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La deuxième sortie de Achille MBEMBE contre Nicolas Sarkoziy
(Le Messager 10/08/2007)


Il y a quelques jours, et en réponse au discours controversé prononcé par Nicolas Sarkozy, chef d’Etat français à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), nous publiions un texte d’Achille Mbembe, “ L’Afrique de Nicolas Sarkozy ”. Ce texte a été très largement diffusé en Afrique francophone et en Europe. Repris par plusieurs organes de presse et dans les médias alternatifs, il a suscité de vigoureux débats sur plusieurs sites internet. Il a également donné lieu à de nombreuses réactions et nouvelles interrogations qui obligent son auteur à préciser sa pensée – ce qu’il a aimablement accepté de faire dans la note qui suit.

L’on veut savoir pourquoi, à mes yeux, le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar est odieux, indécent, et à la limite du vraisemblable.

Il est répugnant pour quatre raisons.
Il y a d’abord la volonté, plusieurs fois suggérée par Nicolas Sarkozy lors de la récente campagne électorale, d’instrumentaliser l’histoire de France ou en tout cas de rallier les Français à une vision factice et agressive du signifiant national.
Pour le néo-conservatisme français, la manipulation de l’histoire nationale passe par trois voies : la récupération de certaines figures emblématiques de la gauche (Jaurès, Blum, Moquet), le procès intenté à la culture et à la pensée dite de “ Mai 68 ”, et pour ce qui nous concerne directement, la réhabilitation du colonialisme (qui va de pair avec la persécution des étrangers dans l’Hexagone).

Indulgence pour les larrons
Ce dernier est désormais présenté non comme le crime qu’il fut du début (guerres de conquête) jusqu’à la fin (les luttes pour l’indépendance et la décolonisation), mais comme une simple “ faute ” qu’il faudrait passer par pertes et profits. Pis, la nouvelle légende veut que la colonisation ait été une entreprise bénévole et humanitaire. Prostrés dans la haine de soi et de la France, voire dans l’ingratitude, les ex-colonisés, nous dit-on, seraient malheureusement incapables d’en apprécier en dernière instance les bienfaits puisque, abandonnés à eux-mêmes, ils n’auraient jamais trouvé la voie du progrès et de la liberté.
À ce projet révisionniste s’ajoute, au nom du refus de la repentance, la disqualification de tout regard critique sur le système colonial et le déni de toute responsabilité quant aux horribles crimes et atrocités de l’époque. Je conviens que le contenu de l’histoire (y compris l’histoire de la colonisation) ne saurait se résumer aux massacres. Ceci dit, l’on ne peut pas faire comme si la conscience de soi était une chose, et la conscience de l’injustice ou du dommage causé à autrui une autre que l’on peut aisément séparer de notre conscience d’homme.
On l’a vu lors de la campagne électorale en France et, plus récemment encore à Dakar. Chaque fois, le procédé est le même. On commence par dénoncer et par stigmatiser ceux et celles qui “ rougissent de l’histoire de la France ” ou la “ noircissent ” - les “ adeptes de la repentance ”.
Puis, au nom de la fierté nationale, de l’amour pour la patrie, de la sincérité et de la bonne foi, on enchaîne par une exaltation en bonne et due forme des colons. On veut nous faire croire que d’aussi humbles serviteurs de la mission civilisatrice n’auraient gagné leur vie qu’en toute honnêteté. Colonisant en toute innocence, ils n’auraient jamais exploité personne. Au demeurant, ils n’avaient pour dessein que de “ donner l’amour ” à des peuplades asservies par des siècles d’obscurantisme et de superstitions. Injustice de l’histoire, ils n’ont, en fin de compte, récolté que la haine et le mépris de ceux au salut desquels ils sacrifièrent pourtant tout.
Pour Nicolas Sarkozy et les siens, les pertes subies par les colons français pèsent plus lourds à la bourse de la mémoire que les ravages et les destructions subis par ceux qui, au prix de mille privations, d’incessantes humiliations et, parfois, de leurs vies, mirent un terme à cette nuit de la souffrance humaine que fut la colonisation. Car, dans la théologie politique des néo-conservateurs français, l’indulgence pour les larrons doit toujours l’emporter sur la pitié pour les crucifiés.

Amitiés perfides
La deuxième raison de ma stupéfaction est l’insolence, et surtout l’arrogance et la brutalité qu’autorise une telle volonté de méconnaissance. Pour noyer la vérité et jeter la poudre aux yeux de ceux qui sont distraits, l’on recourt au “ raisonnement par les bons sentiments ” dont Françoise Vergès (Abolir l’esclavage. Les ambiguités d’une politique humanitaire) a démontré, il n’y a pas longtemps, la perversité.
En effet, ce discours incohérent (la faute oui, la repentance non) et vermoulu, mais à la nuque raide - telle est bien la marque déposée du nouveau conservatisme français. Il se trouve que chez Nicolas Sarkozy en particulier, ce conservatisme prend de plus en plus des allures truculentes, à la manière du trop bandant de nos satrapes tropicaux, comme en témoigne d’ailleurs son penchant pour le maniement de l’invective sous les oripeaux de l’exhortation, le tout assaisonné d’imprécations et de déclarations à l’emporte-pièce – le pur épuisement qui naît d’un vide fondamental.
Car, ce que notre négrophile donneur de leçons cherche à camoufler derrière les formules convenues telles que la sincérité ou encore la vérité, c’est avant tout une insoutenable dose de mauvaise foi que l’on veut faire passer pour de la générosité et de la franchise. L’amitié dont il se réclame à tue-tête ne porte pas seulement au flanc la blessure d’une flèche perfide. Et le nouveau chef de l’État ne cherche pas seulement à manipuler l’histoire de France. Il veut aussi falsifier la nôtre et les significations humaines dont cette dernière est porteuse. Ce faisant, et par on ne sait quel pouvoir, il s’autorise de parler de l’Afrique et des Africains à la manière du maître qui a pris la mauvaise habitude de maltraiter son esclave et d’avilir sa chose, et qui ne parvient pas à se déprendre d’attitudes héritées d’un sinistre passé dont nous ne voulons plus.

Colo-nostalgie
Puis il y a la fourberie. L’on prétend s’adresser à l’élite africaine. En réalité, l’on ne cesse de faire des clins d’œil à la frange la plus obscurantiste de l’électorat français - l’extrême-droite, les colo-nostalgiques, tous ceux-là qui, rongés par la mélancolie postcoloniale, pensent que quatre ou cinq millions d’immigrés et de citoyens français d’origine noire et arabe dans un pays de plus de cinquante-cinq millions d’âmes menacent l’identité française.
Plus grave encore, ce n’est pas comme si le président Sarkozy était dans l’attente d’une réponse de notre part. Car il y a plus de vingt ans déjà que Jean-Marc Éla (L’Afrique des villages) a écrit le plus beau livre sur l’inventivité des paysans africains. Auparavant, Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, Joseph Ki-Zerbo, Abdoulaye Bathily, Bethuel Ogot, Ade Ajayi, Adu Boahen, Joseph Inikori, Toyin Falola, Kwame Arhin et des dizaines d’autres avaient mis en place les fondations d’une historiographie africaine solide et documentée. Celle-ci établit, entre autres comment, de tous temps, l’Afrique a fait partie du monde, y a joué activement son rôle et a contribué ce faisant au développement des techniques, du commerce et de la vie de l’esprit.
Aux yeux de notre nouvel ami, tout cela ne compte guère. Et pour cause. Il ne s’adresse pas à nous comme dans un rapport de face-à-face où nous compterions comme interlocuteurs. En fait, il ne regarde ni ne voit notre visage. Chez lui, “ l’homme noir ” est un être abstrait, doté d’une “ âme ” certes, mais sans visage, puisque plongé dans les ténèbres de l’innommé. Quand il prétend dialoguer avec nous, ce n’est pas dans le cadre d’un rapport moral d’égalité et, par conséquent, de justice. C’est dans le registre de la volonté de puissance - un je-ne-sais-quoi de narcissique et d’autant plus triomphaliste qu’il est marqué du sceau de l’ignorance volontaire et assumée.

