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7 novembre 2006 2 07 /11 /novembre /2006 19:50

L'ancien membre du Congrès américain John Brademas de l'Etat de l'Indiana a une fois défini le leadership comme : "la compétence et le caractère ou leurs synonymes - l'intelligence et l'intégrité".

Par extension, le leadership politique est une affaire de service. Il s'agit de motiver et d'inspirer ceux que l'on dirige à donner le meilleur d'eux-mêmes, en prenant exemple sur le leader.

Inversement, le leadership ne consiste pas à être intéressé. Il ne signifie pas accumulation de richesses, car s'il confère des honneurs, il ne s'agit pas de servir, les yeux braqués sur un trophée ou un butin.

Malheureusement, en Afrique, le leadership politique est synonyme d'avidité et de cupidité. Il équivaut à l'impunité et à l'oppression, à la dictature et à la kleptocratie, qui entretiennent et accentuent la pauvreté.

Le diable doit être dans la politique et dans la manière dont elle est pratiquée sur le continent, parce que dans les autres domaines de l'entreprise humaine tels que les sciences, l'art et la littérature, le sport, l'agriculture, l'environnement et la gestion de la société civile, ainsi que la construction de la paix, les Africains ont continué à se distinguer.

Les explications ne manquent pas sur les raisons pour lesquelles les choses sont comme elles sont, ni les prescriptions sur les changements souhaités, cependant les Africains restent dans un cercle vicieux.

Ainsi, il y a presque un consensus entre les Africains préoccupés et les étrangers tout aussi inquiets sur le fait qu'un leadership politique de mauvaise qualité et la corruption sont les deux maux qui se renforcent mutuellement et qui sont la cause du retard du continent, au demeurant très riche, et d'une vie de misère et de pénurie pour 700 millions de personnes.

Au-delà des slogans, la lutte contre la corruption doit de toute évidence jouer un rôle essentiel dans l'équation socio-économique et politique visant à guérir les dirigeants africains d'une kleptomanie malfaisante si l'on souhaite que le continent progresse.

Ce qui a probablement inspiré le lancement à Londres le 26 octobre du Prix de 5 millions de dollars pour la Bonne Gouvernance en Afrique sub-saharienne. C'est vraisemblablement une tentative de récompenser les dirigeants africains reconnus comme ayant consacré leur mandat constitutionnel à surmonter les défis en matière de développement de leurs pays, à améliorer les conditions de vie des populations et à consolider les fondements d'un développement durable.

Le Prix Mo Ibrahim pour la réalisation dans le cadre du leadership africain, lancé par la Fondation Mo Ibrahim est une initiative du Soudanais du Dr Mohamed Ibrahim, fondateur de Celtel International et un des chefs d'entreprise les plus prospères d'Afrique.

Le Dr Ibrahim, un spécialiste des communications mobiles, qui travaillait pour British Telecoms, a fondé en 1998 MSI Cellular Investments, qui a par la suite été rebaptisé Celtel International.

Cette entreprise est actuellement implantée dans 15 pays d'Afrique, dans le cadre de licences qui couvrent plus d'un tiers de la population du continent, permettant ainsi à des millions de personnes d'accéder aux avantages de la communication mobile.

En 2005, Celtel a été vendue à MTC Kuwait pour 3,4 milliards de dollars, ce qui en fait une des compagnies africaines les plus prospères du continent.

En plus de 5 millions de dollars, les personnalités honorées du Prix Mo Ibrahim, vont aussi recevoir une rente annuelle de 200.000 dollars à vie, ce qui fait de ce prix le plus doté du monde, dépassant le prix de 1,3 million de dollars du Nobel de la Paix décerné par un comité basé à Oslo, en Norvège.

La Fondation Mo Ibrahim a aussi promis d'accorder le soutien nécessaire aux récipiendaires du prix pour le leadership africain pour qu'ils puissent faire partager leurs expériences et leur vision à la jeune génération et défendre la cause de la bonne gouvernance, en Afrique et ailleurs dans le monde.

A travers la création de ce prix, la Fondation "souhaite faire prendre conscience de l'importance de la bonne gouvernance pour le développement et approfondir le débat entre les sociétés sur les critères selon lesquels les gouvernements doivent être évalués".

Selon la Fondation, l'Université d'Harvard fera partie de l'équipe d'évaluation qui va déterminer dans quelle mesure le dirigeant africain récipiendaire du prix a servi son peuple alors qu'il était au pouvoir.

Le Prix sera décerné sur la recommandation d'une commission et les critères de sélection vont couvrir les domaines suivants de la gouvernance:

- un développement économique durable - le développement humain: la santé et l'éducation - la transparence et la responsabilisation de la société civile - la démocratie et les droits de l'homme, et - le respect de l'Etat de droit et la sécurité.

"Nous devons éradiquer la corruption et améliorer la gouvernance", a déclaré M. Ibrahim dans une interview de presse à la veille du lancement du prix. "Le jour où nous n'aurons besoin d'aucune aide sera le plus merveilleux de ma vie".

Sa théorie est que les dirigeants africains tendent à être corrompus et/ou qu'ils s'accrochent au pouvoir en raison de la crainte "de ne pas avoir de vie après leur départ".

