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6 juillet 2008 7 06 /07 /juillet /2008 14:34
 

Diaspora et Développement: Le Point de vue d’Alain Anyouzoa


Quebec (Canada), Mai 2008
© Ferdinand Mayega, Le Combattant, Correspondance

La diaspora africaine peut et veut jouer un rôle majeur dans le développement du continent noir. Elle entend bien participer au débat autour de la problématique du progrès du continent africain.
 
Pour cette raison, dans le cadre de la rubrique Diaspora de votre journal, nous vous donnons la position d’un brillant universitaire camerounais Alain Gaétan Njimoluh Anyouzoa.

Le Dr Alain Anyouzoa est titulaire d’un PhD en informatique de la Vrije Universiteit de Brussel en Belgique, diplôme obtenu en 2004. Spécialiste en Intelligence Artificielle, il est “Principal Scientist”, l’équivalent académique de Professeur d’Université aux Etats-Unis, et travaille pour la compagnie Global Info Tek Incorporated qui fait dans la recherche militaire et les systemes informatique pour le renseignement. Global Info Tek Incorporated est située à Reston en Virginie sur la côte est des Etats-Unis. Le domaine de recherche du Dr. Alain Anyouzoa est à la frontière entre la théorie des jeux, la biologie, l’économetrie, les statistiques…et la mécanique quantique.Courtisé par des multinationales, le 27 mai prochain, il occupera un nouveau poste chez Microsoft Corporation à Redmond dans l’État de Washington.Le 16 octobre 2003, il a gagné à Halifax au Canada sur 593 chercheurs venus du monde entier et travaillant pour des universités et compagnies prestigieuses comme le MIT, IBM, Microsoft, Dassault Aviation, le Best Paper Award de l’IEEE/WIC/IAT pour sa publication scientifique intitulee:” Dynamic Stochastic Capacity Princing for Resource Allocation”. Il a également été nominé pour le même titre l’année suivante pour son travail sur la stabilité des systemes dynamiques. Mais n’a pas pu competir à Beijing en 2004 parce qu’il defendait sa thèse de doctorat au même moment.Agé de 39 ans, marié et père de 3 enfants, l’universitaire donne son point de vue sur la situation peu honorable de l’Afrique et tente de proposer des solutions pour sortir le continent en général, et le Cameroun en particulier du sous développement.
 
«Le paradoxe à ce moment est que ceux de nos confrères qui sont passés dans l’administratif ou le politique sont les premiers à defendre l’indefendable.»
 
Quel est d’après vous, les raisons profondes du sous développement de l’Afrique et de son retard dans l’acquisition du know how technologique ou industriel?

Alain Anyouzoa: Ma réponse sera simple et brève: le manque de volonté politique. Si je peux développer encore plus. Au lendemain des indépendances, les africains qui étaient allés se former en occident revenaient parce qu’ils savaient que l’avenir de leurs jeunes nations reposait entre leurs mains. Presque tous nos pays sont actuellement dirigés par ces derniers. Par la suite, l’élite intellectuelle qui avait suivie cette première génération jusque dans les années 1980, les boursiers africains et autres intellectuels formés en occident revenaient fièrement après leurs études participer à l’effort de développement du continent. La majorité de ces intellectuels qui ont acquis le savoir scientifique et technologique, revenue au bercail, au lieu d’appliquer ce qu’ils ont appris à l’étranger, se sont vus confier des postes de bureaucrates et ont par conséquent abandonné leur mission premiere qui était d’aider l’Afrique à rattrapper son retard technologique. Certains de nos confrères font le choix d’abandonner la recherche pour un poste politique ou admnistratif. Ce qui est comprehensible dans un environnement où les ascenseurs sociaux sont grippés. Salaires miserables, manque de profil de carrière. Ayant des familles à nourrir et certainement des ambitions personnelles, c’est à qui mieux mieux.
La consequence immediate est que les moins resistants font tous l’école buissonnière et se mettent au service des régimes qui les abrutissent, adherent à des sectes et reseaux, pendant que les plus resistants s’accrochent en esperant veinement qu’un jour viendra où nos responsables politiques comprendront la nécessité de soutenir la recherche. Le paradoxe à ce moment est que ceux de nos confrères qui sont passés dans l’administratif ou le politique sont les premiers à defendre l’indefendable. Ceci très souvent dans une masturbation intellectuelle qui n’a d’égale que l’energie avec laquelle ils vouaient ceux qui les opprimaient aux gemonies. Comme disait un de nos compatriotes dans une lettre publique aux camerounais, “ils ont succombé aux delices faciles du quotidien et affichent leurs diplômes comme de simples medailles rappelant leur exploits passés”. Ils ne lisent plus, ils n’apprennent plus, ils ne se remettent plus en question. Ils sont supposés être les “éveilleurs de consciences”. Mais non! Ils sont repus et compromis! Pourquoi les met-on derrière des bureaux si ce n’est une stratégie pour tuer leur génie! Un pays peut-il avancer quand la science est sacrifiée à l'autel des lubies de ses dirigeants? On a l’impression que ceux qui étaient qualifiés d’illettrés lors et après nos independances avaient fait mieux! Comprenez-moi bien. Je ne suis pas entrain de dire que des ingenieurs et des docteurs ne devraient pas occuper des postes de responsabilités.

