Vous avez dit : « créanciers vautours ! »
Les Congolais disent : « contrats mafieux et débiteur voyou ! »
[ Brazzaville - Congo ] ( 31/03/2006) Serge Armand Zanzala
Ce billet allait être plus explicite si nous lui avions donné la forme d’une lettre ouverte au Premier ministre congolais, Isidore Mvouba. Mais, nous avons préféré, pour éviter la polémique et lui donner le caractère d’un coup de gueule, l’assaisonner avec beaucoup de gombo.
C’est ainsi que nous croyons le rendre digeste pour éviter les constipations. Mais, pourquoi une lettre ouverte adressée à Isidore Mvouba ?
Parce que ce serait lui qui, à en croire - à tort - une certaine presse congolaise, est l’artisan de la célèbre expression « créanciers vautours ». Une expression qui non seulement donne des arguments au pouvoir congolais pour se défendre devant le tollé qu’a provoqué l’ « Affaire Kensington-Walker » après les jugements de Londres, et les critiques qui lui sont faites sur la mauvaise gestion du pétrole et du bois congolais, surtout sur les détournements des fonds publics dont est responsable la curie de Mpila. Mais aussi une expression que les Congolais reprennent, dans leurs causeries, pour se moquer de leurs dirigeants qu’ils traitent comme des vulgaires voyous. Puisque cette même expression révèle le caractère mafieux de la plupart des contrats signés par les gouvernements congolais, leur manque d’arguments et leur ingratitude vis-à-vis des créanciers du Congo.
Commençons par une définition des mots
Pour bien élucider notre petit article, nous allons partir de la définition des mots : « créanciers » et « vautours ».
Le petit Larousse illustré 2002 définit le mot créancier par :
- un « titulaire d’un droit de créance »;
- « une personne à qui l’on doit de l’argent ».
Ce qui sous-entend qu’en face du créancier, il y a un débiteur c’est-à-dire :
- « une personne qui doit »;
- « une personne qui a une dette morale, qui est l’obligée de quelqu’un »;
adjectif : « qui se trouve en débit, dont le solde est négatif »
Cependant, le créancier et le débiteur sont liés par un contrat que nous pouvons appeler contrat de créance. Et, qui dit contrat dit aussi clauses c’est-à-dire « des dispositions particulières d’un acte juridique ».
Pour ce qui est de notre article, il y a donc des créanciers c’est-à-dire des titulaires d’un droit ou des droits de créance sur le Congo ou les Congolais; et un débiteur qui est le Congo ou les Congolais.
Le même dictionnaire définit le mot « vautour » par :
- un « grand oiseau rapace diurne, à tête et à cou nus se nourrissant principalement de charognes »;
- (sens figuré) par un « homme dur et rapace ». Comprendre rapace par « avide d’argent, cupide ».
Le Congo ou les Congolais ont donc affaire avec des gens, institutions ou Etats qui sont avides d’argent et qui veulent donc le détrousser et l’appauvrir.
Quelques questions méritent d’être posées
Après la conférence de presse qui a eu lieu à l’hôtel Le Méridien, à Brazzaville, au cours de laquelle Isidore Mvouba a réagi au tollé qu’a provoqué l’« Affaire Kensington-Walker » au Congo et à l’étranger, des soifs ne sont toujours pas étanchées. Des têtes fument parce que pleines de questions. Des cœurs battent mille fois par minute parce que l’occasion a été ratée; Des cheveux se dressent comme dans une transe parce que l’on veut découvrir la vérité. Et, la colère descend jusqu’aux orteils de tous les Congolais parce que navrés et dupés.
Et, si le Premier ministre congolais a utilisé cette expression pour enrichir le lexique politique congolais et emboîter le pas à ses aînés qui, eux, ont forgé d’autres expressions du genre « la bêtise humaine » pour parler des guerres du Congo ? « Les bavures policières » pour définir les exactions, pourtant programmées, de la police nationale, et des dérapages pour résumer et atténuer la délinquance des éléments de la Force publique ? Il n’a pourtant pas répondu aux principales questions que continuent à se poser les Congolais (pourtant la Constitution leur garantit le droit à l’information). Nous les résumons comme suit :
Qui sont ces créanciers du Congo ou des Congolais ?
