Liste d'articles

SCOOP DU JOUR

Cliquez ici pour recommander ce blog

A VOS PLUMES

Samedi 28 juin 2008
REACTION

Françafrique: le profit est-il la seule ambition de la France en Afrique?

Alain Joyandet a remplacé Jean-Marie Bockel au poste de secrétaire d'Etat à la Coopération il y a 3 mois, après que ce dernier ait été écarté de ce poste pour avoir voulu en finir avec la « Françafrique ». Depuis, il multiplie les déclarations à l'emporte-pièce. Des déclarations qui ont le mérite de la franchise, après des décennies d'hypocrisie, mais qui révèlent la véritable nature de l'aide française au développement.



 
Françafrique: le profit est-il la seule ambition de la France en Afrique?
Indignation des ONG suite aux propos d'Alain Joyandet
Le profit est-il la seule ambition de la France en Afrique ?
Plateforme citoyenne France-Afrique, le 25 juin 2008

Les ONG de la plate-forme citoyenne France-Afrique (1) s'indignent de la multiplication des dérapages verbaux du secrétaire d'Etat à la Coopération, Alain Joyandet, qui démontrent une conception cynique et dévoyée de l'aide au développement.

Alain Joyandet a remplacé Jean-Marie Bockel au poste de secrétaire d'Etat à la Coopération il y a 3 mois, après que ce dernier ait été écarté de ce poste pour avoir voulu en finir avec la « Françafrique ». Depuis, il multiplie les déclarations à l'emporte-pièce. Des déclarations qui ont le mérite de la franchise, après des décennies d'hypocrisie, mais qui révèlent la véritable nature de l'aide française au développement. Il ressort clairement des propos d'Alain Joyandet une absence d'ambitions de la France en terme de solidarité internationale, puisque l' « aide au développement » est mise au service exclusif des intérêts économiques et politiques de la France, notamment pour faire barrage à la Chine. Le développement des plus pauvres, la défense des droits et de la démocratie passeront après.

Plus grave encore, dans le prolongement du discours décrié de Nicolas Sarkozy à Dakar, le 27 juillet 2007, Alain Joyandet renvoie l'image d'une France qui méprise profondément l'Afrique et les Africains. Les propos du secrétaire d'Etat à la Coopération, qui s'apparente de plus en plus à un ministre du Commerce extérieur délégué à l'Afrique, ôtent toute crédibilité au discours de la France en matière de développement. Ceci est particulièrement grave à la veille d'une présidence française de l'Union européenne marquée par d'importantes échéances internationales pour le développement des pays du Sud (Conférence de l'OCDE à Accra sur l'efficacité de l'aide début septembre, Conférence des Nations unies à Doha sur le financement du développement fin novembre…).

Les organisations de la plate-forme citoyenne France-Afrique ont fait de la démocratie, du respect des droits de l'Homme et de la lutte contre la corruption les fondements d'une politique de la France en Afrique responsable et transparente qu'ils appellent de leurs voeux (2). Elles s'offusquent aujourd'hui de voir ces thèmes majeurs absents des 8 propositions émises par Alain Joyandet lors de sa conférence de presse du 19 juin. Un « oubli » d'autant plus inquiétant que quelques semaines auparavant, la secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme Rama Yade avait décliné une demande d'audition de notre plateforme, en précisant que le secrétaire d'Etat à la Coopération serait l'interlocuteur des associations sur ces sujets.

L'abandon manifeste de ces principes par la diplomatie française, loin de n'être que du ressort des secrétaires d'Etat, s'inscrit dans la longue liste des renoncements du gouvernement français, et des compromissions avec les dictatures (3).

Malgré le discours rassurant tenu sur ce point par Alain Joyandet à nos associations quelques jours après sa nomination, cette succession de provocations et de dérapages présidentiels ou ministériels sont bien les signes d'une « rupture dans la rupture » avec la Françafrique. Si tant est que la volonté de rompre avec ce système ait jamais existé au sein de l'exécutif français. Les organisations des sociétés civiles françaises et africaines ne baissent pas les bras, et sont de plus en plus mobilisées sur ce thème.

Extraits des déclarations de A. Joyandet :

• « L'implantation des entreprises françaises en Afrique est l'une de mes priorités», interview à lejdd.fr, 20 mai 2008.
• « J'ai des convictions mais je veux aussi défendre notre pays et ses parts de marché », propos rapporté par lejdd.fr, 19 juin 2008.
• [Le détournement d'argent public en Afrique ?] « Ce sont vraiment des sujets qui ne me semblent pas devoir être au cœur de (...) notre expression », interview à France 24, 20 juin 2008.
• « Si nous ne sommes pas les partenaires économiques privilégiés, alors on ne pourra plus défendre nos valeurs », Interview à France 24, 20 juin 2008.
• « Il ne faut pas qu'on se fasse prendre notre place par des puissances émergentes ». « On veut aider les Africains, mais il faut que cela nous rapporte », interview à Libération, 24 juin 2008.
• « J'ai créé ma première boîte à 24 ans, sans un rond, c'était bien plus compliqué de faire cela que de s'occuper de l'Afrique ! », interview à Libération le 24 juin 2008.
• « C'est nous qui allons envoyer des cerveaux », réponse à France 24 le 20 juin 2008 suite à une question sur l'immigration choisie.

(1) La plate-forme citoyenne France-Afrique regroupe une dizaine d'ONG françaises : ATTAC, Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture (ACAT-France), Centre de Recherche et d'Information pour le Développement (CRID), Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD), Cedetim/Ipam, Mouvement de la paix, Oxfam France – Agir ici, Peuples Solidaires, Réseau Foi et Justice Afrique Europe (Antenne France), Secours Catholique / Caritas France, Survie.

(2) La plateforme a publié en février sur ce thème un Livre Blanc assorti de nombreuses propositions qui ont été défendues devant l'Elysée, les cabinets ministériels, des parlementaires et la presse française et africaine.

(3) Visites à Omar Bongo, réception de Muhamar Kadhafi, rallonges budgétaires accordées au Congo de Denis Sassou Nguesso, sauvetage militaire du régime tchadien, enterrement d'une plainte visant les biens mal acquis de certains chefs d'Etat africains, etc.

Contacts presse :
Survie - Alexandra Phaëton : 01 44 61 03 25
CCFD - Véronique de La Martinière : 01 44 82 80 64

--
Olivier Thimonier
Secrétaire général
olivier.thimonier@survie-france.org
Association Survie
210, rue St Martin
75003 Paris
Tél. : 01 44 61 03 25
Fax. : 01 44 61 03 20
www.survie-france.org

par BOMONGO Lucé Raymond publié dans : POLITIQUE AFRICAINE DE LA FRANCE
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Dimanche 22 juin 2008






Censée suppléer une Organisation de l'unité africaine à bout de souffle, l'UA peine à ressusciter l'idéal des "Etats Unis d'Afrique". Alors que s'ouvre son 10e sommet, convoqué à Addis-Abeba, zoom sur une institution encore balbutiante, reflet des intérêts contradictoires de ses membres.

  • A elle seule, la page d'accueil animée du site de l'Unionafricaine (UA) esquisse les contours d'une utopie et donne la mesure du fossé béant qui s'est creusé au fil des décennies entre le vécu et le vieil idéal unitaire. Sous l'œil de l'internaute qui s'aventure sur ce site, des fragments épars convergent en un mouvement harmonieux vers le centre de l'écran, pour dessiner la carte du continent noir. Tandis qu'apparaissent tour à tour un slogan impérieux, écho aux tubes du Jamaïcain Bob Marley - Africa must unite -, puis, en version anglaise là encore, cette fière devise : "Une Union efficace et compétente pour une nouvelle Afrique". Las! la formule résonne moins comme un constat que comme un vœu pieux, voire une incantation.

La naissance de l'UA, censée suppléer une Organisation de l'unité africaine (OUA) assoupie et sclérosée, avait pourtant ravivé l'espérance née voilà près d'un demi-siècle, dans l'euphorie des indépendances. Qu'on se souvienne du baptême en fanfare, célébré le 9 juillet 2002, au stade Absa de Durban (Afrique du Sud), sous les clameurs d'une foule chamarrée. Rien ne manqua au rituel: ni l'hymne continental, ni les danses, ni le défilé militaire. Ni, dans le cœur des témoins, la résurgence du rêve panafricaniste d'antan: les Etats-Unis d'Afrique aux frontières abolies, avec leur armée, leur banque centrale, leur monnaie unique, leur passeport et leur gouvernement.

Certes, l'UA s'est dotée depuis lors de quelques-uns des instruments du fédéralisme en marche. Un Parlement panafricain, organe consultatif, un Conseil de paix et de sécurité (CPS), un Conseil économique, social et culturel, une Cour de justice et une Cour des droits de l'homme et des peuples. Mais soyons francs: de telles avancées, souvent formelles, n'ont en rien modifié le quotidien des citoyens des 53 pays de l'Union. Il en va de même du Nepad, acronyme anglais du Nouveau Partenariat économique pour le développement de l'Afrique, ambitieux programme absorbé entre-temps par l'UA. Il a pour l'heure accouché de plus de colloques et de discours que de réalisations tangibles.

