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La BAD efface 8,5 milliards de dollars de dette pour treize pays africains

 

© AFP
Donald Kaberuka, le président de la Banque africaine de développement, le 6 mars 2006 à Abidjan
© AFP/Archives Kambou Sia
TUNIS (AFP) -
jeudi 20 avril 2006 - 14h09 - La Banque africaine de développement (BAD) a annoncé l'annulation de la dette de treize pays africains pour un montant total de 8,54 milliards de dollars US, dans un communiqué publié jeudi à Tunis.

Cette décision prise au titre de l'"Initiative d'allégement de la dette multilatérale" profitera au Bénin, Burkina Faso, Ethiopie, Ghana, Madagascar, Mali, Mozambique, Niger, Rwanda, Sénégal, Tanzanie, Ouganda et Zambie, a indiqué la BAD.

La mesure approuvée par le Conseil d'administration de la BAD réuni à Tunis, siège temporaire du Groupe, est "une avancée significative dans la mise en oeuvre des initiatives entreprises par les pays donateurs du G8 et d'autres non membres" de ce groupe sur la question de la dette, a ajouté le communiqué.

L'annulation de leurs créances devrait aider les pays bénéficiaires à accroître les dépenses pour faire reculer la pauvreté, promouvoir la croissance économique et honorer leurs engagements pour la pousuite de réformes, a indiqué la BAD.

L'institution financière juge "essentiel" pour les gouvernements de ces pays de promouvoir la bonne gouvernance et l'utilisation responsable et transparente des ressources, et de s'engager "sans équivoque" dans la lutte contre la corruption et les abus.

Le Groupe de la BAD est une des cinq principales banques multilatérales de développement au monde et a pour mission de mobiliser des ressources afin de financer le développement économique et le progrès social en Afrique.

[g]Pourquoi notre système économique et financier, basé sur le papier-monnaie comme vecteur et le dollar comme dictateur, est-il voué à se transformer, voire à disparaître?


[g]La fonction principale de la finance est d'assurer le transfert de la (nos) «valeur/s» dans le temps.

[g]En réalité, la finance ne fait que vendre, contre de la monnaie (qui, elle, donne droit à jouir immédiatement d'une part de la richesse produite aujourd'hui), un «droit» sur une part de la richesse qui sera produite dans le futur. Et elle organise, jusqu'à leur échéance, la revente de ces droits, leur circulation. Ces droits sur la richesse future ne sont en réalité que des promesses. Et une promesse n'engage que celui ou celle qui y croit. Rien, absolument rien, ne permet en effet d'en faire des droits sûrs, qui seront honorés quoi qu'il arrive dans le futur. Pour que notre «système» économico-financier basé sur une logique capitaliste «économie de marché» continue de fonctionner, nous sommes condamnés à faire confiance à ses acteurs, à leurs capacités à assumer la fonction principale: «la promesse de transférer la richesse dans le temps», et à croître afin d'augmenter, à travers le temps, la valeur de cette richesse, quoi qu'il arrive. En effet, les deux piliers du temple capitaliste sont la confiance et la croissance. Si l'un deux vient à faillir, d'une façon durable, tout l'édifice s'écroule.

[g]Après avoir défini l'objectif et les enjeux de cette partie, expliquons-en les règles: l'économie, c'est assez compliqué, c'est plein de poudre aux yeux et d'idéologie, et le quidam - à qui on n'a jamais appris comment ça fonctionne - ne peut que s'attarder à dénoncer (exercice parfaitement vain...) des symptômes visibles comme les inégalités, le sous-emploi, la lourdeur de la réglementation, les faillites, la volatilité des marchés, le «twin deficit», les fraudes, etc. Alors, on englobe tout ça dans le "système", sorte de grosse bestiole mythologique à l'ADN indéchiffrable, grâce auquel vit un microcosme impénétrable de fonctions à haute-valeur-inutile synthétisées sous le vocable ésotérique: la finance de l'économie de marché.

