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18 juillet 2006 2 18 /07 /juillet /2006 21:10
  FOCUS SUR L'ACTUALITÉ

 

Charles Blé Goudé (leader des jeunes patriotes) : "Je suis très troublé... " "Une autre guerre partira du sud"
(Soir Info 18/07/2006)
( 18/07/2006)


Charles Blé Goudé, leader des jeunes patriotes, rompt le silence et dit tout sur le processus de paix en cours. L’homme s’inquiète de l’évolution de la situation et interpelle le Premier ministre Banny. Interview.
M. Charles Blé Goudé, depuis les sanctions prises par l’Onu contre vous en février dernier, vous avez nettement abandonné la rue. De quoi avez-vous peur ? C. B. G : De quoi voulez-vous que j’aie peur encore après tout ce que j’ai connu dans ce pays ? Je n’ai pas peur des sanctions de l’Onu et je n’aurai jamais peur des sanctions de l’Onu. Je voudrais que cela soit clair parce que les pressions de l’Onu n’enlèvent rien à ma volonté de me battre pour la Côte d’Ivoire. Les sanctions de l’Onu dont vous parlez, elles sont tombées et le ciel ne nous est pas pour autant tombé sur la tête. Vous savez, moi j’ai l’avantage de ne pas avoir tué, de ne pas avoir violé et éventré les femmes enceintes. Alors je ne me reproche absolument rien. Ceux que l’Onu doit normalement sanctionner, c’est-à-dire les rebelles qui ont pris les armes contre les Institutions légales de la Côte d’Ivoire, circulent librement dans le pays. Et c’est nous qui luttons les mains nues, pour défendre notre patrie, qui sommes la cible de l’Onu. Nous avons été sanctionnés par Kofi Annan, nous avons pris acte. Nous avons même estimé que c’est un honneur qui nous est fait que l’Onu ait reconnu notre capacité de mobilisation dans le pays. Pour nous, l’essentiel, c’est que la Côte d’Ivoire sorte de la situation de guerre créée de toutes pièces par Alassane Dramane Ouattara et sa branche armée. Et tant que les rebelles seront en armes, tant qu’une partie de la Côte d’Ivoire sera aux ordres de bandes armées, les jeunes patriotes ne quitteront jamais la rue. Et ce ne sont pas les sanctions de l’Onu qui vont nous faire reculer. Mais si nous nous sommes tu un moment, c’est pour donner une chance à la paix.

Les difficultés que traverse la galaxie patriotique expliqueraient-elles en partie votre silence ? C. B. G : Oui, mais c’est pour tout cela que j’ai finalement décidé de parler avec vous. Cela dit, en dehors de la presse, la jeunesse patriotique devait apprendre à régler ses problèmes sans faire du bruit. Le problème de la Sorbonne au Plateau par exemple a été réglé sans tambour ni trompette. Nous nous sommes retrouvés avec d’autres camarades leaders et nous avons discuté de la situation qui prévalait à la Sorbonne. Nous avons accordé nos violons Il n’y a pas que le problème de la Sorbonne qui a été réglé. Il y a aussi des parlements et agoras qui étaient impliqués dans de faux coups. Moi-même j’ai fait des sorties dans plusieurs parlements pour rétablir les choses. C’est vous dire que si nous ne parlons pas à la presse depuis longtemps, nous ne sommes pas pour autant absent sur le terrain.

Ce silence a fait dire à certains que vous mangez avec le Premier ministre Banny... C. B. G : C’est quoi manger avec le Premier ministre Banny ?