Mais la proportion de docteurs, ingenieurs et techniciens de tous bords “fonctionaires” en Afrique est alarmante!Aujourd’hui, le constat est clair et evident. La grande majorité des hommes de science de l’Afrique formés après les années 1980 et surtout à partir des années 1990 ne rentrent plus en Afrique une fois leurs études terminées. Ces derniers occupent des postes de professeurs ou de chercheurs dans des universités et des grands centres de recherche à la pointe de la science et de la technologie soit en Europe, en Asie et de plus en plus en Amérique du nord. D’autres preferent ”laver les assiettes dans les pays où ils ont etudié quand ils n’arrivent pas à trouver un travail à la hauteur de leur competences”. L’Afrique compte aujourd’hui à travers le monde, pas moins de 40.000 PhDs ou docteurs d’État dans des domaines de la science et la technologie, et une grande majorité se trouve en ce moment aux Etats-Unis.

Toute cette diaspora africaine de la matière grise est prête à aider le continent et je suis certain qu’une grande majorité veut rentrer aider l’Afrique à relever le défi technologique pour son développement. Mais, il faut reconnaître qu’il y a beaucoup de pesanteurs au sein des classes dirigeantes de nos jeunes États. L’Afrique ne fait rien ou pas assez pour encourager le retour des intellectuels africains comme ça se fait en Chine, en Inde, etc. Le veritable problème n’est pas financier ou économique. Il est plutot politique. Nous en discutons assez souvent entre nous. Nos politiques ne font rien pour nous encourager à retourner dans nos pays.Si je prends mon cas particulier et mon champ de recherche, aucune structure de recherche au Cameroun ne peut me donner les conditions minimales nécessaires pour poursuivre ma recherche. Ce n’est pas un problème de salaire qui me preoccupe, mais plutôt la situation socio-politique. Des conditions de travail adequates et un environnement stable et viable sont nécessaires pour favoriser l’éclosion du savoir et la compétition avec d’autres chercheurs du monde. Je pense personnellement que nos confrères qui travaillent actuellement en Afrique sont des héros. Quand je pense à leurs conditions de travail, j’ai beaucoup de respect pour eux au vu de leur productivité scientifique. Imaginez un seul instant qu’on leur donne un peu plus de moyens!Pour vous faire comprendre la difficulté d’aider l’Afrique et les freins que nous rencontrons à l’exemple du Cameroun, je vais vous donner un exemple bien simple.

J’ai rencontré un haut responsable en charge de l’enseignement supérieur au Cameroun et lui ai proposé d’aller, à mes frais, donner chaque année, des cours pendant au moins deux semaines, gratuitement aux étudiants de l’école Polytechnique ou d’une université camerounaise afin de leur faire profiter de l’avancement des connaissances, et de mes recherches dans mon domaine. Je n’ai jamais reçu une suite à ma demande. J’étais même prêt à mobiliser un certain nombre de mes collegues et amis africains et non-africains qui aimeraient aider le continent africain! Quelques temps après, j’ai fait la même proposition à la présidence rwandaise. Le courriel que j’avais envoyé autour de 22 heures, heure de Washington DC avait été répondu favorablement en l’espace d’une heure d’intervalle le même jour. Le choix du Rwanda était guidé par la volonté du régime à doter ce jeune pays d’une des meilleures plateformes technologiques d’ici l’horizon 2020. Le Rwanda, ce petit pays africain qui a connu des traumatismes inoubliables en 1994 a compris qu’il ne peut pas exister sans la volonté de sortir de la pauvreté, et donc du sous-développement. Au même moment, les dirigeants de mon pays d’origine se plaisent à voir le Cameroun dans la situation dans laquelle il se trouve puisqu’ ils refusent l’apport gratuit des camerounais de la diaspora.

Pouvez-vouc imaginer qu’un chargé de cours gagne près de 4 millions de FCFA par mois au Rwanda alors qu’un enseignant dans une université camerounaise gagne à peine 200 mille FCFA par mois? J’ai rencontré un jeune enseignant béninois en Novembre 2007 à une conference à la Silicon Valley en Californie qui voulait partir de son poste qu’il occupe dans une université de la région des grands lacs pour le Rwanda pour faire un million de FCFA en plus par mois! Connaissant le Cameroun, j’avais l’impression que l’histoire de ce jeune enseignant africain, jonglant ainsi entre deux pays en Afriques relevait d’un recit Kafkaen. J’étais à la fois intrigué et fier de voir un tel dynamisme et cet intérêt poussé pour ce petit État montagneux et enclavé de la région des grands lacs – Le Rwanda.La raison pour laquelle un pays comme le Cameroun est en retard n’est nullement le manque d’expertise. Je peux vous garantir que vous trouverez des camerounais dans tous les domaines scientifiques et techniques imaginables. Le problème est le manque de volonté politique, le manque de vision, l’absence de conditions nécessaires pour un meilleur epanouissement intellectuel. On peut aussi debattre sur les libertés individuelles Vous ne pouvez pas envoyer vos enfants aller étudier à l’étranger, et leur demander à leur retour d’oublier les valeurs morales et sociales (positives) qu’ils ramenent avec eux dans leurs bagages quand ils rentrent au pays. C’est leur demander de renier une partie d’eux-mêmes. Voilà d’une façon non exhaustive, autant de goulots d’étranglement à l’essor et la prospérité d’un pays comme le Cameroun.La clé de notre retard se résume simplement par le manque de volonté politique de nos dirigeants.

 
Vous aviez appris que le chef de l’État Paul Biya du Cameroun a modifié récemment la constitution surtout l’Art 6 alinéa 2 pour se représenter N+1 fois aux élections présidentielles. Face à une gouvernance politique de cette nature, pensez-vous qu’il existe une possibilité de sortir du sous-développement?


