Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 décembre 2006 2 05 /12 /décembre /2006 12:21

Point de presse conjoint avec le président Thabo Mbeki

2006-12-05 00:35:32  


Je voudrais d'abord remercier le président Mbeki de son accueil. Je veux le remercier très chaleureusement, lui dire ma gratitude et dire tout le respect de la France, toute l'amitié du Président de la République et toute mon amitié personnelle pour l'action qu'il a engagée au service de l'Afrique du Sud, au service du développement économique, au service du développement social, au service du dynamisme diplomatique de l'Afrique du Sud, dont vous savez tous quelle est sa contribution à la paix sur le continent et à la stabilité du monde.

Le partenariat entre la France et l'Afrique du Sud est un partenariat important. La place essentielle qu'occupe l'Afrique du Sud dans l'économie de l'Afrique sub-saharienne justifie en effet une coopération exemplaire. Cette coopération s'illustre dans de grands secteurs économiques, comme le nucléaire civil qui a été évoqué par le président Mbeki. C'est vrai également dans le domaine de l'aéronautique, dans le secteur commercial, c'est vrai aussi pour des coopérations dans le domaine éducatif et dans la santé publique. C'est dire à quel point ce partenariat est aujourd'hui un partenariat global. Nous voulons le développer encore davantage.

La force de la relation entre la France et l'Afrique du Sud, c'est aussi la force du dialogue politique entre nos deux Etats, entre le président Chirac et le président Mbeki et nos deux gouvernements. La vitalité de notre relation est marquée par l'engagement de nos deux pays au service de la paix et au service du règlement des crises. Et je remercie tout spécialement le Président Mbeki pour l'action courageuse qui a été la sienne dans nombre de crises. Je pense à la situation des Comores et à son engagement en faveur de la République Démocratique du Congo. Je pense aussi à la Côte d'Ivoire. Il ne faut pas oublier la force des propositions et la vigueur qui a été la sienne pour la conclusion des accords de Pretoria en 2005, pour l'accord aussi sur les candidatures à l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire. Pour tout cela je veux lui dire un grand merci. Merci infiniment, Thabo.

Je veux aussi insister sur l'importance pour notre pays, avec l'Afrique du Sud, de continuer à œuvrer ensemble. Nous voyons tous qu'il y a encore de grands défis sur le continent africain. Je pense au Darfour, à la crise soudanaise qui nous mobilise. C'est un défi humain d'une exceptionnelle ampleur et avec l'Afrique du Sud nous voulons continuer d'avancer. De la même façon, sur les dossiers ivoirien et centrafricain, il y a là des crises majeures qui ne peuvent être résolues que par la recherche de partenariats entre les pays les plus engagés avec l'Union Africaine et les organisations régionales, dans le cadre des Nations Unies.

C'est pourquoi je me réjouis de l'arrivée au Conseil de Sécurité de l'Afrique du Sud. C'est une force de proposition, c'est une force de paix, c'est aussi une expérience exceptionnelle. Car je mesure, en revenant ici en Afrique du Sud, le chemin qui a été parcouru en si peu d'années par ce pays. Chemin dans le sens de la justice, chemin dans le sens de la réconciliation, chemin dans le sens du développement. Et je me réjouis de voir avec quelle énergie aujourd'hui le peuple sud-africain tout entier relève ces défis. On le voit en particulier à l'œil nu dans l'évolution des villes et pour accueillir la Coupe du Monde de Football en 2010. C'est un défi exceptionnel réalisé, une fois de plus, dans des conditions de rapidité tout à fait exemplaires.

Dans ce partenariat il y a je crois quelque chose qui tient à l'histoire de nos peuples, qui tient aussi à l'idée que nous nous faisons des relations internationales. Et c'est pour cela que nos deux pays souhaitent avancer dans la voie d'une nouvelle gouvernance mondiale, qui donne davantage sa place à chacun, qui reconnaisse la place de chacun, et c'est pour cela que dans la définition de ce nouvel ordre mondial, nous attachons tant d'importance aux questions de l'environnement. Je sais l'engagement du président Mbeki pour les grandes questions d'environnement. Je sais quelle est l'impulsion qui a été donnée ici lors du Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002. Plus de justice sur le plan international, plus de développement, plus de paix, plus de prise en compte de l'avenir de la planète, c'est bien le défi que nous voulons relever ensemble.

** Allocution à Johannesbourg
Madame la Directrice,
Madame la Ministre,
Mesdames, Messieurs,

C'est un grand honneur et un grand plaisir pour moi de pouvoir m'adresser à vous aujourd'hui, ici à l'Institut sud-africain des Affaires internationales, dans cette prestigieuse université de Witwatersrand, ce lieu symbolique de votre jeunesse et du dynamisme de votre pays.

1. L'Afrique du Sud nous donne des raisons de croire en l'avenir :

Vous êtes aujourd'hui l'une des puissances régionales émergentes qui concourent au développement économique, mais aussi à la stabilité de la planète.

Cette réussite, vous vous êtes efforcés d'en faire bénéficier tous les Sud-Africains. Je veux saluer en particulier la place que vous avez su faire aux femmes : des femmes de talent comme votre Ministre des affaires étrangères, Mme Nkosazana DLAMINI-ZUMA, des femmes compétentes qui ont conquis la tête des plus grandes entreprises, je pense en particulier à Total qui est présidé ici en Afrique du Sud par une femme ; des femmes engagées dans les grands combats de société comme la lutte contre le sida.