Il vous apporte de l’aide quand vous le sollicitez... C. B. G : Quelle aide ? Et depuis quand j’ai sollicité M. Banny et pourquoi faire ? Il faut laisser les gens donner libre cours à leur jeu favori qui est le mensonge. Vous savez, c’est tout cela aussi qui a provoqué la guerre en Côte d’Ivoire. Les gens parlent beaucoup de ce qu’ils ne savent pas, mais ils parlent peu de ce qu’ils savent. Vous savez aujourd’hui, je ne peux plus me cacher. Même les enfants de huit ans voire cinq ans me reconnaissent. Donc je n’ai rien à cacher. Sachez que je n’ai rien à faire avec M. Banny et je n’ai rien à faire chez lui. Et s’il s’agit de parler de la Côte d’Ivoire avec lui, je n’irai pas seul. On me donnera l’ordre du jour que j’analyserai avec mon équipe. Si nous voyons la nécessité de discuter avec lui, nous le ferons. Mais je pense que pour l’heure, le Premier ministre Banny est occupé à régler d’autres problèmes plus urgents. Et nous autres, nous sommes occupés à renforcer nos bases sur le terrain. Cela dit, il y a des personnes qui, pour donner de la contenance aux erreurs qu’elles ont commises, disent que Blé Goudé mange avec Banny. Mais dans tous les cas, vous savez que la vérité finit toujours par rattraper le mensonge. Qu’est-ce que Banny pourrait me donner que Gbagbo ne me donnerait pas ? Non, je crois que ceux qui racontent que je mange avec Banny voudraient plutôt être à ma place pour manger avec lui. Nous les comprenons.

Vous avez été aperçu à deux ou trois reprises chez M. Banny. De quoi avez-vous parlé ces jours-là ? C. B. G : Quand est-ce que vous m’avez vu deux ou trois fois chez Banny ?

C’étaient les premiers jours de sa prise de fonction en tant que Premier ministre... C. B. G : Oui ! Effectivement, dès son arrivée après sa nomination à la primature, nous avons discuté avec le Premier ministre Banny. J’étais en Italie quand on m’a mis en contact téléphonique avec lui. Je crois que ça devait être au mois de décembre 2005. Et quand je suis rentré d’Italie, le Premier ministre et moi avons discuté de la Côte d’Ivoire. Il était, je crois, dans ses consultations pour mieux s’imprégner du pays. Il était dans les consultations pour voir qui devait travailler dans son gouvernement et dans son cabinet. Je crois qu’il voulait une vision et des collaborateurs pour entamer sa mission.

Vous avait-il proposé un poste ? C. B. G. Oh ! ça c’est du passé. Et moi, je n’ai plus envie d’en parlé. Sachez seulement pour votre information que le Premier ministre et moi avions parler politique, nous avions discuté en son temps. Et je lui ai dit que s’il voulait vraiment la caution des patriotes, il lui suffisait seulement de travailler et de s’entendre avec le président Gbagbo et de faire un choix net entre les intérêts de ceux qui nous ont imposé cette guerre et les intérêts de la Côte d’Ivoire. De cette façon-là, nous avons dit à M. Banny qu’il n’y aurait aucune raison que les jeunes patriotes le combattent. A cette époque-là, nous avions discuté avec le Premier ministre à trois ou quatre reprises. Il avait même reçu le bureau de l’alliance des jeunes patriotes. Et puis, voilà qu’arriva la crise de janvier avec l’affaire de l’Assemblée nationale. C’est à partir de là que nous nous sommes démarqués du Premier ministre.

Est-ce que ça vous gênerait que les jeunes patriotes travaillent aux côtés de M. Banny pour la paix ? C. B. G : Mais qui vous a dit que pour la paix on est obligé de travailler aux côtés de M. Banny ? Pour la paix, on n’a pas besoin de travailler forcément aux côtés du Premier ministre Banny. Chacun, dans son organisation, peut travailler à ramener la paix dans le pays. Même les rebelles, qui coupent le pays en deux, disent travailler pour la paix. Cela dit, il est bon de savoir que quand on veut travailler avec une organisation, on saisit les premiers responsables de cette organisation à qui on lance un appel officiel. Et officiellement donc, on confie des missions précises à cette organisation. Mais on ne débauche pas des gens nuitamment. On ne se cache pas derrière la paix pour casser les mouvements ou pour se construire des mouvements de soutien.

