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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 00:15
DROITS DE L’HOMME.

L'ancien haut cadre de l'ex-rébellion du MLC Papy Kibonge veut témoigner. PHOTO LE SOFT NUMÉRIQUE.
Crimes en Centrafrique: Papy Kibonge revient de la Cpi où il a témoigné
MISE EN LIGNE LE 4 JUILLET 2006 | ÉDITION «LE SOFT INTERNATIONAL2» N°866 DATÉ 4 JUILLET 2006.
Débarquant de la Haye, CPI, invité par une ONG r-dcongolaise, CCI, Convention congolaise contre l’impunité, Papy Kibonge, ancien MLC, ancien de son armée de libération, ALC, a rendu visite au «Soft International». Il raconte, la haine visible, ce qu’il y a été faire. La CCI soutient la plainte de la Centrafrique contre l’ancien président Ange-Félix Patassé et Jean-Pierre Bemba
Qui préside cette ONG?
Un certain Eric Kalumba. Je l’ai rencontré à Paris. Et il m’a invité à La Haye.

Pourquoi soutient-elle la plainte d’un chef d’État étranger contre un acteur politique r-dcongolais?
Je crois que cela rentre dans le cadre de son cahier des charges. En tout cas, cette ONG a constaté qu’il y a eu beaucoup de crimes impunis au Congo. C’est pourquoi, elle milite pour que tous les leaders politiques au pays ou à l’étranger soient amenés un jour à répondre de leurs actes devant la justice.

Mais nous sommes face à des crimes supposés commis à l’étranger et non pas sur des R-dCongolais?
Il y a eu des crimes de guerre commis à l’étranger et aussi au Congo, notamment le cannibalisme signalé en Ituri. Compte tenu de mes convictions personnelles, j’estime que la seule façon de lutter efficacement contre la violence en Afrique, c’est de combattre l’impunité.

Êtes-vous bien placé pour vous en prendre à JP Bemba ou lui cherchez-vous des poux sur la tête?
Je ne peux pas continuer de tirer sur un corbillard. Politiquement, il ne reste que quelques mois à Bemba pour exister. Bientôt, il va répondre de ses actes devant les tribunaux. Cependant, je dis que ce garçon est dangereux pour l’avenir de tout un peuple. Voilà pourquoi je m’investis, non pas pour combattre l’homme, mais le système qu’il veut incarner dans ce pays. Il s’agit d’un système dictatorial et maffieux.

Vous avez participé à l’émergence de ce système?
J’ai été dans l’armée de libération de Bemba, je suis allé aux négociations de Lusaka. J’y ai siégé comme chef de la délégation à la commission militaire mixte, puis au comité politique pendant plus d’une année. À mon retour, j’ai trouvé qu’un système avait émergé et je continue de le combattre jusqu’à ce jour. Des amis tels Karawa et Solo, avec qui nous avons créé le MLC, ont été jetés en prison. Ils commençaient à faire ombrage. On s’est donc retrouvé dans un système dictatorial où Bemba imitait maladroitement Mobutu. Celui-ci avait tué ou jeté en prison la plupart des compagnons de la Révolution. Moi-même j’ai subi le même sort, j’ai été emprisonné pendant huit mois. N’eut été l’intervention des Ougandais, je ne sais pas où je serais aujourd’hui.

Qu’est-ce qui vous oppose à Bemba?
Les idées, la vision. Je ne partage pas la même vision avec Jean-Pierre Bemba. Il ne vise rien d’autre que de mettre le pays sous la main mise d’un réseau maffieux. Je suis parmi les gens qui ont demandé aux jeunes de Bumba, Aketi, Lisala d’adhérer massivement à l’Armée de libération du Congo. Nous disions à ces derniers que nous combattions pour un idéal, celui de l’émergence d’un Etat de droit dans notre pays. Et ces enfants sont morts sur le champ d’honneur pour qu’il y ait un vrai changement. À voir tout ce que Bemba fait, je me dis qu’il est en train de trahir la mémoire de tous ces jeunes gens.

