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4 août 2007 6 04 /08 /août /2007 16:17
Sous les feux croisés des belligérants.
(BBC Afrique 03/08/2007)


Dans le village de Nanabaria où vivaient jusqu'en octobre dernier quelque 700 personnes, aucune maison n'a été épargnée par les pillages.
Un matin, à l'arrivée des soldats d'élite de la garde présidentielle, armés de fusils et de mortiers, toutes leurs habitations furent incendiées.

''Les rebelles n'ont pas de programme politique''
Les soldats étaient à la poursuite des rebelles de l'APRD, (Armée populaire pour la restauration de la démocratie) qui, au cours des dix huit derniers mois ont, à deux reprises, pris la ville de Paoua .

Selon l'armée centrafricaine, les habitants de Nanabaria cachaient des rebelles. Une accusation que rejettent de nombreux villageois.

"Ma maison a été la première cible", déclare, amer, Janvier Zolo, pasteur dans l'église du village qui a été complètement incendiée.

''Nous ne sommes pas des rebelles''


Samuel N'gakoutou : il vit caché dans la forêt
D'après le pasteur, seul un quart de la population dans cette partie du territoire a voté pour le président François Bozizé lors de l'élection présidentielle de 2005; mais il insiste '' cela ne signifie pas pour autant que nous sommes des rebelles, au contraire nous respectons le choix qui a été porté sur le président François Bozizé ''.

Depuis cette attaque, les organisations de défense des droits de l'homme critiquent vivement l'armée pour '' l'usage excessif de la force ''.

Dans ce pays qui a connu quatre coups d'Etat au cours des dix dernières années, on estime que quelque 212.000 personnes ont été déplacées par les combats.

Dans le même temps, 70. 000 Centrafricains ont traversé la frontière pour chercher refuge dans des pays voisins comme le Tchad ou le Cameroun.

La même superficie que la France mais avec une population de quatre millions d'habitants seulement, la République centrafricaine reste très dépendante de Paris.

Le pays subit, de plus en plus, les contrecoups de la crise politico-militaire au Tchad et au Soudan.

La France a soutenu le président François Bozize lors de sa prise du pouvoir en 2003 et lors de sa réélection deux ans plus tard.

"Rien ne se décide ici sans le consentement de Paris," affirme un Centrafricain qui a requis l'anonymat, par peur de représailles.

En tout cas, la récente intervention des troupes françaises pour briser l'attaque des rebelles dans le village de Birao, près de la frontière soudanaise semble lui donner raison.

''La mère France''

Toutefois, certains Centrafricains semblent approuver la politique interventionniste de l'ancienne puissance coloniale.


Le pays est encore dépendant de la France
"La France est notre mère et nous sommes ses enfants", déclare le Capitaine Laurent Djim Woei Bebiti, porte-parole des rebelles de l'APRD.

Ses troupes, au nombre de 5.000, selon lui, sont essentiellement composées par ceux qui ont favorisé la prise du pouvoir par François Bozizé mais qui, se sentent aujourd'hui abandonnés.

On compte également dans leurs rangs d'anciens partisans de l'ex-président Ange-Félix Patassé.

Nous avons trouvé Mr Bebiti, dans son fief, au cœur de la forêt avec son garde du corps qui veille au grain : il s'agit d'un jeune homme bardé d'armes et d'amulettes autour de sa ceinture.

"Une mère n'abandonne jamais ses enfants," dit-il, traduisant un sentiment bien partagé au sein des dirigeants de l'APRD qui estiment que la France doit aider au règlement de la crise créée selon eux, par une armée nationale 'hors de contrôle'.

Pour un étranger, cela semble paradoxal : la garde présidentielle, accusée d'incendier des villages lors de leur poursuite des rebelles est, elle-même, entraînée par des soldats français


Le président Bozizé arrivé au pouvoir en 2003
'' Des Bandits ''

Les rebelles accusent le gouvernement de fermer l'œil sur les ''coupeurs de routes'' , des bandits armés très nombreux sur les routes du Nord et qui attaquent civils et humanitaires, rendant ainsi le commerce presque impossible.

L'APRD n'a pas de programme politique cohérent, mais la guerre que ses troupes mènent contre les forces gouvernementales a fini par paralyser de larges secteurs de l'économie.

Parmi les recrues, il y a des jeunes comme Ivan, qui était tout petit quand ses parents ont été tués lors du coup d'Etat qui a amené Mr Bozizé au pouvoir.

Alors que ses camarades adoptent le 'style de Rambo' pour les photographes, il nous explique que son père fut soldat dans l'armée de l'ex-président Patassé.

Sa mère, son père ainsi que son frère, ont tous été tous assassinés.

Soulevant sa chemise tachée, Ivan nous montre une cicatrice : trace selon lui, des sévices que lui ont infligés les soldats du président Bozizé

Pour lui, être rebelle est donc synonyme de ''revanche''.

Mais dans ce conflit, ce sont surtout les populations civiles qui paient le plus lourd tribut.

Des centaines de milliers de villageois, originaires de Nanabaria, vivent aujourd'hui cachés dans la forêt.

Beaucoup d'entre eux sont dans cette situation depuis deux ans; et jusqu'à une période récente, ils n'avaient pas accès à l'aide humanitaire.


Nous sommes au milieu de plusieurs groupes qui se combattent


Samuel N'gakoutou

Trêve

Un collier fait de « feuilles censées le protéger » orne le coup de Samuel Ngakoutou, qui vit maintenant à l'intérieur de la forêt dense.

Aujourd'hui, il a peur de retourner dans son village; il vit sur place dans la misère totale avec son épouse et ses dix enfants.

"Nous sommes au milieu de trois groupes qui se combattent: les bandits, les rebelles, et les forces gouvernementales" déplore-t-il.

Les Nations Unies ont exigé l'ouverture de pourparlers entre le président Bozize et les groupes rebelles.

Résultat, dans le nord-est du pays, une trêve a été signée avec deux dirigeants rebelles mais beaucoup reste à faire dans la partie nord ouest de la Centrafrique.


Le gouvernement a promis l'amnistie aux rebelles
Le gouvernement a promis d'amnistier les combattants rebelles qui acceptent de déposer les armes.

Du coup, plusieurs centaines de rebelles ont fait défection au cours des derniers mois.

Le représentant de la garde présidentielle à Paoua, a déclaré à la BBC que ses troupes étaient maintenant 'très disciplinées' et que la pratique qui consistait à incendier des villages avait cessé.

Alors que le lieutenant, qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat, nous parlait de ce ''changement de tactique'', on apprenait que des soldats à bord de motocyclettes avaient braqué des humanitaires à Paoua et les avaient menacés avec des kalachnikovs.

Que ces actes soient le fait de rebelles, des soldats gouvernementaux ou de simples bandits, ils ont fini par terrifier les humanitaires en poste dans la région.

Il y a quelques mois, un membre de Médecins Sans Frontières a été tué dans cette partie du territoire; un agent de Caritas a été aussi blessé par balles il y a deux semaines.

Pour le moment, l'attention de la communauté internationale se concentre surtout sur la situation des refugiés qui fuient les combats au Darfour voisin.

Mais la sécurité va être renforcée grâce au déploiement prévu de troupes européennes le long de la frontière avec le Tchad, le Soudan et la Centrafrique.

Dans le court terme, une plus grande présence militaire pourrait améliorer la situation sécuritaire interne et régionale, mais tant qu'il n'y a pas un effort de développement soutenu dans le Nord démuni, la crise en Centrafrique pourrait perdurer.



By Karen Allen
BBC News




 

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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans INSECURITE
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