Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 juillet 2006 3 26 /07 /juillet /2006 16:35

A trois jours des élections

Kinshasa sous tension

Par  Le Potentiel

Explosion d’une grenade au marché Central et pression de la marche de l’UDPS

Très vive tension à travers le pays et ce, à cinq jours des scrutins présidentiel et législatifs. «Quoi qu’il en soit des enjeux électoraux, ce climat n’autorise nullement des actes de terrorisme» ou subversifs. Les blessés du marché Central, hier mardi 25 juillet, dans l’explosion d’un engin non identifié, ou la destruction méchante des affiches de propagande des adversaires politiques ne font nullement progresser la démocratie. Pas plus qu’une répression policière disproportionnée contre les manifestants de ce mardi à Kingasani. Ou l’assassinat des journalistes.

Les militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) ne décolèrent pas. Plus d’un demi millier d’entre eux sont encore descendus dans la rue hier mardi 25 juillet, pour dénoncer, comme toujours, les ‘irrégularités’ dans le processus électoral en cours et exiger le report des scrutins ainsi que la requalification du processus sans laquelle il n’y aurait pas d’élections le 30 juillet 2006 en République démocratique du Congo. Contrairement à la précédente, la marche d’hier mardi, a débuté au quartier «Kingasani ya suka» (près de l’aéroport de N’Djili) et devait avoir pour point de chute la 10ème rue Limete, siège du parti.

Sous le coup de 11 heures, les manifestants, encadrés par la Police nationale congolaise, ont longé le Boulevard Lumumba en scandant des slogans hostiles à Joseph Kabila, président de la République et candidat à sa propre succession. Tout au long de leur parcours, ils ont déchiré et brûlé les photos et banderoles de différents candidats aux élections présidentielle et législatives prévues le dimanche prochain. Criant «Le Congo aux Congolais», ils ont accusé la communauté internationale de soutenir les élections dans le but de légitimer le pouvoir de J. Kabila. Jet de pierres contre les forces de l’ordre et pneus brûlés sur la chaussée ont caractérisé la manifestation.

Plusieurs fois contrés par des barrages de la police anti-émeute et dispersés dans leur progression, certains de marcheurs prenaient des voies secondaires pour rejoindre le boulevard Lumumba plus loin et poursuivre ainsi la marche. Un accrochage a cependant eu lieu au niveau du quartier 3, entre les policiers et les manifestants, après l’arrivée des militaires de la Garde présidentielle appelés en renforts. C’est leur présence qui a permis d’éparpiller la manifestation à environ deux km du point de départ car, ils ont tiré en l’air et lancé des grenades lacrymogènes. Bilan : un policier blessé et deux manifestants sérieusement tabassés par les militaires.

EXPLOSION AU MARCHE CENTRAL : 16 BLESSES

Par ailleurs, le marché central a connu hier, tôt dans la matinée, une expérience traumatisante. Pour la première fois de son histoire, le principal centre de négoce de la capitale a enregistré à 9h10, une forte déflagration d’origine criminelle au croisement des avenues Rwakadingi et Plateau, pensent les premiers enquêteurs.

Selon le Dr Vey, médecin chef du département de chirurgie à l’Hôpital général de référence de Kinshasa, seize blessés graves dont 12 hommes et 4 femmes. Il y a parmi les personnes touchées par l’explosif le lieutenant Atandele Ntumba et un officier des Forces armées de la Rdc dont le nom n’a pas été révélé.

Jusqu’au moment du bouclage de cette édition, on ignorait encore l’auteur et le mobile de cet acte commis à cinq jours des élections présidentielle et législatives, les premières de la Rd Congo depuis 1965. D’après les témoins, un bus plein de passagers a été touché par l’explosion alors qu’il était en marche. D’autres sources allèguent que le bus aurait marché sur une grenade qu’aurait laissé tomber le soldat blessé.

Accident ou acte prémédité, l’explosion relance le débat sur le cantonnement des militaires FARDC exigé par le Ciat. Cette exigence fonde sa légitimité de la répétition des actes criminels enregistrés à travers le pays et visant, à terme, à perturber ou empêcher le bon déroulement des élections du dimanche 30 juillet prochain. Les actes de «terrorisme urbain» qui se multiplient actuellement viennent s’ajouter à un climat délétère, marqué par l’assassinat il y a quinze jours de Mwamba Bapuwa, journaliste indépendant collaborant au quotidien Le Phare, lâchement tué à son domicile de Kinshasa/Matete.

Des intimidations sont également enregistrées dans le camp des candidats tant à la présidentielle qu’à la députation aussi bien à l’intérieur du pays qu’à Kinshasa. La tension qui monte ces derniers jours dans le pays doit être attribuée à deux facteurs politiques. Il s’agit essentiellement de la controverse autour de l’opportunité, ou non, des négociations entre acteurs politiques congolais avant la tenue des élections. L’absence de compromis serait à la base des actes de désespoir observés.

TERRORISME AVEUGLE OU CIBLE

Les partisans des négociations «coûte que coûte» ne manquent pas d’arguments. Ils accusent particulièrement la Commission électorale indépendante (Cei) et la communauté internationale d’avoir mis en place des mécanismes de tricherie en faveur de Joseph Kabila lors des élections. Pour eux, ces élections sont gagnées à l’avance par fraude grâce à un surplus de bulletins de vote, l’emplacement non connu du serveur central, le nombre indéterminé des électeurs.

La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) est venue enfoncer le clou en se situant dans la même logique que les accusateurs. Mais, le gouvernement ayant éclaté, la mouvance politique de J. Kabila ne l’entend pas de cette oreille. Elle réfute ces arguments en déclarant que le pays a organisé trop de négociations qui n’aboutissent qu’au partage de pouvoir sans consulter le souverain primaire, le peuple. Cette fois, déclarent les sympathisants de Kabila, nous devons aller directement chercher le pouvoir légitime auprès du peuple à travers les élections.

Quant à la CEI, son président affiche une apparente sérénité, ne trouvant rien à se reprocher après avoir expliqué le sens du surplus de bulletins de vote et fait visiter le serveur central en question. La CEI se dit donc déterminée à organiser et à réussir les élections libres et transparentes à la fin de juillet 2006. D’autant plus que des centaines d’observateurs indépendants et institutionnels des élections, aussi bien nationaux qu’étrangers, se trouvent déjà déployés dans les provinces du pays. La Cei est soutenue dans ses efforts par le Ciat (Comité international d’accompagnement de la transition) qui vient de confirmer la date du 30 juillet pour le déroulement des élections en RDC.

En définitive, les divergences d’opinion enregistrées autour de la date des élections montrent bel et bien que la démocratie se joue ici et maintenant. Mais les actes de terrorisme aveugle ou ciblé n’ont rien à voir ni avec le jeu électoral. Ni avec la démocratie.

Partager cet article

Repost 0
Published by POTENTIEL - dans POLITIQUE
commenter cet article

commentaires

Texte Libre

Recherche

A VOS PLUMES