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13 août 2007 1 13 /08 /août /2007 22:03

Francis Laloupo*

 

 

 

coup  d’État  RÉUSSI  EN  Centrafrique 

 

 

Le 15 mars 2003, Ange-Félix Patassé a été renversé par un coup d’État, le sixième depuis son élection en 1993. Son tombeur, le général François Bozizé, s’est proclamé président de la République centrafricaine. Le chef de l’État déchu, après s’être réfugié au Cameroun, a choisi le Togo comme terre d’exil, où il songe à un projet de création d’un improbable « Mouvement de libération du Centrafrique ».

Le nouveau régime, qui jouit d’un soutien populaire manifeste et de l’adhésion de la quasi-totalité des forces politiques, a engagé le pays dans une période de  transition de deux ans, qui doit  déboucher sur des élections libres. Cette transition représente surtout un véritable pari de reconstruction d’un pays en situation de décomposition avancée, à l’économie sinistrée, au tissu social disloqué.

Il faut dire que la gestion singulière du pays par l’ancien pouvoir était la négation même d’un espace républicain. L’État se réduisait à l’espace privé du pouvoir, avec ses forces militaires, une comptabilité financière tournée essentiellement vers les besoins et priorités du régime, la caporalisation des institutions républicaines, devenues des chambres d’enregistrement des diktats de la présidence.

Au-delà de ce périmètre privatif, les Centrafricains se sont trouvés comme abandonnés dans une zone indéterminée, entre un souvenir d’État et un néant institutionnel. A telle enseigne que certains comparaient le président Ange-Félix Patassé à un chef de guerre avant tout préoccupé par la sauvegarde de son territoire, les armes pointées sur un peuple devenu son ennemi et condamné à subir ses humeurs et fantaisies.

L’espace laissé vacant entre la forteresse du pouvoir et le territoire indéfini auquel le peuple se trouvait ainsi livré devient dès lors le lieu où surgit une troisième « légitimité » : celle qui s’attribue la fonction de rassembler de nouveau les morceaux éclatés de l’État républicain. C’est dans cet espace que toutes les forces d’opposition se sont réunies pour soutenir ce qui a été désigné comme une « rébellion armée », dont le général François Bozizé a assuré le commandement et qui a abouti au coup d’État du 15 mars 2003.

Ce putsch est l’aboutissement logique, plusieurs fois différé, d’une profonde rupture, depuis longtemps consommée, entre le régime de Patassé – en proie à une dérive aussi dévastatrice que suicidaire - et l’immuable identité du pays réel. Ainsi, dès le lendemain du coup d’État, ses auteurs ont tenu à apporter une précision d’ordre sémantique à l’événement. Selon le nouveau chef de l’État et son premier ministre Abel Goumba, il ne s’agit pas d’un coup d’État, mais bien d’une « libération nationale ». Une précision relayée par quelques ténors de la classe politique civile, comme Jean-Paul Ngoupandé, philosophe écrivain et leader du Parti de l’unité nationale (PUN). Pour lui, « Ce qui s’est produit le 15 mars 2003 est l’aboutissement de l’opération armée contre le pouvoir qui a été lancée, dans un premier temps, le 25 octobre 2002. Et cette tentative se situait elle-même dans la droite ligne de celle qui avait eu lieu du 27 au 28 mai 2001, qui fut attribuée au général André Kolingba, et pour lequel François Bozizé sera ensuite accusé de complicité (...) D’un point de vue technique, un coup d’État n’emprunte pas un tel délai pour aboutir. En réalité, ce qu’on a désigné un peu vite comme une rébellion armée n’était que le fer de lance d’une contestation générale où syndicats, partis politiques, société civile, étudiants et travailleurs avaient destin lié. C’est donc un phénomène de libération, et qui s’est vérifié au lendemain du 15 mars par des manifestations de liesse populaire comme nous n’en avions jamais connues en Centrafrique… »

 

 

Trois échecs successifs

 

Comment le régime de Patassé, auquel l’opinion avait attribué tous les records de résistance  est-il cette fois tombé ? Et surtout, comment les soldats rebelles ont-ils pu, ce fameux 15 mars, prendre la capitale Bangui pratiquement sans coup férir ? Le pouvoir de Patassé avait pu survivre à trois mutineries successives, entre 1996 et 1997, grâce à l’intervention répétée des troupes françaises…  

Ainsi le 28 mai 2001. Les rebelles sont repoussés par les troupes loyalistes, une garde présidentielle renforcée par des recrues mercenaires, les soldats libyens et aussi les maquisards – une horde de criminels violeurs et pillards – du chef rebelle congolais Jean-Pierre Bemba, ami et « associé » d’Ange-Félix Patassé. Les troupes de Bemba passent la frontière, délimitant la zone sous leur contrôle en République démocratique du Congo, pour prêter main forte aux forces de Patassé.