Personnellement, je ne pense pas que le chef de l’État soit seul responsable du pourrissement de la situation au Cameroun. Le dire serait de la malhonnêteté intellectuelle. En dehors du chef de l’État, je pense qu’il y a des gens autour de lui qui prennent aussi des décisions. Pensez vous que M. Paul Biya, se trouverait offensé qu’un ministre en charge de l’Enseignement supérieur ou de la Recherche scientifique aie pris des mesures, visant à encourager le transfert du savoir faire des hommes de sciences camerounais de la diaspora pour le bénéfice du Cameroun.Je ne pense pas que ce dernier se verrait blâmer ou limoger de son porte-feuille ministériel. Pour cette raison, le tort ne saurait revenir au chef de l’État tout seul, même s’il est à la tête du pays. Le tort revient au système tout entier. C’est tout un systeme qui est responsable de nos malheurs. C’est ce systeme qui nous abrutit, nous accable, traîne les pieds et freine toute velléité de progrès.Si le prochain président de la république est de l’entourage du chef de l’État Paul Biya, je suis certain qu’il sera difficile de voir changer les mentalités qui compromettent le progrès du Cameroun. Cependant, il faudrait s’attendre à certains changements parce que le nouveau président amenera certainement avec lui ses hommes de confiance. Il bâtira son propre système, un système qui lui permettra de diriger. Qui sait?

Il nous surprendra peut-être. Je n’ai pas de solution magique, mais je suis convaincu que la majorité des camerounais de la diaspora ayant un réel souci de transformation de notre société veulent voir les choses changer. Ils pensent être mieux placés pour gérer de manière efficiente et mener le pays vers un développement durable. Cependant, ils doivent comprendre que le Cameroun n’est pas un pays facile. Mon père a fait sa carrière dans le commandement. Pour avoir servi dans diverses régions du pays, il connaissait bien le Cameroun. Il me disait toujours que le Cameroun n’est pas facile à diriger. Nous avons nos réalites qui nous sont propres, et, malgré tous les diplômes que nous engrangeons à l’etranger, sans une connaissance et une comprehension profondes de nos réalites locales, il est impossible de diriger efficacement le Cameroun. Ceux de la diaspora qui veulent aider leurs pays doivent composer avec ceux qui sont sur place. Il n’y a pas que des idiots et des repus sur place. Il y’a aussi des gens competents qui n’attendent que la bonne occasion pour éclore. J’aimerais aussi que nous de la diaspora soyons francs avec nous-mêmes. Nous avons toutes ces belles idées quand nous sommes à l’exterieur et/ou hors de la mangeoire. Dès que nous recevons un petit strapontin, nous morphons et devenons ce que nous recusions par le passé. Puis, nous commençons à parler la bouche pleine.

La panacée pour sortir les pays africains du sous-développement semble être le développement durable. Seigneur! Quelle belle expression! Je vous parie que la majorité des intervenants africains dans les colloques internationaux, ne comprennent même pas ce que cette expression veut dire. Loin de moi l’intention d’insulter leur intellect. Je ne vois tout simplement pas les signes accompagnateurs de la maîtrise de ce concept dans nos societés. Les projets sont menés sans tenir compte des études environnementales qui ont été faites à coup de centaines de millions de FCFA, des édifices construits avec l’argent des contribuables ne sont pas entretenus. On attend que les ascenseurs ne fonctionnent plus du tout pour les remplacer tout simplement! On signe des contrats d’achats de systèmes informatiques avec des societés occidentales (françaises en occurence) à la BEAC sans exiger que les fichiers sources soient la proprieté de la BEAC. Au moindre petit problème, il faut appeler “UN SPECIALISTE BLANC” –formé sur le tas s’il vous plaît - qui viendra à coup de millions, passer une semaine sous le beau soleil africain pour résoudre un petit problème de 10 minutes au frais de la BEAC! Grand Dieu! Et on parle de développement durable. Le développement durable nécessite une culture de développement. Une vision. On doit apprendre à prevoir. Pouvoir adapter des solutions qui ont marché ailleurs à nos problèmes en tenant compte de nos specificités. Pouvoir se reinventer! Le développement durable est plus difficile que vous ne le croyez. Pour une societé aussi ancré dans le laxisme et les passe-droits comme le Cameroun, permettez-moi de douter de la volonté de certains quand ils prononcent ces deux mots.
 

Un proverbe chinois dit que le poisson pourrit toujours par la tête. Il est vrai, le problème du Cameroun tout comme celui de l’Afrique entière est celui du système en place. Cependant, à la tête d’un système tout comme celui d’un équipage de bateau ou d’avion, il y a un capitaine de navire ou un commandant d’aéronef. Dès lors, tous les malheurs de ce système reposent avant tout sur la tête du commandant en chef qui est le chef de l’État. C’est clair. D’où l’intérêt de pointer le doigt accusateur d’abord sur le Président Paul Biya. Qu’en dites-vous?

