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LA MORT BRUTALE DE BIYA PEUT RESERVER DE DESAGREABLES SURPRISES AU CAMEROUN

Marcel Yondo, président national du Mldc

“ La mort brutale de Biya peut réserver de désagréables surprises au Cameroun ”



Souffle de vie au Mldc
Le Mouvement pour la libération et le développement du Cameroun (Mldc) a tenu la réunion ordinaire de son bureau politique au siège du parti à Edéa, le 21 avril. Cette réunion s’est déroulée à huis clos. Mais selon le communiqué final qui a sanctionné les travaux, le bureau politique du Mldc a relevé le développement excessif du coût de la vie notamment la hausse des prix des denrées de base (poisson, viande, pétrole, etc.). Cette instance du parti aux destinées duquel préside Marcel Yondo précise que la cherté de la vie intervient alors que les salaires des fonctionnaires et agents de l’Etat n’ont connu aucune évolution positive depuis les baisses drastiques et la dévaluation du franc Cfa. Par conséquent, la paupérisation croissante de la population rend visible et palpable la misère. Celle-ci se répercute sur le Mldc dont le nombre de réunions ordinaires des organes de base vient d’être revu à la baisse pour limiter les frais aux militants.
Sur le plan politique, le bureau politique du Mldc réitère sa position sur la nécessité d’instaurer au Cameroun un système électoral juste et transparent. Il espère que le Commonwealth et l’Eglise catholique camerounaise qui partagent cette idée pèseront de leur poids sur le gouvernement pour la mise en place d’une commission électorale nationale indépendante. Il en appelle aussi de tous ses vœux l’avènement de la décentralisation administrative prévue dans la constitution de 1996 avant les municipales de 2007.
Sur le plan international, le bureau politique s’est prononcé sur le problème tchadien et condamne la prise du pouvoir par la force mais demande également aux organisations internationales de peser de leur poids pour la stabilité des constitutions et leur respect par des chefs d’Etat en poste.
A la fin des travaux de cette réunion du bureau politique, Le Messager a rencontré Marcel Yondo, président national du Mldc. Cet économiste et ancien ministre des Finances sous Ahmadou Ahidjo donne la position du parti qu’il dirige sur la dernière actualité au pays. Un entretien à bâtons rompus.



Le Cameroun connaît depuis quelque temps de graves secousses. Mais on a pas souvent entendu la voix du Mldc.
La réunion ordinaire du bureau politique que nous venons de tenir nous a effectivement permis non seulement d’évaluer nos forces et faiblesses afin de mieux relancer le parti, mais aussi et surtout de passer en revue des problèmes nationaux et internationaux. Ainsi, au plan national nous avons examiné le problème de la lutte contre la corruption et les arrestations…

Concrètement, qu’avez-vous dit ?
Nous avons constaté que le chef de l’Etat a fini par sévir. Ce que nous avions toujours demandé et proposé. C’est encourageant. Mais nous constatons qu’en le faisant seul et avec son parti, le Rdpc, le président de la République ne soit bloqué par les divers lobbies et réseaux internes qui sous-tendent cette corruption et ces détournements des deniers publics. La corruption et les détournements des deniers publics sont un cancer qui a gangrené tout le tissu social camerounais. Pour les extirper de notre pays, nous continuons de penser au Mldc qu’il faille un front national composé des partis politiques de l’opposition majoritaire, des responsables de la société civile, des syndicats, des autorités religieuses et traditionnelles. Seul ce front nous paraît à même d’éviter les blocages et de surmonter les obstacles des divers réseaux et lobbies des braqueurs à col blanc.
En somme, notre parti demande au chef de l’Etat de ne pas s’arrêter en si bon chemin d’une lutte aussi noble et courageuse.

Quel serait pour vous le rôle de ce front national que vous envisagez ?
L’avantage de cette concertation c’est qu’aux yeux des braqueurs de son parti et de sa famille, le président de la République ne soit plus la principale cible comme il est aujourd’hui. Car le fait qu’il reçoive des plaintes et des accusations de son parti et de sa famille peut influencer la décision du chef de l’Etat qui peut céder à ces multiples pressions. Nous avons peur pour lui qu’il ne cède aux pressions des lobbies et des réseaux internes. Et au Mldc nous disons que face à la doctrine de la destruction des biens publics, il faut une doctrine de la préservation et du respect de la chose publique. Or une doctrine est collective.

