacte de sécurité, de stabilité et de développement de la région des Grands Lacs.


*   ***   *


À l’intention des organes d’information • Document non officiel

LE CONSEIL DE PAIX ET DE SECURITE DE L'UA BOYCOTTE PAR LES CHEFS D'ETAS AFRICAINS









Le Conseil de Paix et de Sécurité de l'UA a suspendu sa réunion, dès après son ouverture, mercredi à Abuja
Par Josée Esther OTE, envoyée spéciale

APA - Abuja (Nigeria) La réunion du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l'Union Africaine, convoquée à Abuja, en marge du sommet Afrique - Amérique du Sud, a été suspendue des après son ouverture mercredi après-midi, pour cause de nombreuses absences de chefs d'Etats, dont celle du principal concerné dans la crise du Darfour, le président soudanais Omar Assad el Béchir.

Une dizaine de minutes ont suffi pour constater l'absence des chefs d'Etats. Seuls étaient présents le président de la Commission africaine, Alpha Oumar Konare, le vice-premier ministre gabonais Louis Gaston Mayila et les membres du groupe de l'Union Africaine en charge du Darfour.

Le président soudanais Omar Assad El Bechir, attendu a 15h a Abuja, avait fait reporter son arrivée à 16h, puis a 17h locales (TU + 1)

C'est surtout un problème d'organisation qui a contraint le CPS à ajourner sa réunion, a-t-on constaté sur place.

Selon le programme concocté par les organisateurs nigérians, la plupart des chefs d'Etat africains devaient arriver mercredi après-midi, pour participer jeudi, aux deux réunions, celle du CPS et celle des chefs d'Etat d'Afrique et d'Amérique du Sud.

Par manque de coordination, les organisateurs de l'UA ont maintenu la réunion du CPS, avant de constater qu'aucun des présidents africains ou leurs représentants ne se présenteraient mercredi après-midi.

Une dure journée attend donc jeudi les chefs de délégations qui examineront d'abord les thèmes de coopération avec leurs homologues sud-américains, avant de se pencher sur la délicate question du Darfour.

A Abuja, il se susurre que tout le monde, dans les délégations, s'attend à « une rencontre houleuse » entre le Président El Béchir et ses homologues africains, sur la question du Darfour.


JOE/ib/APA
29-11-2006

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Aperçu généré le 30/11/2006 à 16:17:52

 

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