Pour la France, l'affirmation de l'Afrique du Sud, comme celle de l'Inde, du Brésil ou de la Chine est une bonne nouvelle. Le multilatéralisme a besoin de ces pôles pour être plus efficace et plus légitime. Et pour nous, il est important qu'avec votre pays l'Afrique soit présente dans ce nouveau concert.

Votre réussite, c'est aussi d'avoir construit en quelques années une grande démocratie moderne. L'apartheid a divisé votre pays, séparé les hommes et blessé dans sa chair un peuple entier. Grâce au courage et à la persévérance d'hommes comme Nelson MANDELA, qui a été formé dans cette même université, vous avez su tourner dans la paix cette page tragique de l'histoire.

Pourtant, au lendemain des élections de 1994, tout restait à faire : la honte du racisme à effacer, un peuple à réconcilier et le pays à relever. Pour cela, vous avez emprunté le chemin le plus ardu, celui de la vérité et du pardon. Grâce au travail de la Commission « Vérité et réconciliation » présidée par l'archevêque Desmond TUTU, vous avez posé les fondements de l'avenir.

Dix ans après, il reste des obstacles à surmonter. Car l'unité d'une nation et la volonté de vivre ensemble sont des combats quotidiens, qui demandent de la détermination, du courage, de l'exigence. A l'heure où l'incompréhension entre les cultures, le risque du communautarisme et du repli sur soi se font de plus en plus forts à travers le monde, votre volonté est un exemple pour nous tous.

Avec une économie qui produit le quart des richesses du continent, l'Afrique du Sud est le symbole de la renaissance africaine. Votre dynamisme est un modèle pour tout le continent, un continent qui change et qui avance. Je sais votre engagement pour qu'il suive lui aussi la voie du développement, de la démocratie et de la paix. La France et l'Europe veulent travailler avec vous dans un partenariat privilégié qui doit être une chance pour l'Afrique toute entière.

2. Tous ensemble, nous avons rendez-vous avec l'Afrique.

Le risque aujourd'hui, c'est que ce rendez-vous soit un rendez-vous manqué.

Le risque, c'est que l'Afrique subisse les évolutions les plus brutales de la mondialisation sans en tirer les bénéfices. Si elle ne parvient pas à mieux défendre ses intérêts, elle pourrait voir sa richesse en matières premières se retourner contre elle. Chacun sait aujourd'hui le danger que représente l'exploitation illégale des ressources par des réseaux mafieux. Si elle ne parvient pas à mieux développer ses entreprises et son industrie, elle continuera à subir les variations des cours des matières premières et la politique commerciale agressive pratiquée par d'autres.

Le risque, c'est enfin celui que la mondialisation fait peser sur l'environnement. L'Afrique est aujourd'hui la région du monde qui émet le moins de pollutions, c'est elle qui subira de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique. Au-delà des graves problèmes de sécheresse, soixante-dix millions d'Africains devront à terme quitter les zones côtières du fait de la montée du niveau de la mer.

3. Cette situation, personne ne peut l'accepter.

Nous ne pouvons pas nous satisfaire de la place qui est faite aujourd'hui à l'Afrique dans la mondialisation. Nous ne pouvons pas accepter qu'elle soit le continent négligé, ou encore qu'elle devienne la « mine » du monde. Nous ne pouvons pas non plus rester les bras croisés face aux crises et à la violence qui menacent la stabilité du continent.

Car ce qui se joue aujourd'hui en Afrique, c'est notre avenir à tous. C'est une certaine idée de l'homme, nourrie d'une culture et d'un savoir millénaires. C'est l'équilibre même de la planète, c'est la sauvegarde de l'environnement, c'est le combat contre les grandes épidémies mondiales. C'est notre propre sécurité.

Nous le voyons avec la montée du fondamentalisme islamique dans certaines régions. Nous le voyons avec les groupes terroristes qui s'implantent dans la bande sahélienne et la corne de l'Afrique. Nous le voyons avec les crises qui se propagent rapidement d'un pays à l'autre, je pense en particulier au Soudan, au Tchad et à la République Centrafricaine.

4. Pour maîtriser son destin, l'Afrique doit d'abord pouvoir assurer sa stabilité et sa sécurité.

Ma conviction, c'est que seuls les Etats africains eux-mêmes pourront le faire.

Ils doivent bien entendu pouvoir compter sur l'engagement de la communauté internationale. Je sais que c'est une conviction que partage le président Mbeki, à qui je veux rendre hommage pour le rôle de médiation qu'il a joué, notamment au Burundi, aux Comores et en République démocratique du Congo, où le processus électoral vient enfin d'aboutir avec la tenue des élections présidentielles.

Mais la priorité aujourd'hui, c'est de renforcer le rôle des organisations régionales. La France soutient les efforts de l'Union Africaine dans toutes ses médiations, de la Côte d'Ivoire au Darfour. Nous pensons également que les organisations sous-régionales comme la CEDEAO, la SADC, la CEMAC et l'IGAD ont vocation à jouer un rôle de premier plan pour la stabilité du continent.

5. L'Afrique doit pouvoir lutter à armes égales dans la mondialisation.

Parce qu'elle fait face à des défis particuliers, elle doit occuper une place spécifique. Nous devons mettre en place de nouveaux outils qui nous permettront d'avancer vers une mondialisation plus juste et plus équilibrée. C'est l'intérêt général de la planète.

C'est vrai d'abord dans le domaine économique. L'Afrique doit mieux participer à la gouvernance économique du monde.

