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LES ASSOCIATIONS LOCALES DETOURNENT DE L'ARGENT

 

14/04/2006 ( Congo Brazzaville )
Cécile Mujinga


(Syfia Congo) Les associations locales se sont multipliées au Congo, parfois plus pour détourner de l'argent que pour faire avancer la démocratie. Un phénomène qui affaiblit la société civile, décourage les donateurs, pénalise les vraies bonnes volontés et n'est pas sans risque pour les brebis galeuses.

Congo Brazzaville
 
   
L'arrestation fait grand bruit à Brazza. Le 10 avril, les Congolais apprenaient, médusés, l'incarcération de Christian Mounzéo et d'un complice à la maison d'arrêt de Brazzaville, dans une affaire de détournements de fonds. Réputé l'un des plus courageux activistes congolais des droits de l’Homme, ce militant avait été suspendu en décembre dernier de ses fonctions de président de l’association Rencontre pour la paix et les droits de l'homme (RPDH), créée il y a deux ans.
Le bureau exécutif de cette organisation l'accuse d'avoir détourné plus de 3 millions de Fcfa (près de 4 600 €) des financements accordés par l'Ong britannique Global Witness. Des fonds censés financer la campagne de la Coalition "Publiez ce que vous payez"… dont l'objectif est l'exigence de transparence dans le traitement des questions liées aux industries extractives dans le golfe de Guinée.
Le cas Mounzéo est loin d'être isolé. En 2005, Yvan Kibangou, président du Conseil national des électeurs du Congo, ex-Ligue congolaise pour le système électoral (Licose), a dû se réfugier en catastrophe à Pointe-Noire, à 510 km à l'ouest de Brazza, pour échapper aux différents bailleurs de fonds, notamment l'ambassade américaine et l’Institut suédois Vie et Paix. "J’ai tout fait pour qu’il revienne à Brazzaville. Un de ses donateurs, qui voulait le faire arrêter, exerçait une forte pression sur moi. Uniquement parce que je travaillais avec lui", confie, sous le strict anonymat, un de ses anciens collaborateurs.

 
   
Cinq fois plus d'associations

Au sein des associations congolaises des droits de l'Homme, c'est depuis quelques années à qui sera le mieux placé pour s'enrichir illicitement. Des tensions internes, entre membres d’une même structure et responsables d'organisations oeuvrant dans le même secteur, éclatent au grand jour. Du coup, certains membres créent à leur tour leurs "propres" associations. Le Congo en compte aujourd'hui plus d'une cinquantaine contre seulement une dizaine il y a cinq ans.
Un des donateurs traditionnels, l'Institut Vie et Paix, tire la sonnette d'alarme. En octobre 2005, il avait octroyé 3 millions de Fcfa à un collectif d'associations, qui devait observer les élections sénatoriales dans différentes localités du pays. Le responsable de l'une d'entre elles en a profité pour empocher 600 000 Fcfa (près de 1 000 €) sans accomplir la mission. Quant aux autres associations, elles ont été incapables de fournir le moindre rapport financier...
"Ces comportements contribuent à tuer la société civile congolaise qui est déjà très faible", analyse Jean Bruno Mitsoko, membre du Mouvement pour les élections et la transparence. William Bouaka, président par intérim du RPDH, confirme : "Ces dérives salissent notre image de défenseurs des droits de l'Homme. Nous sommes pourtant exigeants vis-à-vis de ceux qui nous gouvernent…"

 
   
Des donateurs imprudents

Des malversations qui décrédibilisent gravement les associations en quête de fonds. C'est le cas du Cercle national pour les droits de l’homme et paix. Edmond Matongo, son responsable, avoue avoir de plus en plus de mal à trouver des financements. Pour Roger Owoko Bouka, directeur de l’Observatoire congolais des droits de l'homme, le manque de rigueur de certains donateurs encouragerait ces dérives. "Ces financeurs se familiarisent un peu trop avec des voyous qui n'ont ni éthique ni expérience de l’argent", dénonce-t-il. Et de poursuivre : "Comment peut-on financer une association qui ne fonctionne qu'avec une seule personne ? Certains n'ont que leur sac pour tout bureau. Et sur le terrain, on ne voit rien de concret se mettre en place".
Jean Marie Bitemo, coordonnateur du projet Dialogue citoyen, au sein du Forum des jeunes entreprises, abonde dans le même sens. "Certains donateurs ne suivent pas d'assez près les dépenses des organisations qu'ils financent. Le manque de formation des responsables de ces Ong en matière de gestion est criant".
Profitant de cette pagaille généralisée, quelques fonctionnaires travaillant au sein d'organismes locaux de financement créent eux aussi des associations dirigées, soit par leurs amis, soit par les membres de leurs familles. But : arracher une partie des fonds qu'ils gèrent indirectement. Le phénomène est connu sous le nom de "5 %". "Ces associations n’apparaissent qu’occasionnellement, par exemple au moment des élections", souligne Roger Owoko Bouka. Toutes les occasions semblent bonnes à certains pour s'enrichir sur le compte des droits de l'Homme…
 


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