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26 février 2007 1 26 /02 /février /2007 19:26
POLITIQUE AFRICAINE DE LA FRANCE: LA CONTRE-PROPOSITION DE SEGOLENE ROYAL QUI POURRAIT RESTAURER LE CREDIT DE LA FRANCE
(Sanfinna du 26 fevrier au 04 mars 2007)
                                                             

On la disait indifférente, insensible aux dommages que subit l’Afrique du fait de la politique que Jacques Chirac y applique. Beaucoup d’Africains, qui ne comprenaient pas que la candidate Ségolène laisse son adversaire Sarkozy lui river le pion dans ce domaine où il disait que s’étendrait la rupture, en éprouvaient le sentiment d’une double trahison de la candidate en tant que native de la terre d’Afrique d’abord, et en tant que socialiste, ensuite.

Il faut croire que, mue par des motivations secrètes, par des calculs ou par des questions de stratégie, elle attendait l’occasion propice pour abattre ses cartes.
Au moment donc où Nicolas Sarkozy coupe sa « rupture » avec la potion de la tranquillité, de la continuité avec certains templiers africains de la Françafrique, Ségolène Royal formule une alternative à la politique africaine de la France qui ne manque pas de corriger l’image négative que nombre d’Africains commençaient à avoir d’elle.

Dans la réponse à la Lettre ouverte du 14 décembre 2006 de Jean-Marie Fardeau, secrétaire général du CCFD (Comité catholique contre la Faim et pour le Développement), publiée par « Témoignage chrétien » dans son édition du 14 décembre 2007, Ségolène Royal ne manque pas en effet de surprendre, de rassurer par rapport aux mutations qu’elle propose dans la relation Afrique/France.

Sa pensée est structurée, innovante, moderne. Le continent africain, dit-elle, vit sous l’effet de transformations profondes et le fait que la politique africaine de la France reste comme vitrifiée depuis des années, n’en apparaît à ses yeux que « plus cruel ».

Elle reproche à cette politique appliquée par la Droite depuis quelques années, d’être « à l'origine de désordres sans précédent sur le continent africain » ; et elle affirme catégorique : « La conception de la Présidence de la République de Jacques Chirac y est pour beaucoup ».

Reprenant des critiques déjà formulées contre cette politique, elle confirme qu’en mettant les amitiés personnelles au-dessus de tout, même au désavantage de l’intérêt général, le président de la République en est arrivé à ternir l’image de son pays « qui se trouve associé dans l'esprit des Africaines et des Africains aux régimes les plus contestables du continent ». On pourrait même soutenir, avec la montée du sentiment anti-français et des excès qu’il draine parfois, que cette politique insécurise les Français de l’extérieur. Pour Ségolène Royal, c’est définitif : la France doit battre sa coulpe, se racheter une autre conduite qui la retrempe dans ses valeurs de démocratie, de solidarité, de défense de la personne humaine et qui la réhabilite aux yeux des Africains comme aux siens propres.

Quelle est alors la potion magique que propose Ségolène Royal ? Elle s’applique à réparer les erreurs en agissant au plan de la gouvernance politique et économique.

Elle promet tout d’abord d’en finir avec les instruments et les pratiques qui ont porté préjudice au continent. Et pour ce faire, elle entend clarifier, au besoin renégocier les accords de coopération et notamment ceux de défense et de coopération miliaire, qui pour elle en tout cas, devront maintenant nécessairement être transparents et bénéficier du regard du Parlement.
Pour la candidate, « Les citoyens français ont le droit d'être informés des buts poursuivis par nos programmes de coopération et des raisons de l'engagement de nos forces armées sur le continent africain », d’où la nécessité selon elle, «qu'un débat à l'Assemblée nationale soit obligatoire en cas d'intervention armée dans un conflit sur le continent africain ».

Pour ne pas qu’on croit que ce ne sont que de simples promesses de campagne, elle affirme que si elle est élue, elle mettra en place, rien moins qu’ « une délégation parlementaire aux négociations et à la coopération internationales». Il s’agira par cet instrument, d’instaurer non seulement les conditions d’un débat sur les « grandes orientations de la politique de coopération » mais aussi d’aider à préciser et à rendre publics les rôles de tous ces acteurs qui fourmillent dans la coopération.

Mais là où elle rompt encore avec la politique menée jusqu’à présent, c’est lorsqu’elle en appelle à agir en amont non seulement en faveur de la société civile africaine mais aussi pour favoriser le dialogue politique, « la participation de l’opposition et de la société civile africaine au jeu démocratique ».

C’est un aspect nouveau que d’oser ainsi mettre en relief cette marginalisation voire cette élimination de l’opposition qui contrecarre l’émergence de la démocratie ou qui la corrode.

Voilà le changement de cap qui doit, selon Ségolène Royal, jeter les bases de la rénovation de la politique de la France vis-à-vis de l’Afrique. Il ne s’agira pas, selon le programme qu’elle propose, de permettre seulement de redonner la parole aux peuples africains, de leur permettre de gérer démocratiquement leurs pays.

Il faudra également veiller à ce que les pays africains puissent « vivre de l'exploitation durable des ressources dont ils bénéficient sur leur territoire ». Et là elle reprend, au risque de se mettre à mal avec certains réseaux et multinationales, les critiques partagées en Afrique et dans les milieux alter mondialistes. Elle passe au pilori ces entreprises qui sont souvent établies en France et qui procèdent à un pillage éhonté des richesses du continent, privant ainsi les Africains des moyens susceptibles d’assurer leur décollage économique. Le tragique dans ces vols, souligne-t-elle, c’est ce retour de manivelle qui amène les populations appauvries à émigrer vers l’Europe.

Une fois à la présidence, elle soutiendra l’initiative « Publiez ce que vous payez » afin que les industries extractives fassent connaître l’argent qu’elles versent aux Etats pour l’exploitation de leurs matières premières. C’est non seulement un droit pour les citoyens africains de savoir mais aussi pour les consommateurs français d’être situés sur ce qu’on fait de leur argent afin d’être rassuré que celui-ci ne contribue pas, d’une façon ou d’une autre, à entretenir des régimes despotiques.

Il ne suffira pas davantage de rompre seulement avec le pillage des richesses du continent ; pour la candidate Rose, il faudra aussi réorienter les priorités pour mettre effectivement l’accent sur l’éducation, la santé, l’amélioration des conditions de la femme, les interventions sur des filières concernant directement les populations, le micro-crédit qui devrait permettre en particulier à de nombreuses familles de sortir de la pauvreté.

Afin d’éviter les captations des aides, leur utilisation à des fins politiques et de soutien aux régimes corrompus, le projet de Mme Royal ambitionne par ailleurs de transférer le maximum de ces circuits financiers vers la coopération décentralisée. Enfin, elle annonce que, conformément au Projet du Parti Socialiste, une fois aux affaires, elle portera progressivement le montant de l’aide publique à 0 ;7 % du PIN.

Voilà beaucoup de choses dites, écrites, que quelques uns pourraient comparer à des promesses d’ivrogne, vite oubliées le lendemain de la beuverie, quand se dissipent les effluves de l’alcool. Mais c’est toujours ça à prendre, ce d’autant que ses propositions semblent plus audacieuses que celles de son adversaire le plus en vue, Nicolas Sarkozy. Va-t-il surenchérir, d’autant plus que la période s’y prête ou bien mettra-t-il encore plus d’eau dans sa rupture ? Nous verrons bien !


La Rédaction

 

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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans TRIBUNE GOUVERNEMENTALE
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