ACCUSATIONS TCHADIENNES CONTRE LE SOUDAN: EMBARRAS DU CONSEIL DE PAIX ET DE SECURITE DE L’UNION AFRICAINE (Sanfinna du 24 au 30 avril 2006)
Idriss Déby est particulièrement en verve ces temps-ci. Il est d’une incontinence verbale stupéfiante sur la barbarie des rebelles et le silence de l’Union africaine face à l’agression du Tchad ; tout ceci en assurant dans le même temps, avoir bon pied bon œil ; bref, des gesticulations qui cachent mal l’angoisse d’un prédateur qui sait que malgré le soutien de la France, le compte à rebours a commencé pour lui.
L’Union africaine a beau être impliquée d’une façon ou d’une autre dans les réseaux de la Françafrique (ce que démontrent les contradictions entre les chefs d’Etat qui gardent la haute main sur l’institution et l’administration de cette dernière), elle ne peut pas au débotté appuyer les thèses du pouvoir tchadien et s’engager dans une campagne de dénonciation contre le Soudan. Au sein de l’UA, on connaît ses limites, ses contradictions, on ne peut pas oublier l’agression dont la Côte d’Ivoire a été victime à partir de pays étrangers notamment burkinabé, sans qu’il ne s’en soit suivi une condamnation immédiate, claire et nette des agresseurs. On ne peut pas oublier la désagréable et humiliante attitude de l’institution la crise togolaise dont le point d’orgue a été le désaveu tonitruant, sans gants, infligé par le président Olosogun Obasanjo à la décision du président de l’UA, Alpha Oumar Konaré, de nommer un médiateur en la personne de Kenneth Kaunda au Togo.
Ayant en mémoire tous ces faits, qui ne sont pas reluisants pour la diplomatie continentale, l’UA ne peut pas comme ça, au pied levé, appuyer Idriss Déby lorsqu’il vitupère à en perdre haleine contre Al Béchir, contre les rebelles. Elle ne peut pas le faire surtout qu’elle n’ignore pas que le premier Soudanais a lui aussi a des griefs à l’encontre d’ Idriss Déby, surtout qu’elle sait que les rebelles organisés en bandes armées et qui luttent contre Khartoum, sont soutenus par le gouvernement tchadien qui les a même mis à profit pour enrayer le dernier assaut en date contre N’Djamena.
Quand on sait tout cela dans la grande maison de l’Afrique, et que l’on n’ignore pas non plus que le régime en place à N’Djamena n’a rien de démocratique, qu’il s’enfonce tête baissée dans l’impasse et surtout quand on voit Idriss Déby se surarmer (en foulant aux pieds ses engagements pris au plan international), on hésite, quelles que soient les pressions dont on doit être par ailleurs l’objet, à répondre au cri de ralliement d’un président en perdition. C’est pour cela que l’UA, par la voix de son Président et répondant du berger à la bergère, a dépêché une mission au Tchad, pour vérifier les allégations du pouvoir sur l’implication du Soudan mais aussi pour voir ce qu’il en est des prétendus soutiens accordés par le pouvoir en place aux MVTS. C’est enfin la raison pour laquelle Alpha Oumar Konaré n’a pas été avare en exhortations afin que soit privilégié le dialogue pour sortir de la crise. On ne saurait mieux moucher le président tchadien mais pouvait-on faire autrement quand on traîne sinon autant de casseroles, autant de contradictions ?