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6 décembre 2006 3 06 /12 /décembre /2006 22:46
Le combat de Gbagbo est aussi le nôtre


LU POUR VOUS !!!


Le gouvernement français, ses laquais africains et leurs porte-voix se réjouissent bruyamment de la résolution 1721 votée récemment par le conseil de sécurité des Nations unies, censée mettre fin à la crise ivoirienne. Les jours de Laurent Gbagbo à la tête de ce pays seraient désormais comptés, se réjouissent-ils. Chirac aurait donc fini par avoir la peau de Gbagbo, cet homme buté qui a le tort et le mauvais goût de ne pas prendre ses ordres au palais de l'Elysée. Et pourtant, on ne lui demande pas grand chose, mais tout juste à jouer, comme un « vulgaire » chef d’Etat d’Afrique centrale et tout autre autocrate nègre, le rôle de simple préfet veillant sur les intérêts français en Afrique. En échange de quoi, il lui serait garanti la présidence à vie. Mais cette tête de mule enfermée dans sa haine contre les Blancs s'obstine à vouloir couper le cordon ombilical avec son bienfaiteur.

Evidemment, ce n'est pas ainsi que la presse française nous présente la situation qui prévaut en Côte d'Ivoire. Comme d'habitude sur ce continent, lit-on ici et là, ce pays est en proie à une guerre atroce entre tribus rivales. Michelle Alliot-Marie le répète à l'envi dès qu'on lui tend un micro. La France, éternelle fée protectrice de l'Afrique et de ses sauvages pas encore mûrs pour la démocratie, joue son rôle humanitaire en y envoyant ses soldats. Dans la presse française donc, pas un mot sur le soutien du gouvernement français au putsch de septembre 2002, au financement et à l'armement des rebelles qui campent depuis quatre ans sur la moitié nord du pays. Ce n'est pas Paris, mais la communauté internationale qui a tout fait pour introniser Konan Banny au poste de Premier ministre. L'hypocrisie érigée en vertu, rien ne nous est épargné.

A lire tout ce qui s'écrit sur ce pays, les malheurs actuels de la Côte d'Ivoire sont dus non pas aux initiatives aventureuses de Chirac et de ses pantins locaux, mais exclusivement au manichéisme de Gbagbo, qui ne veut décidément pas entendre raison avec son ivoirité, ce concept débile dont la paternité revient pourtant à Bédié.

La tentative de putsch, la guerre civile, les humiliants et scandaleux accords de Marcoussis, le concours des potentats africains à sa botte, l'instrumentalisation des organisations internationales derrière lesquelles elle avance masquée, et la menace des sanctions ayant pitoyablement échoué contre Laurent Gbagbo, que va encore nous inventer la Françafrique pour parvenir à ses fins et nous imposer un de ses valets à la tête de la Côte d'Ivoire ? Car il serait bien naïf de croire que Chirac a définitivement baissé les bras et qu'il compte, bien malgré lui, abdiquer en quittant le pouvoir dans six mois sans un dernier coup tordu contre Gbagbo.

Ce qui se passe en Côte d'Ivoire ne saurait laisser indifférent tout Africain épris de liberté et attaché à l'indépendance du continent. N'ayons pas peur des mots. Il se joue, dans ce pays, l'avenir de toutes les néo colonies françaises en Afrique noire. Ou les patriotes ivoiriens sortent vainqueurs de ce bras de fer, et ce sera le début de notre véritable accession à l'indépendance par rapport à la France. Ou ils perdent, et c'en est fini de nos rêves de dignité. Il est tout particulièrement terrifiant que la plupart d'entre nous ne l'aient pas encore compris, intoxiqués que nous sommes par l'intense propagande du gouvernement français sur la prétendue xénophobie de Gbagbo et sur les guerres tribales qui en sont forcément les conséquences logiques.

Face à la mainmise obsessionnelle des réseaux françafricains sur nos pays, la seule attitude responsable consiste à prendre fait et cause pour Laurent Gbagbo. Son combat contre le néo colonialisme français est aussi le nôtre. Ce combat, c'est celui d'avoir le droit de choisir librement nos dirigeants, de dire non aux dictateurs kleptomanes que la France nous a toujours imposés depuis 46 ans, de décider librement à qui vendre nos matières premières, de placer notre argent où nous voulons, de voir nos pays s'ériger au rang des nations adultes au lieu d'être condamnés à vivre sous la tutelle d'une puissance étrangère qui, grâce à ses bases militaires sur notre territoire, nous tient en joue et nous interdit de bouger sur notre propre sol. Il ne s'agit pas d'aimer ou de ne pas aimer Laurent Gbagbo, mais de dire basta au parrain français pour qui nous ne sommes qu'une source de matières premières bonne à enrichir les amis de leurs présidents successifs, leurs partis politiques et leurs multinationales comme aux bons vieux temps des compagnies concessionnaires.

Dans ce contexte, l'échec de Gbagbo ne sera pas seulement celui des patriotes ivoiriens, mais également celui de tous les orphelins de Lumumba que nous sommes, et un triomphe pour les autocrates francophones tels que les Bongo, les Sassou, les Déby, les Eyadéma et autres Biya qui ont préféré se soumettre aux intérêts étrangers au lieu de répondre aux besoins de leurs concitoyens. Autant dire la perpétuation de la nuit néo coloniale française en Afrique et la fin, pour de longues années encore, de tout espoir d'émancipation pour tous nos pays et tous nos peuples.

Musi Kanda

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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans POLITIQUE
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