Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 décembre 2006 3 20 /12 /décembre /2006 13:24
Paris commence à se lasser de son rôle de gendarme de l'Afrique
(Le Temps.ch 20/12/2006)


FRANCE. Les rebelles qui menaçaient le Tchad et la République centrafricaine ont été mis en déroute avec l'aide de l'armée française. Mais les interventions de ce genre sont de plus en plus critiquées.

Une guerre courte mais intense vient de s'achever dans les savanes désertiques du cœur de l'Afrique. Fin novembre et début décembre, de mystérieuses colonnes rebelles ont affronté les troupes gouvernementales au Tchad et en République centrafricaine. Les combats ont pris fin ce week-end dans l'est du Tchad, avec la défaite des insurgés et la fuite de certains d'entre eux en territoire soudanais.

Le bilan exact de ces batailles n'est pas connu, mais elles ont sans doute fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. Les rebelles, qui auraient perdu au moins 50 véhicules, étaient lourdement armés et bien organisés. «Ils avaient une vraie capacité à manœuvrer et à se redéployer», explique une source militaire française qui n'exclut pas une reprise des combats.

Outre sa violence, ce conflit est remarquable en raison du rôle joué par la France. En République centrafricaine, des Mirages F1 français ont attaqué les rebelles à coups de bombes et de canons de 30 mm. L'un des chefs insurgés affirme avoir perdu 52 hommes au cours de ces raids. Des avions de reconnaissance ont permis de repérer les colonnes rebelles, offrant ainsi un avantage décisif aux troupes gouvernementales.

Depuis les années 1980, jamais l'armée française n'était intervenue aussi directement dans cette région. A l'époque, il s'agissait d'empêcher la Libye du colonel Kadhafi, alliée de l'Union soviétique, de faire main basse sur le Tchad. Aujourd'hui, le nouvel ennemi pourrait être le Soudan, accusé par les gouvernements tchadien et centrafricain de soutenir les insurgés.

Paris, qui qualifie les rebelles d'«éléments infiltrés», n'est pas aussi catégorique, mais relève quelques faits troublants. «Ce qui est curieux, c'est la concomitance des actions au Tchad et en République centrafricaine, notait jeudi dernier le porte-parole du Ministère de la défense, Jean-François Bureau. Cette pression simultanée n'est peut-être pas l'effet du hasard. En tout cas, ces combats ne sont pas seulement des affaires intérieures.» Paris laisse entendre que le Soudan veut déstabiliser ses voisins pour empêcher une intervention internationale au Darfour, où ses milices ont commis des atrocités en combattant d'autres rebelles.

«Tentation du désengagement»

Quant aux insurgés tchadiens et centrafricains, un militaire français les décrit comme un mélange d'opposants allant du militaire déchu au simple brigand. Face à ces groupes armés, le but déclaré de l'intervention française est de stabiliser la région et de permettre aux gouvernements locaux «d'assumer leur souveraineté».

Mais ces arguments n'empêchent pas les doutes concernant ce type d'intervention de grandir en France même. Un récent rapport du Sénat évoque une «tentation du désengagement» et une «fatigue» de l'ancienne puissance coloniale. L'entourage de Nicolas Sarkozy, probable candidat de la droite à l'élection présidentielle, juge sévèrement l'actuelle politique africaine: «Ces interventions nous coûtent beaucoup trop cher par rapport à ce qu'elles rapportent», affirme une source qui a travaillé sur ces questions avec les conseillers du ministre de l'Intérieur.

Selon les chiffres officiels, la France stationne 9600 hommes dans des pays africains, soit les deux tiers de ses troupes à l'étranger. L'intervention en Côte d'Ivoire, où ses soldats s'interposent entre les rebelles et l'armée du président Gbagbo, aurait déjà coûté 1,2 milliard d'euros depuis 2002.

Le coût n'est pas le seul problème, estime la source précitée: «On ne défend aucun intérêt politique ou militaire et pire, on s'attire la haine des populations, comme en Côte d'Ivoire et au Rwanda.» Le seul avantage des expéditions africaines serait de permettre à l'armée de recruter grâce à des images de soleil et de sable chaud. Le Ministère de la défense juge ce reproche «absurde»: selon lui, les soldats français doivent intervenir pour empêcher le continent africain de basculer un peu plus dans le chaos.




Sylvain Besson, Paris
Mercredi 20 décembre 2006

© Copyright Le Temps.ch

Partager cet article

Repost 0
Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans POLITIQUE AFRICAINE DE LA FRANCE
commenter cet article

commentaires

Texte Libre

Recherche

A VOS PLUMES