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10 juillet 2006 1 10 /07 /juillet /2006 15:59
Processus de paix en Côte d’Ivoire: Le grand retour de Thabo Mbeki
(Notre Voie 10/07/2006)
( 10/07/2006)


L’adage selon lequel “à quelque chose malheur est bon” vient de recouvrer tout son sens dans le processus de paix en Côte d’Ivoire. En faisant le forcing pour s’impliquer lui-même dans la résolution de cette crise et contourner l’accord de Pretoria, source de la Résolution 1633, le Secrétaire général de l’ONU a fini par remettre en selle le président sud-africain jusque-là écarté de la médiation pour des raisons inavouées mais aisément détectées.
Sur le coup de 17h, un grand branle-bas s’est emparé des journalistes, ce mercredi 5 juillet 2006, à la Fondation Félix Houphouet-Boigny de l’UNESCO pour la recherche de la paix, à Yamoussoukro (270 km d’Abidjan au Centre de la Côte d’Ivoire). Caméras, nagras, appareils photos, papiers et stylos au poing, les chasseurs de l’information se sont brusquement rués, dans un grand bruit de cliquetis métalliques, vers la sortie de la salle de conférences où se tenait la réunion d’évaluation du processus de paix sous la présidence de Kofi Annan. Alors que journalistes, reporters-photographes et cameramen attendaient le communiqué final de la rencontre et le point de presse annoncé par le Secrétaire général de l’ONU, une voix retentit qui leur apprit que ledit point de presse se tenait dehors. Au bout de la folle course pour rattraper “l’information”, on s’aperçut qu’il ne s’agissait que d’une “fausse alerte” comme ce genre d’évènements en produit en quantité. En vérité, c’est Thabo Mbeki, le président sud-africain, médiateur de l’Union africaine, qui venait de quitter la salle de réunion pour l’aéroport de Yamoussoukro. Alors, la fausse alerte fit place à d’autres rumeurs. Selon lesquelles Thabo Mbeki venait de “claquer la porte parce que le président ivoirien qu’il était venu soutenir était en mauvaise posture devant Kofi Annan”. Cette rumeur tentait de confirmer l’information livrée en boucle, le jour-même de la rencontre de Yamoussoukro, par Radio France Internationale. Selon RFI, le Secrétaire général de l’ONU était en Côte d’Ivoire pour faire passer l’idée “qui faisait son petit bonhomme de chemin à l’ONU et suggère que Charles Konan Banny soit le président intérimaire de la Côte d’Ivoire après octobre 2006”. Si elle était fondée, une telle information aurait sonné l’échec de la Résolution 1633, celle des actions du Premier ministre Charles Konan Banny et, en amont, la fin de la médiation de Thabo Mbeki en Côte d’Ivoire. Là aussi, ce fut une fausse alerte ! Car, pour l’instant, “les participants à la réunion de Yamoussoukro se sont félicités de l’intention du Secrétaire général de l’ONU d’organiser une réunion d’évaluation à la mi-septembre, à l’occasion de l’Assemblée générale de l’ONU pour faire le bilan de la situation et, le cas échéant, prendre toute autre mesure” (point 6 du communiqué de Yamoussoukro).

