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25 février 2007 7 25 /02 /février /2007 00:30
DEBAT AUTOUR DE LA PRIMATURE A OUAGA : La France prête à lâcher Banny
(Le Matin d'Abidjan 24/02/2007)
( 24/02/2007)


''Qui va sauver le soldat Banny ?'' Vraisemblablement, ce n'est pas la cellule africaine de l'Elysée qui l'a fait roi, qui volera à son secours. Tout indique que Paris se résigne à prendre acte du sort que le dialogue direct va réserver au Premier ministre. C'est en tout l'aveu que fait le directeur de cabinet de Brigitte Girardin.

Charles Konan Banny est sur des braises ardentes. A Ouaga où se tient le dialogue direct depuis le 5 février, l'unanimité semble faite sur son sort. Même si dans l'entourage du Premier ministre, la sérénité est quelque peu de mise. Ici, l'on s'accroche à la résolution 1721. C'est l'assurance tout risque de Banny, qui croit plus que jamais au soutien de l'Elysée qui l'a presque fait roi. Et si les nouvelles en provenance de la capitale burkinabé ne sont pas bonnes, Konan Banny et sa cour dorment, l'oreille tendue vers Paris. Mais la désillusion pourrait venir des bords de la Seine. Dans une interview à paraître ce lundi 26 février dans Le matin d'Abidjan, le ministère français délégué à la Coopération lève un coin de voile sur la position de la France, s'agissant de l'avenir politique du gouverneur de la BCEAO. René Roudaut, directeur de cabinet de Brigitte Girardin, et véritable cheville ouvrière du groupe de travail internationale, ne fait pas de fixation sur le maintien de Banny à la Primature. Si les pourparlers inter-ivoiriens de Ouaga décident du départ du banquier, dit-il, la communauté internationale ne s'y opposera pas. A l'en croire, le GTI, parapluie du ''Primus'', s'alignera sur les décisions issues du dialogue direct. " Si on doit changer le Premier ministre, je ne vois pas pourquoi on ne le ferait pas ", concède pince-sans-rire, le directeur de cabinet. Il va plus loin dans l'entretien qu'il a accordé au notre correspondant -Europe qui l'a rencontré à Paris. Dans un échange à bâton rompu, l'interlocuteur de "Le matin d'Abidjan" fait un large tour d'horizon sur l'actualité politique ivoirienne. Il en ressort, entre autres, que la France officielle a lâché Banny qui semble avoir déçu les attentes de ses commanditaires. D'ailleurs, pour bien montrer que le banquier central est interchangeable, l'équipe de Brigitte Girardin est prête à changer son fusil d'épaule, et donner sa caution au chef de la rébellion, en cas d'une nouvelle recomposition du paysage politique ivoirien. " (…) En outre, Soro, vice-président, le GTI donnera son accord à cette solution ", assène le plus proche collaborateur du ministre français délégué à la Coopération. Sonnant du coup le glas de Konan Banny. Sales temps -et c'est peu dire- pour le locataire de la primature, qui ne peut trouver réconfort à Paris. Encore moins, à Ouaga où sa tête est mise à prix. Mince consolation cependant. René Roudaut continue de soutenir que " la 1721 s'impose à tous les protagonistes. " Il réitère que le dialogue direct devrait s'inscrire dans ce canevas. Mais sans doute que la détermination de la présidence de la République ivoirienne et la rébellion à sortir de l'ornière a eu raison de l'Elysée. Aussi, le ''dir-cab'' met-il de l'eau dans son vin. " La 1721 reste le cadre des discussions en Côte d'Ivoire (mais) s'il doit avoir un accord en dehors, ce n'est pas à la communauté internationale (le GTI) de dire le contraire ", nuance l'interlocuteur de "Le matin d'Abidjan", qui n'est pas à une contradiction près. En tout état de cause, le Premier ministre est sur la sellette. La France qui l'a coopté n'a plus les coudées franches, depuis l'amorce du dialogue direct. Et même si, à en croire de nombreux observateurs, l'ombre de Chirac plane à Ouaga, l'Elysée n'a pas d'emprise réelle sur les débats conduits par Blaise Compaoré. Avec ces aveux teintés de résignation d'une des têtes pensantes du GTI, bien malin qui pourra sauver ''le soldat Banny''.

Guillaume N'Guettia

Le scénario Seydou Diarra se précise

Rebelotte ! Sauf changement, la " cage " va encore changer de maître dans les jours à venir. Les signaux se font en tout cas de plus en plus persistants. Surtout en provenance de l'Elysée, jadis soutien indéfectible de Banny. Le " Primus " ne serait plus l'homme de la situation pour ramener la paix en Côte d'Ivoire. A telle enseigne que pour Paris, " si on doit changer le Premier ministre, pourquoi ne le ne le ferait-t-on pas ? ". Et pour qui suit le déroulement du problème ivoirien, le scénario n'est pas nouveau. C'est en fait un remake du récent " épisode Seydou Diarra ", du nom de l'ex Premier ministre. Sûr du " soutien indéfectible " de Paris, ce dernier entendait envers et contre tous " appliquer bêtement Marcoussis ". La suite, on la connaît. Au sortir des assises qui ont consacré l'adoption de la résolution 1633, la communauté internationale a compris la nécessité de " passer à autre chose ". Et les chuchotements qui annonçaient le limogeage de Diarra se sont confirmés. Par un désaveu public du Président Obasanjo alors président en exercice de l'UA, qui, au sortir d'une rude négociation avec son homologue ivoirien, parlant du maintien ou non de Dairra à la Primature, avait annoncé que " quand on change d'eau, on change de poisson ". Résultat des courses, Banny a été parachuté à la " cage " et Seydou Diarra renvoyé à " l'écriture de ses mémoires ". Plus d'un an après l'irruption du " prince de Morofê " dans les arcanes du marigot politique ivoirien, celui à qui Chirac avait donné l'assurance à Bucarest il y a seulement quelques mois qu'il serait " Président de la République de Côte d'Ivoire " est en train d'apprendre à ses dépens qu'en politique seuls les intérêts priment. La communauté internationale en général, la France en particulier, a fini par s'accommoder de l'échec de la résolution 1721 (celle qui donnait à Banny tous les pouvoirs de Gbagbo). Tout le monde (certains malgré eux) a donc salué le dialogue direct Gbagbo-Soro qui se tient en ce moment à Ouaga. Ce qui revient à dire que pour tout le monde, il était nécessaire qu'on change de méthode d'approche dans la résolution de la crise, pour espérer ramener la paix en Côte d'Ivoire. Et comme au temps de Seydou Diarra, des bruits annoncent déjà " qu'on va aussi changer de poisson ". L'affaire, dit-on, serait même bouclée du côté de Ouaga. Et si dans le sérail du Premier ministre l'on multiplie les missions de bons offices pour sauver le maître de la " cage ", l'on n'est pas moins conscient que Paris a déjà tourné la page. A preuve, Paris qui a toujours joué ''le répondeur automatique de Banny'' est resté étrangement muet lors du clash qui a opposé le Premier ministre au Chef de l'Etat au mois de novembre dernier.

Mireille Abié



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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans DIALOGUE NATIONAL
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