[g]Pourtant, ce n'est pas si compliqué. En fait, la première chose à constater est que la fin du système est inscrite dans la logique même du système: le jeu de Monopoly a une fin. Et notre système économique (qui est fort différent du Monopoly) a aussi une fin.

[g]Et, deuxièmement, que l'origine des symptômes réside exclusivement dans le système de papier-monnaie qui régit le monde actuellement.

[g]En bref, le seul problème économique, comme dirait mon épicière, c'est l'argent.

[g]La manière la plus pédagogique d'expliquer le fonctionnement d'un système est de jouer à un petit jeu. Appelons-le le «jeu de C.»,

[g]D'abord le jeu à 2.

[g]Vous, vous êtes le banquier central, et votre ami Alan est votre client. En tant que banquier central, vous émettez des billets de banque de la seule monnaie dont vous autorisiez la circulation: par exemple, vous appelez votre monnaie l'UJC (unité du jeu de C). L'UJC, comme l'euro ou le dollar, ne sont bien sûr le substitut d'aucune richesse réelle.

[g]Sur votre photocopieuse, vous fabriquez donc 100 billets de 1 UJC, que vous prêtez à Alan pour une durée de 1 an, à un taux d'intérêt de 5% l'an. Après 1 an, Alan doit donc vous rembourser 105 billets de 1 UJC.

[g]La fausse monnaie étant interdite dans le jeu, à votre avis, comment Alan fera-t-il pour trouver les 5 billets manquants?

[g]Car les 5 billets des intérêts, eh bien, ils n'existent pas. Dès la première minute du jeu, Alan est déjà insolvable: même s'il offre tous ses biens en échange des billets manquants, il ne les trouvera pas, puisqu'ils n'existent pas.

[g]La seule manière pour qu'Alan puisse rembourser est que vous remettiez votre photocopieuse en route afin de lui prêter les 5 billets qui manquent. Naturellement, vous prêtez ces 5 billets toujours à du 5% l'an. Et s'il vous remet, cette année-là, les 105 billets, il n'y a plus aucun billet en circulation, alors qu'Alan a toujours une dette de 5 unités. Les intérêts continueront donc à courir à l'infini. Et chaque année, vous serez obligé d'émettre de nouveaux billets que vous prêterez à Alan, billets qu'il utilisera pour vous payer les intérêts échus. La dette d'Alan s'accroîtra donc à l'infini (en théorie du moins: car lorsqu'Alan dira: "Ce jeu est trop con, j'arrête de jouer", alors le jeu s'effondrera).

[g]Voilà: si vous avez compris ça, vous avez déjà compris l'essentiel du fonctionnement du papier-monnaie, et, partant, de notre système économique.

[g]Maintenant, le jeu à 3.

[g]Vous êtes toujours le banquier central. Vous prêtez 100 billets de 1 UJC à Alan et 100 billets de 1 UJC à Jean-Claude.

[g]Jean-Claude² et Alan doivent chacun vous rembourser 105 UJC à la fin de l'année. Et le problème est toujours le même: il n'y a que 200 UJC en circulation.

[g]Et c'est ici que les choses deviennent intéressantes, et mériteraient une petite caméra-espion comme dans le loft: afin de pouvoir rembourser 105 billets à la fin de l'année, Alan va tenter de soutirer des billets à Jean-Claude, et inversement. De la sorte, s'il est le plus malin (ou s'il est armé), Alan sera solvable, mais pas Jean-Claude.

[g]Le système n'est ainsi conçu que pour pouvoir rembourser, il ne sert à rien ni de travailler, ni de produire des richesses: la seule manière de continuer le jeu est de prendre - d'une manière ou d'une autre - de l'argent chez les autres.

[g]Dans un jeu plus élaboré, où tout le monde est contraint par les milices de fonctionnaires armés de participer, le jeu peut ainsi se poursuivre pendant des décennies. Et plus le temps passe, plus l'insolvabilité globale augmente, et plus les gens auront tendance à utiliser tous les moyens (et la violence notamment) pour tenter, individuellement, de surnager.