Un bureau à Washington
Le statu quo intégral? Non, bien sûr. Le Malien Alpha Oumar Konaré, alias AOK, président depuis l'été 2003 de la Commission de l'UA - l'embryon d'exécutif continental - a secoué, parfois rudement, le cocotier. Son activisme et son opiniâtreté ont accru la visibilité de l'UA sur l'échiquier mondial. De même, sur le front des conflits armés, le CPS, animé par l'Algérien Saïd Djinnit, peut se prévaloir d'un bilan nuancé. Quitte à irriter plus d'un potentat, Konaré et son équipe ont d'ailleurs contribué çà et là à l'apaisement de crises politiques ou de bras de fer électoraux. Même si l'Union traite avec une discrétion de chaisière la résurgence des rébellions touarégues au Niger et au Mali, et même si ses émissaires sont rentrés bredouilles du Kenya.

On peut encore inscrire à son crédit l'élargissement de l'horizon continental, que reflète la tenue de sommets voués à intensifier les échanges entre l'Afrique et la Chine, l'Europe, l'Amérique latine ou, dans le courant 2008, l'Inde. Déjà pourvue de représentations à Bruxelles, à Genève et à New York, quartier général des Nations unies, l'UA ouvrira cette année un bureau à Washington. Les Etats-Unis et l'Union européenne envoient pour leur part à Addis-Abeba (Ethiopie) des ambassadeurs exclusivement accrédités auprès de l'organisation panafricaine. George Bush y a ainsi mandaté, en novembre 2006, son ex-conseillère pour l'Afrique, l'universitaire afro-américaine Cindy Courville, naguère colonel au sein d'une agence de renseignement. L'UE, quant à elle, a désigné le 6 décembre 2007 Koen Vervaeke, ancien porte-parole du ministère belge des Affaires étrangères, au poste de représentant spécial auprès de l'Unionafricaine.

L'indolence proverbiale de maints fonctionnaires
Sur un registre plus prosaïque, la Commission s'emploie à rénover le patrimoine, un rien vétuste, légué par la défunte OUA. Il y eut d'abord l'inauguration, en février 2003, d'un centre de conférences colossal et marmoréen, puis, le 25 mai 2007, à la faveur de la Journée mondiale de l'Afrique, la pose de la première pierre d'un complexe ultramoderne. Chantier confié - signe des temps - à une société chinoise et dont la livraison est annoncée pour 2010. Reste à moderniser les réseaux de télécommunications, pour le moins obsolètes. Cela posé, les carences de l'intendance n'expliquent pas tout.

Les travers bureaucratiques et l'indolence proverbiale de maints fonctionnaires de l'"ancien régime" n'ont pas disparu avec le "o" d'OUA. Bureaux déserts, agents introuvables ou plus enclins à enchaîner les réussites virtuelles sur leurs écrans d'ordinateur qu'à travailler à celle de l'épopée panafricaine : le siège de l'UA prend parfois des allures de vaisseau fantôme. Quant au recrutement, il n'échappe pas, en dépit de la volonté affichée par Konaré et les siens, aux méfaits du copinage ou des tropismes régionaux. Témoin, cet e-mail accusateur et anonyme, diffusé en mars 2006 sur la messagerie interne et auprès de diverses ambassades. Dissimulé derrière le pseudonyme AU-Spider, son auteur dénonçait le clientélisme supposé du vice-président de la Commission, le Rwandais Patrick Mazimhaka, maître des embauches.

Les mânes de Nkrumah

Les partisans les plus ardents des Etats-Unis d'Afrique invoquent volontiers les mânes du Ghanéen Kwame Nkrumah, militant radical du panafricanisme. Premier ministre de l'ex-Côte-de-l'Or, indépendante dès 1957, Nkrumah convoque l'année suivante la première Conférence des Etats indépendants d'Afrique. On en dénombre alors huit : outre le pays hôte, le Liberia, terre promise des esclaves affranchis venus d'Amérique du Nord, l'Egypte, le Soudan, la Libye, l'Ethiopie, le Maroc et la Tunisie.

Devenu président en 1960 et soucieux de montrer la voie, ce pionnier scelle des unions aussi formelles qu'éphémères entre son Ghana et le Mali de Modibo Keita puis la Guinée d'Ahmed Sékou Touré, seul chef de file de l'ex-Afrique occidentale française (AOF) réfractaire à l'« association » proposée par Charles de Gaulle. Au pays, pourtant, l'aura de Kwame Nkrumah résiste mal au culte de la personnalité qu'il instaure et à ses outrances afro-marxistes. Le 24 février 1966, le chantre de l'unité continentale sera détrôné lors du putsch conduit par le général Joseph Arthur Ankrah. Et c'est à Bucarest (Roumanie), deux ans avant l'accession à la présidence de Nicolae Ceausescu, qu'il s'éteint, en 1972.

Au-delà de ces dysfonctionnements, qui n'épargnent ici-bas aucune instance supranationale, une divergence de fond, de nature idéologique, tétanise le géant panafricain. Elle porte sur la conception même de l'unification continentale et sur son rythme. Quitte à simplifier la donne, deux visions s'opposent. Celle des "volontaristes", avocats d'une intégration à marche forcée, sinon à la hussarde ; au risque de brûler les étapes, ce clan, emmené par la Libye, le Sénégal et le Nigeria, prétend ressusciter l'ambition fusionnelle du Ghanéen Kwame Nkrumah (voir l'encadré ci-contre). Et celle des "gradualistes", ou pragmatiques, adeptes d'une alliance d'Etats souverains et partisans d'un renforcement préalable des entités sous-régionales; en tête de cette cohorte, l'Afrique du Sud, l'Algérie et l'Ethiopie. Consacré aux "Etats-Unis d'Afrique", le sommet d'Accra (Ghana) aura fourni, en juillet 2007, un raccourci saisissant de cette controverse qui, à l'évidence, présente de troublantes similitudes avec l'empoignade déclenchée sous nos frimas par les modalités de la construction européenne. Un vote, très disputé, récuse un premier texte, fruit des cogitations d'un comité d'experts. 15 Etats membres avalisent la création immédiate d'un exécutif continental; 17 la réprouvent et 9 l'assortissent de conditions restrictives. Les sages remettent donc l'ouvrage sur le métier et rédigent une seconde mouture, expurgée au point de sonner creux. Moralité : un quintette ministériel - Liberia, Sénégal, Gabon, Afrique du Sud, Ouganda - invité à plancher sur la "faisabilité" du projet fédéraliste, livrera à la fin de ce mois, à Addis-Abeba, ses "recommandations".

Un rêve passe. "Je suis de cette génération qui, depuis la fac, rêve d'une Afrique unie, admet avec une pointe de nostalgie dans la voix l'Ivoirien Amara Essy, diplomate chevronné qui, de son fauteuil de secrétaire général, orchestra la transition entre l'OUA et l'UA, avant de briguer vainement le sceptre confié à Konaré. Mais on ne cache pas le soleil avec sa main. Combien de présidents étendent leur autorité à la totalité du territoire? Bien peu. Commençons par consolider nos Etats. Nous devons encore fournir un effort énorme d'intégration nationale avant de songer à un gouvernement africain digne de ce nom."

Nul doute que calculs, arrière-pensées, querelles de préséances et batailles d'ego enveniment le débat. Pas facile de céder la moindre parcelle d'une souveraineté si fraîchement conquise. Pas simple, pour les locomotives, de traiter à égalité rivaux et wagons de queue. A Accra, on a vu le Libyen Muammar Kadhafi tancer le Sud-Africain Thabo Mbeki - autre prétendant au leadership continental - avant que l'un et l'autre n'aillent bouder, chacun dans son coin. Mais on a aussi entendu leurs entourages respectifs accuser l'adversaire d'acheter au prix fort l'allégeance des pays démunis. On peut planer de sommet en sommet sans jamais voler très haut...

Les chicaneries de chefs éclipsent les ordres du jour
Le "facteur Kadhafi" pèse d'ailleurs d'un poids écrasant sur la saga de l'UA. Depuis que, dépité d'avoir été si souvent éconduit par ses frères musulmans, il a renoncé amèrement au rôle de chantre d'une "nation arabe" fantasmée, le déroutant colonel arbore un autre costume de scène : celui de mentor de l'unité africaine. C'est chez lui, à Syrte, que furent jetées, en 1999, les bases de la nouvelle Union. Depuis, ses foucades et ses harangues suscitent chez les pairs du continent un mélange de fascination, d'agacement et de crainte, corollaire de la capacité de nuisance qu'on lui prête. Un cocktail relevé, chez les bénéficiaires de ses largesses, d'une bonne mesure de gratitude, donc de loyauté. "Tant qu'il finance chez nous des hôpitaux, des écoles, des mosquées et des ponts, soupire le confident d'un président subsaharien, comment lui résister?" A Accra, Muammar l'Africain a snobé la cérémonie d'ouverture et le déjeuner des chefs d'Etat, avant de rengainer son discours. Pourquoi ce soudain mutisme? Le Ghanéen John Kufuor, maître de céans, avait eu l'outrecuidance de lui donner du "président", au lieu de le désigner sous le titre de « Guide », seul toléré par le père de la Jamahiriya, ou République des masses. C'est devenu la norme : les chicaneries de chefs éclipsent les ordres du jour officiels. Pour mémoire, on notera qu'il sera question cette fois, dans la capitale éthiopienne, de "développement industriel".

