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28 avril 2007 6 28 /04 /avril /2007 14:35

 

La chicotte ?
(Mwinda 28/04/2007)


La dictature qu’exercent les dirigeants africains ne saurait trouver d’explications nulle part si ce n’est dans l’idolâtrie monarchique. Etre le Roi, l’Empereur, le Maréchal, le Timonier, l’homme des masses, le père de la nation et pourquoi pas l’homme qui traversa la mer dans une coque d’arachide. Le fantasme de ce type de rêves anachroniques les incite à une approche d’un règne à vie. Des décennies durant, ils diffusent un écran de fumée à travers le modèle républicain dont ils se sont parés de la rhétorique, torpillent les valeurs humaines faisant de la bêtise une pitoyable référence dont on se moque dans les instances internationales.

Payés au lance-pierre ou carrément sans solde, des travailleurs corvéables et taillables à merci font la manche pour une indigne aumône. Et, quelques coups de matraque à celui qui voudra une bouffée d’air supplémentaire. Très éloignés des aspirations des populations, les dictateurs africains construisent, jour après jour, un univers esclavagiste. Les lagunes ainsi que les fleuves qui traversent les villes où règnent les dictateurs africains voient leurs niveaux des eaux monter par des larmes, du sang et des corps des damnés. Dans l’arithmétique macabre, le nombre de victimes des guerres et dictatures rivalise avec celui des sidatiques et paludéens ! Aussi, est-il nécessaire que de considérer, désormais, les dictatures comme des véritables fléaux à l’instar du chikungunia ou du choléra dont il convient de se départir au plus vite. A tout cela, normalement, on y oppose une leçon de chose et d’hygiène basique : « la propreté chasse les maladies ».

Désormais, le combat des africains consiste à déboulonner les dictatures fossilisées au pouvoir en lieu et place du colon qui les a façonné et fasciné.

Scène de vie quotidienne à Brazza
Ce combat-là concerne tout africain quel que soit son lieu de vie. Oui, il est choquant de voir les centrafricains se dépatouiller seuls devant le calvaire qu’ils subissent pendant que les tchadiens courent dans tous les sens et que les gambiens, congolais, guinéens, zimbabwéens … englués dans des cloaques inutiles, agonisent sous des dictatures. Et le droit d’assistance à la personne en danger ne vaut-il que quand il s’agit des occidentaux ? A quand le droit d’ingérence humanitaire ?

Longtemps, les populations africaines écrasées par des dictatures se font massacrées. Des larmes de crocodiles sont versées par-ci pendant que par-là, l’on charge et décharge des cargaisons d’armes. Un peu plus loin, les consortiums, installés souvent dans le rôle de commanditaire, pillent. Les dictatures africaines méritent bien une lutte comparable à celle que menèrent nos aïeuls et grands parents qui brisèrent les chaînes de l’esclavage puis mirent fin à la colonisation. Cette nouvelle lutte puise sa justification dans la liberté confisquée et dans l’orchestration d’une misère plutôt artificielle. Oui, il y a des tribus et ethnies en Afrique, et alors ? Justifient-elles, à elles seules, ce désastre ? En ce début du 21ème siècle, la place des dictateurs se trouve incontestablement dans les rancarts des musées nauséabonds plutôt que de jouer les réducteurs de la vie des citoyens à une chosification de moindre importance.

Il s’agit pour les africains de refuser cette vie d’errance où l’on ne survie qu’en ramassant les miettes avant que les dictateurs ne les piétinent. L’élévation constante du niveau d’étranglement de ces pays, rapproche, peu à peu, les populations à situation d’anthropophagie pour ne pas dire du cannibalisme. En effet, il est insupportable de voir qu’au « cimentière de 6 mois » en Angola, les cadavres sont aspergés d’eau quotidiennement par les gardiens de lieux afin d’accélérer la putréfaction des corps de manière à récupérer les ossements qui servent désormais de bois de chauffe !

L’on pourra toujours détourner son regard en se disant que « ce n’est pas chez nous, ça ». Et pourtant si. Ce qui se passe dans un pays finit par se dérouler dans un autre, puis se produit ailleurs, puis ailleurs encore.

Bonnet d’âne pour la Centrafrique, bonnet d’âne pour le Congo B/ville, bonnet d’âne pour la Côte d’Ivoire, bonnet d’âne pour la RD Congo, bonnet d’âne pour le Tchad … à se demander qui ne l’a-t-il pas décroché, cet oscar des tocards ?