Voulez-vous dire que M. Banny recrute au sein de la galaxie patriotique ? C. B. G : C’est cela ! M. Banny tente de recruter au sein de la galaxie patriotique. Il a tenté de casser le mouvement. Mais il a rencontré un rideau de fer. Ce, parce que la jeunesse patriotique est très organisée et très structurée. C’est une jeunesse qui est organisée et qui sait ce qu’elle veut. La jeunesse patriotique, c’est le fruit d’un long travail qui a commencé depuis des années. Donc, ce sont des gens qui savent bien ce qu’ils font. En tout cas, si ce n’est pas le Premier ministre qui recrute directement au sein de la galaxie patriotique, c’est que son entourage s’y est essayé. Il y a un clivage entre les discours de M. Banny et les actes que posent ses collaborateurs. Je pense que cela ne rend pas service au Premier ministre dans la difficile mission qui est la sienne. Même si M. Banny a des ambitions politiques, ce que tout le monde sait désormais, il vaut mieux qu’il se consacre à la mission première pour laquelle il a été nommé Premier ministre par le président Gbagbo ; c’est-à-dire désarmer les rebelles, réunifier le pays et organiser des élections transparentes auxquelles il ne participera pas. C’est tout ce qu’on lui demande et c’est pour cela qu’il est là. Les Ivoiriens le jugeront par ses actes plus tard.

C’est donc parce que M. Banny a dévié sa mission première, selon vous, que vous faites la guerre à certains de vos camarades qui le soutiennent ? C. B. G : Non, vous ne dites pas vrai. Moi, je ne mène pas la guerre à ceux qui soutiennent Banny. Il s’agit de ce que certains camarades patriotes, qui travaillent avec nous, ont été invités, à notre insu, à la table du Premier ministre Banny ainsi que de bien d’autres de ses collaborateurs. Et nous avons suivi cela de bout en bout, jusqu’à ce qu’on ait eu le résultat. Nous sommes arrivés à la conclusion que dans l’entourage du Premier ministre, les gens préparent le 31 octobre au détriment de l’actuel Président de la République. Comment affaiblir Gbagbo avant cette date ? C’est cela que préparaient les hommes de Banny. On veut toucher au cœur de la galaxie patriotique, pour tenter d’isoler le chef de l’Etat avant octobre prochain. Selon des informations crédibles qui ont été rapportées par nos services, Banny et ses hommes s’apprêtaient à faire signer une pétition aux camarades patriotes, à qui ils demanderaient de s’opposer à la reconduction du président Gbagbo après octobre. Le but visé est de faire croire à la communauté dite internationale que ceux-là mêmes qui avaient soutenu le président Gbagbo jusque-là, le lâchent aujourd’hui. Et la personne qui serait proposée pour diriger une nouvelle transition politique serait M. Banny. Les collaborateurs du Premier ministre se sont donc mis au travail pour décapiter l’Alliance des jeunes patriotes, les parlements et agoras ainsi que la Sorbonne. Cela n’a pas été du goût de certains patriotes vigilants, qui ont vite compris le plan. Tous ceux qui s’agitaient et qui se sont mis en mission pour Banny contre Gbagbo ont été radiés des parlements et agoras auxquels ils appartiennent. Tout est redevenu normal. Et puis la vie continue tranquillement. Cela dit, nous n’avons rien contre la personne de M Banny en qui nous avions cru.

Le GPP, un autre groupe de patriotes, est régulièrement mis en cause dans des actes de vandalisme et de tuerie. Qu’est-ce qui ne va pas ? C. B. G : Moi je ne sais rien. Je demande seulement aux premiers responsables de ce groupe-là de prendre leur responsabilité et de discipliner leurs rangs. J’avoue que c’est une situation délicate. Sachez que moi je ne suis pas le président du GPP et je n’assume pas les actes posés par le GPP ; il faut que cela soit clair pour tout le monde. Le président du GPP est un garçon qui sait ce qu’il fait. C’est un grand frère dans le syndicalisme, je pense qu’il lui revient de mettre de l’ordre dans son groupe.

Est-ce que finalement, les actes du GPP ne nuisent pas à l’image du chef de l’Etat, accusé, à tort ou raison, de manipuler ces jeunes gens ? C. B. G : Avez-vous des éléments de preuve qui vous font dire que le chef de l’Etat manipule les jeunes du GPP ? Qui vous manipule, vous qui posez une telle question ? Soyons sérieux ! Ecoutez, je ne voudrais pas faire de commentaires sur cette affaire-là pour ne pas provoquer la furie des responsables du GPP. Mais, je souhaite vivement que cette situation créée par le GPP, que je ne maîtrise pas, se normalise au plus vite. Je dis, pour ma part, qu’il faut éviter de retourner les populations contre le président Gbagbo et contre nous-mêmes. Parce qu’ à travers les actes que pose chaque patriote, l’on juge le président Gbagbo. Je pense que le combat que nous menons depuis des années contre les agresseurs de la Côte d’Ivoire, chacun y a apporté de son temps et de son sang. Chacun mérite qu’on lui reconnaisse toutes ces souffrances endurées, chacun mérite le respect. Mais faudrait-il que chacun fasse en sorte qu’il mérite ce respect-là. Pour l’instant, je n’ai pas encore rencontré les éléments du GPP. Je ne peux pas le faire directement, parce que je ne suis pas le premier responsable de ce mouvement.