Si les pays membres élisent pour quatre ans le patron de la Commission, ils désignent aussi chaque année parmi les chefs d'Etat un "président en exercice". En vertu de la tradition, l'honneur échoit d'ordinaire à la figure de proue du pays hôte. Inconcevable lorsque l'usage invite, en janvier 2006, à conférer une telle dignité à Omar el-Béchir, alors même que son armée, épaulée par les miliciens janjawid, sème la mort et la terreur au Darfour ? Au prix d'intenses palabres, l'impétrant soudanais s'effacera au profit du Congolais Denis Sassou-Nguesso, en contrepartie de l'engagement de ses pairs de l'adouber un an plus tard, sous réserve de progrès tangible dans la province rebelle. Autant dire qu'il n'en sera rien. La couronne coiffera alors une tête bien plus présentable : celle du "gentil géant" John Kufuor...

Deux trônes pour un royaume : comment s'étonner que la chronique du couple à géométrie variable que forment le président de la Commission et le primus inter pares des chefs d'Etat soit jalonnée de bouderies et de scènes de ménage? Quand, en février 2005, AOK envoie au Togo, théâtre d'une succession dynastique calamiteuse, un médiateur - l'ex-président zambien Kenneth Kaunda - il s'attire les foudres du Nigérian Olusegun Obasanjo, alors président en exercice de l'UA. De même, plusieurs potentats du continent lui feront grief d'avoir dénoncé haut et clair le coup d'Etat de François Bozizé en République centrafricaine, le putsch fatal en Mauritanie à Maaouya Ould Taya ou la brutalité des offensives lancées au Darfour par la junte de Khartoum. Le tempérament entier de Konaré, sa liberté de ton, son aversion pour les litotes du lexique diplomatique agacent, voire exaspèrent maints vétérans des palais africains. Prompt à stigmatiser la "mascarade" électorale d'Anjouan (Comores) ou les "debbascheries" - référence aux bricolages constitutionnels dont le juriste français Charles Debbasch est un virtuose - AOK passe à leurs yeux pour un donneur de leçons démocratique, péremptoire, hautain et ombrageux.

De fait, sa stature d'ex-président du Mali et son double quinquennat (1992-2002) à la tête d'un pays longtemps sous le joug d'un autocrate marxisant lui assurent une aura dont il joue volontiers. "L'éternité du pouvoir est à Dieu, lance-t-il un jour, la démocratie est une course de relais." Nul doute qu'à l'usage ses anciens pairs lui auraient préféré un haut fonctionnaire discret et déférent. Car le discours de ce natif de Kayes recèle quelques ferments de subversion. Pour preuve, le réquisitoire prononcé à Cotonou (Bénin) en octobre 2005. Haro alors sur "les manipulations de Constitution, le dévoiement du multipartisme, les putschs à répétition, les restaurations autoritaires, l'affaiblissement et la criminalisation de l'Etat, l'occupation par des mercenaires de régions riches en ressources". Son "basisme" inquiète aussi, tant il résonne comme un désaveu de ceux qui s'agrippent à leur fauteuil. "Nous avons échoué par le haut, concède-t-il. C'est par le bas que nous pouvons inverser la tendance. En favorisant l'appropriation par les populations de l'idée panafricaine et l'émergence d'une opinion publique qui fasse pression sur les dirigeants." Un signe : c'est à l'usure qu'"Alpha" obtiendra, en janvier 2007, l'adoption d'une Charte africaine des droits de l'homme, de la démocratie, des élections et de la gouvernance, plusieurs fois différée. Tout comme il arrachera l'aval requis pour le lancement d'un passeport africain, réservé à ce stade aux intellectuels et aux hommes d'affaires. Lots de consolation concédés à un agitateur dont comités d'experts et commissions ad hoc étouffent par ailleurs les velléités réformatrices.

Un fauteuil pour six

Jean Ping - Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de la Francophonie du Gabon.

Cassam Uteem - Président de l'île Maurice - fonction honorifique, pour l'essentiel - de 1992 à 2002.

Abdulaï Osman Conteh - Ancien vice-président de la Sierra Leone.

Barnabas Sibusiso Dlamini - Ex-Premier ministre et conseiller, depuis 2003, du roi du Swaziland.

Antoinette Batumubwira - Ministre des Affaires étrangères du Burundi et ancienne journaliste de la radio nationale.

Inonge Mbikusita-Lewanika - Ambassadrice de Zambie aux Etats-Unis et candidate malheureuse à la présidentielle de 2001.

Un favori semble sortir du lot : le Gabonais Ping, alias "Mao", qui bénéficie de l'intense lobbying orchestré par le président Omar Bongo Ondimba. Selon un rapport confidentiel cité par La Lettre du continent, ce diplomate aurait le soutien de nombreux chefs d'Etat ouest-africains, dont le Béninois Thomas Boni Yayi, le Burkinabé Blaise Compaoré, le Ghanéen John Kufuor, la Libérienne Ellen Johnson-Sirleaf, mais aussi celui du Rwandais Paul Kagamé. En revanche, le Mauricien Uteem, présenté comme le poulain de l'Afrique australe, renoncerait in extremis à briguer la succession de Konaré, tout comme la Burundaise Batumubwira.

Si aucun de ces prétendants ne rafle la mise à Addis-Abeba, il faudra trancher entre deux scénarios. La prorogation, pour six mois, du mandat de Konaré. Ou l'irruption d'un septième postulant, haut fonctionnaire ou ancien chef d'Etat. Parmi les personnalités pressenties, mais qui se sont abstenues de descendre dans l'arène, les ex-présidents du Mozambique, Joaquim Chissano, du Botswana, Ketumile Masire, et de la Namibie, Sam Nujoma.

La vice-présidence, elle, n'a suscité que deux vocations. Celles de l'Egyptien Khaïr Eldin Abdel Latif et du Kényan Erastus Mwencha. Enfin, une soixantaine de candidats se disputeront les portefeuilles de commissaire, dont six des huit sortants.

Un président qui n'a aucune prise sur son équipe
Sans doute le président de la Commission a-t-il, dans ce jeu de dupes, commis une erreur tactique : annoncer trop tôt son retrait, au risque de saper une autorité contestée. Dès juillet 2006, à Banjul (Gambie), il prévient urbi et orbi qu'il ne briguera pas un second mandat. "Mon envie, confesse-t-il amèrement, s'est émoussée." Coup de tonnerre dans un ciel pas vraiment serein. Bien sûr, AOK consent un an plus tard à proroger son bail d'un semestre. Reste qu'il a de fait ouvert, voilà dix-huit mois, une phase de transition propice à l'inertie. "Notifier son départ, souligne un homme du sérail, c'est perdre toute emprise sur la machine UA. Là comme ailleurs, les fidélités et les loyautés sont aléatoires. Si l'on n'a plus rien à attendre de vous..." Peut-être Konaré, résolu à laisser à son successeur une "maison en ordre", a-t-il voulu ainsi créer un électrochoc; hâter, au prix d'un chantage aux adieux de diva, une réforme de l'appareil panafricain que ce colosse obstiné et sûr de son étoile peine tant à imposer. Si tel est le cas, la manœuvre a échoué. Entendra-t-on à Addis son ultime testament? Pas sûr. Au regard du manque d'étoffe des prétendants (voir l'encadré ci-contre), certains ténors de l'Union suggèrent d'octroyer au tonitruant Konaré un nouveau "CDD" de six mois. Si un tel compromis prévaut, le sortant aura droit à un concert de louanges. Sinon, gageons que les larmes de crocodile couleront à flots.

Car c'est avec un lâche soulagement que les "souverainistes" les plus fervents verraient s'effacer celui qui prétendait rogner leurs prérogatives au profit d'un gouvernement supranational. D'emblée, AOK a vanté les vertus d'un "exécutif plus fort et plus responsable". Plaidoyer détaillé dans la "feuille de route" soumise dès juillet 2004 aux Etats membres et un ambitieux "programme stratégique quadriennal". Peine perdue. Or, le statu quo est intenable. Aujourd'hui, le président de la Commission, composée au nom de la parité de cinq hommes et cinq femmes, n'a aucune prise sur le choix ni sur les attributions des neuf autres commissaires, superministres aux compétences inégales, souvent élus au terme de marchandages essentiellement politiques. Pis, le vice-président garde seul la haute main sur les finances, l'administration et le recrutement.

Dès 2004, AOK soulignait "un besoin urgent de fonctionnaires hautement qualifiés, compétents, intègres, avec un système de représentation équitable entre les régions et les genres et un mécanisme régulier d'évaluation des performances". En la matière, un "panel de haut niveau", installé le 1er septembre 2007 et réputé indépendant, doit remettre ses conclusions lors de la grand-messe d'Addis. Pour le reste, il y a loin de la coupe aux lèvres. Konaré exigeait 762 agents? Il en a obtenu 550 à peine. Lui suggère par ailleurs de substituer au statut actuel du patron de la Commission - un mandat de quatre ans renouvelable - un septennat unique. De quoi en finir avec la tentation de consacrer la fin de sa mission à faire campagne...