"Tout soudain, toutes les demeures, les voitures, la bonne chère, le bon vin, tout leur est retiré. Certains ont des difficultés à louer une maison dans la capitale. Ce qui incite à la corruption; ce qui incite les gens à s'accrocher au pouvoir", soutient-il. "Le prix va donner à des gens essentiellement bons, qui sont peut-être indécis, l'occasion d'opter pour une vie dans l'aisance après leur passage au pouvoir".

A 60 ans, M. Ibrahim s'est sans aucun doute distingué comme un homme d'affaires prospère, désireux d'avoir un impact sur les vies de plus d'Africains possibles grâce à ses connaissances, son expérience et sa richesse.

L'ancien président sud-africain Nelson Mandela, l'ex-président américain Bill Clinton et le Secrétaire Général de l'ONU Kofi Annan font partie de ceux qui se sont félicités de l'initiative de M. Ibrahim de récompenser les réalisations en matière de leadership africain.

Mais avec toutes ses bonnes intentions, cette initiative apparemment noble pose un certain nombre de questions morales, éthiques et même de gouvernance sur un continent où environ la moitié de la population vit avec moins d'un dollar par jour.

Etant donné les antécédents de nombreux dirigeants africains il est peu probable que ce prix sera une motivation suffisante pour encourager la bonne gouvernance ou endiguer la corruption dans une région où le pillage du trésor public a pris des proportions pathologiques à pratiquement tous les niveaux du leadership politique.

A l'exception de M. Mandela et de quelques autres, nombreux sont les dirigeants africains morts ou vivants qui se sont assurés d'avoir amassé suffisamment de richesses pour eux et leurs familles pour l'éternité, où du moins c'est ce qu'ils croient.

Par ailleurs, plutôt que de s'écarter des exemples indignes comme ceux de Sani Abacha du Nigeria et de Mobutu Sese Seko du Zaïre (actuelle RD Congo), les dirigeants africains en exercice s'en inspirent et les reproduisent.

Le problème qui se pose ainsi n'est pas tant celui d'une vie après le pouvoir, que celui de la mauvaise gestion des richesses volées des coffres publics et de l'appétit insatiable pour les richesses.

En outre, si les dirigeants africains peuvent changer les constitutions de leurs pays en toute impunité et avec une aisance déconcertante pour se maintenir au pouvoir, ils peuvent tout aussi bien prendre des décrets pour des programmes de pensions de retraite faramineux pour eux-mêmes, comme plusieurs l'ont fait et continuent à le faire.

Dans tous les cas, si le leadership politique rapporte à une notion de service, pourquoi les dirigeants africains doivent-ils être "soudoyés" ou poussés à faire ce pourquoi ils ont été élus, ou pourquoi faut-il les encourager à partir quand leurs mandats constitutionnels expirent?

M. Mandela a été enfermé dans les prisons de l'apartheid pendant 27 ans et quatre ans après sa libération, il a brigué et remporté la présidence sud-africaine en 1994. Cet homme d'Etat à la stature d'icône n'a servi que pour un mandat de cinq ans, mais est resté au service de l'humanité même après sa retraite.

M. Ibrahim et d'autres Africains bien intentionnés feraient bien d'examiner d'un oeil critique la relation symbiotique entre la mauvaise gouvernance et la corruption en Afrique et pourquoi des personnalités accomplies comme elles fuient la politique.

Avec une des concentrations les plus riches du monde de minéraux précieux, comme l'or, le diamant et le pétrole, en plus de vastes terres fertiles et une main d'œuvre abondante, l'Afrique est loin d'être pauvre, cependant ses masses continuent à vivre dans la misère pendant qu'une minorité continue de détourner et de jouir des richesses communes.

Désigner quelques individus qui ont déjà eu la chance de profiter de la vie aux dépens de millions de malheureux, pour leur faire encore plus plaisir et leur assurer une vie confortable jusqu'à la fin de leurs jours est-il un moyen efficace de lutter contre la corruption ou la pauvreté.

L'idée de récompenser un leadership de qualité est louable, mais elle ne peut avoir de sens que si elle permet d'améliorer les conditions de vie des citoyens ordinaires, et non pour enrichir ceux qui se sont servis plus que de raison ainsi que leurs familles, particulièrement en détournant le trésor public.

Mais si la Fondation Mo Ibrahim insiste pour récompenser les dirigeants africains par des prix en espèces pour leur bonne gouvernance, un récipiendaire peut-être reconnu et qu'il lui soit remis une plaque, alors que les fonds rattachés soient destinés à un projet en direction des plus démunis, comme dans le cadre d'un programme de micro-crédit semblable à ceux de la Grameen Bank mise sur pied en 1976 avec seulement 27 dollars par l'économiste bangladais de renom, Mohammed Yunus, le lauréat du Prix Nobel de la Paix.

S'il est correctement géré, un tel programme va tirer des milliers sinon des millions d'Africains de la pauvreté et ses effets multiplicateurs peuvent engendrer un changement de comportement de la part des dirigeants politiques chapardeurs, qui pourraient s'amender et soutenir de nobles causes.
 

 
 

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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans BONS PLANS DE LA SEMAINE
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