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14 juin 2006 3 14 /06 /juin /2006 19:03

LES CONTOURS DE L'ECHEC DE LA MISSION DE PAIX DE PAOUA



 


Tout le monde le sait, le gouvernement a organisé une mission de paix de deux jours, à Paoua. L'objectif visé par le gouvernement consiste à ramener la confiance au sein des populations victimes des derniers évènements de Paoua et qui sont éparpillées dans la brousse afin qu'ils regagnent leurs villages respectifs pour contribuer à l'effort économique. Le gouvernement vise aussi à travers cette mission apporter assistance à cette population meurtrie et lui apporté réconfort. Mais après cette mission, l'heure est maintenant au bilan.
Le gouvernement par le canal du Chef de l'Etat a fait état de la réussite de cette mission. Certes, on peut parler d'une réussite en ce sens que la mission a finalement eu lieu et qu'elle a mobilisé les dirigeants du pays à un niveau très élevé : Premier ministre, chef du gouvernement, des membres du gouvernement, des honorables députés et quelques personnes de bonne volonté disposées à compatir avec les populations de Paoua et ses environs.
Au cours de cette mission, le gouvernement a pu drainer des populations qui ont pris part aux différents meetings organisés à cet effet. Certainement qu'à cette occasion, le prophète Elie a pu transmettre son message de paix à la population de Paoua, afin de la convaincre à abandonner la psychose qui la pousse à fuir son terroir. Une marche de paix a été organisée à cet effet, rassemblant les jeunes de la localité. Le gouvernement a procédé aussi à la remise des cadeaux, offerts par les membres du gouvernement et la Fondation Monique Bozize. Ces cadeaux sont constitués de pagnes, du sel, des morceaux de savons et des litres d'huile. Les produits de première nécessité, surtout pour une population démunie, expropriée et qui ne sait plus, à quel saint se vouer. Une caravane de paix a sillonné dans les différentes zones sinistrées, pour démontrer à la population que la paix est déjà à leur porte.
Seulement, l'on se pose la question de savoir si les actions menées par la mission gouvernementale de paix sont suffisantes pour ramener définitivement la paix dans cette partie du territoire ? Qu'est ce qui n'est pas dit dans la restitution faite par les autorités sur ladite mission ?
Cette mission gouvernementale de paix revêt une importance particulière tant, l'affaire Paoua a fait couler beaucoup d'encre et de salive. Le calvaire vécu par les habitants de Paoua mérite une assistance d'urgence auprès de cette population non seulement pour enlever de leur tête les stigmates laissés par les forces de défense et de sécurité mais aussi par les bandes rebelles. Entre les populations de Paoua et les autorités locales et centrales, ça été une crise de confiance sans précédent. Des faits relevés au cours de cette mission le prouvent à suffisance.
D'abord concernant les préparatifs de cette mission. Il faut dire que les honorables députés appelés à participer à la préparation de la mission ont décliné l'offre. Ils se sont basés sur la manière avec laquelle le gouvernement et le chef de l'exécutif ont traité le problème de Paoua. Il se sont surtout élevé contre l'injonction du chef de l'Etat qui leur a intimé l'ordre de descendre sur terrain convaincre leurs électeurs à regagner les villages abandonnés. Ce qui pour eux voudrait dire qu'ils sont gérés par le président de la République qu'ils ne voulaient être à sa solde. Ils s'élèvent contre le totalitarisme de l'exécutif, qui cherche à se camoufler derrière eux pour cacher ses dérives. Toujours de sources proches des trois députés de Paoua, il ne leur appartient pas d'aller éteindre la flamme allumée par l'exécutif.
