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L’agonie du régime d’Idriss Déby Itno au Tchad a dû sans aucun faire entrer François Bozizé en Centrafrique dans une grande méditation sur la longévité du sien. Comment peut-il en être autrement quand on sait que c’est la garde présidentielle de Déby Itno qui a installé au pouvoir le 15 mars 2003 l’ancien chef d’état major des Faca. Depuis, le sort de ce dernier est étroitement lié à celui de son parrain de Ndjaména dont la tête vient d’être sauvée par l’armée française mais pour encore combien de temps ?.
Afin de faire face à la forte hémorragie de son armée occasionnée par les nombreuses et incessantes désertions, Déby a dû rappeler le contingent tchadien de la Fomuc, stationné à Bangui. A présent, il ne reste à Bangui que les contingents gabonais et congolais dont la valeur militaire et la bravoure font quelque peu sourire les connaisseurs. Du coup, Bozizé ne dort pas deux nuits de suite au même endroit.
Se voyant dans l’obligation de faire plaisir à Déby, Bozizé a cru devoir décréter la fermeture de la frontière de la RCA avec le Soudan. Concrètement, on ne voit pas très bien à quoi cette décision correspond exactement dans les faits. Comment peut-on fermer une frontière qu’on ne contrôle même pas ? Cette mesure revient en fait à déclarer la guerre au Soudan voisin. Autre décision qui illustre le véritable désarroi qui s’est emparé des autorités de Bangui : le limogeage de l’ambassadeur de la RCA à Khartoum. Pourquoi a-t-on attendu la crise entre le Soudan et le Tchad pour s’apercevoir que cet ambassadeur était en poste depuis l’ère Patassé ? Plusieurs ambassadeurs actuellement en poste à l’étranger ont été nommés par le président Patassé. C’est le cas de Washington, Bruxelles, Pékin et bien d’autres capitales encore. Tout cela est totalement puéril et ridicule.
Bozizé et Déby ne sont pas des hommes de parole. Déby a fait modifier la constitution pour obtenir un troisième mandat. Bozizé s’est présenté à l’élection présidentielle alors qu’il avait initialement promis de ne pas être candidat.
Déby et Bozizé naguère champion de la déstabilisation, se retrouvent eux-aussi victimes de la déstabilisation. Ils voient des mercenaires et la déstabilisation partout. « Ne faites point à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fît ». Ils devraient tous les deux méditer cet adage. Déby Itno a fait l’unanimité contre lui au Tchad. Il est seul contre tous. Malgré l’incompréhensible soutien de la France, il est un homme en sursis. Ses jours sont comptés en dépit de la fuite en avant que constituent ces prétendues élections présidentielles qu’il tient à organiser le mois de mai prochain.
La situation de son vassal Bozizé en RCA n’est guère différente ni meilleure. En très peu de temps, il a réussi à monter tout le pays contre lui. Sa démission est réclamée ouvertement par la classe politique. Plusieurs mouvements de rébellion écument l’arrière pays et sont déterminés à le chasser aussi du pouvoir. En attendant leur chute quasi inévitable, Bozizé et les siens continuent leur business et trafic de diamant.
La France qui continue hélas de jouer encore le rôle de gendarme dans certains pays africains ne peut indéfiniment protéger avec son parapluie des dictateurs d’un autre âge tels que Déby et Bozizé. La roue de l’histoire est en train de tourner dans le sens plutôt favorable aux peuples et non aux dictateurs. On ignore la contrepartie que Chirac a obtenue de Déby lorsqu’il a décidé de lui sauver la mise mercredi et jeudi dernier mais une chose est sûre, la poubelle de l’histoire est grande ouverte et attend tous ceux qui quitteront la scène politique de leur pays par la petite porte.