Arriérés de paiement et cupidité de moutons noirs
Outre les verrous institutionnels, l'impasse financière assombrit l'horizon de l'Unionafricaine. Là encore, AOK voyait grand. Sans doute trop grand. Il réclamait un budget de 600 millions de dollars (soit un peu plus de 400 millions d'euros). L'enveloppe a en fait été portée de 43 à 158 millions de dollars, ce qui suffit à peine à couvrir les frais de fonctionnement ; d'autant que, conformément là encore à une robuste tradition, les arriérés de contributions s'accumulent. La cupidité de quelques moutons noirs n'arrange rien : en 2006, un audit dévastateur du cabinet Ernst & Young mit en évidence l'escamotage de 7 millions de dollars, détournés par un jeu de surfacturations à la faveur d'une Conférence des intellectuels d'Afrique et de la diaspora, tenue deux ans plus tôt à Dakar. Konaré a, par exemple, proposé, sans guère d'écho il est vrai, que chacun des 53 pays de l'UA alloue 0,5 % de ses ressources à l'organe panafricain. "La pénurie de moyens, souligne l'ancien secrétaire général Amara Essy, compromet toute opération de maintien de la paix. Pour envoyer une force au Burundi, il m'avait fallu un an durant quémander au porte-à-porte en Occident. Or, il faut être en mesure d'expédier un contingent dès la signature d'un cessez-le-feu. Sous peine de reprise des hostilités. Tout se joue dans les premiers jours. C'est une affaire de rapport de forces."

Le Darfour fournit en l'espèce un éloquent cas d'école. Laboratoire grandeur nature, la province occidentale du Soudan offrait à l'UA l'occasion d'asseoir sa crédibilité, de démontrer, sur un théâtre semé de chausse-trapes, son aptitude à l'interposition. L'échec n'en est que plus cuisant. Certes, la Mission de l'Unionafricaine au Soudan (Muas, ou Amis en version anglaise) peut à bon droit invoquer d'imparables circonstances atténuantes. D'abord, un mandat en carton-pâte, de type "monitor and report". En clair, le contingent panafricain devait se borner à observer et rapporter les violations de la trêve, au demeurant partielle, conclue par Khartoum et l'aile modérée d'une rébellion de plus en plus fragmentée. L'usage de la force? Limité aux cas d'agressions directes aux dépens des détachements de l'UA ou des civils piégés dans leur proximité immédiate. Ensuite, la faiblesse des effectifs : 6 000 soldats et 1 000 policiers, déployés sur un territoire vaste comme la France. De même, les avocats de la Muas sont fondés à plaider la cause d'une troupe sous-équipée et mal financée. Pour autant, ces faiblesses, que reflète l'écrasant tribut payé par les combattants de la paix - une cinquantaine de tués, fauchés lors d'embuscades ou d'assauts sur les casernements - n'expliquent pas tout. Les QG de la force s'apparentaient parfois à des tours de Babel minées par les rivalités et les palinodies bureaucratiques. Des officiers vénaux ont amputé ça et là les soldes de leurs hommes. Et quiconque a observé de près les activités de la Mission - tel fut notre cas, à deux reprises - peut témoigner d'un défaut d'engagement manifeste. A la fin de 2004, deux journalistes au volant d'un 4 x 4 bringuebalant pouvaient ainsi parvenir dans un village en flammes situé à 40 kilomètres de Nyala (Sud-Darfour) avant des Casques blancs dotés d'une vingtaine de véhicules tout-terrain dernier cri et de trois hélicoptères. Au printemps 2007, nous avons vainement traqué une patrouille censée escorter, en lisière d'un camp de déplacés, les femmes en quête de bois de chauffage, puis imploré avec un égal insuccès un convoi de l'UA d'intervenir dans un face-à-face orageux entre des janjawid et des villageois accusés de vol de chameaux.

Qu'en sera-t-il demain? Fruit d'une longue empoignade avec Omar el-Béchir, la résolution 1769 du Conseil de sécurité prévoit le déploiement prochain, au Darfour même, d'une force hybride Unionafricaine-Nations unies de 26 000 hommes, baptisée Minuad, qui a officiellement pris le relais de la Muas le 1er janvier 2008. Et ce après la mise en place supposée imminente, mais ô combien laborieuse, dans l'est du Tchad et dans le nord-est de la République centrafricaine, du contingent euro-africain Eufor, appelé à veiller sur la sécurité des réfugiés et des civils. S'agissant de la Minuad, tout porte à croire que les Africains fourniront la quasi-totalité d'une troupe encadrée en partie et financée intégralement - à hauteur de 2 milliards de dollars annuels - par les Occidentaux. Convenons-en, ses premiers pas n'ont nullement dissipé les inquiétudes. Le général nigérian Martin Agwai, commandant de la force hybride, attend toujours les 40 hélicoptères de transport et de combat jugés indispensables. Et, dès le 7 janvier, une colonne de ravitaillement de la Minuad essuyait une attaque dans le nord-ouest du Darfour.

Une trouble indulgence pour certains putschistes
D'autres conflits mettent à rude épreuve le louable précepte selon lequel « c'est aux Africains de résoudre les crises africaines ». A commencer par le cauchemar somalien. Pour l'heure, seuls 1 600 Ougandais patrouillent à Mogadiscio sous l'étendard UA. On est loin des 8 000 hommes promis en février 2007 après l'irruption de l'armée éthiopienne, venue entraver l'avancée des milices islamiques. Et plus encore de l'effectif recommandé par les experts militaires, estimé à 20 000. Que dire, dès lors, de l'ambition affichée en 2004 par le tout nouveau Conseil de paix et de sécurité de l'UA ? Il était question de mettre sur pied à l'horizon 2010 une force de réaction rapide, composée de cinq brigades de 1 500 soldats chacune. Voire, à la même échéance, d'avoir formé et équipé, avec le concours des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France, 75 000 hommes susceptibles de prendre part à des opérations de maintien de la paix.

Sur des terrains moins meurtriers, mais dont l'impact symbolique ne saurait être mésestimé, l'UA pâtit des limites de son acte constitutif. Au risque de tomber dans le piège du "deux poids, deux mesures". La charte maison autorise l'ingérence dans les affaires intérieures d'un pays membre en cas de coup d'Etat et exclut du forum panafricain les despotes parvenus aux manettes par des procédés illégaux. Fort bien. Reste que la quarantaine du Centrafricain Bozizé, pour ne citer que lui, a tourné court. Si la Commission a fait preuve d'une fermeté digne d'éloges envers le clan Eyadéma au Togo, sommé de restaurer l'ordre constitutionnel, elle ménage étrangement le satrape zimbabwéen Robert Mugabe, archétype du putschiste permanent.

Ainsi navigue l'UA. L'union, on le sait depuis des lustres est un combat.
J.E

LRB

par BOMONGO Lucé Raymond publié dans : POLITIQUE AFRICAINE DE LA FRANCE
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 7 mai 2008

Pourquoi évoquer les causes exogènes et endogènes de la mort de Barhélémy BOGANGA pose t'il de graves soucis aux autorités Françaises et Centrafricaines ?
                                                                FONDATION«PANAFRICAN UNION»

POUR UNE AFRIQUE EN UN SEUL ETAT FEDERAL
 ET EN CINQ (5) ETATS FEDERES
Tél. : (236) 75 50 80 30 / 75 04 22 86 Bangui (RCA)

 


Bangui, 14 avril  2008


LETTRE OUVERTE


A

 LA TRES HAUTE ATTENTION
DE MONSIEUR NICOLAS SARKOZY
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE
PALAIS DE L’ELYSEE
RUE DU FAUBOURG SAINT HONORE
75 008 PARIS (France)


OBJET : la plainte en diffamation intentée contre nous par le gouvernement français qui se cache derrière le régime de Bangui qui, à son tour, se cache lui-même derrière le général Xavier Sylvestre YANGONGO ; demande pour la levée du secret défense relatif à l’affaire de l’enlèvement et de la déportation du président Barthélemy BOGANDA, de Albert FAYAMA et de Prosper KANGALA le 29 mars 1959 et pour le rapatriement de leur dépouille.


 Monsieur le Président de la République française,


Le 15 janvier 2008, suite à une correspondance de l’honorable Alphonsine BOGANDA, la première fille du président fondateur de la RCA, présidente du Comité Ad Hoc pour le triomphe de la vérité sur la déportation du président BOGANDA, correspondance adressée au ministre centrafricain de la justice pour dénoncer les pressions du gouvernement français tendant à obtenir des autorités centrafricaines notre arrestation et notre empoisonnement à la suite de la révélation de la déportation du président BOGANDA, le 29 mars 1959, nous avons donc été convoqués le 15 janvier 2008, Alphonsine BOGANDA, le Conseiller Jean-Pierre SILAKAMAKO et moi-même, et avons tous été arrêtés, illégalement, bien sûr, durant neuf (9) jours, sans avoir été présentés au parquet à l’issue du délai légal de deux jours. Officiellement, nous avions été entendus à la gendarmerie, sur procès verbal, sur notre prétendue implication dans le durcissement de la grève des travailleurs du secteur public. C’est honteux !