L’insolence de l’ignorance
La troisième raison de mon incrédulité est la vision éculée que le nouveau chef d’état français a choisie, désormais, de véhiculer de l’Afrique et des Africains. Comme je l’indiquais dans un texte précédent, cette vision se situe en droite ligne de la dogmatique raciste du XIXe siècle.
Le président puise à pleines mains dans cette fange, sans la moindre distance ni ironie. Il répète des pages entières des élucubrations de Hegel, Lévy-Bruhl, Leo Frobenius, Placide Tempels et autres inventeurs de “ l’âme africaine ”, construisant au passage sa “ vérité ” avec les copeaux de l’ethnophilosophie d’hier, comme d’autres avant lui s’investissaient dans l’ethnozoologie, dans l’espoir de mettre à nu “ l’essence foncièrement animale du nègre ”.
Mais sait-il seulement que l’étroitesse d’esprit caractéristique du racisme colonial – ce terrorisme avant la lettre – a fait l’objet d’une critique soutenue par les intellectuels africains eux-mêmes depuis la deuxième moitié du XIXe siècle ? Sait-il seulement que respecter l’ami, c’est aussi se référer honnêtement à ses opinions ?
Or, il existe bien une longue tradition de critique interne des sociétés et des cultures africaines qui aurait pu aider notre théoricien à développer un argument un tant soit peu vraisemblable. Encore aurait-il fallu qu’il commence par enlever la poutre logée dans ses yeux avant de se préoccuper de celle qui encombre l’oeil du voisin.
De ce point de vue, des roitelets nègres ont en effet pris part à la Traite des esclaves, comme aujourd’hui le cartel des satrapes – dont la plupart bénéficient du soutien actif de la France - qui participent à la destruction de leurs propres peuples.
Mais que dire donc de la collaboration française sous l’occupation nazie ? Que dire du régime de Vichy dont la chute eût été impossible sans la contribution décisive des gens d’origine africaine (comme le montre l’historien Siba Grovogui, Beyond Eurocentrism and Anarchy. Memories of International Order and Institutions), mais dont on copie et reproduit aujourd’hui les méthodes de classification et de discrimination des personnes par le biais du ministère de l’identité et de l’immigration ?
Comment se fait-il que celui qui, en France, promeut un type de relation entre l’identitaire et l’État si proche de l’idéologie de Vichy et qui ne résiste pas à la tentation de mobilisation de formes de xénophobie anti-arabe et africaine soit le même qui vienne nous administrer des leçons d’universalisme dans l’enceinte d’une université dédiée à un authentique patriote africain ?
Pour être logique avec soi-même, pourquoi ne va-t-on pas dire aux Israéliens que, quant au fond, les soutiers du nazisme n’étaient, comme nos colons d’hier, que de pauvres innocents, des gens honnêtes qui ne voulaient que le bien des Juifs ? Pourquoi ne va-t-on pas dire à Nelson Mandela que, quant au fond, les tortionnaires et bénéficiaires du dernier État raciste au monde – l’État d’apartheid en Afrique du Sud – ne voulaient que son bien ?
On le voit bien, ce petit jeu du révisionnisme est moralement répugnant. Et Césaire l’avait bien compris, qui dans son Discours sur le colonialisme, dénonçait déjà, en 1952, “ les voluptés sadiques, les innommables jouissances qui vous friselisent la carcasse de Loti quand il tient au bout de sa lorgnette d’officier un bon massacre d’Annamites ”.

Une tradition critique
Dans la pensée africaine de langue française, Frantz Fanon (Peau noire, masque blanc) est sans doute celui qui a fait la déconstruction la plus convaincante de la sottise raciste tout en proposant les linéaments d’une humanité fraternelle.
De W.E.B. Dubois à C.L.R. James en passant par Martin Luther King et Nelson Mandela, de Stuart Hall à Paul Gilroy, Fabien Éboussi Boulaga et tous les autres, le meilleur de la pensée noire a toujours été rendu sous la forme du rêve d’un nouvel humanisme, d’une renaissance du monde par-delà la race, d’une polis universelle où est reconnu à tous le droit d’hériter du monde dans son ensemble. L’Afrique dont ils se réclament – ce mot et ce nom – est une multiplicité vivante qui, à l’instar du mot “ Juif ”, est lié, dès les origines, au futur de l’universel.
Au cœur de cette pensée, les questions de mémoire sont d’abord des questions de responsabilité devant soi et devant un héritage. Dans cette pensée, on ne devient vraiment “ homme ” que dans la mesure où l’on est capable de répondre de ce dont on n’est pas l’auteur direct, de celui ou de celle avec qui on n’a, apparemment, rien en partage – l’assignation à la responsabilité. C’est à cause de cette assignation principielle à la responsabilité que notre tradition critique s’oppose fondamentalement à l’antihumanisme et la politique du nihilisme qui caractérise le néo-conservatisme à la française.
Nicolas Sarkozy se prévaut de Senghor pour accréditer des thèses irrecevables parce qu’historiquement fausses et moralement corrompues, marquées comme elles le sont par le pesant d’antihumanisme qui, toujours, loge au fond de toute idéologie raciste.
D’abord, il fait semblant d’oublier qu’au moment où Césaire, Senghor et les autres lancent le mouvement de la négritude, l’humanité des Noirs est contestée. Les Noirs, à l’époque, ne constituent pas seulement une race opprimée. Comme les Juifs, il n’y a, alors, pratiquement pas un seul endroit au monde où ils jouissent de paix, de repos et de dignité. La lutte, à l’époque, est littéralement une lutte pour l’affirmation du droit à l’existence.
Cette dimension insurrectionnelle de la critique culturelle, on ne la retrouve pas seulement chez les penseurs africains. Elle est également présente chez les penseurs afro-américains et de la diaspora, descendants d’esclaves et survivants des temps de la captivité dans les plantations du Nouveau Monde. La gommer aujourd’hui pour ne retenir que la poétique du royaume de l’enfance, du merveilleux et des forêts qui chantent relève de la falsification.
D’autre part, il est vrai que quand on se bat pour affirmer son droit d’exister, on a tendance à recourir à des figures de style fixes et binaires, à des raccourcis peut-être mobilisateurs, mais sans doute un peu courts sur la longue durée.
Senghor en particulier ne s’en priva guère qui, s’inscrivant dans la continuité des vocabulaires les plus racistes de son époque, déclara que l’émotion est nègre comme la raison est hellène. Encore ouvre-t-il la voie à un dépassement de la race et à la possibilité d’une réconciliation des mondes, comme on peut le lire dans ses Chants d’ombre.
Sarkozy oublie par ailleurs qu’aux yeux de nombreux intellectuels africains, le même Senghor est demeuré une figure polémique. Poète chanté et reconnu, l’essentiel de sa réflexion philosophique a été largement réfuté. Comme l’ont bien montré la génération de Marcien Towa (Léopold Sédar Senghor : négritude ou servitude ?) et de Stanislas Adotevi (Négritude et négrologues), ce dernier ne concevait pas seulement la culture comme quelque chose de biologique et d’inné. Pour bien des penseurs africains anglophones, Senghor se contenta, tout au long de sa carrière, de faire la politique de la France en Afrique. Ils estiment, à tort ou à raison, qu’au panthéon des héros africains, c’est ce qui le distingue de Kwame Nkrumah (Africa Must Unite), Amilcar Cabral (Unity and Struggle), Cheikh Anta Diop (Nations nègres et culture) ou encore Nelson Mandela (Long Walk to Freedom).
Plus près de nous, la pensée contemporaine d’origine africaine n’a cessé de démontrer que s’il existe bel et bien une existence locale, des catégories vides de sens telles que “ l’âme africaine ” ne sauraient en rendre compte.
Paul Gilroy (The Black Atlantic), Édouard Glissant (Poétique de la relation), Maryse Condé, Françoise Vergès, Raphael Confiant et bien d’autres ont largement fait valoir qu’il n’y a pas d’identité fixe. Pour l’ensemble du nouveau roman africain de langue française, d’Alain Mabanckou à Efoui Kossi en passant par Abdurahman Waberi, Ken Bugul, Véronique Tadjo, Samy Tchak, Patrice Nganang et les autres, les identités ne peuvent être que des identités de relation et non de racines. Le cinéma africain, de Sembène Ousmane à Basseck ba Kobhio, tout comme la musique africaine n’ont cessé de montrer que l’identité fixe est source de mort culturelle ; ou encore que le présent et le futur seront nécessairement hybrides. Dans le domaine des arts et de l’esthétique, la problématique de la différence est battue en brèche, comme en témoigne la récente Exposition internationale “ Africa Remix ” de Simon Njami (voir Africa Remix. Contemporary Art of a Continent).
D’autre part, l’ethnophilosophie, dans laquelle puise abondamment Nicolas Sarkozy, a fait l’objet d’une vigoureuse critique. Paulin Hountondji (Sur la philosophie africaine), Valentin Mudimbe (The Invention of Africa) et Fabien Éboussi Boulaga (La crise du Muntu) en particulier n’ont cessé de dénoncer la sorte d’identitarisme qui ne s’obtient qu’en érigeant en trait exclusif les multiples appartenances dont nous sommes les héritiers.
A la suite du philosophe ghanéen Anthony Appiah (In My Father’s House), j’ai moi-même sévèrement critiqué l’idéologie victimaire (De la postcolonie) tout en proposant le concept d’“ afropolitanisme ” comme antidote à la négritude et au nativisme.
Au demeurant, qui ignore encore aujourd’hui que le recours à des poncifs tels que “ l’âme noire ” ou l’“ authenticité africaine ” sont, avant tout, des manières pour les régimes corrompus et leurs élites politiques et intellectuelles de se prévaloir de la différence dans l’espoir de légitimer leur brutalité et leur vénalité ? N’est-il pas vrai, par ailleurs, qu’à cet esprit de la vénalité “ coopèrent ” sans vergogne et depuis la décolonisation bien des réseaux français qui, pour l’occasion, ne s’embarrassent guère de la couleur de la peau ?
Par ailleurs, beaucoup d’entre nous, de Frantz Fanon à Françoise Vergès (La république coloniale), avons toujours dit que la repentance et la réparation produisent des victimes. La vulgate de la repentance perpétue l’image de l’autre comme corps non parlant, comme corps sans énergie ni vie. Et cela, ce n’est pas nous. Car nous ne sommes pas seulement des victimes de notre propre drame. Nous en sommes également des acteurs et des témoins.