Vous êtes-vous découvert cette mission après avoir quitté le MLC?
Tout en étant dans le MLC, bien sûr... C’est d’ailleurs pour cela que j’ai décidé de partir du MLC en 2002. C’est vous dire que je n’étais plus d’accord avec la ligne dictatoriale instituée par Bemba. Il arrêtait ses compagnons ou éliminait carrément certains officiers qui lui faisaient ombrage, tel le colonel N’sau et Azimangando. Il y a eu beaucoup d’abus que nous avons malheureusement constatés par la suite. Par exemple, les recettes que généraient les services sur les territoires que nous contrôlions étaient directement amenées à l’étranger par François Mwamba, lequel était chargé de les blanchir avec un certain Jean-Pierre, l’homme de main de Bemba à Bruxelles. Pour me résumer, je dirais que je n’ai pas pris les armes pour servir un homme mais par idéal. Il y avait un pouvoir dictatorial qui s’installait dans le pays du fait que Kabila père considérait le Congo comme son village natal où il pouvait nommer cousins et neveux ministres de la République. C’est justement pour combattre ce système que je m’étais engagé à prendre les armes. Et là, je me retrouve pratiquement avec un homme qui est, aujourd’hui, plus dangereux que Kabila père.

Qui avez-vous vu à La Haye et qu’est-ce que vous avez dit ou entendu là-bas?
Je dois d’abord dire que ça a été une surprise. Nous y sommes arrivés le mercredi 21 juin, c’est-à-dire le jour où Thomas Lubanga était entendu à la CPI. L’audience étant très confidentielle, j’y ai assisté en étant dans la salle de presse. Il y avait les juges qui posaient des questions. Et devant eux, se tenaient Thomas Lubanga et deux ou trois avocats, apparemment commis d’office. Lubanga a parlé de tout ce qui s’est passé en Ituri. Je dois aussi dire que c’était une audience confidentielle dont je ne peux révéler le contenu. Néanmoins, en ce qui me concerne, l’ONG qui m’a invité voulait que je témoigne sur ce qui s’est passé en Centrafrique. Je rappelle qu’à l’époque des faits, j’étais G2, c’est-à-dire chargé des renseignements militaires. Nous avions eu des contacts avec des personnes dont je tais les noms parce que le dossier n’est pas encore instruit. À La Haye, j’ai dit ce que je savais de cette opération. Le moment venu j’irai témoigner sans problème.

Qu’est-ce que Lubanga a déclaré?
Lubanga a dit tout ce qu’il savait sur les faits qui lui sont reprochés.

A-t-il cité des personnes actuellement au Congo?
Bien sûr. Mais je tais leurs noms pour des raisons de confidence et d’ailleurs, le dossier est encore confidentiel. Parfois, on nous coupait le micro quand des noms étaient cités. La presse n’avait pas toujours le son.

Comment voyez-vous le déroulement de ce procès?
Je pense que c’est un procès qui se déroule en bonne et due forme. D’après ce que j’ai entendu dans les couloirs, il y a beaucoup de gros poissons, des autorités actuellement dans les institutions de notre pays qui seront appelées à répondre de leurs actes. La liste est longue.

Beaucoup d’autorités en place avez-vous dit?
Ceux qui se reprochent de quelque chose en Ituri, voire au Congo. Aujourd’hui, la CPI ne veut pas qu’il y ait avant les élections une nouvelle tension. La CPI ne veut pas être un instrument politique pour régler des comptes aux animateurs ou aux candidats censés demain diriger le pays. Il reste qu’après les élections, un gros lot de tous ces gens-là au pouvoir prendre le chemin de La Haye. Je pense à ceux qui ont joué au Congo comme sur un terrain de football, plus particulièrement Jean-Pierre Bemba.

Qu’est-ce que vous savez des crimes de Jean-Pierre Bemba en Centrafrique?
Ce fut une opération Turquoise-bis. Les troupes du MLC sont allées en Centrafrique pour des visées commerciales. Ce n’était pas une opération consistant à apporter un soutien à Ange Félix Patassé. L’opération visait à l’écarter du pouvoir au profit de Jean Jacques Demafout, son ministre de la Défense…Celui-ci fut un ami à Bemba qui fit sa connaissance chez Patassé lui-même. À l’époque c’était vraiment un homme de main de Patassé.

Bemba voulait-il vraiment évincer Patassé?
Il ne lui a jamais pardonné le fait d’avoir laissé un couloir aux troupes des FAC de Kabila père appuyées par les Tchadiens pour nous repousser à plus de 20 km de Zongo pendant qu’on était en train de prendre cette ville. Croyez-moi, Bemba ne lui en a jamais pardonné.