Cependant, et aussi paradoxalement que cela puisse paraître, le 24 janvier 2008, nous avons été enfin conduits au parquet et, au lieu de nous inculper et de nous faire juger, l’on nous avait plutôt proposé notre libération, à l’initiative du ministre de la justice, un certain Thierry MALEYOMBO, et de signer, en contrepartie, un engagement écrit en vertu duquel nous n’allons plus évoquer, publiquement, la déportation du président BOGANDA classée secret défense. Et cela, afin d’éviter des troubles à l’ordre public pouvant découler d’éventuelles révoltes antifrançaises, d’une part et, d’autre part, de laisser l’Etat et la justice régler cette affaire avec la France. Après deux heures de vaines protestations, nous avons finalement signé cet engagement, en présence de nos avocats.
 Mais, depuis lors, nous nous sommes rendu compte que le pouvoir de Bangui, suite aux pressions de la France, a plutôt mis en place une véritable stratégie de nature à étouffer cette affaire en essayant de faire croire que cette odieuse déportation n’est pas vraie. C’est ainsi que l’on a pu assister, le 29 mars dernier, à un véritable cirque, pour le moins indécent, lors duquel le régime BOZIZE a essayé de faire croire qu’un membre du cabinet présidentiel, à savoir le prétendu général Xavier Sylvestre YANGONGO, qui n’a jamais franchi le cap de l’école primaire, serait devenu un grand professeur d’histoire et un génie de la science politique capable d’éclairer la nation sur cette affaire. Et cela, notamment en mettant à sa disposition la radio et la télévision d’Etat pour une conférence de presse à laquelle nous n’avons pas droit.
Pire, la France elle-même n’a ménagé aucun effort pour empêcher la diffusion de cette révélation à la radio et à la télévision centrafricaine et surtout à Radio France Internationale, notamment en taisant notre arrestation, à la différence de celles du journaliste centrafricain Faustin BAMBOU et du nigérien Moussa KAKA qui roule pour la France.

Mais, malheureusement pour la France, le peuple n’est pas dupe, car il a vite compris que si cette déportation n’était pas vraie, la moindre des choses, c’est que nous aurions plutôt dû être invités à la radio et à la télévision nationales pour en débattre, et jamais nous n’aurions dû être arrêtés, jamais l’Etat centrafricain n’aurait dû arrêter l’honorable Alphonsine BOGANDA et la radio RFI en aurait abondamment parlé.

Mieux, jamais le Président BOZIZE n’aurait pu refuser de recevoir les veuves FAYAMA et KANGALA ainsi que Alphonsine BOGANDA qui lui avaient demandé, collectivement et officiellement, d’être reçues en présence du professeur GOUMBA, de monsieur ADAMA-TAMBOUX, des ministres encore vivants du président BOGANDA, du général YANGONGO et de nous même. Et cela, afin qu’elles puissent lui dire, publiquement, à la radio et à la télévision, qu’à l’époque, les trois familles n’avaient pas vu de corps, n’avaient pas procédé à la reconnaissance formelle des dépouilles des leurs et que, pire que cela, elles avaient été convoquées, à tour de rôle, les 09, 13 et 15 avril 1959, au tribunal de Bangui, où le procureur DONZEAU, un français, leur avait rendu, et INTACTS, les effets de leur mari, notamment les habits qu’ils portaient ce jour là. Sans compter que, à ce jour, aucune des trois familles n’a pu se faire délivrer un acte de décès.
Pire, le 04 février 2008, le même régime du président BOZIZE, à la demande probable du général YANGONGO qui avait acheté notre livre quelques jours plus tôt, a cru devoir faire saisir cet ouvrage par la gendarmerie à son lieu de vente, en plein centre ville, avant de faire encercler notre domicile et de le perquisitionner, sans mandat, pour rechercher d’autres exemplaires de cet ouvrage qui empêche la France de dormir.

Ainsi, désormais, quoi que fassent la France et le régime de Bangui, le peuple centrafricain et le monde entier savent, mieux que jamais, que le pays de René CASSIN, qui prétend être la championne du monde en matière de défense des droits de l’homme avait, bel et bien, organisé l’enlèvement et la déportation du président BOGANDA déguisés en accident d’avion, le 29 mars 1959, comme ceux, jadis, de bien d’autres leaders africains, dont Ahmed BEN BELLA d’Algérie, Habib BOURGUIBA de Tunisie, Abdel KRIM et MOHAMED V du Maroc, SAMORY TOURE de Guinée, la reine RANAVALONA III de Madagascar, le roi BEHANZIN du Dahomey, KARINOU NGAÏNOUBEM de l’Oubangui-chari, MATSOUA du Congo et Léon M’BA du Gabon, pour ne citer que ceux-là.

 Aussi, le régime de Bangui ayant été incapable de prendre ses responsabilités, dès lors qu’il n’est pas libre, pour exiger de la France de restituer la dépouille du président BOGANDA et de libérer Albert FAYAMA et Prosper KANGALA, avons-nous l’honneur de Vous prier, au nom du peuple centrafricain et de tous les peuples des autres anciens territoires membres des futurs Etats-Unis d’Afrique latine chers à feu le Président fondateur de la République centrafricaine de bien vouloir restituer à ces pays, et plus spécialement à la Centrafrique, la dépouille de cet illustre fils de l’Afrique, enlevé par les services secrets français, faut-il le répéter, le 29 mars 1959 et déporté probablement aux Antilles où il aurait trouvé la mort en mars 1986.

Veuillez croire, Monsieur le Président, que l’Afrique et les Africains, dans leur ensemble, Vous seraient infiniment reconnaissants d’ordonner, en ce sens, la levée du SECRET DEFENSE qui frappe, depuis 1959, les conclusions de l’enquête du célèbre aviateur Maurice BELLONTE relative à cette affaire. Et cela, afin que:

1) Les lieux de détention et d’inhumation du président Barthélemy BOGANDA soient rendus publics pour que la Fondation et la famille de cet illustre fils de l’Afrique, conduite par sa première fille, Alphonsine BOGANDA, et son vrai neveu, Paul KONGA, puissent enfin aller ouvrir sa tombe, là où il a été déporté, pour procéder à un test ADN de vérification avant de rapatrier ses restes pour les enterrer dans son pays qui lui était très cher et, le cas échéant, dans la cour d’honneur du Palais de l’Assemblée nationale, à Bangui. Et cela, à l’instar de l’empereur NAPOLEON BONAPARTE, décédé et enterré en 1821 sur l’île d’ELBE, sous souveraineté britannique, avant que sa dépouille ne soit déterrée, dix neuf (19) ans plus tard, en 1840, pour être rapatriée en France où elle fut enterrée aux Invalides, au cœur de Paris; à ce propos, il faudrait noter qu’un livre a été publié en décembre dernier, en France, après de longues recherches scientifiques, pour préciser que, en fait, cet empereur français n’était pas mort de maladie, mais plutôt suite à un empoisonnement. Et, Vous en conviendrez avec nous, son auteur n’a été ni jeté en prison, ni poursuivi pour diffamation par un quelconque descendant;

2) L’on puisse savoir, enfin, si le député Albert FAYAMA, né en 1928, et Prosper KANGALA, né en 1929, adjoint au maire de la ville de BERBERATI, enlevés et déportés ensemble avec le président BOGANDA à l’époque, sont encore en vie, auquel cas ils devraient alors être remis en liberté et, dans le cas contraire, que leur sépulture respective nous soient aussi indiquées pour que leurs restes soient déterrés et rapatriés pour être enterrés en Centrafrique.

Monsieur le Président de la République française,

En acceptant, le cas échéant, de satisfaire à cette demande, la France donnerait la preuve absolue que le pays du général Charles de Gaulle de l’an 2008 n’est point celui de 1959 attaché maladivement au colonialisme et au néo-colonialisme, une forme à peine voilée de l’esclavagisme qu’avait dénoncé et combattu, héroïquement, de dignes et prestigieux fils de la même France, dont Victor SCHOELCHER (1804 -1893).

D’ores et déjà, Monsieur le Président, nous tenons, aussi bien au nom des dirigeants de la Fondation qu’à celui des peuples des pays de l’ex AEF, à Vous féliciter et à Vous rendre un hommage particulier pour le silence que la République française a bien voulu observer depuis que nous avons révélé, par voie de presse, le 08 novembre 2007, l’enlèvement et la déportation du président BOGANDA et de ses deux compagnons par les services secrets français sur ordre du général de Gaulle.

 Et cela, d’autant que, après la plainte que nous avons déposée le 15 janvier 2008 contre la France et ses principaux dirigeants d’alors, à la demande expresse et réitérée du régime de Bangui, alors que nous étions plutôt pour des négociations diplomatiques, la République française a continué à observer ce même silence, pour le moins significatif et majestueux, magnanime même, qui atteste non pas seulement qu’elle reconnaît sa culpabilité, mais aussi et surtout qu’elle regrette très sincèrement cet épisode de la guerre froide. Et, logiquement, cela ne peut que forcer respect et admiration, contrairement à un éventuel et malencontreux démenti ou une hypocrite plainte en diffamation contre notre modeste personne, de la part de la France, qui aurait plutôt contribué à décrédibiliser davantage le pays de Jean JAURES et d’Aristide BRIAN que tout Africain, de plus en plus, a plutôt tendance à haïr.

Cependant, Monsieur le Président, certains milieux officiels français, peut être à Votre insu, n’ont cessé, depuis décembre 2007, d’exercer de très fortes pressions sur le régime de Bangui qui, dans un premier temps, avait cru devoir procéder, illégalement et de la manière la plus lâche et la plus grossière qui soit, à notre arrestation dont il est question ci-dessus.