L’intervention d’un rebelle opposé au pouvoir légal de son pays, pour le compte d’un pays voisin, n’était pas seulement une atteinte grave aux principes des relations internationales, mais aussi une première dans les relations entre les États du continent. C’est donc à la suite de ce coup d’État, revendiqué par l’ancien président André Kolingba1, qu’entrera en scène le général François Bozizé, qui doit s’enfuir au Tchad, avec quelques centaines de soldats fidèles, pour échapper aux foudres du président Patassé qui l’accuse de complot lié au putsch…            

Ange-Félix Patassé sauve une fois de plus son pouvoir lors d’un nouvel assaut de soldats « rebelles », qui dure du 25 au 31 octobre 2002. Les assaillants se réclament cette fois clairement du général Bozizé qui, depuis le Tchad, avait juré de « renverser Patassé avant la fin de son mandat ». Les assaillants sont repoussés une fois encore.

La riposte du pouvoir se déploie avec un dispositif identique à celui opposé au coup d’État précédent : conjugaison des troupes loyalistes, du contingent libyen et des hommes du Congolais Jean-Pierre Bemba, qui commettent d’horribles exactions sur les populations. Ces actes d’une rare brutalité font aujourd’hui l’objet d’une plainte contre Jean-Pierre Bemba pour crimes contre l’humanité auprès de la Cour pénale internationale2.

Deux facteurs nouveaux interviennent dans cette tentative de coup d’État. D’une part, les partisans armés du général Bozizé ont entrepris leur opération depuis la frontière, devenue très aléatoire, entre le Centrafrique et le Tchad. Autrement dit, à la différence des putschs manqués et autres mutineries observés par le passé, les assaillants n’agissaient pas à partir du système de défense étatique, c’est-à-dire de casernes au périmètre circonscrit. Aussi, les autorités de Bangui n’ont pas hésité à accuser très tôt le pouvoir tchadien d’avoir fourni soutien militaire et équipements à cette rébellion.

 En second lieu, les hommes armés de Bozizé, plutôt que de battre en retraite, comme on l’a vu naguère après avoir été repoussés par les forces du pouvoir, se replient, cette fois, à quelque 300 km. de Bangui, en prenant soin de maintenir des positions dans des villages éparpillés sur cette distance. Ce maintien, avec la promesse d’un « assaut final » face à un pouvoir qui ne pouvait plus prétendre avoir réellement réduit ses adversaires, place pour la première fois le Centrafrique dans une situation de guerre interne, le territoire étant désormais contrôlé par deux forces adverses.       

 

 

Brouille avec le Tchad

 

Pour la première fois, on parle de « négociations avec les rebelles », de « cessez-le-feu provisoire », voire de « dialogue pour la réconciliation nationale », auquel seraient conviées toutes les parties en conflit. Tout cela sur fond de crise politique larvée avec le Tchad voisin. Au départ l’on avait surestimé le soutien supposé de Ndjaména  à l’aventure militaire du général François Bozizé : les autorités tchadiennes avaient rejeté la demande d’extradition formulée par Bangui, ce qui avait déclenché les foudres de Patassé contre son homologue Idriss Déby. En réalité, ce dernier ne voulait pas s’exposer, de la part de ses pairs de la sous-région, les reproches d’ingérence dans les affaires intérieures du Centrafrique ou de tentations hégémoniques. Mieux, alors même que Patassé accusait Ndjaména de tous les complots contre son régime, Idriss Déby disait préférer « continuer à avoir affaire à Patassé (qu’il) connaît » plutôt de miser sur un François Bozizé jugé alors peu convaincant, aussi bien en matière de stratégie politique que pour ses capacités de commandement militaire.

La brouille s’intensifie toutefois entre les deux pays : comme l’on dit à Ndjaména, « Patassé cherche décidément la querelle ». Le président centrafricain fait de l’extradition de François Bozizé une question de principe et accuse le Tchad d’ourdir de sombres intentions d’invasion de son pays. Pour sa part, Ndjaména juge inacceptable la présence à la tête de la garde présidentielle centrafricaine d’un opposant du régime tchadien, Abdoulaye Miskine, réfugié à Bangui et auquel Patassé a aimablement octroyé la nationalité centrafricaine…