Dans l’imagerie populaire et dans l’opinion internationale, le chef des jeunes patriotes pro-Gbagbo, c’est bien Charles Blé Goudé... C. B. G : Mais c’est vous la presse qui avez mis cette confusion dans la tête des gens. C’est vous qui parlez de patriotes anti et pro-Gbagbo. Un patriote, c’est un patriote tout court. Définitivement, je dis aux gens que je suis le président du Cojep (Congrès panafricain des jeunes patriotes) et le président de l’Alliance des jeunes patriotes. Ma philosophie politique n’a rien à voir avec les armes. Ceux qui disent qu’ils sont armés dans ce pays, tout le monde les connaît et on les voit en armes. Donc, s’il y a des gens en armes, ce sont ceux-là qu’il faut interpeller. Je souhaite que les responsables de ces groupes qui se disent armés disent à la face du monde que Blé Goudé n’a rien à voir avec eux. Et je souhaite que cela soit clarifié et soit dit publiquement. Que les dirigeants du GPP sachent que je n’ai absolument rien contre eux, mais je pense qu’il serait mieux pour tout le monde que les choses soient clarifiées. Mes amis de l’alliance des jeunes patriotes et moi, notre arme, c’est la parole, rien que la parole. Il faut que cela soit définitivement su.

Le processus de sortie de crise bute, en ce moment, sur la question des audiences foraines. Qu’est-ce qui ne va pas, selon vous ? C. B. G : Voyez-vous, moi je suis un peu troublé. J’allais même dire très troublé. De plus en plus, au nom de la politique, l’éthique et le bon sens n’ont plus droit de cité en Côte d’Ivoire, et les choses me semblent à l’envers. Quel sérieux et quel crédit veut-on que l’on accorde à des audiences foraines qui ont lieu dans des endroits où l’administration et la sécurité de l’Etat sont absentes ? Quand on parle d’audiences foraines, il y a un magistrat, il y a des témoins et le requérant. Il faut donner l’occasion aux magistrats de dire non ou de dire oui à une demande de nationalité, selon les éléments en leur possession. Mais dans une zone où on a des fusils sur la tempe, quelle crédibilité peut-on accorder à de telles audiences ? Une élection transparente passe par un listing électoral transparent et donc une identification transparente. Il faut faire en sorte qu’aucun camp ne contexte les audiences foraines. Autrement, ce serait dommage pour le processus de paix. Si les conditions minimales ne sont pas réunies, surtout dans les zones sous contrôle des rebelles, je ne sais vraiment pas de quelles audiences foraines M. Banny parle chaque jour. Nous observons le Premier ministre. Mais d’ores et déjà, je vous dis que si c’est cela la paix, c’est une paix qui provoquera la guerre plus tard. Et une autre guerre qui partira certainement du sud. Parce qu’il ne faut pas contenter les uns et mécontenter les autres. N’est-ce pas parce que les rebelles d’aujourd’hui se sont dits frustrés qu’ils ont pris les armes contre les Institutions de la République ? Que les gens fassent attention, ils sont en train de préparer une autre guerre.

Depuis le 15 juillet dernier, les audiences foraines devaient démarrer, conformément aux recommandations de la rencontre de Yamoussoukro à laquelle Kofi Annan, le patron de l’Onu, a pris part. C. B. G : Mais nous ne sommes pas opposés au démarrage des audiences foraines. Nous dénonçons les failles de ces opérations d’identification qui, si elles ne sont pas faites dans la transparence, risquent de tout gâter au contraire de ce qu’on recherchait, c’est-à-dire la paix durable pour la Côte d’Ivoire. Nous osons croire que ceux qui sont en charge de telles opérations auront quand même en conscience l’importance de ce qu’ils sont en train de faire. Il faut qu’ils prennent la mesure de leur responsabilité dans la délicate mission qui est de conduire aux élections transparentes.

