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21 novembre 2006 2 21 /11 /novembre /2006 14:09

FRANCOIS BOZIZE AUX ABOIS



Quand un chef d'Etat ne maîtrise pas la situation intérieure, il ne se déplace pas pour participer à des sommets mondains si importants soient-ils. Le fait que le président centrafricain, le général d'armée François Bozizé , ait décidé d'embarquer femme, ministres et collaborateurs, services rapprochés et autres à destination de Pékin où Hu Jintao conviait une quarantaine de chefs d'Etat et de gouvernement du continent à une grand-messe, montre que dans son esprit, il n'y avait RAS (rien à signaler) au pays.



 

Il faut préciser au départ que l'homme qui a mis fin par les armes au pouvoir du président élu Ange Félix Patassé, ne savait pas comment se rendre en Chine. Les caisses du trésor public ayant servi en partie à solder la facture du C-130 (actuellement cloué sur le tarmac de l'aéroport de Bangui-M'Poko pour pannes graves alors qu'il a été réceptionné il y'a à peine trois mois), Bozizé a dû solliciter l'aide du président mauritanien, le colonel Ely Ould Mohamed Vall, pour le financement du voyage et du séjour en Chine de sa délégation. Refus poli du tombeur du colonel Maaouiya Ould Sid Ahmed Taya. C'est ainsi qu'il a orienté sa recherche de financement auprès du richissime indien basé à Londres et très versé dans le trafic des pierres précieuses. Domaine où Bozizé est plus qu'un fin initié depuis son épisode malheureux de Düsseldorf en Allemagne. Si le londonien a accepté de mettre son avion à sa disposition contre des diamants, le voyage malheureusement s'est interrompu lundi 30 octobre, à Paris, quand son fils Francis lui a téléphoné pour lui annoncer la prise de la ville de Birao par les rebelles. Pour ceux qui ne savent pas encore, Francis Bozizé est le directeur de cabinet d'un certain ministre de la défense nommé François Bozizé. N'ayant confiance en personne depuis son coup d'Etat perpétré le 15 mars 2003 alors que Ange Félix Patassé assistait au sommet de CENSAD, à Niamey, il est depuis sa prise du pouvoir à la fois président de la République, chef de l'Etat et, surtout, ministre de la Défense.
Plusieurs mouvements armés sont à l'origine de cette démonstration de force : le FDPC du général Abdoulaye Miskine dont la rébellion est prête depuis 2004, l'UFR du jeune Florian Ndjadder Bédaya, l'APRD (Armée pour la restauration de la République et la démocratie, le GAPLC (Groupe d'action patriotique de libération de Centrafrique de Michel Am Nondroko Djotodia, le FDC (Front démocratique centrafricain) du commandant Assan Justin, le MLCJ (Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice ) du capitaine Abakar Sabone. Le 15 septembre dernier, trois de ces mouvements ont fusionné pour créer l'UFDR (Union des forces démocratiques pour le rassemblement). Ces mouvements dénoncent en vrac les énormes détournements de fonds, le pillage des ressources naturelles (en réalité, Bozizé se rendait en Chine, avec son neveu Ndoutigaï, où l'attendaient deux complices chinois, pour écouler 3.600 carats de diamant), la mauvaise gouvernance, les assassinats politiques, le tribalisme, le népotisme, le refus d'un dialogue sans exclusive. Face à ces revendications, le pouvoir de Bangui reste muet. Au mieux des cas, Bozizé, jusqu'à la prise de Birao, jurait que la sécurité sur l'ensemble du territoire était assurée à 80%. Mais après le coup de téléphone alarmant de Francis lui indiquant de revenir immédiatement au pays sinon il y avait risque d'un chute de son régime, François Bozizé, a repris le même avion pour le ramener à Bangui après une escale à N'Djamena.
« C'est le Soudan, c'est le grand frère Omar Hassan El Béchir qui est derrière ce qui se passe », a-t-il répété à maintes reprises. « C'est le Soudan qui arme des hommes pour les envoyer en République Centrafricaine pour je ne sais quelle raison », a-t-il ajouté.
A Birao, la rébellion s'est emparée de la caserne militaire de la ville après avoir assassiné ou fait prisonniers les 70 militaires qui y demeurent (20 ont réussi à prendre la fuite dans des directions opposées). Le butin des rebelles est de 4 chars, tout l'arsenal de la garnison composé de kalachnikov, de roquettes, de grosses quantités de munition, les deux 4X4 du chef de la garnison et du préfet, les thuraya, toute la ration alimentaire de la garnison, un double canon de 14 mm perché sur un 4X4 qui semble particulièrement affecter le moral de Bozizé, ainsi que des voitures tout terrain. Selon certaines indiscrétions, Birao semble imprenable. Le Bréguet français qui a survolé les lieux, aurait fait état de ce que la piste a été rendue inutilisable par plein d'objets que les rebelles ont placé dessus pour empêcher toute mauvaise surprise. Du coup, les secours si secours il y a, ne peuvent provenir que par la route. Mais attention aux embuscades faites par ceux que Bozizé appelait encore jusqu'à hier, les « coupeurs de routes ».

Afrique Education N° 216 du 16 au 30 Novembre 2006.


Afrique Education N° 216 du 16 au 30 Novembre 2006

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Published by BOMONGO LUCE RAYMOND - dans TRIBUNE GOUVERNEMENTALE
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