Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 décembre 2006 1 18 /12 /décembre /2006 21:27
  FOCUS SUR L'ACTUALITÉ

Formation du gouvernement : De 1960 à 2006 des erreurs à éviter
(L'Avenir Quotidien 18/12/2006)
( 18/12/2006)


Rien ne mobilise autant les Congolais que le partage du pouvoir. A cette occasion on invente toutes les théories. En fin de comptes, on fait de la parade et on se retrouve dans la routine des sentiers battus. Au moment où la coalition s’affaire à accorder les violons dans la formation du gouvernement, on assiste à une fleuraison de définitions de la bonne gouvernance. Pour le gros de Congolais, la bonne gouvernance commence par le changement des cadres. Ceux ayant échoué, sont appelés à laisser la place à d’autres supposés plus porteurs d’espoir. Il en a toujours été ainsi. Mais le pays n’est pas encore sorti de la mal gouvernance malgré des changements d’homme jusqu’au bradage de la fonction de ministre. Un petit survol historique est important pour savoir d’où l’on vient et où on va.

Remplacer les blancs

En 1960, lorsque le peuple congolais montre qu’il en avait marre de la colonisation, il a manifesté son raz le bol. Le 30 juin, le pays a accédé à la souveraineté nationale et internationale. Le maître mot sur toutes les lèvres était le changement. Très vite on l’a réduit au remplacement des gestionnaires blancs en général et belges en particulier. Pour la première fois, le Congo avait eu des cadres qui n’avaient jamais géré, qui étaient différents de ceux qui partaient. Ceux qui, supposait-on, devraient apporter plus de patriotisme dans leur action. On juge aujourd’hui ce changement de 1960 aux résultats. Deux mois seulement après, le pays a sombré dans la violence. Les luttes intestines et politiciennes ont fini par avoir raison de la concorde nationale. Il y a eu sécession, rébellion... Beaucoup de Congolais ont fini par croire que l’indépendance était une mauvaise chose. La démocratie multipartite a également été jugée avec la même unité de mesure. Le politique s’en est saisi pour dénoncer le multipartisme.

Liant le discours aux actes, le pays s’est retrouvé dans le monopartisme avec un Parti-Etat. Pendant plus de deux décennies, on a expérimenté les avantages et les inconvénients de ce système. A l’arrivée, on a constaté que le pays a fait plusieurs décennies en arrière. La pauvreté et la misère sont devenues le lot quotidien. Le peuple a demandé le changement.

Remplacer les mobutistes

Encore une fois, en 1990, le peuple congolais a estimé que le salut lui viendra du changement. Il fallait que ceux qui avaient géré avec Mobutu laissent la place aux nouveaux venus appelés " acquis au changement ". Toute la longue transition sera une lutte stérile pour le changement. Un changement réduit au remplacement des individus. Une nouvelle classe politique est née. Mais comme coordonnateurs de ce changement on a retrouvé des individus qui n’avaient de nouveau que leur semblant d’opposition à Mobutu. En réalité on retrouve les mêmes qui étaient très actifs dans la confusion des années 1960 e t ceux qui ont, avec Mobutu, creusé la tombe pour le Congo.

Etienne Tshisekedi, Nguz Karl-i-Bond, Ileo Songo-Amba, Kengo wa Dondo, Marcel Lihau, Boboliko Lokonga et tant d’autres se présentent comme des hommes nouveaux malgré leur sinistre passé auprès de Mobutu. Le peuple a naïvement cru en eux. Mobutu refusera de croire à leur capacité de changement. Cela parce qu’il connaissait qui avait fait quoi parmi ces prétendus acquis au changement. Onze gouvernement successifs sans jamais arriver à la solution. C’est-à-dire au changement. C’est dans cette confusion totale que Laurent Désiré Kabila et l’Afdl viendront mettre fin à la recréation.

LD Kabila apporte le changement

Mzée Laurent-Désiré Kabila apportera un vrai changement. On trouvera autour de lui des commis de l’Etat réellement nouveaux. En plus de cela, le coordonnateur de ce changement a apporté une nouvelle façon de gérer le Congo. Pas besoin de plusieurs mois pour que les choses changent dans tous les domaines. La sécurité, l ’économie et la monnaie. Particulièrement les Kinois retiennent de ce court régime le changement des mentalités dans le domaine du transport en commun.

