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20 décembre 2006 3 20 /12 /décembre /2006 23:00

Les déçus du coup d’Etat -
"Quand on participe à un coup d’Etat, on a des droits:" Mahamat explique ainsi la grogne des anciens "libérateurs", qui avaient aidé François Bozizé (photo) à prendre le pouvoir en 2003 en Centrafrique et s’estiment aujourd’hui délaissés, au point parfois de rejoindre la rébellion.
 
Mahamat, 42 ans, a été démobilisé en 2005 et s’est converti à la vie civile. D’emblée, il précise: "je ne suis pas contre Bozizé. Je ne connais personne au sein de la rébellion".
 
Ce qui se passe dans le nord-est de la Centrafrique, où les rebelles de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), dirigés par d’autres "ex-libérateurs", ont tourné le dos à l’actuel chef de l’Etat, ce père de quatre enfants assure l’apprendre "par les médias".
 
Pour autant, Mahamat n’entend pas ranger sa rancoeur au placard. "Un coup d’Etat, ce n’est pas un jeu d’enfants. Quand quelqu’un y prend part, il faut après l’aider à refaire sa vie", plaide-t-il.
 
En guise d’aide, cet ancien combattant qui dit s’être battu "en première ligne" pour la prise de Bangui, le 15 mars 2003, affirme n’avoir reçu que 225.000 francs CFA (340 euros) financés par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). "On nous avait promis plus", soupire-t-il. "On se sent abandonnés, il y a beaucoup d’ingratitude".
 
D’autant qu’une mauvaise réputation colle à la peau des "ex-libérateurs". "Ils se croient tout permis, ils braquent, ils tuent, ils violent dans une impunité totale", dénonce un défenseur des droits de l’Homme.
 
"Ce sont des cas isolés", rétorque Mahamat.
 
Plusieurs centaines de "libérateurs" ont accompagné, à partir du sud du Tchad, l’ex-rebelle Bozizé dans sa marche triomphale qui lui a permis de renverser le président Ange-Félix Patassé. Une partie d’entre eux a été incorporée dans l’armée. Les autres, démobilisés, s’estiment lésés.
 
En avril 2004, la grogne a failli exploser. Un noyau dur a bloqué la sortie nord de Bangui, et une fusillade avec les militaires a fait plusieurs morts.
 
Finalement, près de 300 ex-combattants ont été ramenés en province, en échange d’un pécule de 300.000 francs CFA (450 euros), et une douzaine de meneurs de la fronde ont été mis à l’écart au Tchad. Parmi eux, les capitaines Abakar Sabone et Diego Yao, qui ont depuis pris le maquis pour créer l’UFDR.
 
En lançant leur rébellion le 30 octobre, ces "ex-libérateurs" ont dit tout le mal qu’ils pensaient du président Bozizé, leur ancien mentor. Ils ont aussi évoqué une autre revendication: avoir un Premier ministre issu de la minorité musulmane.
 
"Il y avait beaucoup de musulmans parmi nous en 2003. Tous ceux qui étaient devant, l’arme à la main", se souvient l’un d’entre eux, qui dit vouloir oublier le passé et élève des lapins à Bangui. "Mais maintenant, au gouvernement, c’est le contraire, les musulmans sont mal lotis", ajoute-t-il sous couvert de l’anonymat.
Le problème, dit-il, c’est que les Centrafricains de sa confession, souvent d’origine tchadienne, ne sont pas respectés -- une raison qui les avait poussés à rejoindre en masse la rébellion contre Patassé.
 
"Je ne demande pas d’argent, juste des papiers. Je n’ai pas de carte d’identité, alors que je suis né dans cette concession", s’indigne-t-il.
 
"On est mal vus, on nous considère comme des étrangers à cause de notre religion", renchérit Mahamat, fils d’immigrés tchadiens. Pourtant, malgré ces griefs, il ne regrette pas son parcours et salue l’intervention française pour repousser les rebelles. "Bozizé vaut encore la peine d’être sauvé", lâche-t-il avec un sourire ironique.

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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans DEMOCRATIE PARTICIPATIVE
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