L'on se souviendra que les honorables députés de Paoua avaient exigé qu'une enquête internationale soit organisée pour faire la lumière sur les exactions des forces de défense et de sécurité, surtout des éléments de la garde présidentielle, conduits par le célèbre Lieutenant Eugène Ngaïkoesset. Les représentants des populations de Paoua ont réclamé aussi des garanties pour leur sécurité. Avec le refus des trois députés de la localité de Paoua, l'exécutif a préféré convaincre les députés de Bozoum et de Bocaranga à accompagner l'équipe. Alors que normalement ceux-ci, au nom de la solidarité parlementaire auraient du prendre position pour soutenir leurs confrères de Paoua, en les soutenant dans leurs revendications qui d'ailleurs ne sont que légitimes. Les deux députés de Bozoum et Bocaranga mis à contribution par le gouvernement et ayant fait le déplacement de Paoua sont-ils allés au nom de l'Assemblée Nationale ou bien, en leur nom propre? Initialement prévue pour cinq jours, la mission de Paoua est ramenée à deux jours car, affirme t-on que le gouvernement n'a pas les moyens de supporter les cinq jours. On notera que le gouvernement Doté a organisé des rackets auprès des sociétés de la place, afin de réunir les moyens de sa politique. Comble de désolation pour un gouvernement qui est obligé de mendier pour la mise en œuvre de sa politique.
Sur le terrain, l'équipe a constaté malheureusement que beaucoup de villages restent désertés. Cette situation concerne tous les villages où on relève les cas des exactions des forces de défense et de sécurité. Dans les quelques villages où les populations ont regagné en partie, la mission a non seulement constaté que la psychose demeure car, devant l'approche des bruits de moteur, celles-ci prennent fuite pour aller se cacher loin dans la brousse ou bien sur les collines. A Bémal par exemple, où habitaient plusieurs centaines de populations, l'équipe a juste retrouvé deux femmes dans le village. Et tout cela, malgré qu'une mission précurseur avait été envoyée sur place pour sensibiliser les populations de la visite du Premier Ministre Elie Doté à Paoua.
Alors que peut-on retenir de cette mission de Paoua ? D'aucuns ont pensé que le Premier ministre et toute l'équipe étaient partis en villégiature, tant ils ont attendu longtemps pour organiser cette mission qui peut être considérer comme une visite du médecin après la mort de ses patients. Pour certains observateurs, il était probable que cette mission aboutisse à un échec tant les autorités locales et les députés des trois circonscriptions électorales de Paoua ne sont pas pleinement associées à ladite mission. La paix retrouvée à Paoua n'est qu'une paix de façade avec tout ce que les populations ont vécu. D'autres mauvaises langues parlent même de l'improvisation dans la préparation de cette mission, ce qui se vérifie par l'acharnement des autorités qui ne veulent pas prendre en compte le point de vue des élus de Paoua. Un acharnement qui n'a pour seule ambition de démontrer à l'opinion nationale et internationale que quelque chose se fait à l'endroit de cette population par le gouvernement or, en réalité, il n'en est pas le cas.
La sagesse aurait voulu que le gouvernement prenne des dispositions nécessaires pour faire participer les élus de Paoua à cette mission, depuis les préparatifs jusqu'à son aboutissement. Il ne coûte absolument rien de s'asseoir autour d'une table et d'échanger avec ces élus des conditions de leur participation pour la réussite de cette mission et pour une paix durable dans la région Nord du pays. Seuls les députés peuvent contribuer efficacement au retour des populations dispersées dans la brousse. Le concours de ses représentants de la population aux côtés de leurs électeurs est déjà un signe de confiance.
Selon les informations recueillies sur place, les populations ne veulent pas regagner leur village par peur de représailles de la part des forces de défense et de sécurité. Ils ont opté rester dans la brousse construire des maisons afin de se soustraire des dérives des éléments des forces de défense et de sécurité.
Pour un homme politique averti, seul le démantèlement des détachements des forces de défense et de sécurité installés à Paoua, peut ramener la paix et la confiance au sein de la population. Il justifie sa pensée par le fait que ces populations développent toujours la peur à l'écoute des bruits de moteurs. Ce qui signifie que les éléments déployés, sur terrain à Paoua ont laissé un mauvais souvenir au sein de la population.
En tout cas, il n'est jamais trop tard et la paix n'a pas de prix. Le gouvernement doit prendre en compte les propositions des élus des circonscriptions de Paoua pour convaincre leurs électeurs à regagner leurs villages. Il en va de la cohésion nationale et d'une paix durable en Centrafrique.


 

Modeste J. Poubalandji
 


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Published by LE CONFIDENT - dans POLITIQUE
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