Au regard des arrestations en cours, on constate que ce sont les gestionnaires récents des affaires publiques qui jusqu’ici sont interpellés. Pensez-vous qu’on puisse limiter cette opération dans le temps ?
Je ne vois pas pourquoi on limiterait cette opération dans le temps ou dans l’espace. Notre parti ne voit pas pourquoi il faut préserver telle ou telle période politique car la situation est très grave. Le mal camerounais est un problème de mal gestion et de l’impunité régies en mode et en règle de gouvernance. Et parce que certains croyaient que leur appartenance à telle région du pays ou au parti du chef de l’Etat les rendait intouchables.

L’un des nouveaux phénomènes apparus ces derniers temps au Cameroun c’est bien le journalisme des listes où des présumés homosexuels et milliardaires ont été dénoncés. Où se situe le Mldc dans tout cela ?
Le Mldc est un parti qui tient aux valeurs démocratiques. Et parmi ces valeurs, il y a la liberté de la presse publique comme privée ; écrite comme parlée. Notre parti a toujours milité avec les journalistes dans leur conquête de la liberté de la presse. Nous tenons à ce que cet acquis soit préservé jalousement. Néanmoins, nous tenons aussi à ce que la liberté de la presse respecte les libertés individuelles ; car la liberté de l’un s’arrête là où commence celle d’autrui. Le Mldc condamne par conséquent la minorité des journalistes camerounais qui, pour des raisons incompréhensibles pour nous, ont manqué de professionnalisme. Mais les errements d’une minorité ne doivent pas condamner toute la profession et encore moins amener à embrigader la liberté de la presse.

Effectivement en fin de session de l’Assemblée nationale, le gouvernement a introduit un projet de loi portant sur la presse. En aviez-vous entendu parler et si oui quels commentaires il vous suscite ?
J’en ai entendu parler. J’ai lu la presse et j’ai suivi les débats autour de ce projet de loi que je n’ai malheureusement pas vu et lu. Mais à entendre les échos, fort heureusement le gouvernement s’est ressaisi et a retiré ce projet de loi qui, s’il passait, consacrait un préjudiciable recul à la démocratie. Je crois que les anti-démocrates voulaient profiter des errements de la minorité pour museler l’ensemble de la presse et piétiner la liberté de la presse chèrement acquise dans notre pays.

Tout ceci se passait presqu’au moment où le président de la République se trouvait à Bata en Guinée équatoriale pour le sommet de la Cemac, et où il a été victime d’un malaise. Comment le Mldc a-t-il vécu cette nouvelle ?
Notre parti a suivi les démentis ou la confirmation du malaise du président Biya à Bata lors du sommet de la Cemac. Nous ne voulons pas spéculer sur la vie d’un homme, surtout d’un chef d’Etat. Nous respectons la vie humaine et la santé de tout un chacun. Mais ce qui nous a le plus gêné, c’est la gestion de ce malaise par les autorités gouvernementales qui ont commencé d’abord à nier, puis à reconnaître ensuite à donner des explications plus ou moins convaincantes. A la gêne qu’a provoqué cette nouvelle se sont ajoutées l’incertitude et l’inquiétude. Incertitude parce que nous ne sommes pas sûrs si c’est vrai. Inquiétude parce que quand on a confirmé la nouvelle, nous avons pensé qu’on nous cachait quelque chose de très grave. En somme, le Mldc souhaite que la santé du chef de l’Etat soit le mieux gérée et qu’elle ne soit pas du domaine de l’improvisation et du secret. La santé du chef de l’Etat intéresse tous les Camerounais. Car d’après la constitution de 1996, le président de la République est le pilier des institutions…

Pensez-vous que c’était un simple malaise puisque aussitôt rentré au Cameroun le président de la République s’est envolé pour l’Europe où il séjourne jusqu’aujourd’hui et d’où il est parti pour sa visite au Japon ? Cela ne pose-t-il pas un problème pour la gestion du pays ?
N’étant pas aux affaires et ne faisant pas partie de la délégation de Bata, il m’est difficile de confirmer ou d’infirmer que c’était un malaise ou non. Mais je me réfère aux propres déclarations du président de la République rentrant de Bata qui a dit avoir été victime d’une indigestion. Est-ce que son départ pour l’Europe a pour but de vérifier les effets de cette indigestion ou d’un long bref séjour dont il a l’habitude.
Quant à savoir si sa mort pose des problèmes de succession, c’est normal puisqu’il est le pilier des institutions. Sa mort brutale peut réserver de désagréables surprises au Cameroun et aux Camerounais. Surtout que aucune institution prévue dans la constitution de 1996 n’est mise en place qu’il s’agisse du Sénat et de sa présidence, ou qu’il s’agisse du conseil constitutionnel. Le Mldc demande vivement que ces institutions soient rapidement mises en place pour nous éviter des surprises désagréables en cas d’accident ou d’incident.

