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2 février 2007 5 02 /02 /février /2007 11:12

Un ancien député centrafricain interpelle le Président Jacques Chirac sur la situation en Centrafrique

Après la prise de pouvoir tant convoité, Bozizé a vite fait d'installer la terreur comme méthode de gouvernement : les arrestations massives et non moins abusives, les incarcérations sans procès et, parfois des exécutions sommaires des citoyens supposés fidèles au Président Patassé, notamment ceux appartenant à sa région et à sont ethnie, se sont banalisées. La flagellation publique des magistrats, des avocats et des centrafricains ordinaires se multipliaient.



MAÏTART Djim-Arem
07, Mail Alphonse de Lamartine Jouy Le Moutier le 23 novembre 2006
95280 Jouy-Le Moutier
France

A Son Excellence Monsieur le Président de la
République française
55, Rue du faubourg Saint Honoré
75008 Paris



Objet : Situation en Centrafrique

Monsieur le Président,

J'ai l'honneur de vous adresser cette lettre pour lancer un cri de détresse au sujet de mon pays la République centrafricaine en proie à une situation difficile, faite de souffrances et des violations inadmissibles des droits humains, ignorées de la communauté internationale dont fait partie la grande France des droits de l'homme, votre pays. Ancien député de Paoua et ancien Vice-président de l'Assemblée nationale de la Centrafrique, j'ai eu la chance et l'honneur d'être accueilli et protégé par la France dont la tradition humanitaire ne se dément jamais. Mon statut ne me permet pas de mener, à partir du sol français, certaines activités qui nuiraient aux relations de la France et mon pays. Mais il est des moments où l'homme ne peut plus se taire devant tant d'évènements graves de son pays. C'est donc au nom de ce principe que je me permets de rompre le silence afin de vous exprimer ce qui suit et, partant, lancer un cri de douleur à vous et à travers vous tout le peuple français ami.

Monsieur le Président,

Le peuple français, dont vous présidez aux destinées, entretient des relations séculaires d'amitié et de fraternité avec le peuple centrafricain. Leurs destins sont inextricablement liés et il est du devoir de leurs dirigeants mutuels de faire en sorte que la prospérité, la paix civile et le bonheur règnent dans leur pays. Ce qui n'est point le cas en Centrafrique aujourd'hui. La République centrafricaine connaît sur toute l'étendue de son territoire une situation de violence, de maladie et de misère intolérables. En effet, depuis le coup d'état de monsieur Bozizé, après sa longue rébellion extrêmement meurtrière et dévastatrice, le 15 mars 2003, le peuple centrafricain, qui croyait à tort que sa situation allait enfin s'améliorer, vit un véritable calvaire, volontairement tu par les autorités issues de coup de forces et surtout par les chancelleries en postes en Centrafrique.

La rébellion de Monsieur Bozizé qui s'était installée au nord de la Centrafrique avait, en 5 mois ravagé les préfectures de cette partie du pays. Les biens publics et privés avaient été pillés, les usines démontées pour être acheminés au Tchad comme rançon de guerre. De milliers de citoyens centrafricains ont été torturés et exécutés par les rebelles et mercenaires tchadiens à la solde de Monsieur Bozizé. Les Préfectures de l'Ouham-Péndé, de l'Ouham, de la Nana Gribizi, de la Kémo et la partie Nord-Est de l'Ombella-Mpoko avaient été ainsi mises à sac par les mercenaires tchadiens zagawa. A cette époque une certaine presse avait délibérément choisi d'ignorer ces faits d'une extrême gravité pour ne parler que d'une rébellion « à visage humain qui allait libérer les Centrafricains de le « tyrannie » du Président Patassé.

Après la prise de pouvoir tant convoité, Bozizé a vite fait d'installer la terreur comme méthode de gouvernement : les arrestations massives et non moins abusives, les incarcérations sans procès et, parfois des exécutions sommaires des citoyens supposés fidèles au Président Patassé, notamment ceux appartenant à sa région et à sont ethnie, se sont banalisées. La flagellation publique des magistrats, des avocats et des centrafricains ordinaires se multipliaient. Depuis 1946, après la suppression de la chicote dans les colonies, cette pratique dégradante moyenâgeuse était inconnue des centrafricains. Cela se passait dans la plus stricte impunité et avec la bénédiction active de Bozizé lui-même. Beaucoup d'observateurs étrangers avaient choisi de mettre des bandeaux noirs pour ne pas voir ce qui, en occident ,susciterait de vives protestations. Les autorités centrafricaines parlaient très fort des prétendus forfaits de Patassé et les crépitements des AK des exécutions étaient tellement assourdissants que les cris du peuple centrafricain étaient étouffés.