[g]On notera que deux risques surgissent à cette occasion:

[g](1) toujours le risque qu'Alan dise: "Je ne joue plus", c'est-à-dire qu'il refuse de continuer à travailler, à inventer et à entreprendre dans ces conditions, et

[g](2) le risque que la violence ainsi générée entre individus finisse par se retourner contre le système.

[g]Et c'est à contenir ces deux risques que sert l'Etat.

[g]Pour contenir le premier risque, l'Etat impose son monopole sur la monnaie, et fait voter, année après année, des lois de plus en plus répressives censées interdire toute autre forme d'échange.

[g]Et pour contenir le deuxième, l'Etat a pris pour rôle d'être la "réserve" de la dette: plutôt que de laisser s'endetter outre mesure directement les individus (ce qui aurait provoqué un chaos tel que le système serait par terre depuis longtemps), l'Etat s'endette lui-même au nom des individus. Ce faisant, l'Etat fait coup double: il sert de "vase d'expansion" à la dette globale (ce qui limite, comme dans un circuit de chauffage, la surpression des individus), tout en s'assurant le financement des indispensables capacités répressives afin, d'une part, de maintenir tout le monde dans le bocal fermé du système (il s'agit bien d'un système autarcique), et d'autre part, de pouvoir pomper les richesses produites par les citoyens.

[g]L'Etat, (sur)endetté, tente parallèlement de maintenir un bon "rating" de sa dette, c'est-à-dire la capacité de pouvoir emprunter à des taux pas trop élevés. Le "rating" de chaque Etat est attribué par des agences de notation internationales, qui notent la capacité de l'Etat à honorer le paiement des intérêts de sa dette.

[g]Comme le système n'est pas stable (vu l'inéluctable endettement, toujours croissant), les Etats se voient contraints de renforcer leur pouvoir afin de maintenir le rating de leur dette à un niveau raisonnable.

[g]Mais l'exemple japonais (rating A2 depuis peu) montre qu'il y a néanmoins une chose qu'aucun Etat ne pourra jamais faire: c'est contraindre les gens à s'enthousiasmer pour le surendettement, à continuer à inventer et à donner le meilleur d'eux-mêmes pour cela. En URSS, le ressort s'est cassé pour de bon dès les premières purges. Au Japon, il s'est cassé voici plus de dix ans. Et maintenant, c'est à notre tour, d'abord les USA, et ensuite les Européens.

[g]Avant d'inventer le Jeu de C., nous jouions à un jeu moins virtuel car, alors, la monnaie était le substitut d'une richesse physique disponible en quantité limitée (or, immobilier, actions, pétrole, oeuvres d'art, etc.), il n'y avait aucun problème de solvabilité (et aucun besoin d'un monopole quelconque!), puisque les richesses étaient produites (ou extraites) par le travail.

[g]Par exemple, si votre monnaie est un substitut de l'or, et si vous prêtez, de fait, l'équivalent monnaie de 100 grammes d'or à Alan, il suffit pour Alan (directement ou indirectement) de se retrousser les manches et de trouver chaque année 5 grammes d'or dans le sol, qu'il vous remet,que vous stockez dans votre coffre, et que vous utilisez comme garantie pour émettre de nouveaux billets (ou vous pouvez aussi inverser l'ordre, et faire rentrer les billets correspondant aux intérêts dans le circuit via des achats à la mine d'or).

[g]A l'origine, l'intérêt représentait naturellement le prix du renoncement de la jouissance immédiate d'un bien par un prêteur. Quelle est la justification de l'intérêt que demandent la BCE ou la FED ou les autres banques centrales pour l'émission, non contrôlée, de leur papier-monnaie (qui n'a rien d'une richesse!), à part l'intérêt bien compris de certains à perpétuer le Jeu de C?

