AGENCE DE PRESSE, ANALYSES POLITIQUES,PROMOTION DE LA BONNE GOUVERNANCE DEMOCRATIQUE ET ECONOMIQUE, DU DROIT DE LA PERSONNE,LUTTE CONTRE LA CORRUPTION
| Africâneries Jacques Chirac de France garde, depuis quelque temps, un silence détonnant sur les affaires africaines, après s’être donné l’occasion à quelques jours d’intervalle, d’exprimer le profond mépris qu’il a pour les Africains. Tantôt, plus africain que les Africains, il prétend que Thabo Mbeki, le président noir anglophone d’Afrique du Sud, ne connaît rien de la “ psychologie ” et de “ l’âme ” ouest-africaines, et ne peut donc réussir une médiation dans l’imbroglio de la Côte-d’Ivoire française, où la France et son armée font le beau temps et surtout la pluie. Tantôt il a l’impudeur de déclamer une ode pour son “ ami personnel ” qui a fini par mourir comme tout le monde, Etienne Gnassingbé Eyadéma, le putschiste et dictateur sanguinaire du Togo, qui a été le tout premier troufion a renverser et à tuer de ses “ propres ” mains un chef d’Etat en Afrique dès 1963, avant de régner lui-même pendant plus de quarante ans. Assassin et fier de l’être, puisqu’il l’a avoué lui-même… On savait bien que le sergent de l’armée coloniale française devenu général de l’armée togolaise par la grâce de ses anciens patrons était bien une fabrication des colonialistes. On comprenait la complaisance et l’ “ amitié ” du tuteur envers le poulain tropical. Mais enfin ! Un tel mépris pour l’âme et la psychologie de ses victimes ? Mais au fonds, à voir les choses de près, ne méritons-nous pas ce mépris-là ? Avec ses allers/retours chez nous, la démocratie est-elle vraiment notre affaire ? Regardons seulement les deux patates chaudes qui brûlent les mains de l’Afrique de l’Ouest francophone en ces moments tragiques. • En Côte d’Ivoire, la rébellion nordiste, la division du pays en deux, les vols, les pillages, les viols, les massacres, les multiples intrusions étrangères, l’effondrement de l’économie et la désagrégation de la sous-région, ne sont que les maladies opportunistes du Vih de l’Ivoirité, qu’on essaie en vain de soigner depuis deux ans et qui ne font que s’aggraver. Et qui en a contaminé les Ivoiriens, sinon les Ivoiriens eux-mêmes ? On se pose en effet la question de savoir ce qui a bien pu amener Laurent Gbagbo, ce grand militant de longue date de la liberté, des droits de l’homme et de la démocratie, a enfourcher ce monstre de l’exclusion né de l’imagination pouvoiriste de Konan Bédié, qui voulait préserver (et se réserver) l’héritage de “son ” père Houphouët Boigny, comme aujourd’hui, le Faure des militants togolais. Un “ héritage ” mal compris par ailleurs, puis que le “ Vieux ”, tout au contraire, avait voulu faire de la Côte-d’Ivoire les Etats-Unis d’Afrique… Quelle mouche a bien pu piquer l’opposant d’hier pour qu’il aille faire (mauvaise) cause commune avec ceux qui l’avaient combattu (et qu’il avait combattus) durant une vingtaine d’années, à l’époque où il dénonçait violemment leur monopole sur la Côte-d’Ivoire et le pouvoir étatique ? A quoi aura servi et abouti sa lutte pour la démocratie ? A la bouillabaisse actuelle, pour laquelle on est allé jusqu’à solliciter l’expertise d’un certain… Gnassingbé Eyadéma ? Pouah !… Bédié, Guéi, Gbagbo et leurs amis, pour assouvir leur faim du pouvoir, ont tué ce qui restait du Père de la Nation. Et Houphouët n’oserait pas se retourner dans sa tombe de verre et de marbre, de peur que la Côte-d’Ivoire de l’ivoirité ne lui demande s’il est bien …ivoirien. Shame ! Parricides, va ! • Au Togo, où les choses sont encore plus grossières, impudiques même, on est putschiste de père en fils. Et parricides, de père en fils. A peine le dictateur de quarante ans a-t-il fermé l’œil dans un avion, que le fils aux aguets fond sur le trône enfin libéré par Dieu. Il ne laisse même pas à son géniteur le temps d’atterrir et de se faire enterrer avec les honneurs dus à son rang. On balance le corps dans un frigo au village, et l’on court à la capitale occuper son palais avant que quelque usurpateur ne s’y introduise. C’est beau à voir ! Si l’on perdait une minute, sous le vain prétexte d’aller lire et de respecter la Constitution du pays, on risquait de perdre du coup quarante années (passées et à venir) de puissance, de gloire et de privilèges pour une famille, pour une tribu. La famille, la tribu, les affidés et les profiteurs en tout genre de régime aujourd’hui en ballottage risquaient d’avoir à rendre des comptes, à rendre les biens et privilèges volés à la Nation. Et, sans doute aussi, à subir la chasse aux sorcières qu’ils ont fait subir si longtemps à des innocents. Il fallait éviter ça ! Il fallait donc aller vite pour sauver et sauvegarder le pouvoir, cet héritage familial. Et l’on y est allé tellement vite qu’on a oublié de prendre certaines précautions. C’est dans la course qu’on attache les lacets des godasses, qu’on ajuste les képis et les fringues, qu’on découpe et qu’on raccommode le chiffon de Constitution, pour se donner une allure de respectabilité et se faire accepter dans la cour des grands. Et c’est ainsi que l’on ferme les frontières à l’intérimaire constitutionnel indésirable, pour crier ensuite à la vacance intolérable que les militaires – non qualifiés à cet effet – confient “ dans l’urgence ”, et comme par hasard, à un … Eyadéma évidemment préparé pour la tragi-comédie. Dans cette précipitation de gangsters, on modifie la Constitution, en commençant par l’article qui… interdit de modifier la Constitution durant l’intérim. On déchoit le président de l’Assemblée national sensé assurer l’intérim, et on le remplace par un ministre non député. Comme au royaume de Ubu. Et que va faire le “ bon ” intérimaire pour se “ légaliser ” ? Prêter serment, naturellement, au nom de la Constitution. Se porter garant de la Constitution. Jurer de (faire) respecter la Constitution. Laquelle Constitution ? Celle laissée par le père, et qu’on vient de tripoter, ou celle, anti-constitutionnelle, taillée et rafistolée sur mesure par un couturier français de l’ombre, pour voiler les nouvelles turpitudes togolaises ? Même cette dernière ne tarde pas à être violée, puisqu’on s’y réfère pour concéder l’organisation de l’élection présidentielle dans les deux mois, alors que le successeur, suivant ses nouvelles prescriptions, doit terminer le mandat en cours en … 2008. Allez-y comprendre quelque chose ! De quoi faire perdre son latin au constitutionnaliste le plus futé du monde, n’est-ce pas ? Mais, qu’y a-t-il à comprendre ? Une seule chose : le Togo, c’est le Togo. Comme quelqu’un d’autre a dit de son pays, pour justifier l’injustifiable… Le comble, c’est que en Côte d’Ivoire, au Togo et partout où l’exclusion, le refus du dialogue et la dictature familiale sèment la pagaille dans les esprits et la cité, les “ organisateurs ” prétendent éviter ainsi la guerre civile et “ amener ” la prospérité et la démocratie. Africâneries… Par Daniel RIM
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