Pouvoir de nuisance
Plus que jamais, les relations entre la France et l’Afrique seront des liens consciemment voulus et non plus imposés. À leur fondement se trouveront des valeurs morales et éthiques, ou alors ce ne seront pas des liens du tout – un simple pouvoir de nuisance.
Si la France persiste dans son autisme, c’est-à-dire son refus de comprendre le monde et d’avoir du génie dans son rapport avec l’Afrique, alors nous ne l’écouterons point. Pour l’heure, le projet néo-conservateur français pour l’Afrique tel qu’énoncé par Nicolas Sarkozy à Dakar n’est pas une invitation à bâtir une société humaine, un langage commun, encore moins un monde commun. Parce qu’il se contente de reproduire les sottises qui divisent, ce projet n’est pas une invitation à faire ensemble l’expérience de la liberté.
Voilà pourquoi il faut s’y opposer dès maintenant, sans crainte, mais avec courage, intelligence et fermeté. Parce que si on laisse faire, le prix à payer sera, mine de rien, très élevé pour les Africains.

@ Le Messager et Africultures, aout 2007




Par par Achille Mbembe
Le 10-08-2007

 

 

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Rapprochement France-Côte d’Ivoire: Gbagbo à Paris en octobre
(L'Inter 09/08/2007)


L’information est tenue encore officieuse, mais fait grand bruit dans les milieux hautement politiques et diplomatiques. Elle a cependant été révélée par l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique dans son édition de cette semaine. C’est que le Président ivoirien Laurent Gbagbo, dont le régime est en froid avec l’Elysée depuis l’attaque de septembre 2002, est annoncé à Paris au mois d’octobre prochain. Nos tentatives de joindre le conseiller spécial à la communication de la Présidence pour confirmer l’information, sont restées vaines. Toutefois, cette visite selon d’autres sources consultées, est bien possible. Impulsée qu’elle est, d’une part par la décrispation du climat politique en Côte d’Ivoire, avec pour terreau, la signature et la mise en œuvre de l’accord politique de Ouagadougou, et d’autre part par l’arrivée à l’Elysée d’un nouvel locataire, en la personne de Nicolas Sarkozy, ‘’ l’homme de la rupture tranquille ‘’. Pour le Premier volet, à savoir le dialogue direct qui a débouché sur l’accord de Ouagadougou, le président Gbagbo a réalisé de bons points. La normalisation des relations avec les voisins du nord, notamment le Mali et surtout le Burkina Faso, et le rapprochement inattendu avec le chef de l’ex-rébellion, Guillaume Soro, devenu son Premier ministre pour la mise en œuvre de l’accord de paix en Côte d’Ivoire. Quant au second volet, notamment les relations France-Côte d’Ivoire, l’arrivée de Sarkozy à l’Elysée semble avoir donné un nouveau souffle aux relations entre les deux pays. Paris et Abidjan présentent désormais quelques signes de décrispation et de reprise. Récemment d’ailleurs, l’actuel président français, Nicolas Sarkozy, a pris l’initiative d’un échange téléphonique avec son homologue ivoirien, Laurent Gbagbo. L’objectif officiel annoncé, féliciter le N°1 ivoirien pour avoir réussi la cérémonie de la flamme de la paix à Bouaké, ville symbole de la rébellion. Mais bien au delà, ce coup de fil marquait une sorte de rupture dans les relations ‘’ très tendues ‘’ entre les régimes d’Abidjan et de Paris, du temps du président Chirac. Récemment encore, au cours d’une interview, le président Gbagbo n’a pas été tendre avec l’ex-président français Jacques Chirac, marquant ainsi le désamour entre ces deux hommes. Le président Nicolas Sarkozy, lui, venait ainsi de mettre fin à plus de trois années de froid dans les relations entre la France et son ex-colonie, ouvrant ainsi les portes à de nouvelles perspectives. Et pour marquer le coup, le chef de l’Etat ivoirien devrait se rendre à Paris en octobre prochain pour rencontrer son homologue français. Selon nos sources, les questions liées à la coopération et les nouvelles orientations dans les relations entre les deux pays, domineront les discussions. Il s’agit notamment de la coopération militaire, fortement décriée par le régime d’Abidjan durant la crise. Le président Gbagbo a en effet trouvé scandaleux que les accords de défense qui lient la Côte d’Ivoire à la France n’aient pas fonctionné au moment où son régime était attaqué. De là à proclamer leur caducité, il n’y a qu’un pas que le pouvoir d’Abidjan n’a pas franchi. Cette audience d’octobre sera donc l’occasion de jeter les bases de discussion de nouveaux accords de défense, mais également dans bien d’autres domaines. En outre, plusieurs autres sujets attendent à la table de discussions entre les deux hommes. Il y a l’affaire Kieffer, du nom du journaliste franco-canadien disparu en Côte d’Ivoire le 16 avril 2004 dans des conditions mystérieuses. Cette affaire qui fait couler beaucoup d’encre et de salive, va certainement connaître un début de résolution. A tout le moins, elle fera l’objet de discussion entre l’actuel président français Nicolas Sarkozy, son homologue ivoirien, et les personnes concernées par le dossier. Le président Sarkozy avait fait une promesse de campagne dans ce sens. Il a donné son accord pour rencontrer l’épouse du journaliste disparu, Osange-Silou Kieffer. Cette rencontre est prévue au mois de septembre, et les préparatifs vont bon train. Une réunion préparatoire s’est déjà tenue le 12 juillet dernier, avec les conseillers juridiques du président français, Patrick Ouart et Christophe Ingrain. De plus, les juges en charge du dossier Kieffer disent avoir de nouveaux éléments en provenance d’Abidjan, et qui ont fait considérablement avancer l’enquête. Un autre sujet, et non des moindres, est relatif aux événements de novembre 2004. Evénements qui ont fortement altéré les relations entre la France et la Côte d’Ivoire. Au moment où il est question de normalisation entre les deux pays, les contentieux qui ont causé la rupture devront donc être vidés.



Hamadou ZIAO

 

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Nicolas Sarkozy est revenu nous insulter sur nos terres
(Le Mali.fr 09/08/2007)


Les oreilles de l’Afrique bourdonnent encore des propos méprisants proférés, lors d’une visite officielle en Décembre 2006 au Mali, par le candidat à l’élection présidentielle française, Nicolas Sarkozy.

Analysant sa tristement célèbre phrase «La France n’a pas besoin de l’Afrique », d’aucuns avaient cru, à tort ou à raison, que celle-ci rentrait seulement dans le cadre d’une stratégie électorale destinée à capter les voix des militants de l’extrême droite de son pays et de ses compatriotes qui vivent de l’Afrique tout en voulant faire croire le contraire. Mais pour montrer qu’il reste cohérent dans ses rapports hautains avec l’Afrique, Nicolas Sarkozy, moins de trois mois après son élection à la tête de l’Etat français, précisément le 26 juillet 2007, s’est empressé de venir nous humilier, à nouveau.

Pour ce faire, il a choisi de s’adresser à la jeunesse africaine depuis le Sénégal autre symbole de la domination outrancière de son pays à travers ses bases militaires et sa pléthore d’expatriés.

Et Abdoulaye Wade, le maître du Sénégal l’a mis dans les meilleures conditions en lui offrant l’espace de l’université Cheikh Anta Diop, haut symbole de la Renaissance Africaine.

Devant un public nombreux, qui se dégrossissait progressivement, n’en pouvant plus d’entendre ses paroles méprisantes et méprisables, Nicolas Sarkozy a tenu un long discours où les contradictions les plus flagrantes côtoient allégrement les contre -vérités criardes qui témoignent de sa méconnaissance totale de l’histoire africaine sinon de sa volonté de rabaisser les Africains.