Je ne suis pas entrain de faire la défense du Chef de l’État tout comme je me refuse de politiser le débat. Mais pour vous donner un exemple de progrès dans le totalitarisme, regardez la Chine. J’invite les uns et les autres à faire la différence entre la politique et le développement, bien que les deux soient intimement liés! Je ne suis pas un spécialiste des questions de développement, mais je sais tout de même additionner 2 et 2.La Chine est l’une des dictatures les plus violentes au monde. Cependant, l’empire du milieu est entrain de rivaliser, voire même menacer la légitimité de la superpuissance américaine dans ce 21ème siecle. Ceci grâce à la maîtrise de la science et de la technologie et à l’apport de sa diaspora à travers le monde. La Chine a su créer les conditions d’un développement durable. La Chine a créée les conditions nécessaires à l’éclosion d’une classe moyenne qui est le veritable moteur de son développement. La Chine a créée les conditions favorables au retour de sa diapora. Les chinois ont par exemple le droit d’avoir plusieurs nationalités. Ce qui permet une meilleure circulation de ses citoyens. Qui dit circulation dit mobilité et opportunités d’études, de travail, etc. C’est la preuve que même dans une dictature, on peut faire avancer les choses si la volonté existe réellement. Pour vous dire la vérité, je ne suis qu’un scientifique et je ne peux proposer que des solutions scientifiques aux problèmes africains. Je formule le vœux que les dirigeants politiques au pouvoir en Afrique mesurent le retard de leur pays respectif et manifestent plus de volonté politique à changer le visage peu honorable que nous montrons. L’image d’une Afrique meurtrie par la misère et le poids trop lourd de son sous développement.

 
L’Afrique représente trois fois la superficie du continent européen et environ 14% de la population mondiale. Malgré son potentiel, le continent noir demeure à la traîne du progrès. Est-ce qu’il faut décidément donner raison aux européocentristes et afro pessimistes qui pensent que les africains sont congénitalement réfractaires à tout ce qui relève du développement?

Les africains ne sont pas réfractaires au progrès social, au développement. Cependant, je crois qu’il y a des pesanteurs intérieures et extérieures qui empêchent le take off ou le décollage de l’Afrique. J’ai la conviction que certaines personnes aussi bien dans nos États qu’à l’extérieur travaillent dur pour nous garder sous-développés. J’ai la ferme conviction que les classes dirigeantes africaines sont des coopérants au service des puissances occidentales dans leur propres pays. Ils sont en mission d’abrutissement et d’exploitation en Afrique. Ils ont tous des passports étrangers et ont leur enfants en occident. Ils ont toujours sous la main un billet d’avion pour partir au moindre soubresaut. Cette situation de l’Afrique joue en leur faveur parce qu’ils n’ont pas de compte à rendre à ceux-la qu’ils administrent pour le compte de leurs maîtres occidentaux. Ils traîtent mieux leurs animaux domestiques que le contribuable qui paie les impôts avec lesquels ils sont grassement payés. Je les plains à la fin parce qu’ils sont eux-mêmes prisonniers dans ces vastes prisons que sont les pays africains. Ils sont autant prisonniers que ces prisonniers qu’ils tiennent fermement sous leurs jougs pour le compte de leurs maîtres.

Malheureusement pour eux, quand ces populations en haillons se rebellent parce que trop affamées et brimées, ils n’ont que ces prisons pour se sentir vivre parce que ne pouvant pas supporter les hivers occidentaux qui tyrannisent leur rhumatisme. Les bons mets de chez eux leur manquent, pour ceux qui choisissent l’exil. Ils sont parfois obligés de négocier leur retour et deviennent prisonniers des nouveaux gardes prisonniers. Et le cycle recommence.Il faut savoir que le développement de l’Afrique ne viendra pas de l’extérieur, mais bien de l’intérieur. Notre changement viendra de l’intérieur. Pour cela, il faut une réelle prise de conscience de l’intérieur, des africains, pour faire bouger les choses dans l’optique de booster le développement de l’Afrique. Prenons un autre exemple. La Tunisie et le Maroc. Ces deux pays ne peuvent pas se prévaloir d’avoir plus de liberté individuelle que le Cameroun. Cependant, en matière de progrès social, économique voire technologique, ces pays sont de loin plus avancés que le Cameroun car la volonté de développement y existe. C’est tout le contraire au Camroun. Au Cameroun, nous assistons à une frenesie devorante et destructrice dans laquelle les camerounais de tous bords, certains avec l’aide de l’étranger, se bousculent autour de ce grand malade qu’est le Cameroun, le charcutent de toutes parts comme des fauves, et vont cacher des morceaux dans l’attente des mauvais jours. Ils jouent à qui pillera plus et le plus vite.
C’est à qui mieux mieux. Un safari aux relents de crimes contre l’humanite!A l’époque où j’étais étudiant en Belgique, j’ai un ami tunisien qui m’avait dit que leur gouvernement envoyait chaque année, des hautes personnalités faire le tour des pays du monde pour recruter des médecins, des scientifiques, des ingénieurs pour venir combler des postes en création ou vacants dans le domaine médical, l’enseignement et la recherche. Aujourd’hui, la Tunisie a une expertise dans des domaines comme les travaux publics, le bâtiment, l’informatique, la médecine, le tourisme, etc. De nos jours, les européens traversent la méditerranée pour aller se faire soigner en Tunisie. Ce tourisme médical génère des millions de dollars chaque année dans ce pays. Tout ceci a été possible en Tunisie grâce à la prise de conscience de tous les maillons du système au pouvoir. Nous savons pourtant que le camarade Ben Ali est l’un des démocrates les plus respectueux des libertés individuelles au monde. Suivez mon regard. Il n’y a qu’à lire le discours de Sarkozy le mois dernier à Tunis. Le camarade Ben Ali n’est pourtant pas plus démocrate que Paul Biya. Comparé à la Tunisie, le Cameroun est un îlot de liberté. Mais au moins, les résultats économiques et le progrès social sont perceptibles dans tout le pays. Là encore se pose une question de volonté politique du chef de l’État et de tout son entourage. Jusqu’à une certaine année, et peut-être encore jusqu’à ce jour, les camerounais representaient le groupe étranger le plus representatif dans le corps médical et dans l’ingenierie en Belgique. Nombreux sont ces médecins et ingenieurs camerounais formés en Belgique qui sont rentrés au Cameroun. Deçus par les structures d’accueil ou leur manque, ont préféré repartir avec la ferme décision de ne plus revenir au pays si les choses ne changent pas. Le savoir faire ne manque pas en Afrique et particulièrement au Cameroun.

