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2 février 2007 5 02 /02 /février /2007 23:43
  FOCUS SUR L'ACTUALITÉ

 

Corruption électorale : la violence tue
(La Libre 02/02/2007)
( 02/02/2007)


Heurts violents entre police et opposants au Bas-Congo.
En cause : "les élections de la corruption", qui ont écarté les candidats de l'opposition, localement majoritaires.
Comme on pouvait le craindre, la corruption lors des élections indirectes, par les députés provinciaux, des sénateurs nationaux et des gouverneurs et vice-gouverneurs de province, dénoncée par de nombreux acteurs politiques et ONG, a suscité des violences.

C'est au Bas-Congo que celles-ci ont éclaté - bien que le mécontentement soit sensible dans plusieurs provinces.

Le Bas-Congo avait eu la surprise de constater que, bien que la majorité présidentielle kabiliste soit minoritaire dans cette province, elle avait gagné les élections sénatoriales indirectes du 19 janvier dernier.

Même jeu le 27 janvier, pour l'élection des gouverneur et vice-gouverneur de la province. Celle-ci compte 29 députés provinciaux (élus au suffrage universel direct), dont 16 ralliés à la coalition d'opposition bembiste. On s'attendait donc à une victoire du "ticket" de l'opposition, soit Léonard Fuka Unzola comme gouverneur et Ne Mwanda Nsemi comme vice-gouverneur.

Secte politico-religieuse

Ce dernier est cependant une personnalité bien particulière. Elu député national comme indépendant, en juillet dernier, Ne Mwanda Nsemi est aussi le chef d'une secte politico-religieuse, Bundu dia Kongo.

Celle-ci se bat pour "l'émergence, en Afrique centrale, d'une civilisation particulièrement adaptée à la mentalité négro-africaine" et plus particulièrement pour le retour aux valeurs culturelles de l'ethnie Kongo (présente au Bas-Congo, à Kinshasa, au Congo-Brazzaville, à Cabinda et dans le nord de l'Angola); pour la préférence donnée aux ressortissants de la province dans l'attribution des postes (ce qui lui fait tenir souvent un discours xénophobe et hostile aux non-originaires); et pour le fédéralisme. Le tout est placé sous une référence à l'ancien royaume Kongo, entré en contact avec l'Europe dès le XVe siècle, ce qui octroierait à ses ressortissants un surcroît de "civilisation" par rapport aux autres Congolais.

A plusieurs reprises, ces dernières années, les membres de la secte se sont heurtés violemment à la police congolaise (généralement des non-originaires) et ces heurts ont déjà provoqué mort d'hommes. Certaines de ces violences ont été reniées par la direction de Bundu dia Kongo, d'autres non.

L'annonce de la victoire du candidat gouverneur kabiliste au Bas-Congo a accru le désarroi de l'opposition, qui s'est déjà vu fermer d'importantes voies d'expression lorsque la majorité présidentielle s'est attribué tous les postes au sein de l'assemblée nationale, contrairement aux usages démocratiques. Le représentant spécial de l'Union européenne pour la région, Aldo Ajello, a mis en garde contre une politique qui priverait l'opposition de l'espace nécessaire à son expression, "ce qui ne lui laisserait que la rue".

Pas la majorité absolue

Dimanche, l'Union pour la nation (UN, coalition bembiste) a annoncé qu'elle rejetait le résultat proclamé de l'élection au Bas-Congo. Ses avocats font valoir que, pour être remporté au premier tour, ce scrutin doit l'être à la majorité absolue, soit la moitié des voix plus une. La moitié de 29 étant 14,5, la majorité absolue est 15,5, arrondis à 16 et non à 15, argumente l'UN. Or le candidat gouverneur de la majorité présidentielle a été proclamé vainqueur avec 15 voix, contre 14 au tandem d'opposition. L'UN réclame un second tour de vote.

Ne Mwanda Nsemi, lui, a appelé, pour ce 1er février, à manifester contre "la démocratie de la corruption". Selon M. Fuka Unzola, interrogé par Reuters, les violences ont commencé mercredi soir, quand la police a fait irruption dans une auberge où avait logé Ne Mwanda Nsemi durant son séjour à Matadi. Selon le maire de la ville, les policiers voulaient perquisitionner l'endroit et ils se sont heurtés aux membres de Bundu dia Kongo, faisant plus d'une dizaine de morts.

Selon la publication de la secte, "Kongo Dieto", celle-ci dispose d'un "service d'ordre intérieur", les Mikengi, mot qui "veut dire les gardiens, les surveillants". Ceux-ci subissent des "entraînements" et des "exercices de self-défense", ajoute la revue.

Mercredi soir, les Casques bleus de l'Onu ont dû tirer en l'air pour dégager deux de leurs véhicules et leurs passagers, encerclés par 200 personnes hostiles, qui ont fini par brûler un des véhicules.

Jeudi, les violences se sont répandues dans plusieurs villes du Bas-Congo et Kinshasa a envoyé l'armée en renfort. Celle-ci n'a pas hésité à ouvrir le feu sur des manifestants à Moanda, où Bundu dia Kongo est particulièrement bien implantée. Selon le ministre de l'Intérieur, au moins sept policiers ont été tués, dont l'un décapité à Boma, autre place-forte de la secte.

Les agences de presse évoquaient jeudi soir un total d'une soixantaine de morts.



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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans BONNE GOUVERNANCE
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