Curieusement, dans une certaine opinion on a commencé à parler de la gestion folklorique. On parlera même de la dictature de LD Kabila, ce qu’on appellerait en d’autres circonstances autorité de l’Etat ou leadership. C’est comme si, pour être moderne il faut marcher sur les sentiers battus même si l’expérience montre que ces sentiers n’ont pas conduit au changement rêvé. C’est cela le paradoxe du jugement congolais. Pour beaucoup de politiciens de ce pays, le changement n’est pas une réalité indépendante des chapelles politiques. Ainsi on a soutenu Tshisekedi pour son discours sur le changement. Dans le fait, pas un moindre acte concret de changement ne fut-ce que dans ses relations avec les partenaires de la transition. Le caractère figé de ses rapports avec le chef de l’Etat et les autres membres de l’opposition a empêché le pays à faire des avancées. Mais, la même opinion a été embrigadée contre Mzée dont la politique apportait des changements notables, notamment en mettant fin à la dictature. On a fomenté des rébellions pour obliger le pays à revenir à la case départ.

1+4, ou le contre changement contredit

L’Accord de Lusaka a été en effet un contrat pour revenir à la case départ. Tous ceux qui n’avaient pas accepté de se faire remplacer, se sont donnés rendez-vous à Sun City. Ils ont élargi l’assiette du partage du pouvoir. Ils ont mis en place de façon consensuelle le 1+4. Tout le monde avait applaudi et fondé beaucoup d’espoirs sur cette forme de pouvoir. Quiconque - comme nous - voulait s’y opposer ou en démontrer le côté négatif, a été qualifié de réfractaire au partage du pouvoir considéré comme une valeur. On a même été appelé ennemi du peuple. C’est pour faire croire que c’est le peuple qui voulait le partage du pouvoir. Réalité, c’était une affaire de politiciens. Résultat, ceux qui ont applaudi ce système qui ne s’y sont pas retrouvés, ont inventé la formule selon laquelle 1+4=0. Pour tenir tel raisonnement, il fallait se démarquer des objectifs réels assignés à ce gouvernement de 1+4. Pour parler clairement, pour les militants et cadres de l’Udps, le 1+4 était applaudi parce qu’il donnait la possibilité à Tshisekedi de revenir dans les sillages du pouvoir. Comme il n’y a pas été, 1+4 est devenu égale à zéro. Il en est de même de tous ceux qui n’ont pas été parmi les heureux élus du 1+4. Comme quoi, le changement pour beaucoup de Congolais est lié à des individus, à leurs intérêts. Pour Joseph Kabila et ses militants, 1+4= à la paix, la réunification du pays, l’organisation des élections libres démocratiques et transparentes. Pour d’autres membres de 1+4, dont Azarias Ruiberwa et JP Bemba, tout en étant dans le système, ils en sont devenus des pourfendeurs.

La vraie raison, c’est qu’ils avaient vu venir la fin. Il fallait rejoindre l’opposition afin d’éviter d’être jugé. Plus grave, le cas des anciens ministres comme Olenghankoy, Diomi Ndongala et Roger Lumbala. Pour eux, le 1+4 est devenu une catastrophe bien tard avec leur départ du gouvernement. Si ces trois chefs de parti étaient restés au gouvernement en dépit de ce qui leur était reproché, il y a beaucoup de chance qu’ils se soient gardés de se présenter à la magistrature suprême. Quelle leçon tirer de ce comportement ? Le politicien congolais est le plus égoïste qui puisse exister sur ce continent. Il ramène tout à la politique du ventre. Son ventre. Il y a changement lorsque c’est lui est au pouvoir. Si ce sont les autres, il a le droit non pas de critiquer leur gestion, dans le cadre du travail de l’opposition, mais de mettre en cause tout le système, voire de demander sa disparition.

On risque d’assister au même jeu avec le gouvernement en gestation. C’est ici l’occasion de faire comprendre aux Congolais qu’il y a un début et une fin pour tout. On ne changera pas de système politique à chaque gouvernement au gré des intérêts égoïstes. On doit apprendre à compter avec les élections qui, seules mettront les politiciens au pouvoir. Même dans ce cas, ce n’est pas tout monde qui a voté pour le gagnant qui seront au gouvernement. On doit apprendre à accepter la représentation. Dans notre prochaine édition on analysera le profile du ministre de la troisième république. Et la nature du changement à apporter pour éviter de retomber dans les erreurs du passé.

L’Avenir

Partager cet article

Repost 0
Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans TRIBUNE GOUVERNEMENTALE
commenter cet article

commentaires

Texte Libre

Recherche

A VOS PLUMES