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26 juillet 2006 3 26 /07 /juillet /2006 16:20

Compte-rendu de la réunion du 20 juillet 2006 à l’Ambassade du Tchad à Paris entre 6 ministres tchadiens et 5 représentants O.N.G FRANCAISES.

 

Contexte :

 

 Le Tchad a tenu à organiser à l’ambassade du Tchad à Paris une rencontre entre une délégation ministérielle et parlementaire tchadienne et des organisations non gouvernementales françaises qui ont exprimé des prises de position au moment sur les troubles militaires et politiques qui ont frappé le Tchad en avril et mai dernier.

La délégation tchadienne a en effet manifesté son désir d’expliquer les réalités tchadiennes aux ONG françaises qu’elle pense influencées par la communication de l’opposition démocratique et des forces politico militaires.

Ces organisations ont accepté l’entrevue, tout en se montrant surprises de faire l’objet d’une attention supérieure à celle accordée à leurs partenaires tchadiens réunis au sein du Comité de Suivi de l’Appel à la Paix et à la Réconciliation (CSAPR) qui avouent éprouver de réelles difficultés à se faire entendre par le pouvoir tchadien.

 

Délégation ministérielle et parlementaire tchadienne est composée de :

 

Ahmad ALLAM-MI, Ministre des Affaires Etrangères et de l’Intégration Africaine

Hourmadji MOUSSA DOUMGOR, Ministre de la Communication et de la Culture, et porte-parole du gouvernement

Abderamane DJASNABAYE, Ministre délégué aux Droits de l’Homme

Asseid GAMAR, Député, porte-parole du MPS

Abdallah TAHA , membre de la société civile

Moukhtar WAWA DAHAB, Ambassadeur en France

 

Délégation des Représentants d’ONG françaises est composée de :

 

Clément BOURSIN, ACAT France

Michel ROY, Secours Catholique

Christophe COURTIN, CCFD

Fabrice TARRIT, Survie

Guillaume FINE, Survie

 

POSITIONS EXPRIMEES PAR LA DELEGATION TCHADIENNE :

 

Reconnaissance du rôle de la société civile dans l’amélioration de la gouvernance, le renforcement des capacités de tous les acteurs, la promotion de l’Etat de droit et la consolidation du processus démocratique, la participation à la réflexion globale sur l’avenir du pays,... Mais inquiétude quant à l’ingérence des ONG du Nord dans les affaires tchadiennes et méfiance quant à la représentativité et à la neutralité des représentants de la société civile tchadienne. Manque de légitimité du CSAPR aujourd’hui.
 

Validation des résultats du scrutin du 3 mai et critique du boycott mené par l’opposition tchadienne.
 

Défense de la légitimité du régime actuel.
 

Nécessité d’un dialogue national mais priorité au dialogue avec les partis politiques officiels, puis avec la société civile (mais uniquement sur des thèmes qui la concernent). Le dialogue avec les forces politico-militaires, s’il n’est pas exclu ne pourra être de la même nature que celui engagé avec l’opposition démocratique. Condamnation du recours à la force.
 

Refus d’un Forum national de type Conférence Nationale Souveraine organisé par la société civile qui remettrait en cause les institutions tchadiennes. Défense du cadre constitutionnel établi à la suite de la Conférence Nationale souveraine de 1993. Refus d’un gouvernement de transition qui s’apparenterait à une tutelle.
 

Maintien des élections législatives de 2007. Acceptation par le Tchad d’une observation internationale du scrutin et d’une révision du code électoral. Nécessité que l’opposition accepte de participer à l’établissement des listes électorales. Réflexion sur le financement des partis politiques.
 

Dénonciation des rébellions armées, du soutien apporté par le Soudan aux rebelles.
 

Souhait d’une pacification du Darfour et de la frontière soudano tchadienne, au besoin par une force de maintien de la paix internationale. Une demande de positionnement d’une force de protection civile a été initiée auprès de l’ONU.
 