Voici deux exemples, entre autres, des incohérences des propos du Président français

Je veux, ce soir, m’adresser, à tous les Africains qui sont si différents les uns des autres, qui n’ont pas la même langue, qui n’ont pas la même religion, qui n’ont pas les mêmes coutumes, qui n’ont pas la même culture, qui n’ont pas la même histoire et qui pourtant se reconnaissent les uns les autres comme des Africains. Là réside le premier mystère de l’Afrique. »

Aucun étranger ne pouvant connaître un peuple mieux que ce dernier, Nicolas Sarkozy voit un mystère là où il n’y en a pas. Il ignore ou feint d’ignorer que les migrations à l’intérieur de l’Afrique, font que chaque groupe humain, sur toute l’étendue du continent au sud du Sahara, est une branche d’un tronc commun dont il a gardé l’essentiel de la vision du monde. Plus que le partage de l’espace physique, c’est le partage d’une tradition commune qui fait que les Africains se sentent tous des Africains.

C’est d’ailleurs pour cette raison que Nicolas Sarkozy donne de l’ampleur à ses contradictions en parlant, plus loin, dans son discours du paysan africain et non de paysans africains.

Dans le second exemple d’incohérence, il affirme :

« Oui, je veux m’adresser à tous les habitants de ce continent meurtri, et, en particulier, aux jeunes, à vous qui vous êtes tant battus les uns contre les autres et souvent tant haïs, qui parfois vous combattez et vous haïssez encore mais qui pourtant vous reconnaissez comme frères, frères dans la souffrance, frères dans l’humiliation, frères dans la révolte, frères dans l’espérance, frère dans le sentiment que vous éprouvez d’une destinée commune, frères à travers cette foi mystérieuse qui vous rattache à la terre africaine, foi qui se transmet de génération en génération et que l’exil lui-même ne peut effacer. »

A l’évidence, il n’est pas nécessaire d’être un surdoué de la raison raisonnante pour s’apercevoir que cette partie du discours s’inscrit en faux contre ses propos ci-dessus cités.

En effet, si les jeunes africains se sentent mus par une destinée commune et par la même foi mystérieuse, transmise de génération en génération et qui les rattache à leur patrie, l’Afrique, c’est bien pa ce que les Africains ne sont pas différents les uns des autres.

Par ailleurs, pour donner du crédit à ses affirmations légères, Nicolas Sarkozy aurait pu citer un exemple où des jeunes africains ont quitté leur pays pour aller en combattre d’autres ; ou un autre dans lequel des jeunes du même pays se sont battus les uns contre les autres sans, le cas échéant, avoir été manipulés par des adultes inconscients dont le but ultime est de jouir de miettes de pouvoir que, justement, la France ou d’autres puissances occidentales, consent à leur donner pour services rendus.

Mais le Président français sait ce genre d’exercice périlleux !

Il a donc préféré se contenter d’affirmations gratuites ; l’essentiel étant pour lui d’essayer d’accentuer le complexe d’infériorité des jeunes Africains et surtout de leur faire tourner le dos à leurs Ancêtres et à la Tradition patiemment élaborée par eux.

Les passages, ci-dessous de son discours sont significatifs à cet égard.

« La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution ».

Puis, parlant des bienfaits imaginaires du colon, il ajoute :

« Il a pris mais je veux dire que c’est avec respect qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu fécondes des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n’étaient pas des voleurs, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs. »

En dédouanant la colonisation des conséquences désastreuses de quelques-uns de ses nombreux crimes, en faisant les louanges de la colonisation, le Président français prouve, à suffisance, qu’il a l’intime conviction que les responsables politiques africains manquent singulièrement de courage devant l’adversité.

Les observateurs attentifs auront remarqué qu’aucune question de la presse, ni la tournure de sa conférence ne l’ont invité à un tel épanchement de sentiments irrespectueux.

Et les mêmes observateurs auront également noté qu’en Libye où il s’était rendu la veille de sa visite au Sénégal, comme en Algérie et en Tunisie où il a également été reçu, depuis son élection, l’audacieux Président français n’a pas osé tenir le même discours.

Il sait pertinemment que la réaction des dirigeants de ces pays aurait été immédiate pour relever le caractère mensonger des affirmations historiques totalement infondées qu’il sert à l’Afrique des dirigeants noirs, majoritairement ignorants de l’histoire de leur peuple et prêts à toutes les compromissions pour conserver leur mandat de nouveaux gouverneurs de l’Afrique et pour survivre de mendicité internationale.

Il convient de porter à la connaissance de nos dirigeants et de rappeler à leur hôte encombrant et arrogant ainsi qu’à ses inspirateurs, c’est-à-dire, les africanistes euro -centristes, révisionnistes, négationnistes et négrophobes une vérité immuable.

La qualité d’une civilisation se mesure à sa capacité à garantir à tout son peuple la satisfaction des besoins fondamentaux de la vie; à savoir une éducation de qualité, une santé de qualité, une nourriture de qualité, un logement décent, un habillement convenable.

Or, jusqu’à la veille de la colonisation, commencée au Sénégal, dans la seconde moitié du 19è siècle, l’Afrique était en avance sur l’Europe dans les domaines essentiels de la grande activité humaine.

Au plan éducatif, la distribution du savoir et de la connaissance se faisait, en Afrique, à travers la structure verticale familiale et la structure horizontale sociale au sein de classes d’âge. Ainsi, dès l’adolescence, l’enfant connaissait l’essentiel des mythes fondateurs de la société, savait ce que cette société attendait de lui, était imprégné du sens de la solidarité active, du sens du sacrifice utile, etc.

En France, puisque c’est la France qui nous intéresse, la grande majorité des enfants issus du tiers - état, qui représentait plus de 80 pour cents de la population, ne savait rien à l’extérieur des frontières de leur village. Il faudra attendre Jules Ferry, qui libérera l’école de l’emprise de l’église pour que vers la fin du 19ème siècle, plus d’enfants puissent découvrir d’autres réalités.

Au plan de la santé, de la nourriture, et du logement, le silence des ouvrages occidentaux pourtant prompts à dénigrer l’Afrique, sur l’existence d’handicapés physiques, d’handicapés mentaux, de famines, de mendiants, de sans-abri, est la meilleure preuve que le colon a trouvé, à son arrivée en terre africaine, un peuple sain de corps et d’esprit.

En France, les épidémies répétitives de peste, de choléra, de diarrhées vertes, de fièvre typhoïde, de tuberculose étaient responsables de milliers de morts tandis que les famines et l’appropriation des terres par la noblesse et le clergé, faisaient d’autres milliers de vagabonds qui finissaient régulièrement dans les prisons.

Au plan de la science, il n’est pas inutile de rappeler, entre autres réalités, que l’Europe attendra le 15ème siècle pour découvrir, grâce à ses télescopes, l’étoile naine Pô -Tolo, compagne de Sirius connue des Africains depuis les temps immémoriaux.

Il est intéressant de rappeler, également, que c’est grâce aux Africains, que Nicolas Sarkozy a pu inscrire dans son agenda le mois et les jours de ses visites en Afrique ; car ce sont bien les Africains qui ont inventé le calendrier et aussi l’écriture.

La vérité vraie est que la colonisation a tiré l’Afrique vers le bas.

Pour construire ses ponts et ses routes afin d’acheminer vers les ports et à destination de l’Europe les matières premières volées à l’Afrique, le colon a réquisitionné, dans le cadre du travail public obligatoire, les forces vives des villes et des villages, qui par dizaines de milliers ont perdu la vie, qui par d’autres dizaines de milliers sont devenus des handicapés à vie.

Pour construire ses ponts et ses routes afin d’acheminer vers les ports et à destination de l’Europe les matières premières volées à l’Afrique, le colon a déplacé des populations entières de régions où elles avaient choisi de se fixer du fait de l’environnement favorable, pour les obliger à s’installer, presque toujours, dans des régions hostiles.

En construisant ses hôpitaux et ses dispensaires, afin de disposer, à tout moment, d’une masse de serviteurs en bonne santé, le colon a tout simplement voulu pallier le recul de la médecine traditionnelle que les spécialistes africains ne pouvaient plus assurer avec efficacité ayant été éloignés des régions dont ils connaissaient les plantes médicinales.

En construisant ses écoles, le colon a cherché à façonner un Africain déculturé, acculturé, reprogrammé pour se renier. Car l’école et particulièrement sa langue de formation véhiculent un univers culturel propre ; à ce titre, l’école française, comme toutes les écoles occidentales, est un instrument de génocide culturel.

Aujourd’hui, comme hier, toutes ses infrastructures routières, portuaires, sanitaires, scolaires, continuent de servir la France et la France seulement dans l’intérêt exclusif de laquelle elles ont été réalisées aux prix d’énormes sacrifices auxquels les Africains ont été contraints et forcés.