[g]A ce sujet, voici une belle prémonition, celle du père du financier Warren Buffet, Howard Buffet, qui était membre du Congrès US en 1948. Il disait, lors d'une intervention prophétique: “Human Freedom Rests on Gold Redeemable Money”

En voici un extrait:

[g]«En raison de la puissance économique des Etats-Unis, cela peut prendre du temps jusqu'à ce qu'on arrive à la fin de l'expérience du papier-monnaie. Mais quand ce jour viendra, notre gouvernement trouvera certainement qu'il est plus sage de faire une guerre à l'étranger que d'engager un débat dans le pays. C'est ce qu'ont fait Hitler et d'autres dirigeants.

[g]Si l'on veut sauvegarder la liberté humaine, il n'y a pas de défi plus important que de gagner le combat pour la réintroduction d'une monnaie honnête, c'est-à-dire convertible en or. C'est le seul moyen d'être sûr que les fruits de notre travail nous resteront.»

[g]Enfin, et c'est probablement la menace la plus importante à laquelle nous, Européens, devons réagir: il est urgent de constater que l'actuelle Convention européenne, dans son article III-77, risque de constitutionnaliser l'indépendance (la dictature) de la BCE et donc son pouvoir monopolistique incontrôlé.

[g]En effet, l'indépendance de la BCE à l'égard des gouvernements et des élus, et la mission unique qui lui est assignée- la stabilité des prix - risquent d'être constitutionnalisées. Aucune autorité ne peut sanctionner la BCE, aucune majorité ne peut la contrôler. Rien n'est dit sur l'harmonisation et la coordination budgétaires. Elle n'a même pas, dans l'énoncé de son objectif, la mission d'assurer la croissance et l'emploi, contrairement à la FED qui, pour sauvegarder sa croissance, recourt à la stratégie de reflation. Son seul objectif, la lutte contre (ou le maintien de) l'inflation. Accepter cette convention en l'état, ce serait mettre en péril, hypothéquer le bien-être des générations futures d'Européens. En tant qu'investisseur averti, nous nous devons de faire preuve de responsabilité citoyenne en mettant en avant ce danger d'autodestruction auprès de nos représentants politiques.

[g]Bis repetita, une guerre à financer, des déficits abyssaux, un pétrole cher, des taux d'intérêts très bas, l'or à la hausse , cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose? Bien sûr, nous sommes dans les mêmes circonstances qu'en 1971 , l'année qui, entre autres évènements importants, a vu définitivement s'évanouir les accords de Bretton Woods (convertibilité du $ en or).

[g]Le miroir de l'histoire lui renverra-t-elle le négatif de son image? Quoi qu'il en soit, nous sommes à la veille d'un changement majeur dans les règles du «jeu de C.»

[g]Rendez service à nos contemporains, distribuez cet article, car il n'y a rien de plus absurde que de participer à un jeu duquel on ne connaît pas les règles!

[g]Vous l'aurez compris:

[g]• Notre système financier n'est pas éternel parce qu'il est fondé sur des concepts manipulables et virtuels, alors que seule la valorisation de nos richesses à partir d'un étalon physique présent en quantité mesurable et limitée (rare) sur notre planète peut rendre pérenne la transmission de la (notre) richesse dans le temps.

[g]• Notre système financier n'est pas éternel parce qu'il est issu du commerce des promesses, et une promesse n'engage que celui ou celle qui y croit, rarement celui ou celle qui l'a faite.

[g]• Notre système n'est pas définitif parce qu'il est fondé sur un postulat simple: l'entreprise doit être dirigée dans le seul intérêt de ses actionnaires, qui se confond insidieusement avec celui de ses dirigeants.

[g]• Notre système financier n'est pas durable parce que, comme il est condamné à croître, nous nous apprêtons à léguer aux générations à venir des dettes financières majeures et des pénuries matérielles irréversibles.

[g]Tout se passe comme si le présent était notre seul avenir. Dès lors, pourquoi transférer nos richesses dans le temps? Ne serait-il pas préférable de transférer nos valeurs, celles qui font que la vie vaut d'être partagée et vécue?[/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g][/g]

   
 

Archives sonores

 

Le diamant de Centrafrique - première partie

Reportage à Bangui

En Centrafrique, l’exploitation du diamant est restée artisanale, mais une convention d’exploration a été signée avec une société sud-africaine afin de rechercher de nouvelles mines qui pourraient permettre le développement de cette activité.