Une fois encore, j’insiste pour dire que c’est une question de volonté politique. Il y a beaucoup qui trouvent leur compte dans la frange dans laquelle nous insistons parce que cette situation fait leur affaire. Non pas qu’ils ignorent ce qu’il y’a lieu de faire pour le bien-être de tous. Un autre exemple que j’aime bien cité, c’est celui de la Corée du sud.La Corée du Sud s’est transformée à l’époque d’un président qui avait dirigée le pays d’une main de fer. J’ai vu à la télé, un documentaire saisissant dans lequel on montrait comment les sud-coréens ont appris à construire des ponts, et ont bâtis leur industie lourde, bien avant les investissements massifs des Etats-Unis d’Amerique dans leur économie. D’échec en échec, la Corée a fini par apprendre et est devenue le tigre qu’on connait aujourd’hui. Bien des camerounais ignorent que le PIB de la Corée du Sud était inferieur à celui du Cameroun dans les années soixante, et que le Cameroun pretait même de l’argent à ce pays. Ce qui voudrait dire que même dans une dictature, il est possible de créer des richesses et resorber le sous développement. Les africains ne sont pas des attardés. Les raisons de notre retard sont ailleur!
 

Pourquoi les chefs d’État africains ne peuvent pas œuvrer à mettre sur pied des masse critique, des regroupements, des centres d’excellence pour la recherche africaine pour attirer les chercheurs à revenir faire la science et la technologie sur le continent parce que la recherche demande énormément d’argent surtout dans certains domaines?

C’est bien pensé mais il faut savoir qu’il y a des domaines de la recherche qui ne demandent pas beaucoup d’argent. C’est le cas de l’informatique qui est devenu en quelques années la pierre angulaire sans laquelle aucun développement n’est possible. Pour faire de la recherche en informatique ajourd’hui, on a juste besoin d’un ordinateur et d’une connexion internet. Aujourd’hui, presque toute la connaissance est disponible sur le net, et ceci gratuitement s’il vous plaît! On peut s’eduquer et créer à moindre frais. Je défie quiconque va me prouver le contraire. Pour ce qui est de la technologie, sa maîtrise peut se faire de la même façon. Je vous prends le cas des programmeurs. On n’a pas besoin d’un grand bagage académique pour créer des programmes informatiques. En plus, vous trouvez gratuitement sur le net des solutions à pratiquement tous les problèmes que vous rencontrez dans le domaine. Sur le net, on trouve même des recettes pour construire des bombes. Il existe même des sites qui montrent comment construire une bombe atomique. Ce qui vous manquera, c’est le matériel pour le faire. C’est là qu’il faudrait faire la différence entre la science et la technologie. La science vous donne la theorie nécessaire à la conception de la bombe, et la technologie vous donne les outils, le materiaux et les techniques pour construire la bombe proprement dite. Ceux qui disent que l’Afrique n’a pas de moyen pour faire la recherche ou de maîtriser la technologie sont soit ignorants ou alors de mauvaise foi. Nous avons le “Know How”, c’est à- dire la connaissance. Pour construire une maison, un immeuble au Cameroun, faut-il faire venir des maçons en Guinée Équatorialeou du Gabon? Je pense que non car ils sont formés dans les collèges d’enseignement technique industriel et commercial(CETIC).

C’est la même chose en informatique parce que, pour construire un programme informatique, quelqu’il soit, on a pas besoin que tous ceux qui travaillent sur le projet soient titulaires d’un PhD. Dans la majorité des cas, vous ne trouvez même pas des docteurs et des personnes avec le titre formel d’ingenieur dans la construction des programmes informatiques. L’experience tout simplement fait souvent l’affaire! On peut former de bons programmeurs sans que ceux-ci ne soient passés dans une école d’informatique pour prendre des cours formels. Je vous forme un programmeur en un mois, et un bon programmeur en 6 mois sans connaissances préalables en informatique! Pour ceux qui ne le savent pas, construire un programme informatique c’est comme construire une maison. Vous avez un architecte qui conçoit la maquette de la maison, fait l’étude du terrain, les dessins techniques etc. Et vous avez les maçons qui savent comment mettre une brique l’une sur l’autre. Donc, vous aurez un architecte pour 10, 20, 50 maçons et voire plus. Vous pouvez aussi avoir un ou deux contre-maîtres qui s’occupent de certains aspects du programme informatique et vous aident à diriger les maçons. Je parle par expérience pour avoir occupé le poste de “Chief Architect”, et avoir construit des programmes informatiques valant des millions de dollars americains. Formez-nous ces programmeurs dans les CETICs! C’est possible. C’est pas de la magie! Nous pouvons former des programmeurs comme on forme des maçons dans nos CETICs!Nous manquons d’argent pour faire la recherche poussée dans des domaines comme la physique nucléaire.

