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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 20:57
CHEFS D’ETAT AFRICAINS : Ces enfants qui dérangent
(Le Pays 09/03/2007)

Les enfants et les proches parents, en un mot l’entourage des chefs d’Etat africains est-il un obstacle au fonctionnement harmonieux des institutions républicaines ? Se considèrent-ils comme des citoyens au même titre que tout le monde ? Ne s’estiment-ils pas au-dessus de la loi ? On a constaté, dans bien des situations, que les fils de président et les proches parents de ceux-ci ne s’étaient pas toujours conduits en bons citoyens.


Face à leurs agissements, pour le moins inacceptables, pour ne pas dire condamnables, la Justice a souvent démissionné. D’où cette impression d’impunité qui se dégage dès lors qu’un litige les oppose à quelqu’un d’autre. Ce qui ne peut être que source de soucis, à force de scandales étouffés par leurs présidents de pères.

En Afrique, la fonction de chef d’Etat est perçue, par certains, comme un patrimoine familial géré avec les siens, les membres du clan, les membres de la tribu. Cela n’est pas sans dommages pour le fonctionnement des institutions, notamment la Justice. Des enfants et de proches parents de chefs d’Etat se sont illustrés par leurs frasques, ne craignant pas les scandales et leurs effets sur leurs pères et les régimes qu’ils dirigent. Les cas les plus connus sont les inconduites de Idriss Déby Itno junior en France et d’un des fils de Mouammar Kadhafi en Italie et en France.

Quant aux rejetons de ministres qui se livrent à la débauche, fument la drogue, vivent continuellement dans le lucre et le scandale, ils ne sont pas peu nombreux. Toutefois, ni la gendarmerie, ni la police, appelées chaque fois pour constater leurs frasques, n’en font cas. Encore moins la Justice. La presse a publié de nombreux articles sur des mômes qui se promenaient avec des millions pleins les poches.

Heureusement, ce ne sont pas tous les enfants de présidents qui vivent dans la licence et la débauche. Certains d’entre eux sont ou ont été intégrés dans les systèmes mis en place par leur pater. Ils y occupent des postes névralgiques pour la survie du régime et la pérennité de la dynastie. C’est le cas du Togo avec Faure Eyadéma, du vivant de son général de père, et, actuellement, du frère aîné de Faure qui assume la fonction de ministre de la Défense dans son gouvernement. Au Gabon, Ali Bongo, fils de Omar Bongo Odimba, est également ministre de la Défense. Comme il est facile de le constater, si les filles, fils et frères cadets ou frères aînés ne sont pas des conseillers spéciaux auprès du président, ils occupent des postes stratégiques dans les régimes mis en place.

Cela signifie que les chefs d’Etat n’ont une confiance totale qu’en leurs propres fils ou frères. L’explication est double : on remarque une concentration du pouvoir, de tous les pouvoirs entre les mains d’une seule famille, d’un seul clan, de la même tribu ; en outre, c’est l’illustration d’une absence de démocratie. Un président "bien" élu n’a pas peur d’un coup d’Etat, il n’a pas une phobie de la déstabilisation, il ne souffre pas de complotite. Il n’a nullement besoin de tant de précautions qui consistent à s’entourer des membres de sa famille pour gouverner.

Il n’y aurait rien à redire si lesdits fils, filles et frères étaient compétents. Mais il arrive que pour les propulser aux postes où ils se trouvent, on a dû "accommoder" les textes. Le fait que la fille du président français Jacques Chirac soit sa conseillère en communication n’a rien de scandaleux. Les Etats-Unis d’Amérique, après Bush père, sont aujourd’hui gouvernés par Bush fils. Mais là-bas, la succession des membres d’une même famille à la tête du pays respecte les principes élémentaires de démocratie. C’est loin d’être le cas en Afrique où les populations vivent l’ère des successions préparées sous le couvert des dictatures et du pouvoir à vie.

D’autres chefs d’Etat ont orienté leurs fils et leurs proches vers le monde des affaires. Au Sénégal, Karim Wade, le fils d’Abdoulaye Wade, le champion du "Sopi", a été introduit dans le milieu des affaires. Et lorsque la presse vient à dénoncer ses méthodes peu orthodoxes, il traduit les journalistes devant les tribunaux. En Guinée équatoriale, le fils de Obiang Nguéma défraie la chronique à chacune de ses sorties publiques. Il se conduit en prédateur, détourne les ressources, le pétrole et le diamant, qu’il écoule sur le marché noir à son seul profit, c’est-à-dire au profit de sa famille.

La gestion familiale de l’Etat est la plaie de l’Afrique. Elle est à l’origine du pillage, de la gabegie et des détournements qui sont tant mis à l’index par la communauté internationale. La Justice peut-elle, dans ce cas, se permettre de fouiner dans les affaires d’une première dame, d’un fils de président ou du frère d’un chef de l’Etat ?

Il y a des noms dont l’héritage est lourd à porter. La charge historique et émotionnelle qui s’attache à ces noms est telle que ceux et celles qui en sont les descendants se doivent d’avoir un comportement public et privé exemplaire. Pour prévenir cela, et afin de leur éviter les aléas que comporte toute carrière politique, faite de hauts et de bas, des chefs d’Etat n’ont pas hésité à éloigner leur descendance des affaires politiques. On évoque, à ce sujet, le cas du père de la nation ivoirienne, Félix Houphouët Boigny. Aucun fils du défunt président n’a embrassé la carrière politique. En effet, ce n’est pas parce qu’on est président que nécessairement son fils doit l’être.

Il y a des noms dont l’héritage est lourd à porter parce que leurs descendants ne doivent pas les déshonorer et les souiller d’une manière ou d’une autre. Malheureusement, on constate que des fils et des filles, par des comportements indignes, sont cause de tracas pour leurs parents, de honte et de déshonneur pour l’ensemble de leur famille.

Le Fou

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Published by BOMONGO Lucé Raymond - dans BONNE GOUVERNANCE
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