Le Premier ministre a rassuré qu’il n’y aura pas de fraudes et que les populations pouvaient retourner en zones occupées pour se faire identifier... C. B. G : Quelle garantie donne réellement M. Banny sur ces opérations-là ? Par exemple, dans une zone comme Korhogo, les gens brandissent des banderoles sur lesquelles on peut lire : ‘’Une kalachnikov égale à une carte d’identité.” Je suis surpris que cela ne choque pas les hommes normaux. Quelle est la réaction du Premier ministre face à cette phrase dangereuse qui viole déjà la liberté des magistrats commis pour les audiences foraines ? Et c’est dans une telle zone qu’on demande aux Ivoiriens d’aller faire des audiences foraines. Seul le Rdr a droit de cité dans les parties du pays où les rebelles sont en armes. Ce n’est pas normal. Même le Pdci, l’allié politique de la rébellion, n’y a pas curieusement accès. Comment voulez-vous que les audiences foraines aient lieu dans des conditions transparentes ? En zone sous contrôle gouvernemental, tous les partis politiques, y compris le Rdr, ont un regard sur la manière dont vont se dérouler ces opérations. Dans la zone sous contrôle rebelle, seul le Rdr a le contrôle des opérations. Ce n’est pas normal et nous disons que tant que ces choses-là ne sont pas corrigées, les opérations d’identification que veut engager Banny sont déjà vouées à l’échec.

Avez-vous déjà discuté de ces choses-là avec le Premier ministre ? C. B. G : Nous allons lui adresser très bientôt une demande d’audience pour qu’on discute officiellement de tout cela. Mais, je pense qu’il faut faire attention. Je dis au Premier ministre Banny de faire attention parce qu’il doit crédibiliser l’action de son gouvernement. Auquel cas, il risque de connaître le même sort que Seydou Diarra. Mais au-delà de M. Banny, il faut que la communauté dite internationale, prompte à réagir quand il s’agit du président Gbagbo, prenne dès maintenant ses responsabilités si l’on veut vraiment sortir la Côte d’Ivoire de la crise.

Que vous dit la date du 30 octobre 2006 qui marque la fin du ‘’bonus’’ de 12 mois accordé au président Gbagbo à la tête du pays ? C. B. G : Qu’est-ce que vous appelez ‘’bonus’’ et que voulez-vous que la date du 30 octobre 2006 me dise ? Voyez-vous, j’avais dit dès le début de la nomination de Banny à la primature que les rebelles ne désarmeraient pas et que la France retarderait exprès ce désarmement pour ne pas que les élections aient lieu en Côte d’Ivoire à la nouvelle date indiquée. Aujourd’hui, nous sommes devant le fait qui est que M. Banny est dans l’incapacité d’organiser les élections présidentielles le 30 octobre prochain. A ce jour, il faut faire un bilan de ce qui a été fait dans cette crise. Cela permettrait de voir qui a fait quoi et ce qui reste à faire. Je crois qu’il y a eu trop de rencontres. L’heure est maintenant au bilan des actions de chacun. Les gens sont prompts à dire que c’est tel ou tel qui bloque le processus de paix. Il faut faire l’état des lieux de l’avancement des choses et on verra. Il est temps de faire un bilan du mandat du Premier ministre Banny. Ils ont demandé au président Gbagbo de le nommer comme premier ministre, cela a été fait. On a demandé de lui donner tous les moyens pour travailler, il les a. Au point même que Gbagbo a accepté de sacrifier son ministre de l’Economie et des Finances, Paul Antoine Bohoun Bouabré. Banny a le pouvoir de la communication et presque chaque jour il se fait voir à la télévision, présent à l’écran, au lieu d’être présent sur le terrain. Pourtant, il a le soutien ferme de Gbagbo, en plus de celle de la communauté internationale. Qui plus est, les patriotes ne l’ont pas dérangé. Vous comprenez que si, au soir du 30 octobre 2006, il n’y a pas eu d’élection, ce n’est pas à Gbagbo qu’il faut imputer cet échec, mais plutôt à Banny qui a décidé de ne pas être ferme avec les rebelles. C’est vous dire que pour moi, le débat sur la poursuite du mandat ou non du président Gbagbo, est un disque rayé. La constitution de Côte d’Ivoire, à laquelle il faut se référer, règle ce problème. Il faut faire en sorte que les élections aient lieu pour qu’on sache qui est qui dans ce pays. Alors, moi j’attends le 30 octobre pour voir ce qu’il en sera.