Longtemps, l’on a cru que ne pas disposer de ressources naturelles condamnait au sous développement. Erreur fondamentale, car la première ressource naturelle est sans doute l’homme lui-même par sa capacité de raisonner. Des riches pays, comme le Congo, la Côte d’Ivoire, l’Angola, la Somalie … se retrouvent au rang des tocards de la planète car ayant mis en avant l’argent, sans orthodoxie financière, tout en excluant l’Homme. En revanche, d’autres pays affichent une mine des grands jours en précisant que leurs richesses résident dans leurs idées, en l’absence des matières premières. La pauvreté n’est pas donc pas une fatalité. Le sous-développement en revanche est, pour une large part, le fait des dictatures. Quelles que soient ses contorsions pseudo démocratiques et manœuvres dilatoires, une dictature demeure une négation de l’épanouissement de l’Homme.

Au-delà de l’incompétence combien criarde des hommes chargés d’animer les institutions, les pays africains sont confrontés à une réelle crise structurelle. La persistance d’une insupportable conjoncture, depuis des décennies, devrait obliger les africains à repenser leurs structures politiques et administratives plutôt inadaptées. Paradoxalement, les élections qui ne sont qu’un moyen de désignation des acteurs politiques devant mettre en œuvre un projet de société, somme toute inexistant, prennent, tout à coup, les allures d’une réponse à une telle crise ! Le moyen ne saurait se substituer à l’objectif. Les Gouvernements d’union nationale, les Présidents, les députés et autres politiciens constituent une sorte de filet aux mailles déchirées. En attendre quelque chose, sans un socle démocratique assaini, est illusoire.


Scène de vie quotidienne à Brazza
Exclue du système, une frange de la population pense que les élections concoctées par le pouvoir peuvent lui offrir un angle de tir capable de terrasser le grand éléphant pourvu de disposer d’une opposition bien musclée et organisée. Cependant, le pouvoir feint de jouer au civilisé en arborant des étendards portant des inscriptions démocratiques qui masquent sa véritable nature, celle d’une dictature corrompue. Pour de nombreux opportunistes, ces élections laissent entrevoir une éventuelle possibilité d’accès au gâteau national. Cette collusion d’intérêts contradictoires sur fond de misère retarde le démarrage du pays.

2007 aurait pu être un vrai rendez-vous pour les congolais. En effet, après les assises de 1991, après les guerres à répétitions, le Congo Brazzaville se trouve aujourd’hui à une bonne distance temporelle et psychologique des douloureux événements pour engager une introspection. Une Conférence Nationale visant l’évaluation du chemin parcouru depuis la Conférence Nationale Souveraine aurait dû y être organisée, au lieu de se perdre dans des scrutins législatifs bidon auxquels personne ne croit fondamentalement. Oui, il est temps de poser les valises et de se réinterroger en profondeur afin que la tragédie congolaise eût un caractère pédagogique et d’aiguillage en posant des véritables jalons susceptibles d’amorcer et de garantir à jamais la marche vers le développement assurant ainsi l’arrimage à la modernité.

Les américains, les européens avec les russes en plus et les asiatiques par les chinois savent aller dans l’espace, sauf les africains. Un jour, l’on pourrait rester seul sur une terre calcinée pendant que tout le monde se sera sauvé dans le cosmos. L’Afrique ne se mettra véritablement en ordre de marche qu’en se débarrassant de ses monstres dicteurs du canal historique.

Qu’attend-on pour être heureux au Congo-Brazzaville ? Le pétrole ? Ils l’ont. L’eau ? Ils l’ont. Le soleil ? Ils l’ont. La forêt ? Ils l’ont. Et les hommes, eux, baillent ! Qu’attend-on pour être heureux au Tchad, en Guinée, en Gambie, au Darfour, en RD Congo, etc. ?

Sous la contrainte coloniale, le chemin de fer Congo-Océan fut construit à la main, rail après rail, traverse après travers. C’est la preuve que même des ouvrages d’une telle ampleur, sans atteindre le niveau des réalisations pharaoniques égyptiennes, sont réalisables à la main; suffit la volonté des hommes. Il est du devoir de chaque culture et civilisation de produire un model d’Etat qui lui est propre et conforme à son histoire et à sa temporalité. Mais pour notre propre compte et confort, qu’attend-on pour relever de tels défis ? Encore la chicotte ? A qui ?

Abraham Avellan Wassiama


 

© Copyright Mwinda

 

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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans JUSTICE
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