La priorité, c'est qu'elle prenne toute sa place dans le commerce international. Aujourd'hui nous le voyons bien, le libre-échange seul ne peut pas être une solution, car les chances ne sont pas égales pour tous. On ne peut pas traiter de la même manière des pays qui s'appuient sur plusieurs secteurs et d'autres qui, comme nombre de pays africains, dépendent en grande partie du cacao, du zinc ou du coton. Tout cela doit nous conduire à penser autrement l'organisation des échanges sur la base d'un principe : des règles justes, applicables, respectées par tous. L'Organisation mondiale du commerce doit aller plus loin dans la mise en place d'incitations, de sauvegardes et de protections spécifiques pour le continent africain.

L'Afrique doit également peser davantage dans les institutions financières internationales. Les distributions « d'actions gratuites » pour les pays à bas revenu décidées en septembre dernier lors des Assemblées annuelles du Fonds Monétaire International et de la Banque mondiale sont un premier pas. La France poursuivra ses efforts en ce sens.

Pour plus d'efficacité nous avons besoin d'une vision d'ensemble. J'ai proposé il y a deux semaines la création d'un conseil économique mondial. Il serait chargé de construire cette nouvelle approche et de donner des orientations claires à l'Organisation Mondiale du Commerce, au FMI, à la Banque mondiale, ainsi qu'aux institutions économiques et sociales des Nations Unies. Ce conseil, qui se tiendrait au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement, devra faire toute sa place aux aspirations et aux défis de l'Afrique.

En deuxième lieu, l'Afrique doit avoir les moyens de protéger ses richesses et son patrimoine exceptionnels. Car l'Afrique, en particulier par sa biodiversité, représente pour nous tous une source inestimable de biens publics mondiaux.

Là encore, nous avons besoin d'outils de gouvernance qui soient à la hauteur des enjeux. La création, comme l'a proposé le Président Jacques CHIRAC, d'une Organisation des Nations Unies pour l'environnement constitue aujourd'hui une priorité.

L'Afrique du Sud est, aux côtés de la France, à la pointe du combat contre le réchauffement de la planète. Nous partageons sur ce sujet une même exigence : je sais que vous avez engagé une politique de diversification et de promotion des énergies propres et renouvelables. Le gouvernement français a pris des mesures dans ce sens. J'ai par ailleurs proposé la mise en place, au niveau européen, d'une taxe CO2 sur les produits importés de pays qui ne respectent pas le Protocole de Tokyo. Conjuguons nos efforts afin de mettre en œuvre la feuille de route fixée ici même à Johannesburg en 2003.

6. Face à ces défis, la France et l'Europe ont une responsabilité particulière.

Comme d'autres pays d'Europe, la France et l'Afrique entretiennent des liens anciens, des liens profonds travaillés par l'histoire et par les épreuves traversées ensemble.

Ces épreuves, nous devons être capables de les regarder en face, avec lucidité. Rien ne doit être tu, rien ne doit être oublié des souffrances de l'esclavage. Rien ne doit être tu non plus des conséquences de la colonisation qui a laissé, je le sais, des plaies profondes.

Mais ce qui nous rapproche est plus fort que ce qui nous éloigne. Ce qui nous rapproche, ce sont les peuples, qui se connaissent et dialoguent. C'est bien parce que nous avons su, tout au long des dernières décennies, nous parler avec franchise et amitié, que nous avons pu surmonter toutes les difficultés.

Aujourd'hui, ce qui décrit le mieux la relation que la France veut construire avec le continent africain, c'est la fidélité et le respect. La France croit dans l'avenir de l'Afrique, une Afrique dont elle comprend mieux les changements et les aspirations.

Depuis plusieurs années, la France fait le choix d'être aux côtés des Africains dans les crises les plus graves. C'est pour cela qu'elle déploie aujourd'hui plus de 10 000 hommes sur le continent au service de la stabilité régionale et de la sécurité internationale.

Cet engagement se fait en accord avec la communauté internationale et les pays concernés. Il se fait de plus en plus souvent dans un cadre européen, comme cela a été le cas en République démocratique du Congo, avec l'appui apporté par l'opération Artemis pour stabiliser la province de l'Ituri et par l'EUFOR pour garantir le bon déroulement des récentes élections présidentielles. Il se double d'un engagement en faveur du renforcement des capacités africaines de maintien de la paix, notamment avec le Programme RECAMP de renforcement des capacités africaines de maintien de la paix.

Je veux le dire très clairement aujourd'hui devant vous : face aux crises, la France ne choisit pas un camp, elle choisit la paix. Elle ne défend pas des régimes, elle défend des valeurs : le respect des droits de l'homme et la protection des populations civiles, la souveraineté des Etats, l'intégrité de leurs territoires, la défense du droit et de la justice internationales.

Face à la crise ivoirienne, la France a agi en conscience. Elle a pris ses responsabilité s en déployant depuis quatre ans près de 4000 hommes. Elle l'a fait en vertu d'un mandat des Nations Unies et aux côtés de l'Union Africaine. Pour beaucoup d'Africains, elle a contribué à éviter la guerre civile.

Aujourd'hui, la situation reste fragile et le peuple ivoirien peut avoir le sentiment que rien n'avance. Il faut que la communauté internationale se mobilise sur les deux objectifs : le désarmement et la tenue d'élections libres et régulières. La résolution 1721 a fixé le cadre de ce processus et de la transition en cours. Chacun doit désormais prendre ses responsabilité s.

La France a besoin de la République sud-africaine pour faire prévaloir la raison et le droit. L'accession de l'Afrique du sud au conseil de sécurité l'an prochain nous permettra d'agir ensemble en ce sens. Il en va de notre responsabilité commune.