Comment voyez-vous la suite du processus de sortie de crise ? C. B. G : Moi, je ne vois rien. Je vois seulement que le Premier ministre Banny est partout, sauf là où il doit être. Il est clair que M. Banny est en campagne aujourd’hui. Il a envahi la télévision ivoirienne, il convoque chaque jour et parle chaque jour sans acte concret et ne va pas à l’essentiel. Or, le Premier ministre doit oser s’il veut régler la crise ivoirienne. M. Banny doit savoir qu’un rebelle, reste un rebelle. Partout dans le monde où ils sont, les rebelles n’ont jamais respecté un accord. L’objectif du rebelle, c’est de s’emparer du pouvoir par les armes. Banny doit savoir que les rebelles n’ont pas pris les armes pour que lui devienne président de Côte d’Ivoire, mais pour Alassane Ouattara. La seule chose qui reste au Premier ministre au moment où il achève sa mission d’un an, c’est de demander aux rebelles de désarmer pour que les Ivoiriens soient en paix dans leur esprit. Il faut cesser de tétaniser les populations ivoiriennes. M. Banny doit donc faire la part des choses. Il doit oser et regarder les rebelles droit dans les yeux pour leur imposer le dépôt des armes. Vous comprenez qu’un préfet, le représentant du chef de l’Etat dans un département, ne peut pas aller à Korhogo et se faire commander par un caporal qui se proclame commandant de zone dans ledit département. Ce sont des réalités qui gênent le processus. C’est pourquoi le désarmement s’impose avant même le démarrage des audiences foraines. Le Premier ministre doit convoquer une rencontre nationale pour faire un bilan des actes posés par les uns et les autres. Qui devait faire quoi, qui a fait quoi, et qui doit faire quoi ? Voilà les questions fondamentales auxquelles les Ivoiriennes doivent apporter des réponses si on veut avancer. Tout le reste n’est que du verbiage creux.

Il nous revient que vous êtes en train de préparer quelque chose... C. B. G : Effectivement, je me suis donné un projet que je suis en train de réaliser, écrire un livre sur la crise ivoirienne. Depuis un moment, je suis occupé à écrire ce livre. Dans ce livre, je dis ma part de vérité sur la crise ivoirienne. Il est vrai qu’avec les camarades de l’Alliance, nous avons fait des meetings, nous avons fait beaucoup de choses. Mais moi j’ai tenu à dire ma part de vérité. Dans ce livre, je parle de ce qui a été à l’origine de la crise de la Côte d’Ivoire. Je situe la responsabilité des principaux acteurs de cette crise. Je parle de Gbagbo et moi, de Gbagbo, Soro et moi, d’Alassane Ouattara et moi, de Seydou Diarra et moi, de Bédié et moi, de Guéi Robert et moi, de Banny et moi. En ma qualité de secrétaire général de la Fédération estiduantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci), j’ai connu tous ces hommes là. Je sais au moins ce que chacun a fait et je mets chacun devant ses responsabilités dans la crise ivoirienne. Je parle aussi de la crise de la Fesci, qui est en réalité le départ de la crise armée que vit la Côte d’Ivoire aujourd’hui. Bref ! C’est de tout cela et de bien d’autres choses, qui n’ont jamais été dites, que je parle dans mon livre. C’est ce que je prépare en ce moment.

La rumeur vous annonce candidat aux élections futures. Qu’en est-il ? C. B.G : Heureusement que ce sont des rumeurs qui le disent. Moi je suis candidat à rien, je me bats pour que la Côte d’Ivoire retrouve son unité. Un point c’est tout. Je n’en dirai pas plus.


mardi 18 juillet 2006 par Charles TRA BI

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Published by CHARLES TRA BI - dans DEMOCRATIE PARTICIPATIVE
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