Mais en informatique, il ne faut pas de grands moyens pour commencer. C’est une évidence. Seulement, nous devons savoir qu’il ne suffit pas de commencer à faire de la recherche, il faut être capable de la soutenir pour espérer en récolter les fruits. Le développement se soutient. On ne doit pas créer des stuctures de recherche et les laisser deperir comme on a si bien appris à le faire avec les bâtiments publics. On les construit et on les utilise jusqu’a ce qu’ils rendemt l’âme (i.e. deviennent insalubres et inutilisables). Il ne suffit pas de souhaiter le développement, il faut créer des conditions pour soutenir ce développement.Au vu de ce que le monde est entrain de devenir, un monde dans lequel la maîtrise de l’informatique et des technologies de l’information en général sont devenues incortournables, je me pose bien la question de savoir comment on entrevoit le développement durable sans la maîtrise de ces outils. Je lis la presse camerounaise tous les matins, et je tombe regulièrement sur les colloques et seminaires pour la maîtrise des TIC. Je pense que les discours ne nous menerons nul part. Pendant que nous donnons des discours, les autres avancent pratiquement. Le Cameroun, avec ses chômeurs licenciés en lettre, en droit ou en sciences économiques pourrait mettre sur pieds une vaste campagne de reconvertion vers l’informatique et ainsi attirer les compagnies étrangeres qui trouveront sur place une main d’oeuvre qualifiée et bon prix, et facilement renouvelable. Donnez moi un licencié en lettre, je vous en fait un programmeur, peut-être pas un informaticien. Il y a quelques années, la Belgique et l’Allemagne ont sollicitée la main d’œuvre informatique de certains pays comme l’Inde. L’intégration de ces indiens fut tellement difficile (xenophobie rempante, etc.) que l’Allemagne dut abandonner l’expérience au bout d’un certain temps. La Belgique quant à elle s’est résolue à faire de certains de ses chômeurs, des programmeurs en leur donnant une formation accélérée de trois mois, et ceci gratuitement. Parmi ces chômeurs, il y avait des africains notamment des camerounais formés dans d’autres domaines en Belgique.

Pourquoi au Cameroun a-t-on des difficultés à emuler et imiter les bonnes choses qui se font ailleurs si nous ne sommes pas capable de trouver des solutions innovatrices par nous-mêmes.La science nous a été donnée. Elle est enseignée un peu partout dans le monde, disponible sur la toile. Il en est de même de la technologie. Mais une certaine technologie ne nous sera jamais donnée. On nous permettra de l’utiliser sans toutefois nous permettre de la maîtriser. Vous n’avez qu’à voir comment les brevets sont libelés. La retro-ingenierie est sevèrement punie, bien que certaines nations s’en moquent et dissequent le travail fait par d’autres pour en maîtriser les contours. Cherchons à maîtriser la technologie à notre portée. Le gouvernement doit encourager les camerounais à acquerir par exemple des outils électroniques (commes des ordinateurs) et d’autres à des taux préférentiels en terme de taxation douanière, pour faciliter l’accès de ces outils au plus grand nombre. Vous verrez la suite. Nous devons aussi nous assurer que nous appliquons les connaissances scientifiques acquises à la résolution des problèmes locaux. Chaque pays, chaque région du monde a des problèmes qui lui sont propres. La science a ceci de bien qu’elle est juste un outil dans la chaîne de production. Un outil bien versatile. Les lois de la physique par exemple sont les mêmes sous tous les cieux. Il faut donc faire cette science notre.

Comme disait le Prix Nobel de littérature Portugais José Saramago, "La langue appartient à ceux qui la parlent, pour le meilleur et pour le pire", je dirais aussi que la science appartient à ceux qui la maîtrisent, pour le meilleur et pour le pire.Il faut aussi encourager les chercheurs. Sans un soutien réel des pouvoirs publics, ces derniers ne pourront pas soutenir le développement du continent. J’ai par exemple lu un article dans un journal camerounais dont je ne me souviens pas le nom qu’un chercheur camerounais avait mis au point, il y’a une dizaine d’années, une espèce de semence de riz très riche en proteine, et qui permettait aussi d’augmenter sensiblement la productivité. L’espèce de riz en question est actuellement cultivée en Afrique de l’ouest. Ce qui est une bonne chose. Mais pourquoi pas au Cameroun où elle a été conçue? Ah je vois. Les prescriptions du FMI. Qu’est-ce qui nous y a amenés? Le manque de prévision. A quoi servent donc tous ces “thésards ou docteurs” qui pullulent dans les ministères en charge de l’économie et de la planification? Le chercheur cité plus haut est un héros pour la région ouest africaine. Pas au Cameroun où il est clochardisé comme bien d’autres grands esprits de chez nous.
 
Comment pouvez vous imaginer qu’ un camerounais de la diaspora qui veut revenir dans son pays d’origine se voit obligé d’obtenir une invitation formelle de quelqu’ un du Cameroun. Pourtant en Chine ou ailleurs,tu auras beau avoir dix citoyennetés différentes,le jour où on veut rentrer en Chine, le pays vous offre les conditions d’une bonne intégration à votre retour. Ensuite, le gouvernement chinois met à votre disposition, des moyens soit pour créer un laboratoire de recherche avec une équipe de chercheurs si vous êtes un homme de science. Dailleurs, savez vous qu’après l’élection de Jean Ping à la tête de la Commission de l’Union africaine, l’agence Chine Nouvelle ou Xinhua s’est félicitée de son élection. En fait, ce que beaucoup de gens ne savent pas, c’est que le père du gabonais Jean Ping était un chinois arrivé au Gabon dans les années 1930.Cela veut tout dire.