La danse des sorciers

Dans le communiqué final appelé “Déclaration du président de la réunion de Yamoussoukro organisée par le Secrétaire général des Nations unies”, le point 1 réaffirme d’emblée “la nécessité de continuer de n’épargner aucun effort pour mettre en œuvre la Résolution 1633 du Conseil de sécurité”. Le communiqué dit ensuite que “les parties ont réaffirmé que la feuille de route, ainsi que les accords précédents signés par les principaux acteurs politiques ivoiriens, y compris l’accord de Pretoria, doivent être appliqués en l’état et sans retard, sans être re-examinés ni interprétés” (point 5). Enfin, fait important, Kofi Annan déclare, au titre des actions à mener pour la tenue des élections en octobre 2006, “la réaffirmation de la validité de l’accord de Pretoria, y compris le paragraphe 6”. C’est dans le libellé de cette réaffirmation de la validité de l’accord de Pretoria, précisément en son point 6, que se trouve le nœud de la réunion convoquée par Kofi Annan à Yamoussoukro.
En fait, le vocable “accord de Pretoria” renvoie tout simplement au communiqué final de la réunion du 29 juin 2005 portant évaluation de l’application dudit accord signé deux mois plus tôt, le 6 avril 2006, dans la capitale politique de l’Afrique du Sud, sous la présidence du médiateur de l’UA dans la crise en Côte d’Ivoire. En son point 6 traitant de “la Commission électorale indépendante (CEI) et organisation des élections”, le communiqué final du 29 juin 2006 pose :
-Alinéa 1 : “La législation relative à la CEI devrait être adoptée d’ici le 15 juillet 2005 et la CEI devrait commencer à fonctionner immédiatement après cette date et au plus tard le 31 juillet 2005 ” ;
- Alinéa 2 : “Les dirigeants (ivoiriens) ont affirmé que la CEI est la seule institution responsable du processus électoral et que l’Institut national de la statistique (INS) doit lui rendre compte sur tout ce qui concerne les élections ” ;
-Alinéa 3 : “Les dirigeants ont reconnu le rôle positif joué par le Conseil de sécurité de l’ONU en soutien au processus électoral et ont exprimé leur appréciation du fait que les Nations unies avaient réagi en urgence à leur demande” ;
-Alinéa 4 : “Le Secrétaire général de l’ONU est exhorté à nommer rapidement le haut représentant qui supervisera le processus électoral”.
Depuis ce communiqué du 29 juin 2006, les alinéas 1, 3 et 4 ont été appliqués, respectés. Or, après son élection contestable, mais admise pour la paix à la tête de la CEI, M. Mambé Beugré ne fait que poser des actes tendant à biaiser l’alinéa 2 qui stipule le maintien de l’INS dans son rôle d’institution chargée de l’identification des populations et de l’établissement des documents électoraux, avec seulement pour obligation de rendre compte à la CEI et non au gouvernement comme d’habitude. Tout le monde le sait, certains partis politiques ivoiriens ont bâti leur stratégie de victoire électorale sur la fraude. D’autres misent sur la transformation frauduleuse des étrangers en électeurs ivoiriens sans passer par les voies légales de la naturalisation. L’ennui pour eux, c’est que l’INS a atteint un niveau de technicité tel que, même s’il ne peut éradiquer totalement la fraude, il est parfaitement outillé pour la réduire à sa plus infinitésimale expression et l’empêcher de piéger les résultats des suffrages des Ivoiriens. D’où l’implacable tentative de Mambé Beugré et des responsables de l’opposition politico-armée pour écarter l’INS du processus électoral.
Selon les informations obtenues, il s’est produit un évènement cocasse à Yamoussoukro, mercredi dernier, devant Kofi Annan. Au moment des discussions sur le rôle de l’INS, le président de la CEI s’est limité à lire l’alinéa 1 du communiqué de la réunion d’évaluation de l’accord de Pretoria et à en tronquer l’alinéa 2 pour montrer que l’INS n’a aucun rôle à jouer dans le processus électoral : “Les dirigeants (ivoiriens) ont affirmé que la CEI est la seule institution responsable du processus électoral”, aurait dit Beugré Mambé. A ce stade, c’en était fait pour l’INS. Fort heureusement, Mbeki était dans la salle. “Mais pourquoi vous arrêtez-vous en chemin? Lisez tout le paragraphe et vous verrez qu’il n’y a pas de débat à faire”, aurait ordonné le président sud-africain. Obligé donc d’aller jusqu’au bout malgré lui, le président de la CEI acheva sa lecture : “…L’Institut national de la statistique (INS) doit lui rendre compte sur tout ce qui concerne les élections”. En face, Thabo Mbeki se calla bien dans son fauteuil : “Voilà, tout est bien clair, n’est-ce pas ?”, rétorqua, satisfait, le médiateur de l’UA dans la crise ivoirienne. La réunion de Yamoussoukro était ainsi pliée, Mambé Beugré démasqué. Grâce à Mbeki.
Arrivé au sommet des chefs d’Etat de l’UA (1er et 2 juillet 2006) pour tenir un mini-sommet catastrophe sur la crise ivoirienne en terre gambienne, M. Kofi Annan n’a pu avoir gain de cause pour annoncer sa “décision” sur l’après-octobre 2006 en Côte d’Ivoire au cas où les élections n’ont pas lieu. “Prié” plutôt de venir en Côte d’Ivoire pour évaluer l’application des accords de paix par les parties ivoiriennes pour indiquer aux uns et aux autres le chemin à suivre, la réunion de Yamoussoukro a failli tourner à la danse des sorciers. D’abord, les organisateurs, informés de ce que le président sud-africain était obligé de quitter Yamoussoukro dès 15h, ce mercredi, pour Berlin (Allemagne) via Pretoria, ont retardé notablement le démarrage de la réunion d’évaluation convoquée par Kofi Annan. Malgré tout, Thabo Mbeki a tenu à participer à cette rencontre de bout en bout. Le résultat est connu.
La Côte d’Ivoire est en crise depuis le coup d’Etat manqué du 19 septembre 2002 et transformé en rébellion qui coupe le territoire ivoirien en deux. Malgré toutes les concessions faites aux rebelles et à leurs alliés pour obtenir le désarmement et la normalisation, le pays reste divisé. Le 21 octobre 2005, le Conseil de sécurité de l’ONU a pris la R1633, sur décision du Conseil de paix et de sécurité de l’UA agissant lui-même sur les recommandations du médiateur Thabo Mbeki, pour exiger la formation d’un nouveau gouvernement, le désarmement immédiat des rebelles et l’organisation de l’élection présidentielle au plus tard le 31 octobre 2006. Mais, depuis, le désarmement n’est pas encore effectif et il ne reste plus que quatre mois pour y aller. Kofi Annan a donc eu pour tâche de débloquer la situation pour faire respecter les délais. Faute de l’avoir véritablement réussi, il aura remis Thabo Mbeki en selle dans un processus où la France chiraquienne et ses alliés, décidés à avoir la peau du régime Gbagbo, mettent tout en œuvre pour l’écarter à cause de sa volonté de faire respecter les institutions républicaines de la Côte d’Ivoire démocratique et souveraine.


cesaretou2002@yahoo.fr

César Etou

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