Il était en bonne relation avec Patassé?
Bien après. Quand nos troupes ont pris Zongo, Patassé s’est attiré la sympathie de Bemba en lui offrant 4 ou 5 jeeps Toyota Hilux et un peu d’argent. Ils se sont rencontrés à Mobayi pour la remise de la valise et les jeeps. Patassé a cherché à calmer la situation. Il a reconnu que cela fut une erreur d’avoir laissé un couloir aux FAC appuyées par les Tchadiens pour nous attaquer. D’ailleurs, quand nous avons pris Zongo, Bemba a ordonné qu’on tire quelques obus sur Bangui. Il y eut 5 morts centrafricains. Jean-Pierre Bemba a donné ordre aux troupes qui traversent pour évincer Patassé et installer Demafout au pouvoir. Problème: quand Bemba s’entretient au téléphone avec Demafout, la communication est interceptée par les services gabonais. À l’époque, Bongo soutient Patassé, lui téléphone et contacte un des parrains communs, le colonel Kadhafi. Ce dernier appelle Bemba et lui demande d’annuler l’opération.
Sachez que Kadhafi a été l’un des grands sponsors du MLC. Coup de théâtre à Bangui: c’est un contre ordre que l’on reçoit sur le terrain. Il faut arrêter immédiatement Demafout et rétablir Patassé. Mais avant cela, instruction est donnée d’aller vider la Banque centrale. Il y a des gens qui peuvent témoigner. Samuel Simene, ancien vice-ministre MLC aux Finances, était chargé de prendre les malles d’argent dans la Banque centrale à Bangui, c’est-à-dire des milliards de francs CFA ainsi que les dévises pour les acheminer à Gbadolite. Donc, c’est tout le Trésor public qui traverse la frontière par un petit avion Kinger. Et nos militaires ne sachant plus quoi faire à la suite des ordres et contre ordres qu’ils recevaient, se livrent au pillage. Bemba lui-même commandait les opérations à partir de Beni où il était en alliance avec Mbusa et tous les autres dans le cadre du FLC. À Bangui, les militaires se sont livrés au viol comme en a témoigné la Fédération internationale des droits de l’homme qui a dénombré 365 cas.
Nul ne peut pas condamner un seul officier du MLC parce que les ordres émanaient directement du chef. Aucun organe du MLC n’a été consulté quand l’opération a été lancée. Bemba par sa cupidité s’est lancé dans son opération commerciale sans contacter personne. Dans les différents rapports sur le pillage et les crimes qui y ont été commis, nulle part il y a le nom d’un officier de l’ALC, si ce n’est Jean-Pierre Bemba lui-même.

Revenons aux crimes de Bangui…
Ils ont pillé la Banque centrale, les militaires se livrent au viol et tuent. Des jeeps pillées à Bangui circulent encore à Kinshasa, repérables par les impacts de balles qui ont fauché les propriétaires. À part ça, il y a la femme du directeur de cabinet de Patassé, Mme Bezera Bria, qui est violée et en est morte. Elle était Belge d’origine. Je suis parmi les officiers en fonction dans l’ALC à l’époque des faits. Je suis quelqu’un qui a des choses à dire dans ce dossier.
Le moment venu, je me constituerai témoin contre Jean-Pierre Bemba sur ce qui s’est passé en Centrafrique dans le seul objectif de permettre aux familles des victimes de faire le deuil et surtout de voir leur bourreau. Cet homme qui circule avec toute une escorte alors que sa place est à côté de son ami Charles Taylor et de Thomas Lubanga. Quand on ne sait plus passer un message de manière correcte à un moment, je pense qu’il faut aller plus loin pour l’intérêt général.
J’estime qu’il ne faut pas permettre à Bemba de devenir président de la République parce que cet homme est déjà incapable de réunir sa famille autour de lui. Regardez, à Nzanga Mobutu et à Jean Bamanisa qui sont ses beaux-frères, il a ravi respectivement des parcelles à Gemena et à Maluku où il a construit ses palaces. Cet homme qui est incapable de réunir sa famille autour de lui sera incapable de diriger 50 millions de Congolais. C’est mon point de vue et je l’assume. S’il faut le renverser par tous les moyens, je pense qu’il faut le faire.

Vous avez dit que vous quitteriez le pays si Bemba devenait président?
Je n’aurais qu’une seule alternative: aller en Europe et changer de nationalité, ou me replier chez moi au Maniema et créer une branche armée pour lutter contre son pouvoir. -

De tout cela, allez-vous faire un thème de campagne?
Je ne suis pas candidat.
D. DADEI.
lesoftonline.net 04/07/2006

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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans JUSTICE
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