*

7. Au-delà des questions de sécurité, la France veut bâtir avec l'Afrique un nouveau partenariat stratégique.

Elle veut construire une relation d'égal à égal. Je sais que cette préoccupation est aussi la vôtre vis-à-vis des autres pays d'Afrique.

Tout d'abord, notre pays veut dialoguer avec toute l'Afrique, dans toute sa diversité. Avec les pays francophones bien sûr, avec lesquels nous avons tissé des liens anciens et profonds. Mais, comme en témoignera en février prochain le sommet Afrique-France, notre engagement s'adresse à tous les pays africains. C'est pour cela que nous avons, en juin dernier, élargi le champ d'action de l'Agence française de développement à l'ensemble du continent africain, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent. C'est encore pour renforcer la voix de l'ensemble du continent que la France s'engage en faveur d'un élargissement du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui devra se faire aussi au profit des pays africains.

Ce que nous voulons construire, c'est un partenariat respectueux des intérêts de chacun.

Prenons la question des migrations. D'ici 2050 la population de l'Afrique doublera, tandis que celle de l'Europe diminuera de dix pour cent. Chacun comprend le défi que cela représente, pour l'Afrique elle-même et pour l'Europe, un défi que nous relèverons en maîtrisant davantage les flux migratoires.

Nous n'y parviendrons pas par la seule contrainte. Bien sûr, il faut que les frontières fassent l'objet d'une surveillance stricte. Mais tant que des hommes et des femmes seront prêts à risquer leur vie pour venir travailler clandestinement, il n'y aura pas de solution de long terme.

La solution, c'est un véritable partenariat entre pays d'origine, pays de transit et pays d'accueil, dans lequel chacun puisse faire valoir ses intérêts. L'intérêt de la France, c'est de combattre l'immigration clandestine mais aussi de mieux intégrer les étrangers en situation régulière. L'intérêt des pays de transit c'est de mieux contrôler les routes et les trafics clandestins. L'intérêt des pays d'origine, c'est de permettre à leurs habitants de contribuer au développement économique du pays et de s'y épanouir. A terme cela suppose que nous réfléchissions ensemble à la manière de faciliter la circulation des talents et des compétences entre l'Afrique et l'Europe.

Nous devrons être particulièrement vigilants sur la question des élites, qui doivent pouvoir mettre leur expertise et leur savoir au service de leurs pays. Bien sûr, l'Europe doit rester ouverte aux étudiants venus d'Afrique. Mais nous pouvons aussi, à travers nos entreprises et notre réseau éducatif, appuyer les efforts des états africains en matière de formation.

Le partenariat que nous voulons proposer à l'Afrique, c'est aussi un partenariat qui repose sur une politique de développement efficace.

Soyons lucides : en matière d'aide au développement il est temps de changer d'échelle. Nous savons qu'il faudra doubler le montant des aides à l'Afrique d'ici à 2050. En portant l'aide au développement à 0,7% du PIB d'ici 2012, la France entend prendre toute sa part à cet effort.

Notre politique de développement sera efficace si nous nous fixons trois exigences :

Première exigence : des objectifs clairs. C'est pour cela que la France veut fixer, avec les pays destinataires, des objectifs précis dans les domaines prioritaires, la santé, l'éducation, pour une action inscrite dans la durée.

Deuxième exigence : le dialogue et la concertation avec les pays destinataires. La clé du développement est entre les mains des Africains eux-mêmes. Nous serons d'autant plus efficaces que nous serons capables d'adapter nos solutions aux situations locales, en nous inspirant de ce qui marche et en améliorant ce qui ne fonctionne pas. C'est ce que faisons ici : je pense à la réussite du programme que je visiterai tout à l'heure à Soweto, pour aider les collectivités locales à améliorer l'accès à l'eau. Je pense aussi à notre coopération pour permettre aux banques privées de financer les initiatives économiques des plus pauvres, leur accès au logement à la santé et à l'éducation.

Troisième exigence : associer davantage le secteur privé à notre politique de coopération. Nous savons que l'effort des Etats seuls ne suffira pas et qu'il nous faut, dès maintenant, mettre en place de nouvelles sources de financement. C'est ce que nous avons fait pour augmenter les moyens de la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, en lançant, sous l'impulsion du Président Jacques CHIRAC, une taxe sur les billets d'avion. Nous avons également obtenu que les fonds aillent en priorité à l'Afrique : en 2007, 165 millions d'euros du Fonds mondial devraient aller à l'Afrique subsaharienne. La France est à l'origine d'UNITAID qui permettra par exemple en Afrique du Sud, en appui au nouveau plan national, que des centaines d'enfants accèdent au traitement. *

8. Pour bâtir ce nouveau partenariat, l'Europe est le meilleur allié de l'Afrique :

Elle y est aujourd'hui le premier pourvoyeur d'aide ; c'est elle qui dispose de la plus longue expérience de coopération en Afrique ; c'est elle qui s'engage le plus pour la stabilité du continent. Mais elle doit aujourd'hui aller plus loin en s'appuyant sur le processus d'intégration régionale africain. La France jouera tout son rôle pour la faire avancer dans ce sens.

Dans le domaine de la paix et de la sécurité, qui sont le préalable au développement, l'Europe a mis en place une facilité européenne pour la paix, qui lui permet notamment d'être le premier contributeur pour le financement d'AMIS au Darfour.