En juillet 2003, un proche de Bozizé avait déclaré à un officier que Bozizé bénéficie de votre soutien total et qu'il règlerait les comptes de tous les kaba, talé, souma (ethnies de la région natale de Patassé) une fois les élections (de 2005) passées et qu'ils devaient s'attendre à une situation pire que celle de Rwanda. On ne peut être plus clair et plus génocidaire. Ce qui fut annoncé fut fait. Le 30 janvier 2006, sous le fallacieux prétexte de lancer une « contre offensive » contre ce qu'il appelle improprement « des bandes armées non identifiées », Bozizé a lâché son escadron de la mort rondement conduite par le sinistre capitaine Ngaïkoïssé, un de ses proches parents, dans la Sous-Préfecture de Paoua. Des populations civiles (femmes, enfants et vieillards sans défense) ont été massacrées, les biens patiemment reconstitués après les razzias de Bozizé sont pillés, des villages sont pillés puis incendiés. Des jeunes filles et des femmes ont été violées. Des dizaines de milliers d'hommes et de femmes se sont réfugiés au sud du Tchad, d'autres abandonnent leurs villages pour se terrer en la brousse pour échapper à une mort programmée. Prises en étau pars l'armée tchadienne, discrètement introduite, à l'insu du Parlement centrafricain et de la presse, sur demande express de Bozizé d'une part, et la garde prétorienne de Bozizé d'autre part, ces malheureux subissent des vols, des viols et des exactions de toutes sortes sans que la communauté internationale ne lève le petit doigt pour obliger Monsieur Bozizé à arrêter les massacres. Les faits sont là pour qui veut en prendre connaissance !

Les élus de la région ont lancé un vibrant appel, puis un autre à la communauté dite internationale lui demandant de diligenter une enquête indépendante pour établir la réalité des faits afin d'en informer largement l'opinion. Les organisations défendant les droits humains, les organisations humanitaires oeuvrant en Centrafrique en ont fait de même. Moi-même, j'ai saisi de mon côté le Président de l'Assemblée nationale française et les différents groupes parlementaires à ce sujet. Un seul Groupe parlementaire a eu la politesse de me répondre. Et la guerre contre les populations de Paoua de se poursuivre aussi meurtrière qu'avant. Les villages sont toujours désertés par leurs habitants qui continuent de se cacher en brousse ; les enfants ne vont plus à l'école, les organisations humanitaires n'arrivent que difficilement dans la région pour porter assistance aux populations qui manquent de tout. Elles viennent d'être sommées par la garde prétorienne de Bozizé de suspendre leurs activités jusqu'à nouvel ordre » ! La famine et la maladie s'installent avec leur corollaire naturel : la mort.

Monsieur le Président,

Le tableau sombre de mon pays que je viens de dresser est valable pour tout le pays où un drame humain inadmissible se joue à guichet fermé, « hors des yeux » de la communauté internationale. Monsieur Bozizé a lui-même créé toutes les conditions qui sont à l'origine de la naissance des rébellions qu'il tente d'imputer à un pays voisin. Il a semé le vent et commence à récolter la tempête ! Lorsqu'il était en rébellion, les Présidents de la CEMAC avaient convaincu le Président Patassé d'organiser un Dialogue sans exclusive comme seule alternative de sortie de crise. Une commission d'organisation de ce forum avait été constituée et place sous la haute autorité de son Excellence le Monseigneur Pomodimo. Mgr Pomodimo et son équipe, composée des hautes personnalités dont Maurice Maïdou, était à pied d'œuvre quand Bozizé, qui n'entendait pas dialoguer avec le Pouvoir de Patassé, renversa le Président Patassé. Pressé par la communauté internationale, il se résolut à organiser une mascarade de « dialogue » excluant les personnalités incontournables de l'échiquier politique centrafricain. Ensuite, il organisa une parodie d'élection aux seules fins de justifier à posteriori son coup d'état. La communauté internationale, habituée à pratiquer le principe de deux poids, deux mesures et toujours plus préoccupées par la « stabilité » des régimes que le sors des peuples, accorde à Bozizé le « certificat de démocratie », ce qui lui a permis d'avoir les mains libres pour mâter les populations jugées hostiles à son régime.