Affirmation du droit à l’auto défense du Tchad et par là même de son droit à utiliser une partie de ses revenus pétroliers pour sa défense annonce d’un accord avec la Banque mondiale quant à l’utilisation des revenus pétroliers suite aux sanctions prises depuis la modification de la loi 001, et (par le député Asseid Gamad) d’un projet de loi visant à supprimer les engagements pris antérieurement pour la gestion des ressources naturelles.
 

Volonté de maintenir l’existence du collège de contrôle de ces revenus.
 

POSITIONS EXPRIMEES PAR LES ONG FRANCAISES:

 

Pour prévenir toute accusation d’ingérence les organisations présentes (l’ACAT France, le CCFD, le Secours Catholique et Survie) se sont contentées de relayer les revendications exprimées par leurs partenaires du CSAPR et de la coalition Publiez ce que vous payez !, à qui elles ont renouvelé toute leur confiance.
 

Préoccupation quant à la détérioration continue de la situation politique et des droits de l’homme au Tchad
 

Constat que les élections présidentielles du 3 mai 2006 ont été organisées dans les mêmes conditions d’opacité que celles de 2001 constat que le soutien des autorités françaises et l’engagement de son dispositif militaire Epervier a été déterminant dans le maintien au pouvoir du gouvernement du Président Idriss Déby
 

Nécessité d’un dialogue politique qui inclue toutes les parties prenantes au conflit, y compris les forces politico-militaires, dont les ONG ne cautionnent en aucune manière les méthodes. Soutien au projet d’organisation d’un Forum National, lequel figure du reste comme un engagement du Président Déby.
 

Dénonciation de la modification de la loi 001 sur les revenus pétroliers, garante d’une utilisation de ces revenus dans l’intérêt des populations. Défense du collège de surveillance et souhait des organisations membres de la coalition Publiez ce que vous Payez ! de suivre les activités de ce collège, de veiller à sa composition, ses moyens en lien avec les associations tchadiennes.
 

Dénonciation de la course à l’armement menée avec le Soudan, lequel n’apparaît pas comme un modèle à suivre en la matière. Le fait que le Soudan ait décidé d’utiliser ses revenus pétroliers pour s’armer n’est pas une raison suffisante pour que le Tchad fasse de même.
 

Nécessité d’une protection accordée aux populations civiles vivant dans l’est du Tchad, du fait du danger de voir la violence communautaire exploser.
 

Importance d’une sécurisation de l’est du Tchad et du Darfour par des forces internationales de maintien de la paix qui pourraient également assurer la sécurité du dialogue national.
 

Mise en place d’une commission internationale indépendante chargée d’enquêter sur les attaques menées contre les civils dans l’est du Tchad.
 

Pour répondre aux accusations d’immixtion dans les affaires tchadiennes, les associations présentes ont précisé que leur rôle était d’être vigilantes quand leurs propres autorités interviennent de façon aussi directe que la France ne le fait au Tchad. De la même façon, la France étant le second contributeur de la Banque Mondiale, il leur paraît normal que la société civile française surveille l’aide apportée par cette institution au Tchad.
 

En guise de conclusion, il a été porté à la connaissance de la délégation tchadienne les résultats de la campagne d’opinion que certaines organisations ont mené pour dénoncer le soutien apporté par la France au régime tchadien, à l’occasion de la crise militaire d’avril et de l’élection contestée du 3 mai. A l’issue de ces mobilisations, il est en effet apparu que les citoyens et les élus français se montrent de plus en plus critiques face au soutien diplomatique ou militaire apporté par leur pays à des régimes comme celui du Tchad. Le débat sur les relations franco-africaines étant déjà ouvert en France, dans la perspective des élections présidentielle et législative de 2007, de nombreuses ONG françaises militent activement auprès des partis et des candidats pour obtenir que la politique de la France sur le continent africain soit enfin inspirée par des principes de transparence et de démocratie.
 

Le plaidoyer des organisations françaises pour la démocratie au Tchad est également mené au plan international, avec des interventions auprès des partenaires de la société civile et les institutions multilatérales.
 

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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans DEMOCRATIE PARTICIPATIVE
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