Dans un deuxième temps, le régime de Bangui, toujours soumis aux pressions des milieux français dont il est question ci-dessus, avait illégalement ordonné à la gendarmerie, sans obtenir au préalable une décision de justice, de saisir notre opuscule de quatre vingt cinq (85) pages publié à partir du 14 janvier 2008 en attendant la parution en France de notre livre de près de cinq cent (500) pages qui révèle l’enlèvement et la déportation du Président BOGANDA. Aussi, nous ne pouvons que saisir cette occasion pour Vous informer que nous avons mis, très gracieusement, à Votre disposition, auprès de l’ambassade de France à Bangui, deux (2) exemplaires de cet ouvrage qui étale, au grand jour, de la manière la plus irréfutable qui soit, après vingt (20) ans d’enquête, les preuves de ce crime pour le moins odieux.

Enfin, ces mêmes milieux français, réputés pour leur finesse et leur subtilité, de sources françaises concordantes, auraient mis en place un plan diabolique et lâche destiné à obtenir notre arrestation, une nouvelle fois, afin que nous soyons, pendant cette nouvelle détention, empoisonné. L’objet de cet empoisonnement, loin de nous donner la mort, serait plutôt de nous rendre fou, et cela, afin de permettre à la France de soutenir que la déportation clandestine du très populaire Président BOGANDA que nous avons révélée n’est qu’une vue de l’esprit qui serait due aux prémisses de cette future folie.

Ainsi, pour obtenir cette arrestation, toute une stratégie aurait été mise en place depuis Paris, consistant notamment à faire croire que l’Etat français et le régime de Bangui n’ont rien à voir avec cette nouvelle interpellation programmée et que ce serait la famille BOGANDA, à travers le soldat Xavier Sylvestre YANGONGO, qui aurait porté plainte contre notre modeste personne pour avoir diffamé le président BOGANDA.
Aussi, dès lors qu’un huissier de justice vient de nous notifier, par citation directe, le jeudi 10 avril 2008, que nous sommes cité à comparaître devant le Tribunal correctionnel de Bangui le jeudi 24 avril 2008, pour diffamation contre le Président BOGANDA, que nous défendons plutôt, nous tenons ici, au nom des peuples des ex territoires de l’AEF, en général, très attachés au président BOGANDA, et au nom du peuple centrafricain, en particulier, à attirer, à travers Vous, l’attention du peuple français, attaché à la liberté, à la Charte des nations unies qui pose le principe du droit des peuples à l’autodétermination et de l’égalité souveraine des Etats, sur ce qui suit :

1) Le monde entier, en lisant notre ouvrage de 85 pages, sait, pertinemment, que loin de diffamer le président BOGANDA, les patriotes, dont sa fille Alphonsine BOGANDA, son vrai neveu Paul KONGA, Jean-Pierre SILAKAMAKO (le neveu du député FAYAMA lui aussi déporté), les autres patriotes et moi-même ne faisons, au contraire, que défendre cet illustre personnage;
2) Même si les dirigeants français s’imaginaient encore que les Noirs sont des êtres arriérés, nul n’est cependant dupe et d’aucuns savent que s’il y a lieu de se plaindre en justice pour cause de diffamation, c’est naturellement du côté de l’Etat français et des familles des dirigeants français de l’époque contre lesquels l’honorable Alphonsine BOGANDA et moi-même avions déposé plainte le 15 janvier 2007, à la demande pressante du régime de Bangui, précisément de son ministre de la justice, pour enlèvement et déportation, actes constitutifs de crime contre l’humanité, donc imprescriptibles;
3) Ainsi donc,  il est clair et évident que la plainte déposée par le fameux général Xavier Sylvestre YANGONGO contre notre modeste personne, paradoxalement au nom de la famille BOGANDA est, en réalité, une plainte déposée par le cabinet présidentiel du général BOZIZE sur lequel la France ne cesse d’exercer de très fortes pressions, cabinet dont  le général YANGONGO est membre ; et c’est le monde à l’envers car la question se pose, tout logiquement, de savoir pourquoi la famille BOGANDA, victime de la France, se plaindrait-elle en justice contre ceux-là même qui se battent, au prix de leur vie, connaissant la cruauté des services secrets français, pour obtenir le triomphe de la vérité et le rapatriement des dépouilles des trois héros du peuples disparus le 29 mars 1959 ? Surtout que, selon le code de la famille, donc selon la Loi, les enfants naturels et les enfants légitimes, aussi bien en RCA qu’en France, ont les mêmes droits et sont en priorité les ayants droits de leurs père et mère : en conséquence, juridiquement, puisque l’honorable Alphonsine BOGANDA est elle-même la Présidente du Comité Ad Hoc pour le triomphe de la vérité dans cette affaire BOGANDA, de quel droit le général YANGONGO peut-il usurper le titre de représentant légal de la famille BOGANDA pour s’opposer à la manifestation de la vérité, étalant au grand jour qu’il n’est qu’un traître au service de la France ? Parce qu’il serait le neveu du président BOGANDA ? Et, dès lors que les neveux, juridiquement, ne passent pas avant les enfants naturels et les enfants légitimes, le général YANGONGO, qui n’est que le fils du demi-frère du président BOGANDA, aurait-il plus de droit que Paul KONGA, le fils de la propre sœur (même père et même mère) du président BOGANDA, qui, lui, soutient la Fondation et le Comité Ad Hoc ?
4) En vérité, tous les centrafricains et le monde entier ont compris que le soldat Xavier Sylvestre YANGONGO, abusivement nommé général, a bel et bien agi plutôt au nom de la Présidence de la République dont il est membre du cabinet. Et cela, suite aux pressions françaises exercées dans le but d’étouffer cette affaire tout en cherchant, parallèlement, à nous discréditer, le général BOZIZE ne pouvant pas s’impliquer davantage et directement dans l’exécution du plan français ourdi pour étouffer cette affaire. Et cela, du fait de ses conséquences politiques, notamment électorales.
En effet, dès lors que notre livre a mis en cause l’Etat français et ses dirigeants de l’époque, cités nommément, si la France croit devoir nier l’enlèvement et la déportation du président BOGANDA par ses services secrets, pourquoi, depuis novembre 2007, a-t-elle préféré observer un silence assourdissant au lieu de faire un vibrant démenti et d’engager elle-même des poursuites judiciaires contre nous ? Pourquoi  le gouvernement français a-t-il exercé de très fortes pressions sur le régime de Bangui pour que ce dernier s’oppose à la demande signée par l’honorable Alphonsine BOGANDA, par les veuves FAYAMA et KANGALA, en date du 14 novembre 2007 et déposée aussi bien à la présidence de la République qu’à l’Assemblée nationale, à Bangui, aux fins de procéder à l’ouverture de la fallacieuse tombe de BOBANGUI devant les organisations de défense des droits de l’homme et de grandes chaînes de télévision du monde entier afin de voir le contenu du cercueil et, surtout, de procéder à un test ADN ?
Logiquement, subséquemment, après cette vérification scientifique, s’il s’avérait que le président BOGANDA n’avait pas été déporté, mais qu’il était bel et bien mort et enterré à BOBANGUI, nous même nous serions le premier à exiger d’être jugé et d’être condamné; par contre, en exigeant du régime de Bangui de refuser l’ouverture de la tombe et de nous faire plutôt arrêter et de nous obliger à signer un engagement par lequel nous renonçons à évoquer cette déportation, la France a, incontestablement, tout avoué et devrait plutôt faire preuve d’honorabilité en acceptant de rapatrier les dépouilles et de dédommager le peuple centrafricain;

5) Et cela est d’autant plus indéniable que notre petit opuscule qui a été saisi le 04 février 2008 alors qu’il était en vente en ville ne l’a pas été à la demande de la famille BOGANDA, ni suite à une décision de justice, mais probablement sur ordre de l’ambassade de France à Bangui : c’est dire que le procès qui aura éventuellement lieu le 24 avril 2008 n’est pas une action de la famille BOGANDA, qui ne peut être représentée que par Alphonsine BOGANDA, mais celle, bien sûr, de l’Etat français qui navigue, comme à son habitude, à visage non découvert.
 Et cela, pour essayer de nier la déportation du président BOGANDA en essayant d’en faire une AFFAIRE JUDICIAIRE CENTRAFRICANO-CENTRAFRICAINE, alors qu’il s’agit, bel et bien, d’une affaire POLITIQUE CENTRAFRICANO-FRANCAISE.
Et, de toute façon, puisque toute la RCA, notamment le général YANGONGO lui-même, admet que le président BOGANDA appartient au patrimoine national et ne peut être réduit à des considérations bassement familiales, s’il y a lieu d’engager des poursuites contre qui que ce soit qui aurait diffamé le Fondateur de notre pays, c’est à la collectivité nationale, à travers l’Assemblée nationale, d’engager ces poursuites, et non à un demi neveu, traître à sa patrie et qui est à la RCA ce que PETAIN, LAVAL, DARLAN, ou DALADIER furent à la France.