Qu'ont-ils vendu ou prêté au Congo ou aux Congolais ?
Quand ont-ils eu un ou des droits sur le Congo ou les Congolais ?
Quel type de contrat ont-ils signé avec le Congo ou les Congolais ?
Où ont-ils signé ce ou ces contrats ?
Que stipulent les clauses qui régissent ces contrats ?
Pourquoi ces créanciers qui nous auraient aidé à résoudre nos problèmes, sont-ils, aujourd’hui, qualifiés de « vautours » ?
Les bons comptes ne font-ils pas les bons amis ?
En ouvrant grandement les yeux, d’aucuns découvrent à travers l’expression «créanciers vautours » un ras-le-bol du pouvoir congolais devant des créanciers qui seraient agaçants et s’acharneraient contre lui car ne semblant pas respecter certaines clauses. Alors pourquoi le Congo ou les Congolais ne contre-attaquent-ils pas en saisissant des juridictions compétentes en la matière pour dénoncer les agissements de leurs créanciers, au lieu de se limiter à des petites conférences de presse ? Et, si ces contrats ne sont pas mafieux et n’appauvrissent pas le Congo et les Congolais pourquoi ne pas confier le dossier à une commission parlementaire, renforcée par des membres de la société civile ?
Ensuite, qui d’entre le Congo et ses créanciers n’a pas respecté les clauses du contrat ? Et, si réellement des gens, des institutions ou des Etats ont légalement vendu ou prêté de l’argent ou des biens au Congo ou aux Congolais pour les aider à améliorer leur vie, et que les deux parties se seraient engagées dans un contrat sain qui n’est pas entaché d’un vice caché, pourquoi remercier nos créanciers en monnaie de singe ? Pourquoi les traiter et les qualifier de « créanciers vautours » ? Traiter son ou ses créanciers de vautours, n’est-il pas une injure ou une ingratitude? Vous avez dit « créanciers vautours » ! Les Congolais disent : « contrats mafieux et débiteur voyou ! » Qui dit mieux ?
Et maintenant le Congrès américain
Le mécontentement qui grondait au sein de la population, concernant la gestion des ressources nationales, a été entendu par des ONG comme Global Witness, relayé par la presse en Europe et aux Etats-Unis, a été pris en compte par la Banque Mondiale, en la personne de M. Paul Wolfowitz. Maintenant c'est le Congrès américain qui s'en mêle et cela ne devrait pas arranger les affaires des épiciers de MPila.
Le dossier congolais a fait tellement de bruit à Washington, la ficelle était vraiment trop grosse, que toutes les banques multilatérales de développement sont maintenant sur la sellette. Cela va devenir très difficile de tricher, de frauder, de corrompre et d’être corrompu.
Les pratiques favorites du pouvoir congolais vont avoir beaucoup de mal pour passer. Comment va-t-on faire pour transformer en un Etat exemplaire, une épicerie mal rangée, mal gérée, mal nettoyée ? Les incompétents notoires aptes au vol et au détournement ne seront jamais à la hauteur de cette tâche. Les projecteurs sont braqués sur cette bande de prédateurs et aucune malversation ne pourra passer inaperçue.
La SOTELCO est venue s’ajouter à la SNPC, à SPHYNX, à COTRADE, à la SOCOTRAM. Toutes les autres boîtes à scandales suivront comme des casseroles accrochées les unes aux autres aux basques, pardon aux Berluti aux Weston, des épiciers prédateurs.
Cela va être dur pour vous les voleurs de continuer à voler impunément ! En attendant que la Société Civile congolaise se réveille toute entière.
S. M.
© 2006 Mwinda