Monsieur le Président,

Tout peuple opprimé finit toujours par s'insurger pour se défaire de l'oppression. Le peuple français à ce sujet a été le premier au monde à montrer l'exemple en s'affranchissant de l'oppression de la monarchie pour prendre en main son destin. Il le montrera tout au long de son histoire cette incompressible volonté de vivre libre en dehors de toute oppression. Il l'a communiquée à ses colonies. Les Centrafricains suivent naturellement cet exemple magnifique. Monsieur Bozizé est conscient de la gravité de la situation qu'il a lui-même crée et qu'il ne peut que récolter ce qu'il a semé. Il sait pertinemment que les gens qui occupent aujourd'hui les villes du nord-est de la Centrafrique ne sont ni des étrangers, ni manipulés par le Soudan. Ils l'ont si souvent clamé. Les bruits de bottes se font entendre de Moungouba à la frontière avec le Congo Brazzaville, au sud Ouest à la frontière avec le Tchad. Au centre à Kaga Bandoro ( ex Fort-Crampel) est un des foyers de tension que les soldats de Bozizé n'arrivent pas juguler. Ces théâtres d'activités militaires rebelles, sont aux antipodes des régions proches du Darfour, par conséquent il est absurde superfétatoire d'en imputer la responsabilité au Soudan. Mais Bozizé sait aussi que la communauté internationale (ONU) n'est intéressée que par la question de la stabilité de ses membres pour se donner bonne conscience, peu importe la vie des peuples. Ainsi agiter l'épouvantail de l'agression extérieure est un moyen imparable de l'impliquer, surtout que la question du Darfour est une grosse préoccupation de l'ONU, cela marche à coup sûr. Il ne s'en est pas privé en accusant le Soudan, qui soit dit en passant, a été le premier pays à lui apporter un appui militaire significatif. La majeure partie du matériel militaire et logistique dont il se sert pour combattre cette rébellion provient du don soudanais !

Monsieur le Président,

Je comprends largement le souci de voir mon pays qui est un peu le vôtre se développer dans la paix et la stabilité. Mais la stabilité n'est vraie, la paix n'est définitive que si elles sont du et pour le peuple. Mais à l'heure actuelle les efforts de la communauté internationale au sein de laquelle la France joue naturellement un rôle de première importance, permettront raffermir le pouvoir despotique d'un homme qui ne sait pas pourquoi il a pris chef de l'état. Le soutien que votre pays apporte au régime de Bangui sera un soutien clair à l'oppression et au crime que Bozizé et les siens commettent quotidiennement contre les populations de Paoua, Markounda, Batangafo, Kabo …et de la Centrafrique. La seule aide possible que votre grand pays peut apporter au peuple centrafricain sera d'œuvrer pour amener Monsieur Bozizé à organiser sous la supervision de la France ( les chefs d'états de la sous-régions étant fortement impliqués en faveur de Bozizé) un Dialogue franc et sans exclusive avec tous les Centrafricains y compris ceux qui sont actuellement contraints à l'exil afin d'apurer tous les contentieux qui les opposent. Ensuite, encourager les entrepreneurs français à investir plus qu'ils ne l'ont fait depuis l'indépendance en 1960 afin de créer des emplois et de la richesse pour le plus grand bonheur des centrafricains et des français. Les armes et l'option militaire n'ont jamais rien réglé quant au fond. Il faut extirper les racines du mal en agissant directement sur les causes et non se contenter d'en éradiquer les effets. L'épouvantail « darfourien » qu'agite Bozizé pour sauver son régime ne changera rien. Aujourd'hui une large majorité souvent ignorée et sans voix de notre peuple, désapprouve absolument votre décision de voler au secours de son bourreau et estime que la France s'est laisser prendre dans piège du dictateur de Bangui. A Birao, à Paoua, à Markounda, à Kabo comme à Moungoumba et ailleurs, il n'y a que des centrafricains qui se battent ! Et rien ne les arrêtera.

Bozizé avait pris des armes à l'époque contre un pouvoir établi par un peuple souverain en s'appuyant sur le soutien flagrant du Tchad pour parvenir au Pouvoir avec la bénédiction de la communauté internationale. En quoi son régime serait-il plus démocratique que celui du Président Patassé, étant donné que le sien est initialement issu d'un coup d'état proscrit, à cor et à cri, par la communauté internationale ? Vous avez tout pouvoir, j'en suis fort convaincu, d'arrêter les souffrances endémiques du peuple centrafricain dont j'ai ci-haut fait état. Tout le monde sait que Bozizé est le plus mauvais Président que notre pays ait eu. Monsieur le Président soyez du côté du peuple centrafricain en l'aidant à se défaire des serres de Bozizé et gardez-vous de lier votre nom au crime de Bozizé ; la France n'en a pas besoin.

Veuillez excuser, Monsieur le Président, la longueur de ma lettre nécessitée par l'importance du sujet.

Très haute considération.

Djim-Arem MAÏTART

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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans BONNE GOUVERNANCE
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