Dans le domaine de l'aide au développement, l'Europe consacrera, d'ici 2015, plus de 50% des ressources nouvelles à l'Afrique. Pour que notre nouveau partenariat réussisse, nous devrons mettre le dialogue avec les pays du Sud sur le même plan que les politiques internes de l'Union. Je souhaite également que soit étudiée la création d'un mécanisme financier européen pour le co-développement. Il nous permettrait de mieux mutualiser et coordonner les capacités européennes et africaines.

Dans le domaine commercial, enfin, la France souhaite que les nouveaux accords de partenariat économique entre l'Europe et l'Afrique servent bien les intérêts des Africains en permettant certes le rapprochement avec les règles de l'OMC, mais surtout en prenant en compte les spécificités des pays concernés et en leur donnant la possibilité de s'y préparer.

Mesdames, Messieurs,

J'ai parlé des liens qui unissaient la France à l'Afrique. Mais au-delà des liens du passé ce sont les liens de l'avenir qui doivent nous guider. Car la France ne se satisfait pas du monde tel qu'il est. Elle ne se satisfait pas de la précarité et des nouvelles inégalités que la course à la compétitivité risque d'entraîner. Elle n'accepte pas la destruction de l'environnement. Elle refuse l'uniformisation et le nivellement qui gomment les identités et les repères.

Ici à Johannesburg, vous nous montrez qu'il n'y a pas de fatalité et que la volonté, le courage et l'ambition peuvent changer en quelques années le visage d'un pays. L'Afrique n'est pas un continent comme les autres. Elle est la terre d'origine de toutes les civilisations. Elle nous enseigne la fraternité, l'ouverture à l'autre, le respect des identités et de la nature. Nous avons besoin de l'Afrique, une Afrique qui retrouve la maîtrise de son destin et qui affirme sa voix sur la scène internationale.

Ensemble construisons un monde qui permette à chaque pays de s'ouvrir tout en restant lui-même, un monde où il n'y ait pas d'un côté les gagnants et de l'autre les perdants, un monde qui pense aux générations à venir, un monde d'égalité et de stabilité.

Je vous remercie.

**

Allocution devant la communauté française d'Afrique du Sud Je veux commencer au sujet de votre nouvel Ambassadeur. J'ai bien connu la lignée des ambassadeurs en Afrique du Sud et sachez que vous avez à nouveau un grand ambassadeur qui, après avoir longtemps servi au Moyen-Orient, consul général à Jérusalem puis comme ministre conseiller à Washington est quelqu'un dont je sais qu'il mettra tout son talent, tout son dynamisme et son humanité au service des relations entre nos deux pays et je me réjouis que votre communauté puisse ainsi bénéficier d'un tel atout. C'est une chance pour moi, et je le fais avec beaucoup d'émotion, de pouvoir vous rencontrer et vous parler à l'occasion de ce passage. En effet, je suis comme vous un français à l'étranger, ayant grandi à l'étranger, ayant été un enfant de l'étranger qui connaît donc les problèmes auxquels vous êtes confrontés au quotidien, mais qui connaît aussi cette chance qui est la votre de relever le défi et d'avoir fait un choix.

Vous avez fait un choix, un premier choix qui est celui de l'Afrique, un continent qui est très cher au cœur des français, un continent avec lequel nous avons une longue histoire, un continent qui a connu aussi au fil des décennies beaucoup d'épreuves et de difficultés mais qui occupe aussi une place à part pour nous. Ce continent doit relever de grands défis, économiques, sociaux, et celui de la paix. Il doit relever aujourd'hui également le défi de l'environnement et puis celui d'un développement qui doit devenir plus harmonieux, c'est à dire un développement qui bénéficie à chacun des Africains. Derrière ce choix, il y a aussi le choix d'un pays, l'Afrique du Sud, et vous avez de ce point de vue également de la chance, parce que l'Afrique du Sud, vous le savez mieux que quiconque, c'est un grand pays.

Un pays qui nous donne un exemple exceptionnel, un pays qui en quelques années a su opérer une réconciliation magistrale, une réconciliation que d'autres mettent des décennies et parfois beaucoup plus à parvenir à faire. La commission qui a été chargée de traiter des difficultés au lendemain de la levée de l'apartheid, cette commission qui a été en charge de la vérité et du pardon, a fait un travail magistral et je veux rendre hommage à celui qui a été le premier président de l'Afrique du Sud, Nelson Mandela, qui fait certainement partie tout au long du XXe siècle des grandes figures qui ont éclairé l'humanité. Cette terre est bénie d'un grand Président, d'un homme qui a su ouvrir un chemin et je sais que Thabo Mbeki s'inscrit dans cette volonté, cette énergie de réconciliation et de défi relevé pour son pays et pour toute l'Afrique.

Nous avons des liens très étroits avec l'Afrique du Sud, des liens économiques et je salue parmi vous beaucoup d'industriels, de chercheurs. Je salue tous ceux qui officient dans le cadre de la coopération technique, scientifique, culturelle, je salue ceux qui viennent défendre les couleurs de notre lycée, de notre école, je salue tous ceux qui s'engagent au service d'idéaux sociaux et c'est vrai qu'il y a beaucoup à faire en matière de santé, en matière d'éducation. Je sais que beaucoup sont engagés dans le cadre de l'Agence Française de Développement ou d'autres institutions qui accompagnent nos amis sud-africains dans la voie du développement.