Ecouter le reportage (2mn 26s)


par Carine  Frenk

  Article publié le 21/03/2006

 

Le trafic de diamants en Centrafrique

Reportage de Carine Frenk

Ecouter le reportage (2mn)

«Au lieu de déclarer pour un milliard de diamants, les gens vont en déclarer un tiers, or c'est l'Etat qui perd.»

En 2002, la Centrafrique a adhéré au processus de Kimberley qui instaure la traçabilité pour lutter contre les trafics de diamants qui alimentent les guerres. Mais les trafics continuent, ce qui constitue un très gros manque à gagner pour l'Etat centrafricain qui aurait bien besoin de ces ressources.


par Sébastien  Jédor

  Article publié le 22/03/2006

 

 © RFI.fr, droits réservés.



 

Un Etat ruiné en Afrique

LE MONDE | 28.02.06 | 13h20  •  Mis à jour le 28.02.06 | 13h20
Manifestation à Bangui, le 7 juillet 2005, pour réclamer l'annulation totale de la dette de la Centrafrique. La France a fait don de 4 millions d'euros, l'équivalent du budget de l'Etat pour quinze jours. | SERGE DIBERT/PANAPRESS Manifestation à Bangui, le 7 juillet 2005, pour réclamer l'annulation totale de la dette de la Centrafrique. La France a fait don de 4 millions d'euros, l'équivalent du budget de l'Etat pour quinze jours.

SERGE DIBERT/PANAPRESS









Chaque matin, dans le modeste bureau du ministre des finances de la Centrafrique, la même scène se répète. Le ministre, Théodore Dabanga, et son directeur du Trésor font les comptes de la maison Centrafrique. Ce sont des comptes de boutiquier : colonne de gauche, les chèques encaissés la veille par l'administration ; colonne de droite, les dépenses prévisibles de la journée.
 