Le climat est encore alourdi par des affrontements sporadiques à la frontière nord, opposant d’une part les hommes de Bozizé et les troupes centrafricaines, de l’autre certains détachements tchadiens et des militaires centrafricains. Le Tchad argue de son droit souverain de faire la police, pour ainsi dire, à sa frontière menacée par des initiatives militaires hostiles. Patassé crie à l’agression ; on parle de risque de guerre ouverte entre les deux pays. Une guerre pourtant inimaginable, entre le nain militaire centrafricain et l’armée tchadienne, forgée au fil du temps dans une véritable culture de la guerre…

L’implication des chefs d’État de la sous-région d’Afrique centrale permettra de célébrer, lors de sommets extraordinaires, des moments de réconciliation – du moins en apparence – entre les deux antagonistes et de diminuer, un temps, la tension entre les deux pays. Mais,  si l’on évoque « la raideur » du Tchadien Idriss Déby, c’est pour mieux souligner « le caractère imprévisible et le délire paranoïaque » de Patassé. Et l’on craint que, sous l’empire de son obsession sécuritaire, il alimente les tensions déjà vives dans la région.

Les pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cemac)3 décident de déployer une force de sécurité en Centrafrique. L’une des missions de cette force est d’assurer la sécurité personnelle du président Patassé. Ainsi, les chefs d’État se montrent vigilants, vis-à-vis aussi bien des réactions d’Ange-Félix Patassé que des humeurs de son voisin tchadien. En même temps, ils se montrent attentifs aux mouvements du général Bozizé, extradé en France4, et qui ne désespère pas de mener à terme son projet, à savoir la chute de Patassé.

Même s’ils reconnaissent en privé que « le cas Patassé est difficile à défendre », les présidents membres de la Cemac veulent à tout prix éviter le coup d’État en Centrafrique : pas question de cautionner la prise de pouvoir par les armes, désormais sanctionnée par les règlements de l’Organisation de l’unité africaine (Oua). Les chefs d’État sont aussi soucieux de ne pas susciter des vocations de putschistes dans d’autres pays, y compris les leurs... Le président gabonais Omar Bongo s’implique personnellement dans l’affaire, multipliant conseils et mises en garde en direction de la présidence centrafricaine et aussi des opposants.

Lui et son homologue de Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, qui savent que le chef de l’État tchadien, Idriss Déby, est à bout de nerfs et aussi que les hommes armés de Bozizé peaufinent leur dispositif pour « un assaut final » sur Bangui, invitent tout ce monde à la raison. Ils conseillent à Ndjaména d’éviter toute ingérence dans les affaires centrafricaines. Si par ailleurs ils comprennent, eu égard à un schéma patent de guerre civile, que les troupes de Bozizé maintiennent leurs positions, ils leur demandent d’éviter de franchir le Rubicon du coup d’État. Tout au plus, concèdent-ils, le gel des combats pourrait agir comme une pression sur le président Patassé pour le contraindre à tenir la promesse de l’organisation d’un « dialogue de réconciliation nationale ».

 

 

Le « dialogue national »

 

Au début de l’année 2003, ce « dialogue national » est considéré comme la voie cardinale de sortie de crise. Plusieurs partis politiques s’associent à cette idée, non sans manifester leurs réserves, voire une franche méfiance à l’égard des bonnes intentions de Patassé. L’histoire de la crise centrafricaine est en effet émaillée de promesses jamais tenues du chef de l’État. Les « rebelles » armés manifestent toutefois une certaine « bonne volonté », et acceptent de surseoir à leur projet d’offensive, pour donner toutes ses chances à la tenue de ce dialogue.         

Pendant ce temps, Patassé souffle le chaud et le froid. Tout en vantant les vertus du « dialogue », il demande le maintien du contingent de soldats libyens chargé de sa sécurité, et ce contre l’avis de la Cemac, qui estime à juste titre incompatible cette exigence avec le déploiement d’une force souverainement décidée par les membres de l’organisation sous-régionale. D’ailleurs, le guide de la révolution libyenne, Mouammar Khadaffi, pour éviter d’être à nouveau stigmatisé par la communauté internationale, décide de rappeler les troupes qu’il a mises à la disposition de Bangui.

Alors que l’opinion internationale condamne les crimes commis par les coupe-jarrets du Congolais Jean-Pierre Bemba, venus au secours de Patassé, et dont l’opposition réclame le retrait, le numéro un centrafricain clame son « affection » pour Bemba, qu’il considère comme « son fils », et juge que ses hommes ont « fait du bon travail » en Centrafrique. On hésite entre le fou-rire et la désolation, lorsque le chef de l’État centrafricain en appelle, en février 2003, au « retour des soldats français » comme force d’appoint aux troupes de la Cemac…       

Paris oppose le silence à cette demande à tout le moins inattendue. Il faut dire que, si Patassé inquiète les médiateurs de la crise, son futur tombeur, François Bozizé, ne manque pas d’activités non plus. Depuis Paris, et dans d’autres capitales européennes, il multiplie ses contacts pour obtenir financements et appuis pour son projet.

