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4 décembre 2006 1 04 /12 /décembre /2006 22:59
EDITO: Se départir des positions figées / Communiqué final
(Soir Info 04/12/2006)


La première réunion du Groupe de travail international (Gti), après l’adoption de la Résolution 1721 sur la crise ivoirienne, s’est tenue, comme on le sait, le vendredi dernier, dans une atmosphère surchauffée. Le duel au sommet de l’Etat, dominé par le bras de fer entre le président Laurent Gbagbo et le Premier ministre Charles Konan Banny, semble avoir donné lieu à des débats longs et houleux au sein du Gti. Cette réunion du Gti a, du reste, été l’une des plus longues avec plus de 11 heures de travaux avant de pondre un communiqué tout de même hésitant et moins ferme, même si à première vue on pourrait penser à un désaveu “ des décrets Gbagbo ” et à soutien ferme du groupe de travail à Banny. Au fond, l’appel au secours du Rhdp au Gti pour mettre Gbagbo véritablement au pas n’a pas été clairement entendu. Le manque de cohésion de la Communauté internationale n’a pas permis à l’opposition et au clan radical du Premier ministre d’obtenir du Gti l’annulation pure et simple des décrets de réintégration des directeurs généraux suspendus par le Premier ministre dans l’affaire des déchets toxiques. Le Gti est resté cependant beaucoup plus clair et quelque peu incisif en ce qui concerne la réintégration des directeurs généraux des médias d’Etat débarqués. Certes, les jusqu’au boutistes auraient souhaité voir le Gti réclamer la réintégration immédiate, obligatoire et sans condition des personnes virées. Mais tout ceci participe du langage codé de la diplomatie onusienne qui ressemble parfois à une danse d’initiés. En réalité, le Gti s’est cru le devoir de voler au secours de Banny acculé et mis en difficulté par Gbagbo. L’adversaire était trop coriace pour le Premier ministre déjà très affaibli au premier round. L’échec prévisible de la tentative de mobilisation populaire contre les décisions de Gbagbo montre bien que dans la jungle politique ivoirienne, “ l’animal de brousse ” qu’il prétend être n’a pas son pareil face à ses opposants réunis. Gbagbo a, en effet, marqué de précieux points dans cette épreuve de force. Il a montré que rien ne peut se faire sans lui, du moins pour le moment. La 1721, adoptée le 1er novembre dernier, reste pour l’heure lettre morte sans une volonté de coopération du clan présidentiel qui voit les pouvoirs élargis du Premier ministre comme une astuce visant à mettre son mentor hors jeu au profit de Banny qui devient du coup partie prenante au conflit. Poussé dans le dos par les extrémistes de son propre camp, Banny se retrouve malgré lui, dans la peau de chef de file de l’opposition politico-armée contre le camp présidentiel. La politique étant la saine appréciation des réalités bonnes ou mauvaises, il serait mieux indiqué pour le Premier ministre de veiller à reprendre rapidement sa posture de facilitateur de sortie de crise. La confiance doit revenir enfin que Banny ne soit plus l’homme d’un clan, mais le Premier ministre acceptable pour tous et chargé de réconcilier les Ivoiriens. Banny ne doit pas être un belligérant de trop. Ce serait l’échec du processus de paix si le faiseur de paix est transformé en “ chef de guerre ”. Si les épreuves de force succèdent aux bras de fer, la Côte d’Ivoire risque de s’enliser dans une longue et ruineuse guerre. Bien qu’ayant avalé tant de couleuvres et essuyé beaucoup de camouflets, le Premier ministre doit ravaler son amour propre pour rechercher avec toutes les parties au conflit les voies d’un compromis dynamique. Il est clair que dans une situation de crise, aussi profonde, la réalité d’aujourd’hui n’est pas celle de demain. La victoire du matin n’est pas celle du soir. C’est pourquoi, en homme politique avisé ou en bon père de famille, le chef de l’Etat doit également savoir encaisser des coups sans toujours en donner pour restaurer la paix et la tranquillité sociale. Dans un pays qui aspire à la réconciliation et à la paix, il faut se départir des positions figées. Au risque d’une longue guerre, personne ne doit rêver à une victoire totale. Dans la nouvelle Côte d’Ivoire dont nous rêvons et qui se construira, à coup sûr, il n’y a plus de places pour les jusqu’au-boutistes. Le chronogramme défini par le Gti, fixant le démarrage de la pré-identification, de l’identification, du Ddr et la préparation des élections doit interpeller tous les Ivoiriens. Tous, nous devons nous approprier le processus de sortie de crise en étant des acteurs de paix. Seule voie pour une Côte d’Ivoire réconciliée et viable.



