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| Moralisation de la presse - 5/4/2006 |
![]() Le gouvernement camerounais a soumis au Parlement un projet de loi sur la presse censé renforcer l’éthique dans les médias, montrés du doigt depuis le début de l’année pour avoir publié des listes d’homosexuels présumés, a-t-on appris mercredi de source parlementaire. "Le gouvernement dit vouloir mettre fin à une forme de journalisme libertin ayant donné lieu à des carences professionnelles", a déclaré à l’AFP Jacqueline Man, députée du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). "Ce projet est censé corriger les nombreuses atteintes à la déontologie et à l’éthique journalistique", a-t-elle ajouté. Le projet de loi modifie quatre articles de la loi de 1990 sur la presse. S’il est adopté, le directeur d’une publication sera obligé de dévoiler l’identité de l’auteur d’un article signé d’un pseudonyme et sera responsable de tout article non signé. Un journal pourra en outre être saisi ou interdit "en cas d’atteinte à l’ordre public, à la sécurité intérieure de l’Etat ou aux bonnes moeurs, ou d’incitation à la haine" et le directeur de publication suspendu pour six mois "en cas d’atteinte à l’éthique et à la déontologie professionnelle susceptible de constituer une infraction aux lois". Toute personne atteinte dans son honneur, sa dignité ou sa vie privée pourra de son côté demander la saisie de l’organe de presse. En janvier et février, plusieurs journaux privés camerounais ont publié des listes de personnalités politiques, artistiques, religieuses ou sportives accusées de "déviances" homosexuelles, un délit passible de peines de prison au Cameroun. Attaqués pour diffamation par des personnalités visées, les directeurs de publication de deux journaux ont été condamnés en mars à de peines de trois à six mois de prison ferme, pour ne pas avoir été en mesure d’étayer leurs accusations. Le projet de loi prévoit par ailleurs un durcissement des conditions pour la création d’un nouveau journal et pour l’attribution de la carte de presse. "Le gouvernement veut museler la presse", estime mercredi le journal Mutations, qui déplore "la précipitation avec laquelle le projet de loi est déposé". Selon ce quotidien, les problèmes de la presse camerounaise "concernent aussi les engagements pris par l’Etat (...) et pas respectés, notamment en matière de détaxation" des biens nécessaires à la fabrication des journaux. "Le pouvoir durcit les conditions d’exercice de la profession de journaliste et de directeur de publication", écrit de son côté Le Messager, pour qui la presse est "dans le collimateur du gouvernement". |