On se souvient encore qu’après le « Non » de Séku Turé, à la communauté française, en 1958, le Général de gaulle a vidé la Guinée de tout ce qu’il pouvait ; jusques et y compris les machines à dactylographier, les stylos et les gommes.

A l’évidence, s’il avait pu, il aurait enroulé ses ponts et ses routes pour les emporter avec lui.

Si l’Afrique croule sous le poids humiliant des maladies chroniques, des famines, de la dictature responsable de ses autres maux, à savoir la prévarication, la corruption, les génocides, etc. c’est toujours à cause de la colonisation dont la nouvelle forme est le néocolonialisme.

C’est pendant la colonisation que les maladies vénériennes telles que la syphilis, la blennorragie, les affections comme la lèpre, l’onchocercose, la maladie du sommeil etc. ont fait leur apparition en Afrique.

C’est après la colonisation que les Pères fondateurs de la Nation ont fait leur apparition, dont la plupart se sont proclamés Présidents à Vie, avant d’instituer une « Monarchie Présidentielle » qui peut remplacer le père par le fils.

A-t-on jamais entendu la France condamner, ne serait-ce que du bout des lèvres, ces pratiques malsaines ? A-t-on jamais entendu la France dire non à l’approvisionnement des comptes de ses banques, à l’investissement dans son patrimoine immobilier des centaines voire les milliers de milliards de francs CFA régulièrement volés à l’Afrique par ses dirigeants corrompus au vu et au su de tous et surtout de ses services de renseignements ?

Mais le Président français et ses inspirateurs africanistes euro - centristes négationnistes, révisionnistes et négrophobes ne sont pas troublés par les contrevérités et les contradictions qui cheminent ensemble dans leurs discours habituels, toujours enclins qu’ils sont à vouloir réécrire l’histoire de l’Afrique à la place des Africains.

Leur objectif vise à substituer aux millénaires de vie commune et de Tradition africaine, la durée de la colonisation, si éphémère sur l’échelle du temps ; à peine une cinquantaine d’années !

Cet objectif est rappelé par Nicolas Sarkozy avec insistance :

« La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l’embryon d’une destinée commune. Et cette idée me tient particulièrement à cœur »,

« Pour le meilleur comme pour le pire, la colonisation a transformé l’homme africain et l’homme européen »,

« Je suis venu vous dire que cette part africaine et cette part européenne de vous-même forment votre identité déchirée »,

Et, croyant la jeunesse africaine aussi ignorante et résignée que ses dirigeants politiques, il lui certifie que c’est la seule voie possible pour connaître le bonheur de vivre.

« Je suis venu vous dire que la part d’Europe qui est en vous est le fruit d’un grand péché d’orgueil de l’occident mais que cette part d’Europe en vous n’est pas indigne »,

« Car elle est l’appel de la liberté, de l’émancipation, de la justice et de l’égalité entre les femmes et les hommes »,

« Car elle est l’appel à la raison et à la conscience universelles »,

«Le défi de l’Afrique…c’est de s’approprier les droits de l’homme, la démocratie, les libertés, l’égalité, la justice comme l’héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes ».

Mais la jeunesse africaine sait qui elle est et ce qu’elle vaut. Elle comprend donc parfaitement que le métissage culturel auquel elle est invitée a pour finalité de diluer les valeurs inégalables de son peuple dans une prétendue civilisation mondiale qui se conjugue exclusivement au mode et au temps de la civilisation judéo-chrétienne, occidentale et ultralibérale.

La jeunesse africaine sait que, pendant que les Européens vivaient dans des huttes et sous des tentes, pendant qu’ils s’habillaient de peaux de bêtes, faisaient des sacrifices humains, ses Aïeux bâtissaient des pyramides et édictaient 42 commandements, ancêtres des 10 commandements de Moïse, afin que soit maintenu par les humains l’Equilibre de la création dans le respect strict de la Justice et de l’Harmonie Universelles.

La jeunesse africaine sait qu’en présentant le Créateur comme une entité androgyne, ses Ancêtres proclamaient la complémentarité de la femme et de l’homme.

La jeunesse africaine sait que la Charte du Mandé, élaborée au 13ème siècle par Sundiata Keïta et ses compagnons, précède la Déclaration des droits de l’Homme et des Peuples de 600 ans.

La jeunesse africaine sait que pendant que toute l’Europe était parsemée de prisons privatives de liberté, pas même un semblant de cellule n’existait nulle part en Afrique. Car, dans la Vision Africaine du Monde, l’être humain est une parcelle de la Force Vitale Divine emprisonnée dans un corps ; aussi sacré que Dieu, on ne peut l’emprisonner parce que nul ne peut emprisonner Dieu.

La jeunesse africaine sait que la Renaissance Africaine passe nécessairement par la réappropriation de toute la Tradition léguée par ses Ancêtres.

Elle sait que la Tradition est antérieure à la Religion, qu’elle est la Vision du Monde par laquelle un peuple appréhende et agit sur tout son environnement palpable et invisible.

Elle sait que la Tradition est l’âme d’un peuple et la Tradition n’est jamais statique ; elle est dynamique et elle suit l’évolution de son temps en s’élaguant d’éléments obsolètes et en s’enrichissant d’éléments nouveaux parfaitement digérables, par elle-même choisis et par elle seule.

La jeunesse africaine sait que seule la Tradition patiemment élaborée par ses Aïeux lui permettra de retrouver et de s’imprégner de la confiance des grands Bâtisseurs qu’ils étaient ; les meilleurs modèles à suivre sont toujours les modèles issus de ses propres rangs.

Elle est, à présent, animée de la certitude que ses Ancêtres ont été les guides éclairés de toute l’humanité, ayant été les premiers à explorer et à déblayer tous les sentiers de l’immense activité humaine.

Voilà pourquoi elle n’a aucun mal, contrairement à ses dirigeants politiques, à se rendre compte des immenses lacunes du Président français dans sa lecture de l’histoire africaine, lorsque ce dernier déclare péremptoire :

« Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour. C’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé »,

« Le problème de l’Afrique, c’est que trop souvent elle juge le présent par rapport à une pureté des origines totalement imaginaire et que personne ne peut espérer ressusciter »,

« Le problème de l’Afrique, ce n’est pas de s’inventer un passé plus ou moins mythique pour s’aider à supporter le présent mais de s’inventer un avenir avec des moyens qui lui soient propres. »

La jeunesse africaine sait que le Présent est toujours la conséquence du Passé et que l’Avenir sera celle du présent. C’est le triptyque du Temps dont les trois dimensions sont étroitement liées.

Aussi, pour que l’Avenir soit conforme qu’à ses attentes, tout peuple digne de ce nom, doit reconstruire et consolider son Présent si celui-ci est phagocyté par des valeurs étrangères qui tuent pour survivre.

Si cela n’est pas vrai, que Nicolas Sarkozy et ses inspirateurs africanistes euro -centristes négationnistes, révisionnistes et négrophobes expliquent au monde pourquoi le Passé de leur peuple, depuis le commencement, est enseigné dans les écoles françaises, pourquoi toute trace de l’occupation allemande a été effacée de la société française, pourquoi ils ne conseillent pas aux Juifs de cesser de répéter et de ressasser les événements liés à la Shoah.

Ce sont sans doute toutes ces incohérences qui ont conduit de nombreux jeunes et des moins jeunes à quitter l’Université Cheikh Anta Diop en plein discours du Président français.

D’autant plus que par ses contrevérités historiques énormes, Nicolas Sarkozy était en train de salir la mémoire de ce Grand Africain dont l’université porte le nom.

D’autant plus que Nicolas Sarkozy a également choisi ce lieu pour prendre à témoin le premier Président du Sénégal, le gravement aliéné culturel Léopold Sédar Senghor qui a combattu Cheikh Anta Diop toute sa vie durant. La jeunesse africaine sait enfin que la colonisation est un autre grand crime contre l’humanité et que ce crime est imprescriptible.

Doumbi -Fakoly, auteur

Le Challenger du 9 août 2007

Sarkozy parle d'Eurafrique: Koulibaly propose la Librafrique
(Notre Voie 09/08/2007)


Le président de la République française est venu, comme De Gaulle, et il a parlé aux Africains. Qu'a-t-il dit au juste ? Il nous a fait une série de propositions et d'analyses. Écoutons-le :

“Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est une alliance, c'est l'alliance de la jeunesse française et de la jeunesse africaine pour que le monde de demain soit un meilleur monde”.