Ce choix s'accompagne de défis et de difficultés pour vous-mêmes et pour vos familles. Etre français de l'étranger c'est souffrir souvent de l'expatriation, souffrir parfois même d'une certaine solitude, et c'est donc éprouver le besoin, dans ce choix que vous avez fait, d'être accompagné. Je pense que tout le sens d'une communauté française et d'une présence française à l'étranger, car la France a l'un des plus vaste réseau diplomatique et consulaire à l'étranger, c'est de faire en sorte que tous ceux qui prennent le risque d'aller ailleurs, de défendre une ambition, puissent être accompagnés, secourus quand c'est nécessaire, appuyés dans leurs efforts, parce que c'est l'intérêt de notre pays mais c'est aussi une solidarité indispensable pour tous ceux qui prennent ce risque.

Ce choix et cette difficulté c'est aussi un choix partagé avec vos familles. Je sais que pour beaucoup de conjoints cette solitude est parfois plus lourde, les difficultés du quotidien plus grandes, le sentiment que vous éprouvez parfois ici d'insécurité lui aussi plus grave. Donc face à ce choix, je veux vous dire notre admiration, notre volonté de tout faire pour alléger ces difficultés et une fois de plus vous accompagner. Comme Français d'étranger, je le sais, tout ce qui touche à la France vous est particulièrement cher et je suis heureux de vous le dire en présence des représentants des Français d'étrangers présents aujourd'hui, deux sénateurs des Français d'étranger et deux députés. Je suis venu avec une délégation de parlementaires qui témoigne de la volonté de notre pays tout entier de véritablement se soucier et de tout faire en direction de ceux qui ont pris le risque de l'expatriation. Ce choix, il est d'autant plus important pour nous que l'enjeu d'une France qui ne se limite pas aux frontières de l'hexagone, qui ne se limite pas à son seul territoire, d'une France qui rayonne, est essentiel dans ce nouveau siècle. Nous le savons, tout ce qui touche à la France a pour vous une sensibilité particulière parce que l'éloignement accroît l'attente, accroît l'impatience, accroît la volonté de voir notre pays jouer tout son rôle sur la scène internationale, mais en même temps, vous le savez mieux que quiconque, nous sommes plus grands et plus forts de l'expérience qui est la vôtre. Vous êtes quelque part autant d'ambassadeurs de notre pays, vous êtes les témoins de rencontres, les témoins d'amitiés qui démultiplient cette voix de la France, qui démultiplient le témoignage d'une France capable de partager, capable de comprendre, capable de s'intéresser au sort des autres et en l'occurrence sur ce territoire sud-africain. C'est dire à quel point la responsabilité qui est la vôtre est grande, c'est dire à quel point nous comptons sur vous à la fois sur les assises de votre profession, mais en même temps dans les témoignages quotidiens, dans les témoignages d'humanité pour démultiplier notre pays.

Vous le savez, notre pays est engagé dans un très grand effort pour relever les défis du chômage, relever les défis de la cohésion sociale, relever les défis de l'innovation et de la recherche parce que c'est le visage de la France au troisième millénaire que nous nous efforçons de travailler. Tout cela ne se fait pas en un jour tout cela demande du temps. Tout cela demande beaucoup d'action, beaucoup de décisions et aussi des résultats pour confirmer et conforter notre volonté d'aller de l'avant. Dans le domaine du chômage nous avons réussi à franchir un cap en passant de 10,2 % de taux de chômage à moins de 9 %. Nous voulons aller plus loin comme je le disais tout à l'heure à un certain nombre des correspondants de presse. Pour un gouvernement, à quelques mois d'une grande échéance présidentielle à laquelle vous prendrez bien sur toute votre part et toute votre place, c'est un formidable sentiment de satisfaction et un grand honneur que de pouvoir jour après jour travailler au bénéfice de nos compatriotes, prendre des décisions dans le sens de l'intérêt général. Bien sûr, la démocratie c'est d'avoir tous les cinq ans à faire des choix, un choix collectif un choix serein. Mais la démocratie c'est aussi pour ceux qui ont la responsabilité du gouvernement de prendre des décisions au quotidien en ne se préoccupant que du seul intérêt général. Aujourd'hui c'est ce qui guide le gouvernement face aux difficultés que rencontre notre pays. J'ai annoncé il y a quelques jours un grand plan pour l'automobile comme je l'avais fait pour l'aéronautique. J'ai de la même façon annoncé de nouvelles mesures pour lutter contre le chômage et en particulier en le chômage des jeunes. C'est honorer des grands rendez-vous. Nous allons rencontrer les partenaires sociaux sur cette grande question des revenus et de l'emploi qui préoccupent tous nos compatriotes. Nous allons de même faire le point à travers une grande conférence sur la croissance et le désendettement. Donc, c'est jour après jour, prendre des décisions difficiles mais qui sont nécessaires pour que notre pays soit véritablement au rendez-vous et puisse faire dans les meilleures conditions le choix serein, le choix démocratique qu'il aura à faire dans quelques semaines. Nécessité d'avancer, nécessité de relever les défis, nécessité de continuer à travailler tous ensemble. Pour le gouvernement c'est une route claire, c'est une tache claire et je voulais vous dire tout le bonheur que j'ai au quotidien à travailler au service de notre pays, à travailler au service d'une France qui veux jouer tout son rôle.