Monsieur le Président de la République française,

 Il conviendrait de relever, par ailleurs, que le cabinet de la Présidence de la République centrafricaine qui a succombé aux pressions françaises en acceptant de nous poursuivre hypocritement en diffamation à travers l’un de ses membres, à savoir le nommé Xavier Sylvestre YANGONGO, en essayant de faire croire que c’est au nom et à la demande de la famille BOGANDA que ce dernier agit, ce qui est bel et bien faux, est, Vous en conviendrez avec nous, d’une étourderie et d’une lâcheté sans nom, car l’enquête sur la mystérieuse disparition du président BOGANDA ne résulte pas de notre initiative personnelle, mais d’une mission officielle qui  nous a été confiée par les plus hautes autorités de l’Etat suite au Dialogue national de 2003. En effet :

1) C’est le général François BOZIZE lui-même qui avait, par Décret N. 03/219 du 26 août 2003, convoqué le Dialogue national (ANNEXE 1);

2) C’est encore lui qui, par Décret N. 03/220 du 26 août 2003, nous avait nommé REPRESENTANT DE L’EXECUTIF, avec le colonel Paul DIMASSI, dans le Bureau de ce Dialogue national, de concert avec le professeur Abel GOUMBA, son Premier ministre d’alors, dont nous étions le Conseiller politique (ANNEXE 2);

3) Le 14 octobre 2003, jour anniversaire du général BOZIZE, ce dernier s’était rendu au palais de l’Assemblée nationale où se tenait le Dialogue national où il avait délivré son message de PARDON ET DE PAIX;

4) Mais le général BOZIZE sait très bien ce qu’il avait dit en aparté à certains membres du Bureau du Dialogue et surtout à ceux du Bureau de la Commission « VERITE ET RECONCILIATION », alors présidée par l’un de ses cousins, ce qui a conduit cette Commission, le lendemain, à  adopter une RECOMMANDATION datée du 15 octobre 2003 (voir page « 51 » du Rapport de cette Commission) et selon laquelle la lumière n’ayant pas été faite par le Dialogue sur la mystérieuse disparition du président BOGANDA, le 29 mars 1959, il fallait, après la fin du Dialogue, réactiver la Commission « VERITE ET RECONCILIATION » afin de poursuivre l’enquête sur la mort du président  BOGANDA  (ANNEXE 3);

5) Et, le 05 avril 2004, le même général BOZIZE avait, en sa qualité de chef de l’Etat, signé, de sa propre main, une lettre de mission officielle par laquelle il avait expressément chargé le professeur Abel GOUMBA, alors Vice-président de la République, de veiller à la mise en application de la Recommandation relative à la survie de la Commission VERITE ET RECONCILIATION chargée de poursuivre l’enquête sur la mystérieuse disparition du président BOGANDA (ANNEXE 4);

6) Le professeur GOUMBA, alors Vice-président de la République, en conséquence de la lettre de mission officielle ci-dessus, nous avait alors chargé de lui élaborer le projet d’un Arrêté portant création du COMITE AD HOC destiné à préparer la relance de la COMMISSION VERITE ET RECONCILIATION, notamment en allant en Afrique du sud pour s’inspirer des modalités d’organisation et de fonctionnement de leur très célèbre commission de ce type (voir ANNEXE 5);

7)  En outre, le Vice-président de la République, par un autre Arrêté, daté du 03 septembre 2004, avait nommé douze (12) personnalités dans ce Comité, dont nous-même, alors Conseiller politique et diplomatique du Vice-président de la République, pour représenter ce dernier dans le Comité puis dans la Commission (ANNEXE 6);

8) L’actuel ministre de la justice, monsieur Thierry MALEYOMBO, notre ancien collègue au cabinet du Premier ministre Abel GOUMBA, celui-là même qui, depuis janvier 2008, fait tout, de concert avec les généraux BOZIZE et YANGONGO, pour étouffer l’affaire BOGANDA, exactement comme s’ils n’avaient pas pris part aux travaux du Dialogue national, était, à l’époque, Haut commissaire aux droits de l’homme à la Présidence de la République et avait demandé, expressément, par courrier, au Vice-président de la République, de bien vouloir accepter que les parents des victimes (donc familles BOGANDA, FAYAMA et  KANGALA) fassent partie de ce Comité Ad Hoc (ANNEXE 7).

Aussi, Monsieur le président de la République française, Vous en conviendrez avec nous que les recherches que nous avions engagées, depuis 1987, sur la mystérieuse disparition du président BOGANDA, ont dû prendre un caractère officiel à la demande des plus hautes autorités de l’Etat et que les agissements des généraux François BOZIZE et Xavier Sylvestre YANGONGO, dans cette affaire, relèvent, simplement, d’une certaine lâcheté de leur part vis-à-vis de l’Etat français à qui ils auraient dû demander des comptes, notamment le rapatriement des restes du Président BOGANDA et la libération inconditionnelle de deux innocents moins âgés que le professeur GOUMBA, nous  voulons citer, bien sûr, Albert FAYAMA et Prosper KANGALA.

Monsieur le Président de la République française,

Le professeur Abel GOUMBA qui s’est tu durant près de cinquante (50) ans en feignant d’ignorer la déportation du Président BOGANDA a cru devoir affirmer, sur les ondes de Radio Centrafrique, les 27 et 28 décembre 2007, en langue SANGÖ, que « les autorités françaises avaient fait faire une enquête sur l’accident d’avion du président BOGANDA, mais qu’elles ont décidé que les résultats de celle-ci doivent rester secrets durant trente (30) ans, délai prorogé, en 1989, à cinquante (50) ans » : ce secret, monsieur le Président, c’est lequel, si ce n’est que Maurice BELLONTE, l’aviateur chargé de cette enquête, avait découvert que l’avion tombé près de BODA n’était pas celui du fondateur de la RCA, les numéros de série du moteur et de la carlingue étant différents ?

Et, le même professeur GOUMBA, notre compagnon de lutte de depuis assez longtemps, d’oser affirmer, publiquement, à la radio nationale,  le 29 mars 2008, à propos du président BOGANDA, en SANGÖ, que « ils l’ont tué, ils l’ont tué délibérément » : et quand les journalistes lui ont demandé, avec insistance, « qui a tué délibérément le Président? », il a répondu ceci : «mais, qui étaient à l’époque aux commandes de l’appareil de l’Etat, si ce n’est les Blancs, les colons ? »  C’est dire que les langues, désormais, ont commencé à se délier car, et on le voit, il n’est plus question d’accident d’avion, mais d’assassinat, plutôt. C’est dire que le professeur GOUMBA ou le Président ADAMA-TAMBOUX finira par avoir, enfin, bientôt, le courage d’affirmer, publiquement, que ce secret de cinquante (50) ans est bel et bien celui de la déportation de notre illustre et bien aimé Président fondateur.

Ainsi, monsieur le Président, il est clair que ce n’est pas nous, mais l’ensemble du peuple centrafricain (représenté par les trois cents cinquante (350) Délégués du Dialogue national qui n’a, en fait, jamais cru à la mort du président BOGANDA, dès lors que personne n’avait vu de dépouille et qu’il n y a jamais eu d’acte de décès, ni pour lui, ni pour FAYAMA et encore moins pour KANGALA) qui a décidé de poursuivre cette enquête, sous l’autorité du Président BOZIZE.
Mais, puisqu’il a choisi de se dérober, en oubliant sa lettre de mission au Vice-président de la République Abel GOUMBA, nous avons décidé de publier les résultats de notre enquête et de les assumer, politiquement et historiquement, devant Dieu et devant le monde entier. Au prix de notre vie et de notre liberté, comme le polonais COPERNIC puis l’italien GALILEE qui révélèrent, tour à tour, que la terre n’est ni plate, ni immobile, mais ronde et en rotation, autour d’elle-même et autour du soleil.

En prenant connaissance de notre livre, Vous voudrez bien Vous rendre compte, Monsieur le Président de la République française, qu’il n y a point l’ombre d’un doute que le président BOGANDA avait été déporté. Et, quand nous avions, en tête à tête, dit au professeur GOUMBA, le 28 mars 2007, chez lui, que cette déportation est un complot très grave et que lui et moi devrions en informer le chef de l’Etat par NOTE confidentielle, il m’avait regardé, très longuement, fixement et silencieusement, et n’avait rien dit. Nous lui avions alors dit que nous allions le faire seul. Même attitude. Et, deux jours après, le 30 mars 2007, nous nous étions rendu chez monsieur Michel ADAMA-TAMBOUX, le tout premier Président de l’Assemblée nationale de la RCA, en 1960, celui-là même qui, publiquement, à la tribune du Dialogue national en 2003, dans une déclaration radiodiffusée, avait promis de révéler, le lendemain, le secret de la mystérieuse disparition du président BOGANDA du 29 mars 1959, avant de se rétracter, le lendemain, en affirmant, tout aussi publiquement, qu’il a été menacé toute la nuit, sans dire par qui. Et nous étions restés ensemble, de 09 h00 à 17h45, ce 30 mars 2007.

Monsieur le Président de la République française,

Comme Martin LUTHER KING l’avait déclaré le 03 avril 1968, la veille de son assassinat, nous savons, nous aussi, que « tout homme aspire à vivre très longtemps, mais qu’il se peut que ce ne soit pas notre cas…Nous sommes allé trop loin, et nous ne pouvons plus reculer ». Oui, nous sommes allé trop loin, depuis notre plus jeune âge, dans la lutte de notre pays, de notre continent, pour une vraie indépendance, pour le progrès et le mieux être, sur les traces du Président BOGANDA, de NASSER, N’KRUMAH, LUMUMBA, BOUMEDIENE, MANDELA, KHADAFI et des autres patriotes africains.

