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22 novembre 2006 3 22 /11 /novembre /2006 08:43
CLÉMENT DOFFOU (ÉCRIVAIN) : “L'Afrique doit s'arracher des griffes de la France”
(Notre Voie 21/11/2006)


L'écrivain Clément Doffou a accordé un entretien à Notre Voie. L'homme a mal à l'Afrique et il le crie à travers l'ouvrage intitulé "Afrique, triste mémoire d'un continent" qu'il vient de publier.

Notre Voie : Vous venez de publier un ouvrage intitulé "Afrique, triste mémoire d'un continent". On a l'impression que vous sombrez dans la même désolation que beaucoup d'autres avant vous. Christophe Doffou devéloppe-t-il aussi un afro pessimisme ?
Clément Doffou : Je suis plutôt afro réaliste. J'ai seulement voulu montrer dans mon livre, que le continent africain est victime de la méchanceté et de la boulimie des impérialistes comme la France. Mais il est également victime de la cupidité de certains politiciens aux ambitions démesurées qui collaborent avec les agresseurs de leur propre pays. Autrement dit, l'Afrique dispose d'immense ressources naturelles énergétiques, minières, etc. Elle dispose également de nombreuses matières grises qui transcendent au plan scientifique. Ceci étant, le continent est capable de transformer ses matières premières pour aller au développement. Or, on ne peut pas aller au développement sans la paix.

N.V. : Vous présentez l'Afrique comme un volcan en perpétuelle éruption. Ce constat explique-t-il que vous désespérez ?
C.D. : Non, je ne désespère pas du tout. Cela me révolte que de voir l'Afrique gémir. Et je dénonce ceux qui provoquent la destruction du continent. Mais en plus, je soutiens ferme que nous avons des possibilités, des potentialités pour rebondir quand bien même le tableau que l'Afrique présente est très triste. Vous voyez la couverture de mon ouvrage. La symbolique est très expressive. La carte de l'Afrique est noire. Quarante cinq ans d'indépendance, quarante cinq ans de souffrance. Le continent vit dans la fièvre militaro-politique : des coups d'état à répétition, des rebellions armées, des guerres civiles, des tueries à n'en point finir. L'Afrique semble être maudite. Mais j'ai espoir. La quatrième de couverture de mon livre est blanche. Cela représente l'espoir. La paix triomphera. Je suis optimiste.

N.V. : La France veut à tout prix exercer un droit de propriété privée de façon perpétuelle sur la Côte d'Ivoire. Que faire pour que le pays soit libéré?
C.D. : Je vous assure que les journées du 7, 8, 9 novembre 2004 ont été pour moi, les moments les plus terribles et les plus fous de la barbarie française en Côte d'Ivoire. Les chasseurs bombardiers de l'armée française ont pilonné ces jours-là les ponts Général de Gaulle et Félix Houphouet-Boigny, tuant massivement des résistants qui manifestaient afin que leur patrie conserve sa souveraineté. Cette tuerie et celle de l'hôtel Ivoire m'ont offert un spectacle horrible. Nous ne sommes pas des damnés de la terre. Nous ne sommes pas non plus des bêtes sauvages. Que faut-il donc faire pour réagir de façon conséquente ? Il faut nous battre, nous engager dans la lutte avec courage et conviction. L'Afrique doit lutter avec une rare détermination pour s'arracher des griffes de la France et de toutes les puissances hégémoniques, esclavagistes des temps nouveaux.

N.V. : Pour expliquer l'acharnement des impérialistes et surtout de la France, vous remontez l'histoire jusqu'à la traite négrière, n'est-ce pas là une sorte de résignation ?
C.D. : Je pense que pour mieux appréhender le présent et essayer de comprendre le futur, il faut interroger l'histoire dans son aspect commun concernant toute l'humanité. Le commerce triangulaire, la colonisation ponctuée du travail forcé, la balkanisation, le monstrueux pillage ont dramatiquement affaibli le continent. Un peu plus tard, cette ignoble opération a été achevée par la conférence de Berlin en 1885. L'Afrique a été partagée comme un gâteau. Depuis cette date, la France pense que la Côte d'Ivoire est son territoire acquis. Or, les temps ont changé. Beaucoup d'eau a coulé sous le pont!

N.V. : Vous oubliez les fameux accords que la France a signés avec la Côte d'Ivoire dès les premiers jours de l'indépendance ?
C.D. : C'étaient des accords de dupe. L'esprit et le fond de ces accords avaient été libellés de sorte que la France, la mère patrie, dépouillait complètement la Côte d'Ivoire de toute substance vitale. Je comprends difficilement comment les autorités politiques de l'époque, surtout Félix Houphouet-Boigny, s'étaient prises pour signer des accords pareils.

N.V. : Vous contestez ces accords parce que nous sommes en 2006.
C.D. : Moi, je n'aurais jamais signé ces accords même avec un fusil sous la tempe. Rappelez-vous en 1958, Sékou Touré président de la République de Guinée avait dit non à la France et au Général de Gaulle.

N.V. : La Guinée a souffert après ce non puisque la France, considérée à l'époque comme la terre nourricière a tourné dos à la Guinée, sonnant la terreur au sein du régime guinéen. N'est-ce pas une réalité ?
C.D. : Et qu'est-ce qui est arrivé à la Guinée ? Le pays est toujours là. Son sous-sol est riche. Il continue d'être un scandale géologique. Je vous assure que j'aurais eu le même courage que Sékou Touré;





Entretien réalisé par Azo Vauguy





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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans DEMOCRATIE PARTICIPATIVE
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