Le nom de cette alliance est Eurafrique

La France s'est mariée à l'Europe et nous vous apportons cette Europe de même que nous vous apportons à l'Europe. L'Afrique sera dans la corbeille de mariage de la France avec l'Europe et dans la corbeille de l'Europe avec le monde. Je suis venu vous proposer une place, comme la France sait le faire habituellement. Souvenez-vous, par exemple, des DOM-TOM.
Mais, comme vous le savez, l'Afrique est très différentiée. Il y a l'Afrique du Nord.
Et il y a l'Afrique noire. En Libye, donc en Afrique du Nord où je suis passé, j'ai signé des contrats juteux d'exploitation de centrales nucléaires et d'uranium. Des contrats portant sur la défense et autres affaires hautement stratégiques pour mon pays. Avec l'Afrique du Nord, on ne parle ni de morale, ni de développement. On ne donne pas de leçons, mais on passe des contrats. On ne lance pas d'appels aux Libyens de l'étranger pour leur retour dans leur pays. On ne fait pas de promesses d'aides publiques françaises à la Libye. On parle affaires. Des contrats, des contrats et encore des contrats. Sur l'uranium, sur la défense, sur le nucléaire. Trade not aid, telle est notre règle.
Avec l'Afrique noire, avec vous, que dire ?
Je vous ai fait mal, mes bébés. Hum !
N'en parlons plus.
Mais ne me demandez surtout pas de repentance, puisque vous-mêmes, vous êtes coupables de vous être laissés battre par mes ancêtres. En plus, quand mes ancêtres arrivaient chez vous, vous vous décimiez vous-mêmes déjà sans notre aide. Vous êtes plus coupables que nous.
Nous avons commis des crimes contre l'Humanité. Oui, mais vous n'avez rien fait pour nous empêcher. En tout cas pas suffisamment pour nous convaincre que ce que nous avions l'intention de faire était criminel. Vous êtes coupables de non-assistance à personne dangereuse et d'assassinat de caractères.
Ne rêvez surtout pas à un retour en arrière pour rejoindre votre prétendu âge d'or qui aurait existé dans le passé. Vous n'avez jamais eu d'âge d'or. N'en rêvez pas. Le monde ne marche pas à reculons, mais progresse vers l'avenir. L'histoire a un sens.
La colonisation a été un crime contre l'humanité, mais mes parents ont proposé aux vôtres l'indépendance, qu'ils ont acceptée.
La colonisation c'était l'exploitation de l'homme par l'homme; l'indépendance est exactement le contraire. Vos historiens et autres anthropologues vous mentent. Je vous le dit ici à vous, les jeunes d'Afrique, à l'Université Cheick Anta Diop.
Devant vos chefs.
Devant vos profs.
Devant votre classe politique, gouvernement et opposition réunis.
Devant vous étudiants, hommes de maintenant et hommes de demain.
Arrêtez de rêver d'un futur qui puisse être le vôtre, à vous tout seuls.
Maintenant, vous m'appartenez définitivement. Arrêtez d'avoir la nostalgie d'un passé qui n'a jamais existé.
Je vous propose l'Eurafrique.
Vous entrez avec moi dans les bonnes grâces de l'Europe.
Je vous apporte l'Europe comme hier je vous ai apporté l'Esclavage.
Je vous apporte l'Europe comme hier je vous ai apporté la Colonisation.
Je vous apporte l'Europe comme hier je vous ai apporté l'Indépendance.
Je vous vois stupéfaits, n'est-ce pas ? Mais je vous apporte aussi les moyens qui vous seront propres pour inventer, vous-mêmes, votre avenir. Oubliez le passé.
Maintenant, vous ne serez plus seulement à la France, mais à l'Europe.
La France, c'est votre héritage occidental. La colonisation vous l'a apporté. Aid not trade. Telle est mon offre.
Ne vous coupez pas de cet héritage. La civilisation européenne vous appartient. A vous aussi.
Renoncez à la tentation de pureté comme nous le faisons en Europe.
Ne répondez pas au racisme de la France par le racisme.
Ne répondez pas à l'intolérance de la France par l'intolérance.
Je sais, je vous ai fait mal, mais laissez tomber.
Allons ensemble dans l'avenir.
Renoncez à la maladie de l'intelligence.
Si vous voulez venir chez nous, pas de problème, nous négocierons votre migration. Nous déciderons ensemble, pour vous, comment vous viendrez.
Pas en citoyens libres, mais en immigrés.
Vous rêvez de la Renaissance africaine ? Pourquoi pas ! Après tout, vous avez eu, semble-t-il, l'Egypte et d'autres brillantes civilisations que mes ancêtres ont battues à plate couture et soumises depuis des siècles. Oubliez le passé peu glorieux que vos ascendants vous ont laissé.
Nous vous aiderons à la bâtir, cette renaissance, si tel est votre désir. Commencez déjà par prendre notre civilisation comme héritage.
Vous voulez la liberté, la démocratie ? Bien. Mais savez-vous que l'Europe est bâtie sur l'égalité, la justice, le droit, la liberté, la démocratie et la libre propriété ?
Je vous apporte ces valeurs universelles. Et n'allez pas chercher ailleurs.
Tout ce que vous voulez, commandez et je vous livre tout de suite.
Nous sommes généreux, nous vous aimons. Ce n'est pas de la pitié, mais c'est notre intérêt.
Ainsi nous a parlé Nicolas Sarkhozy, le président de tous les Français.
Que lui dire ?
Merci Sarkhozy.
Merci pour tes propositions.
Mais nous, on veut aller dans le monde par le marché et non sous la protection de qui que ce soit. Nous connaissons le chemin.
Le monde, ce n'est pas que la France; le monde, ce n'est pas que l'Europe. Le monde, c'est aussi l'Afrique, c'est aussi l'Amérique, c'est aussi l'Asie. Le monde, c'est ailleurs. Nous voulons choisir librement notre méthode d'y entrer, notre façon d'y participer. Ce n'est pas par dégoût, mais c'est notre intérêt et rien que cela.
L'Eurafrique ? Très bien merci. Mais ça sera vraisemblablement comme par le passé.
Il y a déjà les sommets franco-africains.
Il y aura des sommets eurafricains.
Il y aura une bureaucratie eurafricaine, comme il y a celle des UE-ACP.
Nous n'avons plus du temps à perdre à négocier lors de sommets de chefs d'Etat.
Nous allons directement sur les marchés librement avec nos besoins et nos moyens.
Nous ne voulons plus être des marchés captifs de qui que ce soit.
Nous voulons redevenir libres.
Il ne s'agit pas d'un retour à un quelconque âge d'or. Il ne s'agit pas d'une option pour nous, mais de notre survie.
Il s'agit d'être simplement des humains, de vivre comme tels et d'être traités comme tels.
Nous ne voulons pas de traitement de faveur.
Nous voulons avoir notre liberté de choix.
Nous voulons tirer profit des droits imprescriptibles que nous avons d'être propriétaires de nous-mêmes en tant qu'humains.
Nous voulons être libres dans la mondialisation, comme nous ne l'avons jamais été sur les marchés des esclaves. Sur les marchés coloniaux. Dans le pacte colonial.
Nous ne voulons pas aller sur les marchés mondiaux enchaînés par des accords protectionnistes ; ni avec la France, ni avec l'Europe.
N'est-ce pas vous qui avez dit que l'Afrique ne comptait pas pour la France ?
N'est-ce pas vous qui dites aussi que le Niger, avec son uranium, compte énormément pour la France ?
Savez-vous que le Niger est un pays d'Afrique ?
La duplicité de votre langage ne nous rassure guère. Vous parlez d'amour là où le monde parle d'intérêt et d'intérêt là où le monde parle d'amour.
Nous ne voulons plus de cette protection infantilisante qui vous donne le droit de vouloir tout faire pour nous.
Tout faire avec nous.
Tout faire par nous.
Tout faire sans nous.
Et au bout du compte, tout faire contre nous.
Nous ne voulons plus des accords léonins qui, sous prétexte de vouloir nous aider, nous font plus de mal que de bien.
Nous voulons que Sarkhozy nous laisse faire, nous laisse passer.
Nous voulons que la France nous laisse faire,
nous laisse passer
Nous voulons que l'Europe nous laisse faire, nous laisse passer.
Nous voulons que le monde nous accueille comme nous sommes, tels que nous sommes et non comme la France veut que nous soyons ou que l'Europe voudrait que nous soyons. Nous connaissons le mode d'emploi de la mondialisation. Aucun épouvantail ne nous fera renoncer sur la route de la liberté.