En conséquence, au nom de la Fondation PANAFRICAN UNION, organisation patriotique de l’Afrique centrale en général et de la RCA en particulier dont les dirigeants, militants et sympathisants sont obligés de vivre dans la clandestinité, à l’instar de ceux de l’ANC, hier en Afrique du sud, nous Vous demandons, très respectueusement, mais très vivement, de bien vouloir sauvegarder l’honneur de Votre prestigieux pays dont l’attitude officielle, depuis la révélation de la déportation du Président BOGANDA, force respect et admiration, dès lors que la République française, répétons-le, a, majestueusement, préféré garder le silence, un silence lourd de significations, témoignant ainsi qu’elle regrette ce que ses agents avaient cru devoir faire le 29 mars 1959 au Président BOGANDA.

Mais les peuples d’Afrique centrale, par la voix de la Fondation, Vous demandent, solennellement, d’aller plus loin, en rompant le silence et en faisant lever le secret défense décrété jadis par le général de Gaulle, selon Philippe DECRAENE, et de prendre les mesures qui s’imposent pour que la dépouille de l’illustre fondateur de la RCA soit rapatriée et que ses compagnons, Albert FAYAMA et Prosper KANGALA, soient libérés. Il en va de l’honneur de la France, de sa crédibilité et de ses relations avec l’Afrique, aujourd’hui et demain. Surtout demain.

Car, en reconnaissant la déportation, en faisant rapatrier la dépouille du Président BOGANDA, la France ferait enfin admettre au monde entier que le général de Gaulle n’était pas un homme d’Etat ordinaire,  mais un grand homme. Car il faut bien être un homme d’Etat de nature exceptionnelle pour se permettre, en pleine guerre froide, de refuser les propositions et de résister aux pressions des milieux politiques, des colons et des services secrets qui exigeaient l’élimination physique du Président BOGANDA. Et cela, en leur imposant, par humanisme, par magnanimité, une simple déportation plutôt qu’un attentat contre son avion.

Monsieur le Président de la République française,

Rendons justice et hommage au général de Gaulle : car, malgré les enjeux de la guerre froide, faut-il le répéter ici, il n’a jamais ordonné l’assassinat du Président BOGANDA, il n’a jamais décidé de faire couler son sang. Et cela doit être su et salué.

Quant à notre modeste personne, en refusant les conseils du professeur Abel GOUMBA puis ceux du président ADAMA-TAMBOUX qui  nous ont demandé, expressément, chacun de son côté, de ne pas révéler la déportation du président BOGANDA, c’est que nous avons, délibérément, décidé, après sept (7) mois de réflexion et de méditation, choisi de prendre ce risque, car, de notre point de vue, notre vie vaut moins que celle des quatre (4) millions de Centrafricains et des huit cents (800) millions d’Africains qui ont le droit et la soif de savoir la vérité, cette vérité qui va sans doute, à un moment donné, leur donner la force de se battre davantage pour libérer, réellement et totalement, puis d’unifier, les différents pays de notre cher continent noir.

C’est dire que, si les services secrets français, que ce soit directement ou par des traîtres Africains interposés, venaient à se venger en nous faisant assassiner ou empoisonner pour nous rendre fou, cela importe peu, car l’essentiel est que nous avons honorablement rempli notre mission, décidée par le Dialogue national, sur cette pitoyable terre des humains.
Et, malgré tout, après notre assassinat ou notre folie ourdie, programmée, chaque fois que notre nom sera évoqué, toute la France, sans exception, sera obligée de baisser la tête, des siècle et des siècles, voire des millénaires.

 Mais la France peut, comme elle sait le faire souvent, rester en hauteur en reconnaissant sa faute, en proposant elle-même des réparations, ce qui, naturellement, ne pourrait qu’à nouveau forcer respect et admiration de la part de tous. Surtout qu’elle a la chance d’avoir pour Président, depuis l’an 2007, un homme qui est tout aussi grand et qui pourrait être encore plus grand que le très prestigieux général de Gaulle.

Tel est, Monsieur le Président de la République française, l’objet de cette lettre ouverte dont copie a été envoyée aux chefs d’Etat africains les plus anticolonialistes et au Secrétaire général des Nations unies, de même qu’aux partis politiques et à la presse, aussi bien en RCA qu’en France, avec diffusion sur l’Internet./.


     Pour la FONDATION
 SON PRESIDENT
  Moammar BENGUE-BOSSIN




 

 



 

 

par BOMONGO Lucé Raymond publié dans : POLITIQUE AFRICAINE DE LA FRANCE
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 14 février 2008

Mitterrand l'Africain ?
Egrégore
La complexité des relations franco-africaines ne cesse de donner le tournis à bon nombre d'observateurs. S'intéressant au sinueux parcours africain de l'ancien président de la République française, en l'occurrence François Mitterrand, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, à travers la vie politique de cet illustre personnage, décortique avec minutie les réseaux mis en place par Jacques Foccart et entretenus par quelques africanistes de gauche ; il nage dans les eaux troubles de la Françafrique pour mieux expliquer la puissance des lobbies qui imposent la continuité dans les rapports entre la France et l'Afrique.
À l'heure où l'actualité africaine est entre autres dominée par les conflits, l'exode de nombreux jeunes, la lente "colonisation" de ce continent par la Chine, d'aucuns ne cessent de s'interroger sur le devenir des relations franco-africaines après François Mitterrand et Jacques Chirac.
Cet ouvrage donne quelques pistes très utiles à la compréhension des futures relations franco-africaines. On y évoque également un lien de près de quarante-cinq ans entre un homme - que d?aucuns qualifient de "mythe errant" - et tout un continent, des méandres et des écueils qui ont enseveli des tas de secrets dans des marigots africains...

Titre : Mitterrand l'Africain ?
Editeur : Les Editions de l'Egrégore (http://www.editions-egregore.com)
Parution : 23 octobre 2007
Pagination : 232 pages
ISBN : 978-2-916335-03-2
Format : 14x22,5 cm
Prix : 18 euros

L'auteur :
Membre du Bureau fédéral du Parti Socialiste de Paris et président du club de réflexion Enjeux Socialistes et Républicains, Gaspard-Hubert Lonsi Koko reste fidèle à ses engagements humanistes. Après "Un nouvel élan socialiste" et "Le demandeur d?asile", il poursuit la réflexion sur les rapports Nord-Sud avec "Mitterrand l?Africain ?".
Site personnel : http://www.lonsi-koko.net
par BOMONGO Lucé Raymond publié dans : POLITIQUE AFRICAINE DE LA FRANCE
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 27 septembre 2007
Paris-Bangui: Pétrole contre barbouzes
(Bakchich 27/09/2007)


Le président centrafricain, putschiste légalement élu, François Bozizé a enfin reçu son invitation à Paris. Ce sera pour le 19 novembre prochain si tout va bien. « C’est trop tôt pour confirmer sur l’agenda du président Sarkozy, on ne fonctionne pas à plus de cinq jours », s’amuse une secrétaire de l’Élysée. Le rendez-vous est toutefois capital. Tant pour le maître de Bangui que pour sa Majesté Sarko Ier, ou du moins pour les fleurons françafricains, Areva et Total.

Après des années de bons et loyaux services, l’ami centrafricain a des velléités d’indépendance, l’effronté. À l’image du Niger, qui a – enfin – brisé le monopole d’Areva sur son exploitation des mines d’uranium. Bozizé, lui, se paie le luxe de faire mariner le géant nucléaire français et son acolyte pétrolier Total. Comme l’a raconté l’excellent Lettre du continent (toujours pillée jamais citée), « Bozizé a fait, le lundi 16 juillet un bras d’honneur à Paris ». Le plus simplement du monde, en maintenant son neveu à la tête du ministère des mines et de l’hydraulique, un neveu honni des patrons de Total et d’Areva. Pire, le président s’est permis, le 14 juillet dernier, toujours selon la Lettre du continent, de laisser ses nervis passer à tabac les gendarmes de l’ambassade de France.

La légende ne dit pas s’ils leurs ont fait siffler la Marseillaise. Bref une ambiance de franche camaraderie entre la France et la Centrafrique, avec Paris qui se sent un peu cocu dans l’histoire. Pour lutter contre les divers rebellions qui prolifèrent dans le pays, l’Élysée, notamment sous la férule de Chirac, a sorti la grosse artillerie. Commandos d’opérations spéciales. Le Ier régiment de Rpima de Bayonne a même été dépêché en décembre dernier pour aider les forces armées centrafricaines (Faca). Des rotations d’avions de transports Transall et des Mirages en vol de reconnaissance avaient déblayé le terrain.

Et une nouvelle nounou, le général Guillou, spécialiste entre autres du renseignement militaire et des forces françaises sur place, lui a été octroyé. Tout ça pour ça…

Étrangement, depuis l’été, les COS ont quitté le palais de Bangui. Une mesure de rétorsion, si tel est le cas, sans grand effet. Sitôt déguerpis, les Français ont été remplacés par une centaine d’instructeurs militaires sud-africains, le tout dans un contrat très officiel de partenariat pour trois. Et au cas où, les Israéliens, via Philippe Hababou-Salomon, homme d’affaires au CV judiciaire long comme l’Oubangui, sont prêts à arriver. Plutôt que d’aller plus avant dans l’épreuve de force, Sarko Ier a dégonflé les muscles et choisi d’enfin inviter l’ami François qui ne demandait que ça. Au moins, ils auront bien des sujets de discussion. La palabre françafricaine n’est pas morte. Ouf !

jeudi 27 septembre 2007

 

© Copyright Bakchich

par BOMONGO Lucé Raymond publié dans : POLITIQUE AFRICAINE DE LA FRANCE
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche