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2 juin 2006 5 02 /06 /juin /2006 18:47

Quelque 116.000 démobilisés «mécontents», un vivier pour des groupes armés

Par Angelo Mobateli

De nombreux démobilisés, mécontents du non paiement de leurs filets de sécurité (25 Usd/mois), ont violemment manifesté ces derniers jours dans plusieurs villes de la République démocratique du Congo, rapporte la radio onusienne Okapi.

A ce jour, selon des données officielles, la Conader (Commission nationale de démobilisation et de réinsertion) a enregistré 116.000 démobilisés dont 59.000 en situation de réinsertion, parmi lesquels 18.000 pour le seul district de l’Ituri, dans la province Orientale. Des analystes politiques craignent que, si pareille situation perdure et se généralise, d’anciens combattants démobilisés et «mécontents» pourraient devenir un dangereux vivier pour des milices et groupes armés «enclin aux activités criminelles» dans l’Est du pays.

VIE DE DEMOBILISE

«Ces dernières semaines, des démobilisés ont manifesté violemment dans plusieurs villes. A Kisangani, dans la province Orientale, ces démobilisé ont manifesté et un policier, qui cherchait à calmer la tension, a trouvé la mort. A Gbadolite et à Bumba en Equateur, ces ex-combattants sont allés jusqu’à piller et assiéger les locaux de la Conader/Gbadolite avant d’aller devant la Monuc», a rapporté Radio Okapi mardi.

Dans d’autres provinces, tels le Maniema et le Kasaï Occidental, des débordements des démobilisés ont été également signalés, indique la source, mettant toutes ces manifestations sur le compte du «retard dans le paiement des filets de sécurité de ces démobilisés».

Au cours de son émission «Dialogue entre Congolais», Radio Okapi a reçu trois invités (François Atufuka de la Conader, Rhett Gurian de l’Usaid et Jean Claude Katembe du Cell Pay) invités à expliquer «pourquoi ces démobilisés ne sont pas payés, mais aussi où en est la Conader avec le programme de réinsertion de ces démobilisés». Quelques éléments fondamentaux ressortent de leurs interventions. Primo : en une année et demie d’exercice, la Conader a enregistré 116.000 démobilisés. Secundo :59.000, parmi eux, sont en situation de «réinsertion». Ils recevraient «régulièrement» leur filet de sécurité, soit 25 Usd par mois.

Tertio : à la sortie du centre d’orientation, où il a suivi une formation civique et professionnelle (menuiserie, maçonnerie, coupe-couture, etc.), le démobilisé reçoit un kit (comprenant divers objets), un pécule de 100 Usd et du matériel professionnel. Quarto : une année durant, le démobilisé reçoit mensuellement un filet de sécurité (25 Usd) destiné à l’aider dans son «insertion» dans la société. Quinto : le paiement des démobilisés est effectué par l’entremise de la société Cell Pay, qui ne couvre pas encore l’ensemble du territoire national. Sexto : la communauté internationale finance les opérations de démobilisation des anciens soldats et miliciens.

ACTIVITES CRIMINELLES

Interrogé sur la motivation des groupes armés en Ituri, un porte-parole de la Monuc, Kemal Saïki, a invoqué sur la Voix de l’Amérique (Voa), le «profit personnel».

«D’abord, a indiqué le fonctionnaire onusien, il faut se souvenir de la situation vécue dans ce district, il y a un an et demi. Depuis, nous avons désarmé plus de 14.000 de ces miliciens. Aujourd’hui, on évalue leur présence entre 1.500 à 2.000 environ, qui sont pour l’essentiel enclin aux activités criminelles n’ayant pas d’autre but que le profit personnel. C’est-à-dire, l’exploitation des ressources de la région, des exactions et des raquettes contre les populations civiles sans défense».

C’est certainement dans ce contexte que pourrait s’insérer l’enlèvement, le 28 mai 2006 à Tsupu (Ituri), de sept Casques bleus par des miliciens du Front des nationalistes et intégrationnistes (Fni) du chef de guerre Peter Karim, lors d’un violent accrochage avec des soldats loyalistes soutenus par un bataillon népalais de la Monuc. Le Fni réclamerait une rançon de 140.000 Usd.

Les Forces armées de la Rdc (Fardc) et la Force de la Monuc mènent, depuis plusieurs semaines dans l’Est du pays, des opérations conjointes visant à contraindre les milices locales à se rendre, déposer les armes et à rejoindre le processus Ddr (désarmement, démobilisation et réinsertion), rappelle-t-on.

S’il est vraisemblable, à en croire la Monuc, que «ce sont des petits groupes ou des petites bandes qui commettent des actions et qui, par leurs tailles et activités, ne sont pas de nature à remettre en cause le processus électoral», rien ne prouve qu’à moyen ou long terme, des dizaines de démobilisés «insatisfaits» ne constituent un vivier dans lequel viendraient puiser des chefs de milices existantes ou en gestation, tant en Ituri que dans les deux Kivu ou au Nord-Katanga !

Ainsi s’impose l’urgence de la mise en service et de l’équipement de l’ensemble de 18 brigades brassées et intégrées qui, constituant le noyau de la nouvelle armée nationale républicaine, pacifieront et sécuriseront effectivement le territoire national.

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Published by LE POTENTIEL - dans TRIBUNE GOUVERNEMENTALE
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