Au Cameroun, la diaspora ne fait-elle pas peur au régime?

Le problème que vous soulevez est réel. Cette politique peut être bonne et mauvaise. Personnellement, pour aller au pays, je dois faire la demande d’un visa. J’ai pris la nationalité américaine par nécessité. Je fais dans la recherche militaire et les systèmes informatiques pour le renseignement. Aux Etats-Unis, pour travailler dans des domaines comme ceux là, il faut avoir la citoyenneté américaine. Ce sont des domaines qui sont réservés uniquement aux américains. Le Cameroun ne reconnaît pas la double nationalité. Si je dois aller au pays, il faut que je donne des raisons à l’ambassade du bien fondé de mon voyage au Cameroun.Toutes ces mesures sont la preuve du manque de volonté politique de nos dirigeants. En effet, ces derniers savent que le pays possède des citoyens valables hors du pays. Le refus de les impliquer dans le combat pour le développement pourrait peut-être s’expliquer par la peur de l’inconnu. En effet, ces enfants qu’on a envoyés à l’exterieur pourraient venir créer des problèmes nouveaux, avoir des revendications qui pourraient remettre en question un certain ordre établi. D’ou des mesures restrictives et suicidaires comme celle prise à l’endroit des camerounais vivant à l’étranger. Nos dirigeants sont conscients du fait que la diaspora camerounaise ne sera pas docile comme le sont ces citoyens de l’intérieur. Ensuite, la plupart des camerounais de la diaspora ont une double nationalité et leur créer des problèmes n’est pas chose facile pour nos dirigeants compte tenu de l’influence du pays d’adoption. Cependant, une question se pose. Comment résoudre l’équation inextricable qui résulte de l’incompatibilité structurelle, doctrinale et idéologique entre la gestion de la chose publique telle qu’elle est faite sous les bananiers (en Afrique) et le besoin de développement? Toute la problématique du développement africain est là. Nos dirigeants devront un jour ou l’autre répondre à cette question.
 
La recherche scientifique est fonction de la spécificité de chaque pays?

Exactement, la recherche scientifique et technologique vise à résoudre les problèmes spécifiques de chaque pays. Les problèmes aux États-Unis sont différents de ceux du Cameroun. Prenons un autre exemple simple. L’obesité est un probleme de santé publique aux Etats-Unis alors que le Cameroun doit faire face aux maladies comme le paludisme qui prennent des proportions endémiques. Les priorités doivent forcement être differentes. Cependant, avec la mondialisation qui nous est imposée, certains types de problèmes deviennent progressivement les mêmes dans plusieurs, sinon tous les coins du globe. Vous avez ainsi le diabete qui devient un problème de santé publique dans des pays comme l’Inde, et même le Cameroun à cause entre autre du manque d’exercice, qui lui, est dû aux multiples facilités que nous avons aujourd’hui (vehicule, fast food, etc.). Nos priorités dans certains domaines pourraient donc rencontrer ceux d’autres pays où d’autres régions. Mais toujours est-il que cette science ou recherche qui sera faite sur des problèmes communs devra être adaptée à nos cultures, notre climat, notre biodiversité, etc. Si on prend l’example du diabete cité plus haut, vous verrez qu’il existe un diabete de type tropical que vous ne trouverez qu’en Afrique sub-saharienne.Pour ce qui me concerne, j’ai fait la recherche sur les systèmes distribués, et les agents intelligents. Je ne vois personnellement pas, du moins dans l’immediat comment ce genre de recherche peut profiter au Cameroun. Le genre de recherche que je fais entre plutôt dans l’outil de production, alors que le Cameroun n’est encore qu’un consommateur. Neanmoins, ça ne ferait pas de mal d’enseigner ces connaissances à des compatriotes.

Quel est le regard que vos collègues américains portent sur vous qui faites la recherche militaire?

En Europe, on pourrait avoir un autre regard sur moi. Je me rappelle d’un de mes professeurs en Belgique qui m’avait demandé si je rentrerais un jour au Cameroun, vu le genre de recherche que je fais, et les resultats que j’obtiens. Cet enseignant me prenait pour un oiseau rare. Et à cette époque, je me rappelle que j’étais l’un des rares africains dans le département d’informatique de mon université. Pour le lecteur, je dois preciser que j’ai fait toutes mes études d’informatique dans une université neerlandophone. Mais aux Etats-Unis, c’est différent, car les américains sont très ouverts. Le pays est un grand carrefour du monde. Les gens viennent de toutes les régions de la planète et les competences sont reconnues. Quand vous êtes compétent dans le pays de l’oncle Sam, Vous n’avez pas l’impression d’être un étranger. Le racisme devient un problème pour les couches pauvres de la societe et les moins scolarisés.
 

Est-ce que les africains de la diaspora se réunissent autour d’un cercle d’hommes de science aux Etats-Unis comme le font certaines communautés notamment indienne ou chinoise?