 

 

Le tournant de février 2003

 

Selon plusieurs observateurs, le tournant de la crise s’est produit à la mi- février 2003. Le président tchadien Idriss Déby se rend à Bangui pour marquer « la réconciliation » entre les deux pays. Pendant qu’il est reçu avec fastes et honneurs par son hôte centrafricain, à quelques centaines de kilomètres de Bangui, à l’intérieur du pays, des éléments de la garde présidentielle et ceux du français Paul Barril (conseiller de la présidence centrafricaine et promu « chef de la lutte antiterroriste » par Patassé), se livrent, avec les troupes de Jean-Pierre Bemba, au massacre systématique de populations d’origine étrangère, des Tchadiens principalement. Une opération destinée à « nettoyer », dit-on, les foyers de subversion et de complot !

Idriss Déby qui croit d’abord vivre une très mauvaise farce, se dit trahi. L’affaire centrafricaine alimentera quelques jours plus tard les conversations de coulisse durant le sommet France-Afrique qui se tient à Paris. Invariablement, Ange-Félix Patassé est qualifié de « fou pyromane » ou de « dangereux psychopathe ». Il est devenu bien difficile de défendre cet homme contre le verdict des armes qui menacent son pouvoir.

Le 15 mars 2003, les hommes de Bozizé, certainement soutenus en matériel et moyens logistiques par le Tchad, entrent dans Bangui, sans rencontrer aucune résistance de la garde présidentielle, qui ne peut plus compter sur les soldats libyens. Les hommes de Jean-Pierre Bemba s’enfuient vers la République démocratique du Congo. Les troupes de la Cemac se retiennent d’intervenir, expliquant plus tard qu’une réaction de cet ordre n’était pas comprise dans leur mission.                      

Au moment où le coup d’État se déroulait, Ange-Félix Patassé revenait dans son avion d’un sommet de la Communauté économique des États sahélo-sahariens (Cen-Sad) qui venait de prendre fin à Niamey, la capitale du Niger. Les stratèges du putsch avaient décidé de laisser la vie sauve à Patassé : son absence de Bangui garantissait cette condition. Alors que l’avion du chef de l’État amorce son atterrissage, il doit reprendre les airs pour aller se poser au Cameroun, à Yaoundé, où Ange-Félix Patassé et sa suite sont conduits à l’hôtel Méridien. C’est le début de l’exil.

François Bozizé s’autoproclame chef de l’État, et le nouveau pouvoir s’installe. Plutôt bien inspiré, il nomme comme chef de gouvernement le « doyen » de la classe politique, Abel Goumba, une figure consensuelle. Tous les partis politiques, y compris le Mouvement de libération du peuple centrafricain  que présidait Ange-Félix Patassé, sont représentés, à des postes ministériels, dans le nouveau gouvernement.

 

 

Des condamnations modérées

 

Le pouvoir dit comprendre les condamnations de principe de la communauté internationale pour « le péché originel » que constitue l’acte du putsch ; mais il ne désespère pas d’être « bientôt mieux compris » pour ce qui est « un acte de libération nationale ». En tout cas, les condamnations portées à l’étranger contre le coup d’État ont été singulièrement modérées ;  surtout, nul n’a réclamé le rétablissement de Patassé dans ses fonctions.

Aussi bien, après avoir condamné la prise du pouvoir par les armes, les chefs d’État membres de la Cemac n’ont pas tardé à confirmer le renouvellement de la mission des forces dépêchées en Centrafrique, y compris des troupes tchadiennes, qui, avant même cette décision, avaient commencé de rétablir la sécurité dans la capitale, à la demande du nouveau pouvoir. Pour sa part, la France a accepté de déployer sur place un contingent chargé d’assurer la logistique des troupes de la Cemac.

Les membres de cette organisation sous-régionale ont officiellement reconnu le nouveau pouvoir le 3 mai 2003. Si, pour les États voisins, le retour à l’apaisement en Centrafrique est un gage de sécurité pour la sous-région, les partenaires extérieurs – France et États-Unis en tête – demeurent très attentifs à l’évolution de la situation et des options du nouveau pouvoir, qui doit redresser un pays aux ressources jusqu’ici mal exploitées, ou gaspillées.

