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13 juillet 2006 4 13 /07 /juillet /2006 01:00
Kabila gagne dans les sondages : un nouvel instrument de propagande et de manipulation à Kinshasa.
(Congo Inter 12/07/2006)


En théorie, les personnes interrogées pour un sondage sont choisies au hasard. C’est ce qu’on appelle la méthode aléatoire : on tire au sort un certain nombre de personnes qui constitueront l’échantillon à interroger. Tous les sondages politiques réalisés ne sont pas publiés. Un bon nombre d’entre eux sont commandés par des partis, des dirigeants ou des gouvernants qui gardent les résultats pour eux, ces sondages confidentiels visent fréquemment à éclairer la stratégie des acteurs politiques. Mais nous n’en sommes encore à ce stade au Congo; cette méthode n’est pratiquement pas appliquée, car si elle l’était, nombreux ne feraient pas la politique.
Les instituts de sondage utilisent une technique, celle des « quotas ». Il s’agit d’interroger un échantillon de personnes qui ont les mêmes caractéristiques sociodémographiques que l’ensemble de la population; ironie car au Congo, nous sommes à 80 % tous « pauvres » et tous nous voulons le « changement ». Les critères utilisés pour ce faire sont généralement le sexe, l’âge, la catégorie socio-professionnelle (encore 80% au chômage et dans l’informel), le type de commune (aujourd’hui même à Binza, il y a des pauvres), la région d’origine… On déplore que les instituts de sondage du Congo n’aient pas les moyens d’aller à l’intérieur du pays et donc publient des résultats qui sont facilement erronés. Le manque de sérieux et la corruption font que certains journalistes publient n’importe quoi et se font payer par les candidats et les partis politiques.
Comment donc éviter que des enquêteurs indélicats ne « bidonnent » ? C’est-à-dire ne remplissent les questionnaires eux-mêmes sur un coin de table de bistrot, ou attribuent aux personnes interrogées des caractéristiques fausses par commodité. Car quel est leur salaire pour qu’ils soient motivés à marcher sous le soleil « ardent » de la ville de Kinshasa pour récolter ces informations sans les altérer? Il est donc difficile, dans ce contexte pour une organisation ou un journal se disant « posé » de publier un travail authentique remplissant les normes et les démarches scientifiques requises.
La méthode aléatoire, celle des quotas a l’avantage d’être plus rapide. Avec l’aléatoire, les sondés ne sont pas « interchangeables ». Cela signifie que la personne tirée au sort doit être recontactée autant de fois que c’est nécessaire. Cela est-il possible dans un pays sans infrastructures téléphoniques développées ? Où le prix de l’internet est parfois à plus de 300 dollar par unité ? La population congolaise n’a pas toujours les moyens de contacter ou d’être contactée ; Les téléphones sont pour la plupart du temps utilisés pour la réception des appels internationaux.
Aussi, grâce aux quotas, il est possible de remplacer un sondé par un autre ayant les mêmes caractéristiques sociodémographiques. Cela permet de réaliser un sondage dans des délais plus courts. L’inconvénient majeur de la méthode des quotas est de ne pas permettre de calculer scientifiquement la marge d’erreur du sondage. Les lois statistiques qui permettent de la déterminer ne valent théoriquement que pour les sondages aléatoires. En pratique, on considère cependant que la marge d’erreur des sondages par quotas est égale ou inférieure à celle des sondages aléatoires.
L’élaboration du questionnaire est aussi une phase très importante du sondage. La qualité du questionnaire conditionne largement la pertinence de l’enquête. Or, l’art de poser de bonnes questions au plus grand nombre dans des termes intelligibles et impartiaux n’est pas toujours chose facile. Certains sondages pêchent par des formulations trop complexes égarant les sondés dans le but de soustraire un candidat ou une opinion. D’autres sont pratiquement biaisés, c’est-à-dire que la manière de poser la question influence plus ou moins fortement la réponse. Au Congo où les « cicatrices » des dictatures sont encore « fraîches », les congolais, disent les psychologues, mentiront sur leurs choix de vote par crainte des représailles car, n’étant pas dans une culture de liberté d’opinion politique et sachant qu’ils pourraient éventuellement devenir une cible du pouvoir. Rappelons qu’ils sont par contre plus à l’aise lorsqu’il s’agit de musique ou de sport.
Un journal utilise des sondages faits uniquement avec la population de Kinshasa : ce qui devrait être le reflet de tout le pays. Cela dérive malheureusement de mauvaises intentions afin d’influencer un électorat indécis car, psychologiquement il a été prouvé que plusieurs votent pour celui qui s’annonce le vainqueur sans nécessairement tenir compte de ses aptitudes.
Donc la rédaction d’un bon questionnaire devrait être l’affaire des professionnels compétents. L’institut des sondages est intellectuellement responsable des questions posées. Bien qu’il doive souvent résister à la pression de ses clients cherchant, consciemment ou inconsciemment, à lui solliciter des questions rédigées favorablement à leurs causes. Pour le moment, les sondages au Congo sont politiquement initiés dans le but d’influer une certaine opinion positive qui en majeure partie ne l’est pas car, on n’a pas besoin de sonder pour voir à « l’œil nu » que les Congolais souffrent à tous les niveaux ; les rapports des organismes internationaux sont convergents à ce sujet : La RDCongo est pauvre.
Par Olivier Israel Bolya

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Published by CONGO INTER - dans DEMOCRATIE PARTICIPATIVE
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