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15 juillet 2006 6 15 /07 /juillet /2006 13:38
Elections jour J-14: Le gouvernement «enterré vivant»
(Le Potentiel 15/07/2006)


Le compte à rebours a déjà commencé pour la fin de la transition. Il faudra donc manoeuvrer habilement pour bien accoster, car la campagne électorale qui bat son plein pour le moment risque de tout emporter. Pour preuve, quasiment tous les membres du gouvernement ont déserté leur cabinet ministériel pour se ménager une place après les élections. Le gouvernement risque de ne plus se retrouver au grand complet après le 30 juillet au regard de la sanction du peuple. Tant il est vrai qu’ il y aura des pleurs et des grincements de dents. Se pose maintenant la question de savoir comment gérer la « petite transition ».

La gestion de la période allant du 30 juin à l’installation d’un gouvernement élu pose réellement problème. Il s’agit effectivement de la « petite transition ». Aussi, il y a vraiment nécessité qu’on accorde à cette question toute l’ attention voulue et le bénéfice de l’urgence si l’on ne tient pas à laisser le « bateau sans capitaine ». Ou en d’autres termes, à conduire le pays dans un cul de sac.

En fait, cette question est déjà l’objet d’évocation entre les membres du Ciat et le gouvernement de transition. Au moment où devraient se tenir les concertations politiques du ministère des Affaires étrangères, le Ciat avait suggéré à l’espace présidentiel de procéder à un échange de vues sur cette question. Dans sa lettre, le Ciat affirmait sa disponibilité de faire un tour d’horizon sur la gestion du pays à partir du 30 juin jusqu’à la mise en place d’un nouveau Premier ministre. Dans la dernière interview que l’ambassadeur de France a accordée au Journal Le Potentiel, il a abondé dans le même sens.

Malheureusement, au niveau de l’espace présidentiel l’on donne l’impression de ne pas accorder pas priorité à la question. Peut-être que jusque-là, l’on ne se fait pas la même lecture des faits que le Ciat. D’ailleurs, dans l’entourage du gouvernement, s’il faut interpréter les propos du secrétaire général de l’Exécutif, Professeur Ntumba Lwaba, cette question serait sans objet pour autant que le gouvernement continuera à fonctionner comme par le passé. (Sic).

LE GOUVERNEMENT ECLATE

Mais en réalité, il se passe plutôt autre chose sur le terrain : la solidarité gouvernementale déjà précaire n’est plus de mise. Pour preuve, les dernières déclarations enregistrées aux lendemains des manifestations du 11 juillet 2006 de l’UDPS et alliés, violemment réprimées par la Police. La répression a entraîné une vague de protestations et de condamnations.

Nous en voulons pour preuve les propos de Me Azarias Ruberwa et de Jean-Pierre Bemba, deux vice-présidents de la République chargés respectivement de la Politique, Défense et Sécurité, et ensuite des Finances et Economie. Me Azarias Ruberwa n’a pas mâché ses mots en dénonçant publiquement « des actions parallèles » qui minent le prestige du gouvernement. Il a condamné sévèrement la répression et exigé que les responsables soient punis. Et pourtant, Azarias Ruberwa est chargé des questions de Défense et de sécurité au sein du gouvernement. Il s’est disculpé.

Jean-Pierre Bemba est membre du gouvernement. Il s’est désolidarisé d’une action menée par les instances de l’Etat et a exigé la mise en place d’une commission d’enquête pour que les coupables de ces violences soient châtiés. Bien plus, en tournée électorale dans la province du Katanga, il a condamné tous ceux qui pillent les minerais, particulièrement ceux qui ont spolié des concessions minières, propriété de l’Etat congolais. En sa qualité de premier responsable de l’espace économique congolais, Bemba ignore donc tout de la vente des concessions minières à des inconnus par d’autres membres du gouvernement.

Ce déballage « enterre vivant » le gouvernement quand on sait que la campagne électorale, tel un rouleau compresseur, dicte certaines attitudes qui sortent du cadre des réserves pour porter un coup dur à la cohésion du gouvernement. Aussi, est-il certain que les prochains jours risquent d’être plus révélateurs.

L’ on se souviendra que lors du lancement officiel de la campagne électorale par la mouvance présidentielle, l’un des ténors de ce camp avait brandi deux volumes de résolutions de la Conférence nationale souveraine ayant trait aux assassinats et biens mal acquis. Il avait promis de les rendre publics si cela s’avérait nécessaire. Ce qui ne peut plus être évité dans la mesure où l’on a déjà ouvert la boîte à Pandore pour un déballage à grande échelle.

APRES LE 30 JUILLET : LE CUL DE SAC

Le gouvernement est déjà « enterré vivant » quand on sait, rien n’a été prévu constitutionnellement pour gérer la « petite transition », à partir du 30 juin 2006. Il en est de même après le 30 juillet 2006. Il sera par conséquent difficile pour les vaincus de demain d’avoir toujours le coeur à l’ouvrage pour assumer des responsabilités officielles. Or, 14 jours seulement nous séparent de la date du 30 juillet, date du déroulement des élections. Si déjà les membres du gouvernement ont déserté les rangs de l’Exécutif pour se jeter corps et âme dans la campagne électorale, seuls les vainqueurs de demain auront encore le sourire aux lèvres. Mais ils ne peuvent gérer seuls la « petite transition ». C’est déjà le saut dans l’inconnu avec toutes les conséquences imprévisibles.

Bien plus, la date du 30 juillet 2006 consacrant officiellement la fin du régime 1 + 4, la logique des Composantes et Entités tombe également. Par conséquent, les ministres et vice-ministres ne seront plus tenus à la discipline de leur composante ou entité. C’est donc la fin avant la lettre du gouvernement de transition.

Voilà une réalité politique que l’on ne peut plus éluder. La machine de l’Etat risque d’être bloquée, si elle ne l’est pas déjà dans la mesure où l’on va droit dans un cul de sac. Mais en admettant que l’espace présidence et le Ciat trouvent un consensus pour gérer ensemble la « petite transition », d’où tirent-ils leur légitimité ? Va-t-on imposer à la, RDC le schéma à l’ivoirienne ?

Le pragmatisme politique voudrait que l’on examine attentivement cette situation pour éviter de plonger le pays dans la léthargie. Il est vrai qu’un consensus issu des concertations politiques jetterait les bases d’une « petite transition apaisée ». Mais l’on s’éloigne de ce scénario pour autant que les concertations font peur.

En fait, il est important de retenir que les élections n’arrêtent pas le fonctionnement du pays et la gestion de la chose publique. Il y a des engagements à respecter vis-à-vis de nos partenaires extérieurs en même temps qu’il faudra songer à la passation correcte et élégante du pouvoir. Or, avec un gouvernement « enterré déjà vivant » par ses principaux animateurs n’ayant plus le cœur à l’ouvrage et que leur futur comportement est fonction des résultats des élections, il faut parer au plus préssé et au plus utile. Sinon, la catastrophe est vite arrivée.
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