 
La difficulté est d'ajuster les deux. Il y a les jours fastes où des impôts, des patentes, des taxes douanières tombent dans les caisses du Trésor. Et les jours de pénurie où l'argent file plus vite qu'il n'est rentré. "L'Etat vit au jour le jour", résume le grand argentier. Ainsi va la Centrafrique, l'un de ces pays du continent noir incapable de sortir de ce que les économistes appellent le "piège de la pauvreté". A son chevet se pressent les bailleurs de fonds, prompts à donner des conseils et réticents lorsqu'il s'agit de mettre la main au portefeuille. Plus vaste que la France, moins peuplée que le minuscule Burundi, la Centrafrique est en ruine.
La nature l'a richement dotée, mais, depuis la déposition de l'empereur Bokassa il y a plus d'un quart de siècle, les putschs, les mutineries à répétition et une gestion calamiteuse l'ont saignée à blanc. L'espérance de vie - en baisse - ne dépasse pas 40 ans. Les routes sont des pistes. Le téléphone est réservé aux habitants de la capitale, tout comme la télévision. Le tissu industriel a disparu, et la croissance économique reste un souvenir lointain. "On est revenus aux indicateurs des années 1970", résume un diplomate en poste à Bangui.
Ce vendredi 27 janvier, le ministre des finances désespère d'équilibrer les recettes et les dépenses. Le Trésor a récolté 80 millions de francs CFA (122 000 euros). Il en faudrait plus du double. "L'hôpital de l'amitié" de Bangui, construit par les Chinois, a besoin d'argent pour les médicaments du week-end. Il faudrait payer des retraites de fonctionnaires, régler en liquide le billet d'avion - en classe économique - d'un membre du gouvernement. Et la présidence exige des fonds... Aucune rentrée d'argent n'étant prévue pour les prochaines 48 heures, le ministre voit le déficit public se creuser. Et s'il ne s'agissait que d'un jour par semaine ! En fait, l'exercice d'équilibriste financier du ministre est permanent. "Chaque mois, explique M. Dabanga, l'Etat a besoin de près de 6 milliards de francs CFA [9 millions d'euros environ], alors que les recettes plafonnent à 3 milliards." Dérisoires pour un pays développé, les sommes donnent la mesure du problème. Civils ou militaires, les quelque 20 000 fonctionnaires font les frais des problèmes de fin de mois de l'Etat. Ils bénéficient d'une garantie de l'emploi, mais pas d'une garantie de salaire. "On s'arrange pour leur verser quelque chose tous les trois ou quatre mois", précise un haut fonctionnaire. Ce fut le cas début février. Pour apaiser la colère des enseignants en grève, l'Etat a raclé ses fonds de tiroir, pioché dans un prêt providentiel accordé par les Etats voisins et, pour le solde, négocié une avance - au taux de 12 % à 14 % - auprès des quatre banques qui ont pignon sur rue à Bangui.
En février, ce ne sont pas les salaires de janvier 2006 qui ont été réglés, mais ceux de... juin 2005. D'où les espoirs de la ministre du commerce, de l'industrie et des PME, Béatrice-Emilie Epaye, entrée au gouvernement en juillet 2005. "Si tout va bien, je recevrai ma première feuille de paie le mois prochain", calcule-t-elle. Elle n'est pas la plus à plaindre. La ministre bénéficie d'une voiture de fonction - à charge pour elle de payer le carburant - et, comme présidente du conseil d'administration d'une compagnie d'assurances, elle touche des jetons de présence. Bangui n'est pas en situation de s'opposer au nomadisme public-privé.
L'impécuniosité de l'Etat est spectaculaire. Il ne paie plus ses dettes, et les derniers investissements publics remontent à l'époque de Bokassa. A Bangui, au ministère du commerce et de l'industrie, il existe une seule liaison Internet, et les fonctionnaires vont à pied contrôler les marchés multiples de la capitale. Celui de l'équipement et des transports n'est pas mieux loti, avec seulement trois engins de terrassement en état de rouler et quelques niveleuses.
Même l'armée (4 400 hommes) est au régime sec. Elle ne dispose d'aucun véhicule blindé. L'essentiel de l'aviation se résume à deux ULM d'observation et la marine à quelques pirogues métalliques. "Ils se font offrir des munitions par des pays amis", confie un officier français installé à la présidence.
En province, le dénuement est pire. A l'hôpital de Bozoum, une ville du nord du pays, les interventions chirurgicales se font à la lumière de deux néons. Dans son bureau de la préfecture, Mme la secrétaire générale peut observer, par le large trou du plafond, les hiboux qui se promènent au-dessus de sa tête. A la mairie, le matériel se résume à une antique machine à écrire, dont plusieurs touches sont irrémédiablement bloquées. A la maison d'arrêt, les prisonniers font office de gardiens.
Au milieu de ce désastre, un semblant d'Etat et d'administration survit. L'hôpital de Bozoum s'autofinance par la vente des médicaments dont il a le monopole. Pour dédommager les employés communaux, la police locale, payer les factures d'eau et d'électricité, M. le maire taxe (20 centimes d'euros) les commerçantes du marché. "Beaucoup s'installent après le passage des percepteurs", note avec fatalisme l'édile. Les animaux envoyés à l'abattoir municipal, les amendes constituent un complément de ressources. S'y ajoutaient naguère les recettes tirées de la location du fourgon mortuaire communal. Dès que ses roues seront retrouvées, il reprendra du service.
La préfecture de Bozoum met aussi à contribution les commerçants installés en ville. S'y ajoute une partie des droits de douane perçus plus au nord, à la frontière entre le Tchad et la Centrafrique. La manne est bienvenue mais modeste. Elle n'a pas permis d'installer des serrures à l'entrée des bâtiments administratifs. Et encore moins d'offrir au préfet le téléphone satellite dont il rêve pour communiquer avec Bangui sans devoir passer par le poste radio de l'armée.
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Jean-Pierre Tuquoi
Article paru dans l'édition du 01.03.06

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