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3 mars 2007 6 03 /03 /mars /2007 10:22
POLITIQUE AFRICAINE DE LA FRANCE: Bouleversements, sans doute ; Révolution, certainement pas
(L'Observateur Quotidien du 02 au 04 mars 2007)


La politique étrangère de la France a été mise ces dernières années en exergue par Jacques Chirac, qui, comme le reconnaissent les Français eux-mêmes, est plus "visible" à l’extérieur qu’à l’intérieur. Rapports avec les USA, situation au Proche- Orient et, surtout, guerre en Irak ont été des occasions pour l’Hexagone, d’afficher sa position en matière de politique extérieure. L’exemple le plus emblématique de cette position française a été sans nul doute l’invasion américaine en Irak : courageusement, Chirac avait frontalement exprimé son désaccord à Georges Bush et son allié britannique Tony Blair, prouvant, par la même occasion, qu’en matière de relations internationales, il y avait une lisibilité de la politique hexagonale.

Et que dire de l’Afrique ? La politique africaine de la France est marquée du sceau du "ninisme" : ni ingérence ni indifférence, formule villeppinesque, qui signifie que la France est présente là où on lui demande d’être.

En réalité, la politique, en matière de défense, de la patrie des droits de l’Homme, sur le continent noir, est dominée ces 20 dernières années par la Françafrique, ce concept inventé par Houphouèt Boigny pour désigner les réseaux qui contrôlent les rapports Afrique/France, dont l’une des dernières figures de proue est Jacques Chirac.

Une Françafrique qui, quoique s’en défendent les autorités françaises, privilégie les relations personnelles à tout le reste. Et ce ne sont pas certains chefs d’Etat africains qui diront le contraire, eux qui sont maintenus au pouvoir ou sauvé in extremis d’une défaite électorale ou d’un putsch par la France.

En la matière, les exemples ne manquent pas : ainsi dans les années 90, au Togo, au Cameroun, au Tchad, des élections tronquées ou truquées ont abouti à des "démocraties apaisées", une expression qui a fait florès et qu’a bien commentée le journaliste camerounais, Pius Njawé, en ces termes : "L’on dit aux présidents en place : organisez le scrutin présidentiel, gagnez-le par n’importe quel moyen (y compris des trucages éhontés pour lesquels nous disposons d’experts parfaitement rodés), laissez-monter (un peu) la contestation, puis proposez le "dialogue" à l’opposition.

Conviez-là à la table du pouvoir, où vous lui laisserez des miettes. Si la pression est trop forte, vous pouvez même proposer des élections législatives ou locales concertées jusqu’à un certain point. Certes, vous risquez d’avoir un parlement ou des collectivités locales un peu turbulents.

Mais rassurez-vous : les constitutions rédigées par des experts français ont pris bien soin de laisser au président l’essentiel, sinon la quasi-totalité des pouvoirs effectifs... la mise en scène de la concertation donnera de vous l’image d’une autorité pacifiante, vous serez relégitimé comme par magie.

Tout le monde, sauf quelques aigris, oubliera les conditions de votre réélection..." (1). Du reste, Jacques Chirac lui-même affirmait en substance, en 1999, qu’il faut bien que les dictateurs gagnent les élections, sinon, ils n’en feront plus (2).

Il faut avouer que comme avocat, l’Afrique n’a pas de meilleur que le chef de l’Etat français qui a invité, lors de son dernier sommet Afrique/France de Cannes (15-16 février 2007), le futur locataire de l’Elysée, son remplaçant donc, à ne jamais exclure le continent noir de la sphère... élyséenne.

Message reçu cinq sur cinq par Nicolas Sarkozy qui, lors d’une conférence de presse le 28 février dernier, a fait un large tour d’horizon de sa vision de la politique étrangère de la France. Après avoir rendu hommage à Chirac, qui a "été, à bien des aspects, exemplaire", notamment en Bosnie, au Kosovo et surtout en Irak, le président de l’UMP a campé le décor de la politique étrangère qu’il mènerait, s’il succédait à celui-ci. Première priorité pour Sarko, les institutions européennes, qu’il promet de réhabiliter, après les "non" retentissants de la France et des Pays-Bas à la Constitution européenne.

Que ce soit les rapports France/USA, sur lesquels il a affirmé que l’axe "Paris-Washington est une nécessité pour l’équilibre du monde", ou sur le conflit Israélo-palestinien à propos duquel il a tenu ces propos : "Je mets sur le même plan le droit d’Israèl à la sécurité et le droit des Palestiniens à avoir un Etat viable", Sarkozy a eu le courage de ses professions de foi. Sur le cas iranien, Sarkozy est également limpide, quand il dit que le pays d’Amadinedjad ne doit pas posséder l’arme atomique.

Sujet attendu, la politique de défense de la France en Afrique. Et comme toujours, sur ce sujet aussi, le truculent candidat UMP à l’Elysée a eu le courage d’exprimer sans fioritures ses positions. Pour lui, la présence militaire des bérets bleu, blanc, rouge en Afrique "devra être limitée au strict minimum, lorsque l’Union africaine sera dotée d’une capacité stratégique et militaire à même de rétablir elle-même la légalité internationale sur le continent".

La prévention des conflits a été également une idée-force de cet échange de mercredi avec la presse. Pour le cas de l’Afrique, Sarkozy est pour une armée française intervenant sous mandat onusien ou africain, parce que foi de l’homme des "karsher et racaille", la construction d’une architecture de paix, de concert avec l’UA, est la mission essentielle dévolue aux bases françaises, des bases "de moins en moins comprises par la jeunesse africaine", car intervenant souvent à titre humanitaire pour préserver des populations civiles et ressortissants étrangers, dont l’exemple le plus achevé est, de nos jours, la Côte d’Ivoire.

On l’aura compris, avec Sarkozy à l’Elysée, les accords de défense avec l’Afrique pourraient connaître un toilettage, autrement dit les bases tchadienne, djiboutienne ou ivoirienne pourraient être fermées ou, à tout le moins, réduites à des petits effectifs. Normal, car on assisterait à un changement de génération au sommet de l’Etat français. Les Quadra et les Quinqua ne sauraient réagir comme des octogénaires.

Cependant, d’un point de vue géostratégique, la France a-t-elle intérêt à larguer tous les amarres en pliant partout bagage ? Sarkozy, en la matière, surfe certes sur un populisme qui l’arrange, mais, à y voir clair, ces questions de bases seront probablement réglées au cas par cas, tout en responsabilisant les Africains.

Car entre les propos d’un candidat qui ne connaît pas toutes les réalités de l’Etat (Chirac a rappelé cela à Sarko, au Conseil des ministres ayant suivi son déplacement au Bénin et au Mali (3)) et les contraintes de la fonction de président de la République, il y a souvent un abîme. Assurément, il y aura alors avec Sarko, président de la République, bouleversement peut-être, mais pas révolution.

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

Notes :

- (1) François-Xavier Vershave, Noir Silence, les Arènes 2004.
(2) Le Canard enchaîné du 28/07/1999.
(3) Catherine Nay, Un pouvoir nommé Désir, Grasset 2007.



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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans TRIBUNE GOUVERNEMENTALE
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