lundi 4 décembre 2006 par Amos BEONAHO


Communiqué final

11 ème Réunion ministérielle du Groupe de Travail International sur la Côte d’Ivoire



1- La première réunion ministérielle du Groupe de Travail International (GTI), après l’adoption de la résolution 1721 du 1er novembre 2006, s’est tenue à Abidjan le 1er décembre 2006, sous la co-présidence de S.E.M. Rodolphe Adada, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Francophone du Congo et de M. Pierre Schori, Représentant Spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la Côte d’Ivoire. Etaient présents les ministres de la France et du Ghana, ainsi que le Représentant spécial du Président en exercice de l’Union Africaine, le Commissaire de l’Union Africaine pour la Paix et la Sécurité, le Secrétaire exécutif de la CEDEAO, le Haut représentant des Elections en Côte d’Ivoire et les Représentants du Bénin, des Etats-Unis d’Amérique, de la Guinée, du Niger, du Nigeria, de la Réunion sud-africaine, du Royaume Unie, de l’Union européenne, de l’Organisation internationale de la Francophonie et de la Banque mondiale.
2- Le Groupe a entendu l’intervention du Premier ministre sur les mesures initiales qu’il a prises ou envisagé de prendre en vue d’exécuter les tâches immédiates prescrites par la Résolution 1721 du Conseil de sécurité, ainsi sur les obstacles qu’ils a rencontrés. A la demande du Premier ministre, le Groupe lui a fourni des clarifications appropriées en ce qui concerne l’autorité que lui confère la Résolution 1721 sur les Forces de défense et de sécurité et les forces armées des Forces Nouvelles. Le Groupe a rappelé l’obligation qui lui est faite de rendre immédiatement compte au Conseil de sécurité de tout obstacle ou problème que le Premier ministre pourrait rencontrer dans l’exercice de ses fonctions et d’identifier les responsables. Le GTI a, par ailleurs, précisé que le Premier ministre, à sa convenance, appréciera, en toute matière, l’opportunité de prendre toutes décisions soit en Conseil de ministres, soit en Conseil de gouvernement.
3- Le Groupe constate avec une profonde inquiétude le retard déjà pris dans l’application de la Résolution 1721 et la détérioration du climat politique en Côte d’Ivoire, liée principalement à la gestion de la grave crise des déchets toxiques. Le Groupe encourage le Premier ministre dans sa démarche de lutte contre l’impunité et la promotion de la bonne gouvernance, et à cet égard, salue les recommandations formulées par la Commission nationale d’enquête sur le déversement des déchets toxiques, et comprend le vif mécontentement suscité au sein de la population par la réinstallation des responsables suspendus par le Premier ministre.
4- Le Groupe rappelle que la Résolution 1721 s’impose pleinement à toutes les parties ivoiriennes qui ne peuvent se prévaloir d’aucune disposition juridique pour faire obstacle au processus de paix.
5- Le Groupe rappelle également le paragraphe 21 de la décision du Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine du 17 octobre 2006 qui « demande instamment à toutes les parties ivoiriennes de faire preuve de retenue, de travailler ensemble pour surmonter l’impasse actuelle et de s’abstenir de toute action unilatérale au cours de la période de transition ». A cet égard, le Groupe réprouve le limogeage des Directeurs généraux de la RTI et de Fraternité Matin ainsi la dissolution des Conseils d’administration des sociétés concernées. Le Groupe constate que ces décisions, contraires à l’accord de Pretoria, portent atteinte à la neutralité et à l’impartialité des médias de service public, garanties par les accords de paix, ainsi qu’à la liberté d’expression. Le Groupe estime donc indispensable la réintégration des responsables limogés.
6- Ayant à l’esprit l’évaluation du processus de paix prévu avant le 1er février 2007 et tout en encourageant le Premier ministre dans sa détermination à appliquer intégralement la Résolution 1721 (2006) du Conseil de sécurité, le Groupe invite à prendre ou à susciter les mesures immédiates ci-après :