Vous connaissez l'engagement du président de la République au service de la paix vous savez combien pour ce continent, qu'il s'agisse de la Côte d'Ivoire, du Tchad où j'étais hier, de la Centrafrique, qu'il s'agisse de l'ensemble des grandes crises, qu'il s'agisse des problèmes économiques du continent, nous voulons répondre présents. Je sais qu'à travers vous, à travers votre action, cette France est plus grande, elle est plus forte. Cette France est capable de regarder plus loin, elle est capable surtout de tracer un chemin pour nos enfants, pour nos petits-enfants. Votre présence, votre engagement ici, en Afrique du Sud c'est véritablement une chance pour ceux qui viendront après vous ouvrir de nouveaux chemins. C'est une chance pour les entreprises, c'est un chance pour les intérêts de notre pays et je souhaite, et je le dirai tout à l'heure au président Mbeki, que nous puissions ainsi renforcer notre présence dans tous les grands domaines. Je sais que nous sommes très présents dans le domaine de l'aéronautique, très présents dans le domaine du nucléaire civil, dans beaucoup de domaines industriels et commerciaux. Nous voulons être davantage présents dans le domaine culturel. Dans tous ces secteurs nous voulons apporter la preuve de la capacité de la France à être parmi les meilleurs, la capacité de la France à s'engager dans la durée. Notre présence ici en Afrique du Sud ce n'est pas la présence d'un jour. Quand nous savons que l'Afrique du Sud représente 40% du produit intérieur brut de l'Afrique sub-saharienne, c'est dire qu'il y a une action de long terme, une amitié de long terme à bâtir.

Les Sud-africains ont franchi des étapes extrêmement difficiles. Ils ont réussi dans la dignité et dans le rassemblement à les franchir en préservant cet enthousiasme et cette volonté. Dans quelques années ils vont recevoir la Coupe du monde de football. Il y a d'immenses projets, il y a des villes entières qui bougent et qui changent, il y a des quartiers qui sortent de terre. Et bien nous voulons être présents pour ces grands rendez-vous, nous voulons faire partie de ceux qui véritablement sont aux côtés de l'Afrique du Sud dans leur développement. Donc merci à vous d'être à ce rendez vous, merci de rendre la France plus grande, merci pour la présence de la France, l'humanité de la France parce que je sais que beaucoup d'entre vous sont engagés dans des actions humanitaires, dans des actions sociales. C'est vrai qu'un geste, une présence, une affection, un témoignage de solidarité, ça change le regard qu'on peut porter sur un pays. Pour tout cela, je voulais vous dire merci, pour vous, pour vos familles, pour vos enfants qui grandissent ici et qui font que notre pays est plus riche de votre présence, du risque que vous prenez et des voies que vous ouvrez pour nous pour l'avenir. Merci infiniment.

**

Allocution à la Présidence de N'Djamena Vous me permettrez tout d'abord de remercier le président DEBY, le remercier pour son accueil chaleureux, remercier l'ensemble du Gouvernement tchadien. Je veux adresser, de la part du président de la République française, J. Chirac, l'amitié, son amitié personnelle, l'amitié de la France et son soutien dans l'épreuve difficile que traverse aujourd'hui le Tchad et le peuple tchadien. Nous avons eu avec le Président DEBY, un entretien constructif, un entretien qui nous permet aujourd'hui d'avancer ensemble avec pour seul souci, l'unité, l'intégrité du Tchad, et la stabilité de la sous-région. Le Président DEBY l'a dit, aujourd'hui, nous voyons en Centrafrique, nous voyons au Tchad, c'est bien l'ensemble de la stabilité régionale qui est menacé. Et quand on regarde la situation géographique qui est celle du Tchad, avec pour voisin la Libye, le Niger, le Nigeria, le Cameroun, le Soudan, on mesure à quel point la responsabilité de ce qui se joue ici est déterminante. La France est au rendez-vous de l'unité, de la stabilité, de la paix en Afrique. Et c'est bien cette responsabilité que nous voulons exercer et je veux remercier le Président DEBY de son engagement d'abord dans le domaine humanitaire parce que c'est vrai que la crise à laquelle nous faisons face au Darfour - plus de 300.000 morts, 2,5 millions de personnes déplacées, 300.000 réfugiés du côté tchadien, tout ceci est une véritable crise humanitaire de très grande dimension, à laquelle nous devons répondre avec l'ensemble de la communauté internationale. Et pour cela, il faut créer les conditions pour permettre à la communauté internationale d'intervenir efficacement.

Je me réjouis de l'appel solennel que le Président DEBY vient de lancer à l'adresse de l'ensemble des forces politiques tchadiennes qui aujourd'hui, veulent la paix. Il est essentiel en effet que par le dialogue, par l'unité, par le rassemblement de tous, l'autorité légitime au Tchad puisse apporter les réponses qui s'imposent à l'échelle du Tchad et de la sous-région. Je me réjouis de la même façon de l'engagement du président DEBY en faveur de la stabilité régionale et c'est vrai que la communauté internationale plaide en faveur d'une présence internationale des Nations Unies et de l'Union Africaine qui permettent, particulièrement dans cette région des trois frontières - Centrafrique, Tchad, Soudan - d'exercer un effet pacificateur, stabilisateur qui permette le règlement humanitaire et qui en même temps permette d'avancer dans la voie d'une solution pour l'ensemble de la région.

Donc c'est un pas que nous franchissons, c'est un engagement qui est pris aujourd'hui et ce que je souhaite, c'est que chacun ait à cœur, au Tchad et dans la région, d'y répondre. C'est la condition à laquelle nous pourrons alléger la souffrance, aujourd'hui, de millions de personnes. Nous connaissons l'enjeu, je serai tout à l'heure en Afrique du Sud et je sais l'engagement du président MBEKI, je connais l'engagement du président de l'Union Africaine, Denis Sassou N'GUESSO, avec lequel je me suis entretenu juste avant mon départ. Je sais que l'ensemble des chefs d'Etat de la sous-région attendent des actes forts. Je sais aussi que la France a une responsabilité spécifique vis-à-vis du Tchad et vis-à-vis de l'ensemble de la région. Et c'est bien dans cet esprit, qu'à la demande du président de la République, je suis venu honorer cet engagement, vis-à-vis d'un pays ami et des autorités légitimes du Tchad.

