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18 juillet 2006 2 18 /07 /juillet /2006 15:03

BOZIZE D'ACCORD POUR UN DIALOGUE SANS LES DIABLES



 


Il a fallu attendre longtemps, si longtemps pour que le Général d'Armée François Bozizé décide enfin de s'ouvrir au dialogue sans pourtant éprouver une douleur qui le tenaille encore. Il a annoncé la nouvelle à l'occasion de la célébration du 5ème anniversaire du Centre culturel chrétien Bé-Oko où il avait été invité par l'Ambassade Chrétienne que dirige le pasteur Josué Binoua. Le président de la République qui s'est catégoriquement opposé à l'idée d'un dialogue estimant qu'il suffisait d'appliquer les recommandations du dernier forum national qui avait vu la participation des délégués venus des quatre coins du pays sans exclusive. Même si François Bozizé a cédé sous la pression exercée par les femmes, les jeunes et la société civile, l'opinion publique estime que la décision vient à point nommé pour décongestionner l'atmosphère politique très chargée. Ces différentes entités ont organisé, au lendemain des attaques de Markounda, Kabo et les tueries de Paoua, des marches pacifiques de soutien au chef de l'Etat pour lui demander d'instaurer un forum politique en vue de débattre des questions liées à la vie nationale tous azimuts.
Les exactions commises sur les populations civiles par les coupeurs de route, les bandits de grands chemins les mouvements rebelles et surtout les forces de défense et de sécurité ont poussé l'insécurité à son paroxysme. D'où la nécessité de chercher les voies et moyens pour l'éradiquer afin de préserver le peuple d'une nouvelle escalade de violences aux conséquences le plus souvent indescriptibles. Il s'agit d'éviter au maximum les pertes inutiles en vies humaines. Les attaques de Tiringoulou et de Gordil qui ont fait tant de victimes fragilisent davantage la situation sécuritaire et interpellent toutes les forces vives de la nation.
Le président Bozizé avait plutôt une autre lecture de cette préoccupante situation dramatique. C'est ainsi qu'il a pris des mesures pour procéder à la fermeture de la frontière avec le Soudan voisin. La mesure n'a pas réglé le problème puisque l'espace aérien est régulièrement violé par des avions de type Antonov qui ravitaillent les rebelles tchadiens ou supposés centrafricains qui mènent des activités subversives dans cette partie septentrionale de la RCA. En outre, des colonnes des véhicules militaires dont on ignore la provenance transforment le territoire centrafricain en terrain d'entraînement militaire ou encore en base arrière. Malgré les mesures prises par les autorités centrafricaines, la frontière avec le Soudan devient de plus en plus perméable et les Forces Armées Centrafricaines déployées qui ne maîtrisent pas assez la situation sur le terrain.
Au fait, la décision unilatérale de fermer la frontière avec le voisin Soudan a été prise à la hâte quand on sait qu'après la prise de pouvoir par Bozizé avec le concours du Tchad, le Président Al Bachir avait soutenu efficacement les nouvelles autorités centrafricaines en leur accordant des aides financières et militaires. L'anomalie ou les mouvements insolites constatés au niveau des frontières communes devaient être réglés par la voie diplomatique. Bref ! Le vin est tiré, il faut le boire.
Même le Tchad qui accuse vertement le Soudan d'avoir soutenu les rebelles tchadiens du FUC, tente de reprendre avec le Soudan les relations de coopération diplomatiques rompues au lendemain des attaques de Ndjamena par ces troupes. C'est dans cette optique que le ministre Tchadien des affaires étrangères s'est rendu à Khartoum pour rencontrer les autorités Soudanaises en vue d'étudier ensemble la possibilité d'une éventuelle reprise. La crise au Darfour avait servi de déclic à tous ces mic- macs qui menacent dangereusement la paix dans la sous région. Ce qui justifie l'intervention des communautés continentales à savoir la Cen-Sad, l'Union africaine voire l'Onu où le Secrétaire Général Kofi Annan avait effectué en personne le déplacement de Khartoum pour superviser le règlement du conflit au Darfour.
Pourquoi le dialogue ?
Les évènements qui se succèdent dans le pays contraignent le président Bozizé a accepté de s'ouvrir enfin au dialogue tant réclamé par les forces vives de la nation.
Curieusement, le Comité des Sages et le Comité de Suivi des Actes du Dialogue National observent, depuis le déclenchement des hostilités dans la partie Nord, un mutisme inquiétant qui ressemble à une caution morale à la résistance du président de la République. Ils se sont accommodés à la déclaration de François Bozizé qui disait que les institutions républicaines fonctionnent à merveille et qu'il est hors de question d'initier d'autres fora qui ne sont que dispersion d'énergie et de nos faibles ressources financières. Le chef d'Etat perdait de vue qu'il y avait des problèmes réels sur le plan social. Citons entre autres revendications le débrayage des magistrats, des douaniers, des étudiants pour demander l'amélioration de leurs conditions d'existence et de travail. Tous ces mouvements de grève s'expliquent par le fait que non seulement les salaires sont statiques depuis 1985 mais ne sont pas payés régulièrement aux ayants droits. Les fonctionnaires et agents de l'Etat totalisent aujourd'hui plusieurs mois d'arriérés de salaires y compris ceux cumulés depuis le sursaut patriotique du 15 mars 2003. Aussi, l'économie n'est guère reluisante et la situation se déteint chaque jour. L'augmentation des prix des denrées de première nécessité enfonce davantage la population dans une misère noire. Dans l'arrière pays c'est le grincement de dents car, le gouvernement ne donne pas de garantie pour l'enlèvement total des produits de rente dont les cours ont connu une chute vertigineuse sur les marchés mondiaux.
En plus, il y a un grand risque de catastrophe humanitaire dans les zones de conflits dont l'accès est difficile aux organisations de secours.
En amont, on assiste aux violations flagrantes des droits de l'homme. A titre d'exemple, les prisonniers politiques sont transférés nuitamment de la célèbre SRI à la prison de Bossembélé ou de Bossangoa. Or, selon de sources concordantes, à Bossangoa, il y a un surpeuplement dans les geôles. Les prisonniers vivent grâce aux maigres rations qui leur sont offertes par les religieuses de l'église catholique. A Bossembélé, ils se nourrissent quant à eux de mangues. Que deviendront-ils à la fin de la saison des mangues?
En ce qui concerne l'impunité, d'aucuns s'interrogent sur le lourd silence qui enveloppent les assassinats de Kembé, de Paoua, Markounda, Kabo et les résultats de l'enquête ouverte sur les circonstances de l'assassinat de Sanzé qui n'ont jamais été rendus publics.
Fort de ce constat amer, le chef de l'Etat décide d'organiser un dialogue politique mais pas avec les diables. Les diables sont représentés ici dans l'entendement de François Bozizé par les chefs rebelles qui alimentent l'insécurité et paralysent l'économie nationale.
Maintenant reste à déterminer le statut des délégués à ce forum à partir du moment où les principaux acteurs sont dorénavant exclus.
De toutes les manières, c'est l'instauration de ce dialogue sans exclusive qui compte pour le peuple centrafricain…


Vendredi 14 Juillet 2006
Marcel Dexter Gazikolguet

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Published by LE CONFIDENT - dans DEMOCRATIE PARTICIPATIVE
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