Vous allez trop loin. Dans la communaute camerounaise de la région de Washington DC où je vis, la communauté est morcelée en association sur des bases ethniques ou tribales. Ce qui n’est pas mauvais d’un point de vue culturelle et même sociale. Mais cela peut aussi representer un frein pour l’évolution de la communauté camerounaise dans son ensemble. Nous avons besoin d’un mouvement qui refletent toutes les couches et la diversité de la nation camerounaise. C’est la seule façon pour nous d’avoir une certaine visibilité et faire contre-poids face aux velleités d’hégemoniques d’autres communautés aux USA. Pour exemple, Il y avait des postes d’emploi ouverts au sein de l’ enterprise dans laquelle je travaille. J’ai fait circuler l’information demandant des CV de camerounais pendant trois mois dans la région de Washington DC. Ils sont pourtant nombreux, mais je n’ai reçu que deux CV venant de personnes n’ayant pas le profil requis. Pourquoi mon information n’a pas pu circuler? Je suis certain qu’il y’a eu retention de l’information. Il faut dire les choses comme elles sont. Nous camerounais savons être égoïstes. Nous avons des competences dans la communauté. Mais l’information n’a pas circulée. Raison pour laquelle, beaucoup de camerounais n’ont pas postulé. En face, vous avez les rouleaux compresseurs chinois et indien, et ceux d’autres communautés moins visibles, mais très soudées comme les Sénégalais et les Maliens. Eux ont compris que l’union fait la force. Résultats des courses, les nôtres ont des problèmes à trouver des emplois parce qu’ils n’ont pas eu de “tuyau”. Comprenez-moi bien. Il ne suffit pas que l’on dépose votre dossier sur la table d’un responsable des ressources humaines pour être engagé. Il faut aussi être competent.

Le plus dur, c’est d’avoir son CV sur la table de ce responsable. Quand la reférence vient de l’interieur de la boîte, très souvent le traitement du CV est différent. C’est ce que les autres communautés ont compris. C’est regrettable qu’il n’existe pas une communauté véritablement camerounaise. Pourtant, c’est au sein d’un regroupement de ce type qu’on peut discuter des vrais problèmes de développement de notre pays. Les clivages que j’ai relevés plus hauts apportent toutefois une certaine cohesion et un sentiment d’appartenance à une entité commune. Ils permettent de discuter des problèmes du village et apportez un certain développement dans nos contrées respectives. Mais la question que je me pose est celle de savoir où est le Cameroun dans tout cela? On s’intéresse à l’intérêt ethnique, ce qui n’est pas mauvais, mais pas à l’intérêt national. Ce sont des schémas que nous avons importés du Cameroun, et nous n’avons pas eu la force ou la volonté de transcender ces clivages et jouer le jeu du nombre comme font les autres communautés plus structurées. Si nous montons d’un cran dans cette analogie, vous comprenez que nous sommes loin de pouvoir parler d’une seule voix à l’échelle continentale. C’est pourtant pas des gens capables qui manquent.
 

La course au parti démocrate est rude entre deux candidats, le sénateur africain américain Barack Obama et une femme, la sénatrice Hillary Clinton. Quelle est votre analyse des deux forces en présence?

Je suis heureux des exploits du sénateur noir Barack Obama car il donne une certaine fierté aux africains. Je suis très fier de lui. Mais mon cœur continue de balancer entre les deux candidats. En effet, j’aime beaucoup madame Clinton autant que j’aime Obama. Mon souhait serait de les voir tous les deux à la Maison Blanche comme Président et Vice Président. De toute manière, quiconque sera nominé aura mon vote.L’élection de Barack Obama va certainement apporter un changement de mentalité et va forcer les uns et les autres à regarder le noir autrement à travers le monde. C’est sûr. Sa présence à la tête du pays le plus puissant du monde aura un impact majeur et certain sur la manière de faire la politique en Afrique. Mais j’ai peur qu’il ne puisse pas aider les noirs comme il voudrait. Tout geste en direction de l’Afrique sera interprété autrement par les lobbys et les autres communautés. Il aura les mains un peu liées. Je pense par exemple à un plan Marshall pour l’Afrique comme celui qui a été implementé en Europe au lendemain de la seconde guerre mondiale. Mais j’ai peur que cela ne puisse pas marcher si nous ne changeons pas notre façon de gerer la chose publique, si nous ne changeons pas nos mentalités. Ça ne servira à rien si nous continuons à nous adonner a notre sport favori: Detourner les fonds publics pour les cacher dans des paradis fiscaux.
 

Est ce que vous avez une dernière préoccupation que nous n’avons pas abordée mais donc vous souhaitez donner votre opinion?

Je voudrai revenir une derniere fois sur le problème de transfert de technologie. Je pense que nous devons nous reveiller. D’après moi, le transfert de technologie s’est déjà fait. Nous sommes formés dans plusieurs domaines à la pointe de la science et de la technologie dans des écoles et universités occidentales. Quel autre transfert de connaissance souhaitons nous obtenir de l’occident? Il est question de prendre cette science là et l’implémenter en Afrique. C’est tout. Je vous ai dit plus haut qu’il y’a des technologies que l’on ne nous donnera jamais. Ne rêvons pas. L’occident a eu à dépenser des budgets colossaux pour les recherches ayant menée à la création de ces technologies. Pourquoi voulez-vous qu’on vous donne ces technologies gratuitement? Nous avons le savoir theorique. Bâttons-nous pour créer des technologies adaptées à nos conditions, à notre environnement, des technologies propres. L’intelligence, c’est la faculté d’adapter les moyens aux fins. Nous avons l’intelligence qui semble la chose la mieux partagée au monde. Nous avons acquis des connaissances theoriques et pratiques. Mettons nous au travail. La balle est dans notre camp.Voilà plus ou moins ce que j’avais à dire.

Ferdinand Mayega au Québec, journal LECOMBATTANT
 

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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans BONNE GOUVERNANCE
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