i) Relance du processus de pré identification : le gouvernement et les autorités responsables doivent relancer immédiatement la délivrance des jugements supplétifs et des certificats de nationalité dans les juridictions existantes. En parallèle, le gouvernement doit mettre en place, les conditions nécessaires au processus de pré identification dans tout le territoire national, notamment l’adoption des textes réglementaires nécessaires pour rendre le processus efficace et l’affectation des juges dans les nouvelles juridictions. Ces mesures doivent être prises au plus tard le 10 décembre. Les préparatifs du projet d’identification, en particulier le choix de l’opérateur technique et une campagne de sensibilisation, doivent viser à ce que l’enrôlement de la population puisse commencer le 1er février.
ii) Identification de la population : le Groupe de Travail sur l’identification devra être mis en place au plus tard le 5 décembre 2006.
iii) Préparations des élections : Le groupe demande aux acteurs politiques qui l’ont pas encore fait, de nommer, avant le 15 décembre 2006, leur représentant au sein des CEI locales. Après le 15 décembre, la CEI doit procéder à l’ouverture de toutes les CEI locales composées des membres qui ont été nommés. Le Groupe demande à la CEI de déterminer d’urgence et de publier un calendrier électorale y compris la date du 1er tour du scrutin présidentiel.
iv) Désarmement et démobilisation des ex-combattants, démantèlement et désarmement des milices : le Groupe exige des parties qui contrôlent les milices et les combattants, leur pleine participation au processus de DDR et de DDM, conduits par le Premier ministre. Les travaux de réhabilitation des sites doivent être achevés au plus tard le 15 janvier 2007.
v) Reforme du secteur de sécurité : Le Groupe de travail sur la réforme du secteur de sécurité devra également être mise en place au plus tard le 5 décembre 2006, et les dates du séminaire national devront être annoncées à la même date.
vi) Code de conduite des médias : Conformément au paragraphe 19 de la Résolution 1721, le Premier ministre devra publier, au plus tard le 15 décembre 2006, un code de bonne conduite à l’intention des médias, et devrait prendre les mesures immédiates en vue de son application effective.
7- Dans ce contexte, le Groupe estime que les forces impartiales devront contribuer en priorité à assurer la sécurité du processus électoral, notamment dans ses phases de pré identification et d’identification, ainsi que de celle du processus DDR.
8- Le Groupe affirme sa détermination à continuer d’œuvrer avec toutes les parties ivoiriennes en vue de favoriser une sortie de crise rapide, conformément à son rôle de garant et d’arbitre impartial du processus de paix. Le Groupe recommande à la médiation de l’Union Africaine d’entamer d’urgence, les démarches nécessaires à restaurer un climat propice à la sortie de crise.
9- Le Groupe rappelle à toutes les parties ivoiriennes qu’il est déterminé à recommander au Conseil de sécurité l’application de sanctions appropriées à l’encontre de toute personne qui entraverait le démarrage effectif de la mise en œuvre de la Résolution 1721, y compris par des incitations à la haine et à la violence.
10- Rappelant les dispositions du paragraphe 31 de la Résolution 1721, relatives à la responsabilité individuelle des membres des forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire et des forces armées des Forces Nouvelles, quel que soit leur grade, dans la mise en œuvre du processus de paix, le Groupe condamne les entraves et obstructions répétées à la liberté de mouvement des forces impartiales, et plus particulièrement, l’interdiction d’accès par la garde républicaine aux périmètres de la Primature comme cela a été le cas ce jour, 1er décembre 2006 pour le personnel de l’ONUCI en charge de la sécurité du Premier ministre. Les responsables de cet incident inadmissible feront l’objet d’un rapport au Comité des sanctions du Conseil de sécurité.
11- Le Groupe tiendra sa prochaine réunion le 12 janvier 2007 en Côte d’Ivoire.


 

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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans TRIBUNE GOUVERNEMENTALE
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