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2 juin 2006 5 02 /06 /juin /2006 10:34

Centrafrique : Le bout du tunnel ?

Samir Gharbi, Envoyé spécial (J.A) à Bangui
mercredi 31 mai 2006





Le bout du tunnel ? CENTRAFRIQUE - 28 mai 2006 - par SAMIR GHARBI,
ENVOYÉ SPÉCIAL À BANGUI

Assainissement des finances publiques, répression des fraudes
fiscales et douanières, plans de relance des secteurs minier,
agricole et forestier... La reprise économique n'est plus un leurre.

Trois ans après avoir renversé Ange-Félix Patassé (15 mars 2003) et
un an après son investiture à la tête de l'État (11 juin 2005),
François Bozizé peut enfin espérer voir le bout du tunnel. Grâce à
la mise en place d'un système de contrôle des recettes douanières,
des impôts, des permis miniers et forestiers, des listes de
fonctionnaires, des allocations familiales..., l'action du
gouvernement, dirigé par Élie Doté, commence à porter ses fruits. Le
gain mensuel en termes de recettes fiscales a été de 800 millions de
F CFA dès janvier-février 2006 et de l'ordre de 500 millions par la
suite. Plus de 1 600 fonctionnaires fantômes ont été découverts,
sans compter les milliers d'irrégularités dans les primes, les
promotions et les indemnités. Le nombre d'agents de l'État a été
ramené à 23 000 et la masse salariale à 3 milliards de F CFA, soit
une économie mensuelle de 600 millions de F CFA. Le Fonds monétaire
international (FMI) ne peut être que satisfait : la masse salariale
a diminué de 1 % pour atteindre l'objectif fixé de 4,5 % du Produit
intérieur brut (PIB). Mieux, le FMI, qui a été le premier à faire
confiance à Bozizé en renouant avec la Centrafrique dès février
2005, prévoit une reprise de la croissance économique : 3,2 % en
2006, contre 2,2 % en 2005. Avec une évolution favorable des autres
indicateurs (voir infographie).

Dès le 1er juillet 2005, l'Union européenne (UE) a repris son
programme d'aide (urgence, budget et projets). Sous l'impulsion de
son dynamique ambassadeur, Jean-Claude Esmieu, un programme de 107
millions d'euros (70 milliards de F CFA) est en cours : grands
projets d'infrastructures (67 millions d'euros pour les routes et le
transport fluvial), petits projets à caractère social et humanitaire
(15 millions pour la santé, l'assainissement et les enfants des
rues) et des aides diverses (25 millions pour les réformes, les
finances publiques et l'assistance technique). À cela s'ajoutent les
aides et les prêts de la France, de la Chine et de la Banque des
États de l'Afrique centrale (BEAC). La Banque mondiale et la Banque
africaine de développement (BAD) sont en train de mettre la dernière
touche aux mécanismes permettant à Bangui de régler les arriérés dus
à ces deux institutions (35 milliards de F CFA au total), condition
sine qua non de la reprise de leurs projets dans le pays. « Nous
avons sensibilisé nos partenaires et nous espérons réunir une table
ronde avec l'ensemble de nos bailleurs de fonds avant la fin de
2006 », nous a confié Nicolas Nganzé Doukou, ministre délégué des
Finances et du Budget, à l'issue de sa réunion avec la BAD, le 18
mai, à Ouagadougou, au Burkina.

Cette étape importante dans la relance de l'économie permettra de
normaliser les relations du pays avec ses partenaires bilatéraux et
multilatéraux (avec un plan d'apurement des arriérés qui s'élèvent à
160 milliards de F CFA, hors BAD et Banque mondiale) et de financer
les besoins d'investissement et de dépenses publiques pour la
période 2007-2010.

D'ici là, les ministres devront redoubler d'efforts pour, chacun
dans son domaine, consolider la paix civile (après les troubles
meurtriers de janvier-février dans les régions frontalières avec le
Cameroun, le Tchad et le Soudan), sécuriser les routes, renforcer la
répression des fraudes fiscales et douanières (bois, diamants),
reconstruire les infrastructures détruites ou saccagées (notamment
lors des coups d'État de 1979, 1981 et 2003), redresser les finances
publiques et poursuivre les réformes structurelles (administrations
centrale et locales).

Pour Côme Zoumara, conseiller du président chargé de la Défense
globale, le volet « désarmement, démobilisation et réinsertion »
(DDR) est sur la bonne voie avec l'aide notamment du Programme des
Nations unies pour le développement (Pnud). Sur les 5 500 ex-
combattants identifiés, 600 sont retournés à la vie civile. Les
autres les imiteront d'ici à juin 2007.

De grands espoirs sont fondés sur la relance des secteurs minier,
agricole et forestier sous la houlette de quatre ministres
particulièrement décidés à en finir avec les « prédateurs de tout
bord » - Sylvain Ndoutingaï (Mines et Énergie), Emmanuel Bizot (Eaux
et Forêts), Parfait Anicet Mbay (Développement rural) et Émilie
Béatrice Epaye (Commerce, Industrie et Investissement).

Après quarante ans de travail artisanal, le gouvernement est parvenu
à conclure une série de contrats portant sur l'exploration et
l'exploitation des ressources aurifères et diamantifères, avec
l'entrée en lice de douze firmes internationales, comme De Beers
(Afrique du Sud) et Axmin (Canada). Des gisements d'or et de
kimberlite, en cours d'évaluation, semblent très prometteurs. Doté
d'un massif forestier de plus de 5 millions d'hectares, le secteur
du bois (grumes et sciages) rapporte à peine 30 milliards de F CFA
par an en devises (l'équivalent de la facture pétrolière). Le
nouveau code forestier (qui sera finalisé à la fin de l'année)
devrait favoriser l'émergence d'une activité aux retombées multiples
sur le reste de l'économie (transports, commerce, assurance, petits
métiers).

L'agriculture ne sera pas en reste : plusieurs plans de relance sont
en cours pour le coton (de 6 000 tonnes en 2005 à 65 000 tonnes en
2012), le café robusta, le tabac de cape... Un code des
investissements devrait relancer l'activité industrielle. Selon le
ministre de l'Économie, du Plan et de la Coopération internationale,
Sylvain Maliko, le nombre des entreprises est tombé de 400 à 40 en
dix ans. Mais le slogan officiel « Kwa na kwa » (« le travail rien
que le travail ») est perçu par les Centrafricains sous sa forme
strictement pécuniaire : « le salaire rien que le salaire ». Après
un an d'exercice, l'État continue à traîner le boulet des arriérés
sur les salaires (sept mois) et sur les autres créances publiques
intérieures : 230 milliards de F CFA pour la période 2003-2005, soit
30 % du PIB. Aucune stabilité intérieure ne sera assurée sans une
solution définitive à ce problème lancinant. J.A. >>>>






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Published by JEUNE AFRIQUE - dans TRIBUNE GOUVERNEMENTALE
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