L'Eurafrique ? Pourquoi pas. Merci pour votre offre. Mais nous sommes déjà dans le monde sous le couvert de l'Europe qui agit par procuration de la France. Nous ne voulons pas de la mondialisation des servitudes. Nous voulons celle des libertés.
Nous voulons simplement:
- de l'économie de marché.
- de la société ouverte.
- de la société de droit.
Ni plus, ni moins.
Sarkhozy pourrait-il nous aider dans ce sens ?
A nous libérer des accords précédents ?
Ceux des indépendances ?
Pour enfin nous libérer du carcan post colonial ?
Nous ne voulons pas aller dans le monde comme hier nous sommes allés dans l'Europe par la France.
Nous ne voulons pas de votre liberté en double standard, et sous surveillance.
Nous ne comprenons pas que nos avoirs extérieurs nets en devises soient déposés au Trésor public de chez vous.
Nous ne comprenons pas que nous soyons perçus comme des contribuables par l'Etat français, alors que vous nous ressassez que la colonisation est terminée depuis belle lurette ?
Nous ne voulons plus de vos accords de coopération qui ne règlent rien, mais qui pillent tout.
Nous voulons être libres de choisir nous-mêmes notre destin.
Libres de choisir nous-mêmes qui nous accompagnera et pour quoi.
Merci de votre sollicitude.
Tu veux que je décide librement ? Soit.
Mais je ne veux pas que tu sois là.
Tu veux que je décide librement ? Mais soit.
Je ne veux pas décider avec toi. Je veux décider seul.
Tu veux que ma volonté se réalise pleinement ?
Oui, je le veux aussi. Mais je ne veux pas réaliser mon destin avec toi. Je veux le faire moi-même, sans guide, ni parrain, ni gourou.
Tu veux t'associer avec moi ? Oui, mais ne me demande pas d'être exclusivement à toi. D'être ta chose. Je veux être libre de m'associer avec qui je veux et comme je le veux et quand je le veux.
La mondialisation telle qu'elle est faite pour moi ne me plaît pas. C'est vrai. Je veux la démocratie. Je veux le droit. Je veux la justice. Je veux la propriété libre. Je veux la liberté.
Mais je veux aussi la responsabilité.
Nous avons payé trop cher les mirages de la coopération franco-africaine depuis de longues années.
Cette coopération est étatiste.
Cette coopération est collectiviste.
Cette coopération est monopolistique.
Cette coopération est jacobine et rétrograde.
Je crois que l'échange libre est bénéfique et qu'il doit être la règle de mon jeu dans la mondialisation.
Je crois que la concurrence est un moyen et qu'elle est mon meilleur atout pour réussir à m'enrichir et à prospérer dans la mondialisation.
Les pires des prédateurs qui nous cachent de la mondialisation sont ceux qui viennent s'apitoyer sur mon sort et me considérer comme un grand naïf auquel ils proposent altruisme, protection, aide publique et humanitaire, mais jamais de commerce responsable.
Le plus grand des prédateurs pour nous est celui qui nous rassemble dans un enclos que l'on appelle le Pré-carré, ou le Champ et nous propose de jouer soit au loup et à l'agneau, soit au renard dans le poulailler.
Nous croyons que la liberté économique annonce et conditionne la liberté politique.
Nous croyons que les esclaves ne peuvent échanger que leurs chaînes. Que le marché est le propre de l'Homme. Que nous sommes des hommes et que nous voulons échanger autre chose sur des marchés libres d'accès et de sortie.
Nous croyons à l'économie de marché. Vous vous trompez à notre sujet lorsque vous affirmez le contraire.
Nous croyons au laisser faire et nous nous méfions de toutes les barrières à la concurrence.
Vous craignez l'immigration de la jeunesse africaine en France et en Europe ?
Vous avez tort.
L'immigration subie ou l'immigration choisie ?
Vous posez mal le débat.
L'immigration relève du droit individuel de circuler et est pour nous une des bases de la liberté que nous recherchons.
La France devrait se demander comment une telle liberté pour nous peut devenir un fléau social pour les Français.
Pour nous, l'étranger a droit au respect de sa vie, de sa dignité et de sa propriété.
Mais nous savons et nous admettons que l'étranger ne peut avoir tous les droits, car nous savons et admettons qu'il n'y a pas de droits sans devoirs.
L'étranger doit se soumettre aux règles sociales de la société qui l'accueille.
Vous avez le sentiment que certains étrangers ne respectent pas les règles de votre société et ont des comportements anormaux ?
Mais ce n'est pas notre faute à nous qui vivons ici dans les pays d'origines de ces immigrés. Les repousser à vos frontières, contrôler leur entrée et sortie de chez vous sont de fausses solutions coûteuses, humiliantes et inefficaces.
Pour vous en sortir, laissez-nous vous donner des conseils d'amis et d'alliés.
Abandonnez votre Etat-providence, car c'est lui qui attire l'immigré que vous craignez. Les forces d'attraction de chez vous sont aussi fortes que les forces de répulsion d'ici.
De nombreux immigrés apportent à la France leur travail, leur talent, leur argent.
Nombreux aussi sont ceux qui fuient les dictateurs et les autres régimes liberticides que vous installez chez nous.
Mais les plus nombreux, ceux qui sont supposés vous faire le plus de mal, sont ceux qui arrivent chez vous, pour profiter comme de nombreux Français de souche, du parasitisme offert par votre Etat-providence. Je présume que vous le savez déjà.
Ceux-là vont en France pour toucher des allocations, pour se livrer à de petits et à de grands trafics, pour profiter des cadeaux qu'offre l'Etat français à ses propres parasites.
Les places sont gratuites chez vous et elles rapportent plus que chez nous, car votre Etat-providence est plus généreux que les nôtres, et plus riche aussi.
Nous croyons que par des relations de travail libre, par l'échange marchand, par le libre échange entre la France et nous, l'immigration trouvera solution. Or vous nous proposez de nous méfier du laisser-faire pour nous accrocher au protectionnisme offert par nos Etats-providence rentiers, pâles copies du vôtre.
Nous voulons que les immigrés qui arrivent chez vous vous donnent plus qu'ils ne vous prennent, mais votre Etat-providence leur propose la gratuité pour tout ce qu'ils peuvent avoir.
Nous aimons la France pour sa sécurité sociale. Elle nous épargne de faire de grands efforts d'adaptation au monde moderne, d'éduquer correctement nos enfants qui y naissent. Elle nous propose le RMI, les allocations logements, les prestations familiales. Elle nous propose des revenus à peine suffisants pour vivre de façon médiocre sans travailler chez vous. Mais tout cela, vous le savez déjà.
Parmi vos immigrés qui viennent de chez nous se trouvent les plus pauvres des immigrés, les plus mal éduqués, les plus délinquants, les plus mal aimés, les plus mal logés.
Votre Etat-providence nous offre une couverture sociale complète dans des ghettos, des foyers bruyants et violents que vous appelez “logements sociaux”.
Les enfants d'immigrés africains vont dans des écoles où l'on n'apprend presque plus rien, pas même la politesse et le savoir-vivre français que nous admirons de loin, nous qui sommes restés ici au pays. L'école française ne leur apprend pas même la vertu du travail bien fait, pas même le respect des autres.
Nous voulons commercer avec une société française compétitive. Mais votre Etat nous propose des monopoles, des statuts figés, des services publics, des entreprises protégées.
Les Africains de qualité comprennent de plus en plus que vivre chez vous, sous la protection de l'Etat-providence les sclérose ; ils vont ailleurs pour être plus compétitifs et faire face aux enjeux du monde actuel. Ça aussi, vous avez dû le constater.
Nous pensons que seules des relations marchandes entre la France et l'Afrique révèleront les opportunités d'embauches en qualité et en quantité chez vous comme chez nous. Mais vous semblez avoir peur du marché libre.
Nous ne pensons pas qu'il soit dans les prérogatives de l'Etat-providence de dire qui est qualifié pour entrer et s'installer en France pour bénéficier des droits sociaux. Nous croyons au partenariat direct entre les peuples, entre les jeunes, entre les entreprises. Vous aimez plutôt les rencontres au sommet.
Nous immigrons en grand nombre chez vous, parce que notre vie ici, du fait de votre protection bienveillante et providentielle, est misérable.
Nous pensons que si vous nous donnez plus de liberté de choix, plus de libertés économiques, la source principale de cette immigration artificielle disparaîtra.

