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13 novembre 2006 1 13 /11 /novembre /2006 03:49

Samedi ensanglanté à Kinshasa

J. Kabila – JP Bemba : accords fragilisés

Par  Le Potentiel

De nouvelles violences ont, une fois de plus, marqué le processus électoral. La journée du samedi 11 novembre a été secouée par des tirs à armes légères et lourdes au centre de la ville, plus précisément dans la commune de la Gombe. Bilan officiel : trois civils et un militaire tués. Du coup, la psychose du mois d’août s’est emparée des habitants de la capitale. Et pourtant, les deux camps, Kabila et Bemba, ont signé toute une série d’accords. La Monuc et l’Eufor de leur côté n’ ont cessé d’inonder la population de Kinshasa de points de presse, affirmant que toutes les dispositions sont prises pour que des incidents du mois d’août ne se reproduisent plus. Erreur. Il y a eu de morts. Le sang a de nouveau coulé.

Le dernier week-end a été perturbé par des tirs d’armes légères et lourdes entendus dans la matinée de samedi 11 novembre. Selon les premiers éléments d’information recueillis, un groupe de jeunes gens de la rue, communément appelés « Shégués », se sont permis de perturber la circulation. Ils ont brûlé des pneus à certains endroits du centre ville.. Ils tenaient ainsi à manifester leur mécontentement à la suite de la publication des résultats partiels de l’élection présidentielle.

Dans son intervention, la Police a tiré en l’air pour disperser les manifestants qui s’agglutinaient au fur et à mesure aux alentours de la résidence officielle du vice-président de la République, Jean-Pierre Bemba. C’est alors que retentirent des tirs d’armes légères et automatiques, faisant des morts et des blessés. Les victimes, Raphaël Milambo et le peintre Samule, avaient été tués par des balles perdues aux environs de 12h00’ sur l’avenue Kasongo Lunda dans la commune de Lingwala, rappelle radiookapi.net.

Ce Bilan avait été confirmé par le commandant de l’hôpital de référence du camp Kokolo, le colonel docteur Kakudji. Contacté par radiookapi.net le général Patrick Sabiti, inspecteur provincial de la Police à Kinshasa, confirme le bilan de 4 morts dont trois civils et un militaire. Parmi les tués, une femme dont le corps a été retrouvé au ront-point Mandela et deux autres, aux environs du cimetière de la Gombe.

Pendant deux heures, c’était la panique générale, du moins au centre de la ville théâtre des affrontements ces derniers mois. Entre-temps, dans les autres communes, les commentaires allaient bon train et en sens divers. La psychose du mois d’août s’est emparée aussitôt de la population de Kinshasa. Rien d’étonnant quand on sait que les graves événements des 20, 21 et22 août sont encore frais dans la mémoire des Kinois. Que s’est-il passé exactement ? Pourquoi cette énième violence ?

ACCORDS FRAGILISES

La version retenue jusque-là est celle de la perturbation de la circulation par les Shégués. Soit. Cependant, les Shégués ne disposent pas d’armes automatiques et lourdes pour tirer pendant deux heures. Il n y a que des unités militaires qui en ont et sont capables d’un tel exploit.

Or, il n y a pas longtemps, à la suite des négociations régulières entre le camp de Kabila et celui de Bemba, qu’il a été décrété de « Kinshasa ville sans armes ». En plus, il a été convenu que les deux camps devraient cantonner leurs troupes avant de reconnaître le caractère apolitique de l’Armée et de la Police. Enfin, les deux camps ont accepté de ne pas recourir à la violence, même en cas de contestation des résultats du scrutin.

Mais avec la violence de samedi dernier, l’on vient de se rendre à l’évidence que l’on a violé les accords conclus. Il est désormais évident que « Kinshasa ville sans armes » n’est plus qu’un slogan creux. Ensuite, le fait que l’on ait remarqué un mouvement de troupes dans le quartier périphérique de la résidence officielle du vice-président Bemba, c’est qu’il y a eu effectivement un déplacement des troupes. En outre, tout ce déploiement des éléments de la garde rapprochée de Bemba vers certains carrefours du centre ville, démontre, si besoin en est encore, que la consigne de cantonnement des unités militaires n’ est pas de rigueur.

En d’autres termes, l’on peut se permettre d’affirmer que les deux camps, Kabila et Bemba, viennent de violer les accords qu’ils venaient de conclure. Si pas encore dans leur totalité, mais les événements de samedi les ont fragilisés avec tous les risques qu’ils volent en éclats si jamais l’un des deux camps n’acceptait pas le verdict des urnes dans quelques jours.

Ce sont là des indices qui ne trompent pas. Jusqu’à preuve du contraire, les deux camps ne se font pas confiance. La méfiance persiste et qu’ils sont certainement déterminés à en découdre, un jour à l’autre. Comme pour dire que le péril est toujours en la demeure avec tous les risques de l’éclatement d’une guerre civile. Et ce tant que les deux candidats du vote du 29 octobre 2006 donneraient l’impression de prendre en otage toute la population congolaise. MONUC ET EUFOR : PAS DE MOUVEMENT

Un autre constat qui soulève de l’inquiétude, c’est que durant ces deux heures qu’ont duré les tirs, l’on a observé aucun mouvement de l’Eufor et des éléments de la Monuc. Même ceux qui sont en fraction dans les alentours de la résidence officielle de Jean-Pierre Bemba n’ont fait aucun mouvement. Pourquoi ? Attendaient-ils des consignes ? Autant d’interrogations soulevées par la population de Kinshasa qui s’attendait à une réaction rapide et efficace de ces forces pour la rassurer.

En effet, loin d’être un stratège militaire, le véritable problème demeure justement la capacité d’intervention de ces forces si par aventure politique il y avait un dérapage significatif. S’il faut faire foi aux déclarations relatives au mouvement des troupes dans les alentours du quartier du cimentière de la Gombe, comment l’Eufor n’a-t-elle pas persuadé les responsables politiques et militaires pour arrêter ce mouvement ? Et pourtant, ils sont sensés être dans les différentes casernes pour relever le moindre mouvement suspect d’entrée et de sortie des troupes. On en dira autant des éléments de la garde rapprochée de JP Bemba qui se sont déployés alors que des éléments de la Monuc sont postés en des endroits stratégiques de la résidence officielle de Jean-Pierre Bemba. Qu’adviendra-t-il demain si ces incidents débordaient le cadre de la commune de la Gombe pour atteindre les autres communes de la capitale ? La situation deviendra incontrôlable.

Tous ces faits ne rassurent pas la population qui se considère comme abandonnée à elle-même. Car en effet, plus on se rapproche de la date butoir de la proclamation des résultats provisoires par la Commission électorale indépendante, plus l’inquiétude et la tension s’amplifient. Or, avec ce samedi ensanglanté doublé des accusations mutuelles pour se disculper, les camps Bemba et Kabila ont démontré clairement qu’ils ont la gâchette facile. Partant, à tout moment, ils sont capables de gâcher la fête et de mettre le feu dans la cabane, violant manifestement tous les accords conclus. Déjà vidés d’une bonne partie de leur substance avec les événements de samedi 11 novembre 2006.

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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans TRIBUNE GOUVERNEMENTALE
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