L’apaisement des tensions en Centrafrique participe de la normalisation souhaitée dans les des pays de la sous-région, confrontés à des crises politiques de basse ou haute intensité. Les institutions financières – Fonds monétaire international et Banque mondiale – observent la situation et surtout l’intimité nouvelle entre Bangui et Ndjaména, eu égard à un enjeu de taille : l’exploitation du pétrole tchadien, à présent sécurisée du fait de la disparition des tensions entre les deux pays, et bientôt peut-être, la confirmation des indices pétrolifères relevés en Centrafrique…

Le président François Bozizé veut associer toutes les forces politiques à la réussite de la période de transition. Une « transition consensuelle », selon les termes de Jean-Paul Ngoupandé, condition sine qua non de la remise en marche d’un pays détruit. Reconstruire l’école et le secteur de la santé ; assainir toutes les branches de l’économie, notamment celles du bois et des diamants ; éradiquer la culture de la violence et du pillage, rétablir la sécurité aussi bien pour les Centrafricains que pour les étrangers et permettre, ce faisant, la relance des investissements ; combattre la corruption érigée sous Patassé en système de gouvernement… Des travaux d’Hercule.

Un Conseil national de transition – parlement provisoire – a été installé, composé de personnalités issues des diverses sensibilités politiques. Il devrait accompagner le gouvernement – essentiellement en matière de textes législatifs – dans ses actes et décisions durant la transition. Le général Bozizé, qui avoue volontiers ne pas être « un politique », rappelle avoir simplement rempli une mission militaire, cette solution étant devenue, pour la majorité des Centrafricains, la seule en mesure de « faire partir Patassé et libérer le peuple ».         

François Bozizé a affirmé qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle prévue à l’issue de la transition, dans deux ans. Une amnistie générale a été accordée à tous ceux qui avaient été condamnés – souvent par contumace –  par le régime déchu, après le coup d’État manqué de mai 2001. Cette décision a favorisé le retour de plusieurs exilés, dont l’ancien chef d’État, André Kolingba.

Durant la transition, le pouvoir souhaite relancer le projet de « dialogue de réconciliation nationale », dans un contexte rendu plus serein, estime-t-on, depuis le 15 mars 2003. Un « dialogue » toujours nécessaire pour réunir les Centrafricains – partis politiques, syndicats, société civile, autorités morales – autour d’un projet national commun, afin de reconstruire l’avenir sur des bases acceptées et respectées de tous.

De la réussite de cette transition dépendra la bonne relance du processus  électoral et la pleine restauration de la démocratie, socle du développement et du progrès espéré et attendu de tous. Cela est possible, à deux conditions : la primauté du souci du mieux-être collectif sur les ambitions personnelles ; et aussi, comme ne cesse de rappeler le nouveau pouvoir : « Travailler, et encore travailler ».

 

 

NOTES

 

 

1. En réalité, on reconnaît aujourd’hui que le général André Kolingba avait simplement – et imprudemment –accepté, à la demande des véritables instigateurs, dont le général François Bozizé, d’endosser le leadership de l’opération, en tant que « haut gradé » de l’armée.

2. Parmi les épisodes surréalistes de l’histoire des crises de cette région d’Afrique, Jean-Pierre Bemba est devenu l’un des quatre vice-présidents de la République démocratique du Congo,  à l’issue des accords de paix conclus en avril 2003 à Sun City, en Afrique du Sud, après près de cinq ans de guerre civile. Toutefois, des affrontements armés se poursuivent encore dans le nord-est et l’est du pays, avec, en toile de fond, le pillage organisé des ressources et l’influence toujours active – après une réelle implication – de pays voisins tels que le Rwanda et l’Ouganda, qui soutiennent certains mouvements rebelles de la RDC.

3. Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, République démocratique du Congo, Tchad, Centrafrique. Les trois premiers pays ont envoyé des troupes en Centrafrique.

4. Les chefs d’États membres de la Cemac avaient, entre autres résolutions, prescrit l’extradition simultanée du général François Bozizé du Tchad et d’Abdoulaye Miskine de Centrafrique. Le premier a préféré la destination de Paris, au lieu de l’Algérie initialement proposée par Bangui. Il a fallu insister auprès des autorités centrafricaines pour qu’elles se décident à appliquer la décision d’extrader Miskine, qui a finalement été renvoyé vers le Togo.

5. Il s’agit des viols, pillages et massacres ciblés commis contre la population de l’ethnie Yakoma – considérée par le pouvoir Patassé comme une communauté ennemie – et aussi des populations immigrées, tchadiennes particulièrement.

 



* Journaliste, chargé de cours de géopolitique à l’ESSEC

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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans INSECURITE
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