Quelle lecture faites-vous de l’émigration massive des jeunes Africains en Europe près d’un demi-siècle après les indépendances ?
Que les jeunes étudiants ou des chercheurs ou même des hommes d’affaires aillent en Europe, c’est normal. Mais lorsque le mouvement devient massif et sèvre l’Afrique de son intelligence, c’est grave. Surtout lorsque quand il faut partir tous les moyens sont bons. Risquer sa vie pour partir n’est plus un problème pour ces jeunes. C’est dire qu’il y a un problème et un grave problème dont les causes sont d’une part, les pays africains qui ne créent plus les conditions de rétention de ces jeunes qui bouchent les horizons de ces jeunes qui les désespèrent. C’est un constat d’échec pour notre continent. Mais c’est aussi un problème pour les pays d’accueil d’Europe qui ne créent pas des conditions d’accueil et d’intégration pour ces jeunes et où se développe un racisme rampant dont nul ne peut mesurer les conséquences dans les relations Erurope-Afrique.
Notre parti pense que l’Union africaine doit se saisir de ce problème d’émigration qui a porté la plus grande attention, nouer un grand dialogue constructif avec l’Europe pour apporter les solutions à ce douloureux problème. Le développement des pays africains est l’une des conditions de rétention de ces jeunes sur place. Un accueil organisé évitera des traitements déshumanisants.

On a annoncé depuis quelque temps les états généraux de l’économie du Cameroun qui, malheureusement, n’ont pas encore été organisés. Quelles peuvent en être les attentes d’un tel forum ?
Je peux déclarer sans outrecuidance que c’est le Mldc qui a pour la première fois demandé au gouvernement d’organiser les états généraux de l’économie pour dégager les perspectives et les solutions de l’économie. Croyez-moi, nous avons été fiers qu’à peine nous l’avons suggéré, le gouvernement a annoncé la convocation des états généraux. Nous attendons de ces états généraux, si on n’y convie pas uniquement les fonctionnaires, mais si on y convie les économistes des partis politiques, les hommes d’affaires, les syndicalistes, les enseignants, les chercheurs et même la diaspora camerounaise qui travaille dans les institutions économiques internationales, nous attendons de ce forum la maîtrise des faits économiques du Cameroun. Parce que l’analyse procéderait des Camerounais qui vivent leur économie en tant que acteurs, concepteurs et bénéficiaires de cette économie. Des solutions seront plus concrètes et plus proches du quotidien des Camerounais.
Nous pensons que atteindre le point d’achèvement est une bonne chose puisque c’est un engagement que nous avions pris avec les bailleurs de fonds internationaux. Mais ce n’est pas une politique économique ; c’est la réalisation d’un ensemble de conditions qui permettent la réduction ou l’assouplissement de la dette. Or depuis une décennie, le Cameroun ne vit que sous la pression d’atteindre ce point d’achèvement. Or il faut une politique économique qui sera exécutée après le point d’achèvement. C’est ce que nous attendons de ce forum.

Est-ce à dire que les états généraux de l’économie sont une priorité des priorités aujourd’hui ?
Dans la mesure où la réflexion dans le cadre des plans quinquennaux a fait défaut depuis longtemps, dans la mesure où pendant plus de deux décennies l’économie camerounaise a été ajustée par les institutions financières internationales, je pense pour ma part qu’une concertation nationale s’impose. Et c’est cela qui lui donne un caractère prioritaire.

Que pensez-vous de la loi sur la décentralisation des biens et avoirs adoptée par l’Assemblée nationale en rapport avec l’article 66 de la constitution de 1996 ?
Lors de la réunion du bureau politique de janvier dernier, le Mldc dans son communiqué final sanctionnant les travaux, a demandé une fois de plus que cet article 66 de la constitution de 1996 soit appliqué. C’est donc avec joie que nous avons appris que le gouvernement a déposé un projet de loi dans ce sens à la session de l’Assemblée nationale de mars.
Toutefois, le texte voté par l’Assemblée nationale ne nous donne pas satisfaction. Parce qu’il rend confidentiel et réserve à un petit groupe d’initiés la déclaration des biens des différents responsables. Et parmi ce groupe d’initiés auquel est destinée la déclaration des biens, il y a des gens qui doivent eux-mêmes déclarer leurs biens. Nous pensons comme au Mali qu’il faille rendre publique la déclaration des biens de tous ceux qui sont concernés par la gestion de la chose publique. La confidentialité enlève à cette loi toute sa substance. Parce que le public doit savoir ce que possède le député, le ministre, le directeur général, le président de la République et tout autre gestionnaire de la chose publique quand il arrive aux affaires et lorsqu’il quitte ses fonctions.
 

Par Mené par Noé Ndjebet Massoussi à Edéa

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