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12 juillet 2006 3 12 /07 /juillet /2006 20:29

Gabon: les élites dans la tourmente d'une affaire de corruption

[ Libreville - Gabon ] ( 16/06/2006) AFP

Illustrée par la spectaculaire mais brève incarcération d'une proche du pouvoir, la rocambolesque affaire politico-financière du Fodex n'en finit pas de faire des vagues au Gabon en jetant une lumière crue sur la corruption des élites du pays.

Depuis la libération sous caution il y a trois semaines de la principale accusée de ce dossier de détournement aux proportions gargantuesques, les gazettes de Libreville rivalisent de "unes" cinglantes pour dénoncer l'impunité dont jouissent, selon elles, les habitués du palais présidentiel qui profitent de leurs fonctions pour piller les deniers de l'Etat.

"Le Gabon est un Etat de bandits", s'indignait la semaine dernière La Nation. "Détournez, on vous libérera sous caution !", ironisait pour sa part Le Nganga, "il n'est de meilleure gouvernance au Gabon que le détournement", renchérissait dans la même veine Nku'u Le Messager.

A l'origine de ce haut-le-coeur, la gestion peu orthodoxe du Fonds d'expansion des petites et moyennes entreprises (Fodex), un organisme de micro-crédit placé sous la tutelle du Premier ministre, par son administratrice générale Jeanne Ngoleine Ossouka.

Tout démarre par une plainte déposée par ce haut-fonctionnaire contre trois de ses collaborateurs, dont le fils d'un ancien Premier ministre, qu'elle soupçonne de malversations.

Devant les policiers, les trois hommes passent à table. Oui, avouent-ils, ils ont pris dans la caisse, mais ce n'est rien en comparaison de ce que leur patronne a siphonné. Plus de 4 milliards de francs CFA (6 millions d'euros) entre 1997 et 2004, selon le comptable du Fodex.

Sitôt informée, l'accusée tente alors, selon son adjoint, d'étouffer l'affaire en offrant 5 millions de francs CFA (76.000 euros), prélevés sur les comptes du Fodex, à un policier aujourd'hui écroué. En vain.

Finalement entendue, Mme Ngoleine Ossouka nie en bloc. "Les commissaires aux comptes ne m'ont jamais rien reproché", assure-t-elle au juge le 12 mai. Peine perdue, le juge l'inculpe et la place en détention provisoire.

Mais ceux qui, comme le billettiste du quotidien gouvernemental L'Union, espéraient que cette affaire "soit le détonateur d'une opération +mains propres+" en sont vite pour leurs frais puisque, dès le 23 mai, les quatre protagonistes de l'affaire sont libérés sous caution.

La presse se déchaîne. "On peut très bien voler l'Etat et ne pas être inquiété", se désole le 8 juin le périodique Le Temps.

L'opposition n'est pas plus tendre. "Cette affaire révèle la corruption qui gangrène le secteur public du pays. Si un véritable audit était fait, peu de gens échapperaient à la prison", assure Jean-Valentin Léyama, un proche de l'ex-baron du régime Zacharie Myboto.

Plus que les sommes en cause, c'est le rang de la principale accusée qui est sur la sellette. Compagne d'un proche conseiller du président Omar Bongo Ondimba, Jeanne Ngoleine Ossouka nage dans les hautes sphères du pouvoir gabonais comme un poisson dans l'eau.

"Ses pratiques sont connues depuis longtemps", assure un proche du pouvoir, "certains bailleurs de fonds du Fodex ont demandé à plusieurs reprises son départ mais elle a toujours été protégée".

A la veille de son inculpation, le gouvernement a prudemment écarté Mme Ngoleine Ossouka. Mais les risques d'éclaboussure ne sont pas écartés pour autant. Selon ses accusateurs, l'ex-chef du Fodex a consenti de nombreux "prêts" à ses amis haut-placés. Parmi les bénéficiaires présumés cités, un haut magistrat et un ex-ministre.

Ce qui fait redouter à M. Léyama l'enterrement de toute l'affaire. "Dans ce système, les gestionnaires et les politiques se tiennent par la barbichette", regrette-t-il, "un procès serait trop dangereux pour tout le monde".

© 2006 AFP

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