Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 novembre 2006 4 16 /11 /novembre /2006 13:23

LES MAGISTRATS ET LA PRESSE PRIVEE DANS L'ŒIL DU CYCLONE



 

L'évènement peut paraître aussi bizarre mais c'est bien une réalité puisque les magistrats et la presse privée indépendante sont désormais dans l'œil de cyclone du Chef de l'Etat François Bozizé.
L'homme n'est pas passé par quatre chemins pour déclarer solennellement lors de sa dernière rencontre avec les chefs de quartiers au Palais de la Renaissance. Le Président centrafricain a utilisé cette tribune qui lui était offerte pour prendre sa revanche sur ceux qu'ils qualifient de complices des criminels (magistrats) et ceux qui passent le plus clair de leur temps à « insulter » les gens dans les journaux (presse privée) et a dénoncé les pratiques injustes.
François Bozizé a déclaré devant les chefs de quartiers que son pouvoir avait mis la main sur des « criminels » qui seraient complices de la situation qui sévit dans le Nord centrafricain et que ceux-ci ont été libérés par les magistrats sur quelle base, il ne sait. A l'endroit de la presse privée, le locataire du Palais de la Renaissance a fait savoir que le jour où les rebelles seront là, il n'auront pas à choisir leur cible parmi ceux qui passent leur temps à « insulter » les gens dans les journaux en dénonçant l'ingérence de son pouvoir dans les affaires judiciaires ne seront pas épargnés. Il a ajouté que lorsque les rebelles de Bemba commettaient des exactions sur la population où étaient ceux-là? Une manière tacite et même délibérée de dire tout haut que le jour où il y aura confusion, les magistrats, complices des « criminels » et la presse qui dénonce son ingérence dans les domaines de compétence du pouvoir judiciaire seront eux aussi confus et...
On comprend aisément que le Chef de l'Etat, ministre de la Défense Nationale et Président du Conseil supérieur de la Magistrature n'a pas du tout accepté le fait que les accusés déférés devant la Cour criminelle de Bangui aient été acquittés. Est-ce la faute du Président de la Cour criminelle, les membres du jury et les jurés si le Ministère Public est dans l'incapacité de prouver de manière tangible en quoi les accusés qui bénéficient jusqu'à preuve du contraire de la présomption d'innocence seraient-ils complices de la rébellion qui écume le Nord ? That's the question. La réaction du Chef de l'Etat par rapport à ce cas de figure en dit long et pourrait même justifier la déportation des acquittés dont la presse en avait justement fait longuement échos. Est-ce un crime de lèse-majesté que de rappeler à l'ordre le pouvoir Exécutif qui s'ingère à tout moment dans les domaines de compétence des autres pouvoirs de l'Etat qui constitutionnellement parlant sont aussi INDEPENDANTS ?
D'aucuns ont pensé que cette réaction du chef de l'Etat constitue une mise en garde aux hommes de la presse. Car, Bozizé leur avait promis à cette occasion que si jamais la crise qui secoue le pays tourne en mal, on verra où est-ce qu'ils vont se mettre pour en parler.
En tout cas, il n' y a qu'en Centrafrique, pays d'exception et de paradoxe que de tels propos et pratiques peuvent être observés. Déjà il faut le rappeler que le Président de la République est à couteau tiré avec les organisations de défense des droits de l'Homme qu'il accuse d'être les défenseurs des criminels. Sa déclaration qui apparaît comme une vérité d'évangile aux yeux de ses disciples fait que ceux-ci n'hésitent pas un seul instant à les réciter si besoin se fait sentir. C'est le cas du haut commissaire aux droits de l'Homme Thierry Maléyombo qui a fait sienne la déclaration de François Bozizé. En effet, suite à la déclaration de Me Goungaye sur Radio Ndeke Luka selon laquelle on a voulu corrompre les organisations de défense des droits de l'Homme à prendre part à la marche de protestation du 8 novembre 2006 contre l'occupation de la ville de Birao par les rebelles de l'UFDR, Thierry Maléyombo a piqué une colère bleue en laissant parler ses pulsions pour déclarer à son tour que le jour où les rebelles seront là, ils ne vont pas choisir qui est qui. Un observateur averti de la vie politique nationale déclare sous couvert de l'anonymat « qu'entre les organisations de défense des droits de l'Homme, les magistrats distributeurs de non lieu et complices des rebelles selon les termes du Président de la République et la presse privée, c'est une lutte sans merci qui appelle la prudence de la part des défenseurs des droits de l'Homme et les professionnels des médias privés tant l'atmosphère politique actuelle peut leur réserver bien de surprises». Cela démontre les prétentions d'un Haut Commissaire des Droits de l'Homme qui réagit en dictateur, en oppresseur du peuple qui place ses intérêts avant ceux de ceux pour qui il est appelé à travailler.
Il faut dire qu'en des pareilles circonstances, les tenants du pouvoir ont l'habitude de chercher des boucs émissaires dans les rangs des forces vives de la nation. Cela s'explique par le fait que le porte-parole du président de la République a lancé une sévère mise en garde à l'endroit des hommes des médias qui feront échos de l'évolution des rebelles.
Une chose est sûre, la presse privée indépendante, les organisations de défense des droits de l'Homme et certains magistrats qui réclament l'indépendance de la magistrature sont dans l'œil de cyclone du Président de la République. Et pourtant, ces corporations ne font que leur travail et contribuent de ce fait à l'enracinement de la démocratie dont on se prévale dans notre pays. C'est bien dommage.


Mercredi 15 Novembre 2006
Harly - Schengen

Partager cet article

Repost 0
Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans TRIBUNE GOUVERNEMENTALE
commenter cet article

commentaires

Texte Libre

Recherche

A VOS PLUMES