Pour vaincre l'immigration qui vous fait tant peur, brisez les enclos dans lesquels sont enfermés les peuples d'Afrique esclaves de votre générosité.
Un pays comme le Sénégal a perdu dans les mers plus d'hommes candidats à l'immigration que la Côte d'Ivoire avec sa guerre ces cinq dernières années.
L'immigration est aussi un fléau pour nous tant qu'elle sera organisée par votre Etat-providence.
Pour vaincre l'immigration, abandonnez les Etats-providence, abandonnez les accords de coopération rétrogrades et étatistes.
Pour vaincre l'immigration, nous vous offrons la liberté économique.
Au lieu de l'Eurafrique, nous voulons la Librafrique.
Dans la mondialisation, nous savons que les économies nationales sont en compétition. Nous envisagions d’aller en compétition avec ce que nous avons. Si vous le voulez bien, alors laissez-nous faire.
Nous envisagions de préciser les droits de propriété de base sur nos terres et nos entreprises d'Etat et les rendre aux entrepreneurs privés. Si vous voulez nous aider, alors laissez-nous faire.
Nous rêvons d'adopter des politiques macroéconomiques qui nous évitent les humiliations du surendettement et des déficits budgétaires insupportables. Si vous voulez le faire avec nous, alors laissez-nous faire.
Nous voulons arrêter de tourner nos vues vers le passé. Nous voulons regarder l'avenir avec sérénité. Pour cela, nous rêvons de politiques de croissance fondées sur une épargne domestique capable de nous rendre aptes à financer nos besoins d'investissements risqués. Pour cela, nous rêvons d'un système bancaire moderne qui rompe avec la tradition protectionniste de contrôle des changes et des banques centrales non indépendantes des zones CFA. Si vous voulez nous aider, alors laissez-nous faire.
Nous voulons plus de flexibilité sur nos marchés du travail. Si vous nous aimez, alors laissez-nous faire.
Nous pensons que la lutte contre la corruption est primordiale mais qu'elle ne peut réussir qu'en prenant de vigoureuses mesures et en donnant des exemples qui ne mettent personne au-dessus du droit. Si vous voyez ce que nous voulons dire, alors laissez-nous faire.
Nous voulons que notre prospérité soit bâtie en amitié avec tous les peuples du monde et sans exclusivité. Si vous pensez que le monde est un village planétaire et que la mondialisation est beaucoup moins une affaire d'Etat qu'une affaire de liberté d'échanges, alors laissez- nous faire.
Si vous voulez un véritable discours de rupture, Monsieur le président de la République française, alors, en plus de définir la politique africaine de la France, il vous faudra désormais intégrer la politique française de l'Afrique.
C'est de la rencontre de ces deux visions sous la contrainte de nos autres relations que naîtra le monde meilleur souhaité par la jeunesse africaine et pour lequel elle est prête à travailler avec toutes les jeunesses du monde. Pour cela, il faut que vous nous laissiez faire.
Les libertés et les Droits de l'Homme ne se négocient pas. L'autodétermination des peuples est un droit. Vous ne pouvez pas garder les démocraties pour vous et cultiver les autocraties chez nous. Arrêtez de le faire.
Le marché ne peut pas être pour l'Europe et les bureaucraties pour l'Afrique.
Arrêtez de le concevoir.
Encore une fois merci d'être venu et d'avoir parlé comme vous avez parlé.
Votre discours avorté de rupture donne une occasion de rupture effective à la jeunesse d'Afrique si discourtoisement interpellée par vous à Dakar le 26 juillet 2007. Les désirs de rupture d'avec les vues de vos prédécesseurs ne nous intéressent pas, d'autant qu'ils n'iront jamais jusqu'à la remise en cause des fondamentaux de la traditionnelle politique africaine de la France. Par contre, nous avons, avec la mondialisation, l'occasion de rompre avec le modèle de coopération que la France nous propose. Merci de nous avoir donné l'occasion de vous le dire. Parce que nous avons compris que, si pour le moment, la rupture, ce n'est pas pour vous, nous vous indiquons que c'est avec vous, nouvelles et anciennes élites françaises, que nous, jeunes d'Afrique, nous rompons.

Pr Mamadou Koulibaly
Président de l'Assemblée nationale

 

 

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FRANCE-AFRIQUE : Une lecture tronquée d’un passé commun


Sarkozy veut rompre avec le passé pour mieux utiliser les ingrédients de ce même passé.

Le nouveau président français, Nicolas Sarkozy, qui a fait ses premiers pas en Afrique en visitant successivement le Sénégal et le Gabon, respectivement jeudi et vendredi, fait du populisme à rebours, annonçant la rupture avec les pratiques du passé en en conservant l’esprit et les méthodes. Cela a été flagrant dans le discours prononcé, jeudi, à l’université Cheikh Anta Diop devant les étudiants sénégalais. D’ailleurs, unanime, la presse privée sénégalaise a été outrée par le ton professoral pris par le président français, estimant, dans sa majorité, «injurieuse» la «leçon» donnée par M.Sarkozy aux Sénégalais.
On ne se refait pas! Le paternalisme occidental, plus particulièrement français, est là, prêt à donner la leçon, à redresser les torts mais qui ne voit jamais ses propres pêchés. C’est un peu le cas de M.Sarkozy, condamnant l’esclavagisme, qui n’est que l’un des aspects -sans doute le plus hideux - du colonialisme qu’il épargne curieusement. Mais la page noire du colonialisme peut-elle jamais être déchirée- et surtout pas par des représentants des anciens colonisateurs alors que l’Afrique attend toujours, outre la repentance, une reconnaissance en bonne et due forme du mal que l’Europe, plus particulièrement la France, avait commis au continent noir.
Peut-on oublier la conférence de Berlin de 1881 qui s’est attelée à découper l’Afrique entre les puissances européennes, chacune réclamant sa part du gâteau africain, la France s’en réservant le plus gros morceau? M.Sarkozy, à l’adresse des étudiants sénégalais affirmait que si les Africains voulaient sortir de «l’arbitraire», de «la corruption», de «la violence», du «parasitisme» et du «clientélisme», c’était à eux «de le décider». C’est quasiment de la provocation lorsque l’on sait que c’est la France, singulièrement, qui a soutenu les dictatures africaines, qui a créé une diplomatie parallèle servant et protégeant nombre de dictateurs africains (qui ont su d’ailleurs renvoyer l’ascenseur), souvent au détriment des peuples africains. A Libreville (Gabon deuxième étape de sa visite en Afrique) le président français a dit: «Je veux aider l’Afrique à se développer et je veux lui parler franchement comme je l’ai fait à Dakar hier» (jeudi) lors d’une conférence de presse en marge de sa visite de quelques heures au Gabon. «On ne peut pas tout mettre sur le dos de la colonisation (...). La corruption, les dictateurs, les génocides, c’est pas la colonisation», a affirmé M.Sarkozy.
Or, la corruption, le clientélisme, et leur levier, la dictature, c’est avant tout une pratique (coloniale) bien française qui a maintenu, quand elle n’a pas accentué, le sous-développement dans le continent noir. Il ne s’agit ici que de constater un fait que l’histoire atteste. Or, M.Sarkozy parle de «rupture» d’un côté, tout en traçant, d’un autre côté, ce que doivent faire les Africains. Si ce n’est pas là du paternalisme, je n’ai alors rien compris à ce que dit le président des Français, qui estime, d’autre part, que le colonialisme n’aura été qu’une «grande faute». Rien que ça. Dépersonnaliser des populations africaines, faire perdre leur identité à nombre d’autres, faire déplacer des milliers d’individus, diviser des familles, des tribus et des ethnies par un partage inique de l’Afrique -qui a rendu le génocide et les guerres civiles possibles- (voir singulièrement les récentes crises en Côte d’Ivoire, ou encore les génocides commis au Rwanda en 1994 où la France a eu un triste rôle) n’est-ce pas là un crime contre l’humanité? Réagissant au discours de Nicolas Sarkozy, le président de la Commission de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré s’inscrit en faux contre l’imagerie que présente le président français, du colonialisme en Afrique en indiquant que le discours du président français «n’est pas le genre de rupture qui était souhaitée» dans une déclaration à la radio française RFI. «Ce discours n’est pas le genre de rupture qu’on aurait souhaité. Ce discours n’est pas neuf dans le fond, il rappelle des déclarations fort anciennes, d’une autre époque (...)». En fait, la rupture que préconise M.Sarkozy avec le passé n’en est pas une, puisque l’hôte de l’Elysée ne prend aucune distance avec les crimes commis aux XIXe et XXe siècles au nom de la France, crimes qu’il a réduit à de simples fautes qui peuvent être passées, par l’Afrique, par pertes et profits. Or, le code de l’indigénat du colonialisme français en Algérie a été le premier à faire de la ségrégation fondée sur la race et à pratiquer l’apartheid avant l’heure, avant même que les Sud-Africains blancs n’en fassent leur politique nationale de domination. On voit bien que M.Sarkozy à encore à réviser ses humanités et à assumer tout le colonialisme français, avec ce qu’il avait pu apporter aux peuples africains, certes, mais aussi, surtout, assumer son côté négatif avec tous les crimes et désolations qui ont marqué son passage dans le continent africain. Le colonialisme français en Afrique restera, à jamais, une tache noire indélébile dans l’histoire, par ailleurs, riche de la France. C’est aux Français de faire l’indispensable effort de mémoire -qui n’est pas de la culpabilisation- et à accepter leur passé colonial pour mieux s’en démarquer et le condamner car c’est la voie à même de réconcilier l’Afrique avec la France et ouvrir la page pour assumer une véritable rupture.
On en est pas là, et le passage du nouveau président français au Maghreb et en Afrique de l’Ouest, qui fait une lecture tronquée de ce passé commun, n’en montre pas les prémices, quoi qu’il en dise.

Othmane SIDDIK

 

 

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