**

Allocution à la base aérienne de N'djaména Monsieur l'ambassadeur, Mon colonel, Mesdames et messieurs,

D'abord, je veux vous dire à chacune et chacun tout le plaisir que j'ai d'être aujourd'hui parmi vous. Avec Brigitte Girardin, avec les parlementaires, nous sommes venus vous dire d'abord la grande fierté que nous avons, de votre engagement ici au service de notre pays au Tchad. Nous le savons tous, nous sommes confrontés dans cette région à une situation difficile. Situation difficile qui se traduit par une immense souffrance, un grand nombre de réfugiés humanitaires, 300 000 morts d'ores et déjà au Darfour, deux millions et demi de personnes déplacées, 300 000 réfugiés du coté tchadien, c'est un immense défi et c'est en même temps une très grande responsabilité pour la France. Je n'ai pas besoin de vous dire, à vous, combien est grand l'attachement de la France pour l'Afrique. Je n'ai pas besoin de vous dire quelles sont les valeurs que nous défendons ici, des valeurs de paix, des valeurs de dignité, des valeurs de respect, des valeurs qui sont au service d'une certaine idée que la France se fait de l'Afrique, une idée exigeante, une idée qui nous oblige. Vous êtes ici plus de 1.200, à la fois militaires et coopérants soucieux de défendre notre relation avec le Tchad, l'unité de ce pays, les autorités légitimes, mais en même temps au-delà, compte tenu des circonstances, l'ensemble de la région, et vous êtes bien placés pour savoir combien la situation est délicate dans le pourtour régional, je pense à la Centrafrique, où nous avons été engagé à Birao ; c'est bien un défi essentiel qu'il nous faut relever.

En effet, l'unité du Tchad, la stabilité de la région pèsent sur l'ensemble de la situation, il n'est que de regarder les voisins, la Libye, le Niger, le Nigeria, le Cameroun, le Soudan, c'est un élément clé de la stabilité de la région, et vous êtes ici aux avant postes d'une exigence fondamentale de stabilité. Cette exigence, la France la défend ici ; elle la défend dans toute l'Afrique, et vous êtes un certain nombre à avoir servi dans différents dispositifs africains, parmi nos forces pré-positionné es au Gabon, au Sénégal, à Djibouti, ou encore sur le territoire français à la Réunion. Ces éléments, c'est la marque de notre engagement au service de l'Afrique, 10.000 hommes, 10.000 militaires français qui sont ainsi engagés en Afrique, sur le continent africain. Et cet engagement, vous le savez, il se fait en liaison avec la communauté africaine et internationale. L'Union africaine a dénoncé, il y a quelques jours, l'agression dont était victime le Tchad, et l'ensemble de notre action se fait en liaison avec l'Union africaine et en liaison avec les Nations Unies. La France plus que d'autres a une responsabilité spécifique, une responsabilité de l'histoire, de la géographie, des liens très étroits qui existent entre la France et l'Afrique, et vous êtes ici les représentants de cette mission. C'est dire combien nous comptons sur vous, combien je sais d'expérience.. . Il m'est arrivé lors de mon service militaire de servir au moment de l'indépendance à Djibouti, donc je connais les missions qui sont les vôtres, je connais aussi les souffrances, l'éloignement, les difficultés familiales qui accompagnent, mais je connais aussi le formidable sens de mission que vous ressentez, je connais aussi les raisons qui vous ont conduit à choisir cet engagement et je sais que vous mesurez à quel point la place qui est la vôtre, la mission qui est la vôtre peuvent changer les choses.

Le président Déby vient, au terme de nos conversations, de me marquer le triple engagement qui est le sien, engagement au service des populations déplacées, pour faire en sorte que nous puissions répondre -et nous savons tous que ces populations au nord du Tchad sont difficiles d'accès, nous avons donc besoin du soutien de l'ensemble des Etats concernés - ; engagement aussi au plan politique dans un esprit d'ouverture de rassemblement et de dialogue entre tchadiens - et c'est un élément essentiel aujourd'hui de ce qui se joue au Tchad - ; engagement enfin, vis-à-vis de la communauté internationale pour qu'une présence internationale puisse être déployée en particulier dans cette zone si dangereuse, dite des 3 frontières coté centre africain, coté tchadien et coté soudanais. Nous allons multiplier les efforts déjà déployés au cours des derniers mois, Philippe Douste-Blazy était au Darfour il y a quelques jours, nous allons continuer aux Nations Unis et avec l'Union africaine à multiplier nos efforts pour avancer, mais je dois dire que votre présence, votre action ici, est un élément essentiel de garantie, d'engagement de la France et, à ce titre, je voulais vous dire toute ma gratitude et tous les remerciements de l'ensemble des Françaises et des Français.

La France et l'Afrique c'est une longue histoire qui a fait couler beaucoup d'encre. Beaucoup ont voulu parfois minorer, parfois ternir cet engagement. Je sais que ce qui vous porte c'est bien la volonté du meilleur pour nos amis africains, la volonté de défendre nos idéaux et de défendre les valeurs qui sont les nôtres et, pour tout cela, je voulais vous dire merci, car je sais les risques qui sont les vôtres, je sais les difficultés qui sont les vôtres. Pour tout cela, merci.

Partager cet article

Repost 0
Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans POLITIQUE AFRICAINE DE LA FRANCE
commenter cet article

commentaires

Texte Libre

Recherche

A VOS PLUMES