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29 octobre 2006 7 29 /10 /octobre /2006 00:24
Vers un ''progrès immobile''...
(Journal du Jeudi du 26 octobre au 01 novembre 2006)


Paul Valéry soutenait que ''la politique est l'art d'empêcher les gens de s'occuper de ce qui les regarde'', mais il semble qu'il reste l'un des rares domaines qui confondent allègrement utopies et réalités, démagogie et malhonnêteté. Là, le ridicule ne tue pas, il ''élève'' les débats, ce qui suscite ce langage de basse-cour souvent constaté et qui n'honore personne...
Sevrés de liberté d'expression pendant la période révolutionnaire où la désinformation se disputait ou ''matraquage'' et à la ''langue de bois'', les Burkinabè ont vite retrouvé leur passe-temps favori, la politique, qui pousse les citoyens à se livrer à des professions de foi souvent inimaginables, à s'accrocher à des étendards de circonstance, allant et venant au gré des échecs et succès. Le paysage politique est riche de sa flore, sa faune... et ses pièges!
Depuis belle lurette, au Faso comme un peu partout ailleurs, la notion de trahison n'a plus aucun sens en politique. Et comme le dit Frédéric Dard, «une carrière politique est longue, en dents de scie, avec des plongées imprévisibles». Dès lors, il n'est pas étonnant de constater ces transhumances politiques de militants sans doute ivres d'aventures, ''pataugeant'' ici et là dans les nombreux ''marais'' de ce que l'homme de la rue a toujours considéré comme une jungle, où tous les coups qui ne paraissent pas moralement permis sont cependant tolérés...
A quelques mois des élections législatives, qui promettent de belles surprises, il est un parti dont on se demande s'il réussira à redresser la trompe en raison des saignées qu'on lui attribue. De Ouahigouya à Kampti, en passant par Ouagadougou et Diébougou, il est question de ''démissions''. Mais peut-on en juger les effets lorsqu'on constate des informations contradictoires y afférentes? Réuni la semaine dernière, le secrétariat permanent de l'ADF-RDA se serait penché sur la question et aurait préconisé des solutions.
Du RDA à l'ADF-RDA, il semble que le ''parti de l'éléphant'' a toujours constitué la ''bête noire'' de ses adversaires, celle dont l'existence gêne. A tel point que d'anciens militants estiment que si ceux qui ''partent'' sont dotés de grandes possibilités d'adaptation, l'on pourrait cependant se demander, plus réellement, quelle est leur vraie valeur sur le terrain, vu qu'il leur faut plusieurs béquilles. Et d'ajouter que la majeure partie des départs est due à des ''marchandages'' souvent douteux.
La décantation au sein de ce parti ne s'effectuera qu'à l'issue des législatives, car aux yeux de l'opinion, la position du parti est parfois équivoque. Pour comprendre pleinement le message de l'ADF-RDA depuis la présidentielle de 2005, il faut connaître les éléments essentiels de son arrière-plan politique. Mais quels sont-ils réellement? Là est la question à laquelle a essayé de répondre Gérard Kango Ouédraogo, président d'honneur à vie du parti.
On ne peut lui contester le fait d'avoir su conserver une dignité et une notoriété que n'a pu guère émousser sa longue absence dans les couloirs des palais. Il reste, toutes constatations faites, au cur des questions politiques du pays. On guérit difficilement du virus de la politique.
Samedi dernier, sur les antennes de la radio publique, les auditeurs ont eu droit à un véritable cours d'histoire politique, de la Haute-Volta au Burkina Faso. Coïncidant avec la date du soixantième anniversaire de la création du ''Rassemblement démocratique africain'', on peut dire que le président d'honneur a fait réussir à son parti une rentrée politique ''historique''. Mais c'est quasiment dans un langage d'initiés qu'il aura expliqué le désistement de Gilbert Noël Ouédraogo en faveur du candidat Blaise Compaoré. Selon ses dires, il ne s'est pas agi de supporter un individu, mais un pays. N'est-ce pas tout à l'honneur du candidat choisi! Qu'est-ce à dire? Le RDA est un parti rassembleur, prônant la fraternité et la solidarité''. Sans doute, pour saisir la profondeur de ces dires, faut-il remonter au soutien du RDA au général Sangoulé Lamizana, pour éviter des ''chocs!'' A cela pourrait s'ajouter ce douloureux épisode de la Révolution au cours de laquelle le ''candidat du consensus'' aura prouvé son attachement à certaines valeurs africaines... ''prônées'' par le RDA (...)
La réponse de Gérard Kango Ouédraogo suffira-t-elle à l'opinion; effacera-t-elle le doute qui habite nombre de Burkinabè?
La question ne finira pas d'être posée, surtout que de nombreux électeurs essaient de comprendre les silences du chef de l'Etat y relatifs, ainsi que le caractère arbitral de sa charge, constamment mise à rude épreuve...
En attendant que ses mémoires nous disent plus clairement quel genre de ''choc'' aura évité le Faso en 2005, Gérard Kango aura réussi la prouesse de prouver que la politique, même sous les tropiques, pouvait se faire... assez proprement! N'est-ce pas ce qu'il souhaite à la génération présente? Hélas, il y en a qui ont du mal à domestiquer leurs pulsions autocratiques héritées de mets politiques mal digérés, dans un environnement où la diversité tient lieu de doctrine commune...
C'est surtout une leçon de courage qu'a voulu faire entendre aux militants le président Kango. Mais s'il est bon d'avoir du courage, l'important est de savoir s'en servir au bon moment. Pour certains, il n'est pas toujours facile de définir les injures et la calomnie, voire d'encaisser des coups à l'image des pères fondateurs du ''parti de l'éléphant'', si l'on en croit les dires de son coordonnateur international. Dommage, ici et là, l'on trouve bien plus facile de compter et d'encaisser les ''feuilles''...
A l'orée des législatives qui ne s'annoncent guère ''faciles'', en ce sens que la sélection des candidats délaissera les sentiers battus de la ''cooptation'', dit-on, certains cercles n'hésitent pas à affirmer que la notion de parti est sur le point d'être sérieusement écornée par des stratégies politiques plus fiables: l'existence des ABC en serait l'exemple dont nombre d'adhérents se vantent de ne point appartenir à des ''castes'' qui se gargarisent de slogans et s'abîment dans les clichés. En s'organisant autour de la personne du chef de l'Etat, ils seraient susceptibles d'influer sur le choix de candidats. On le voit, le principe de loyauté envers un homme prend doucement le pas sur la logique partisane. Il semble, en effet, que l'on se trouve là en présence d'une stratégie conçue pour le long terme. Alors, objectif 2010? On en reparlera très certainement.


A. Pazoté

 

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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans DEMOCRATIE PARTICIPATIVE
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