Une semaine déjà de grève des magistrats centrafricains. Le bilan de cette action semble mitigé. La décision d'arrêt de travail et de la tenue quotidienne d'une assemblée générale arrêtée par l'amicale des magistrats centrafricains depuis mardi 18 Avril 2006 ne suscite plus l'adhésion de certains magistrats.
Après l'engouement qui caractérise toujours le début d'une pareille action, bon nombre de magistrats, selon nos sources, pensent que leur mouvement serait en train de prendre une direction plutôt politique que corporatiste. Ainsi, ces derniers se seraient désolidarisés de cette grève en vaquant à leurs différentes tâches alléguant des impératifs professionnels.
Le communiqué radio adressé par le bureau de l'Amicale des magistrats Centrafricains (AMCA) à leurs collègues des provinces les invitant à descendre d'urgence à Bangui en vue de se joindre au mouvement serait le détonateur de cette division dans le rang des grévistes.
Selon un informateur qui requiert l'anonymat, le Garde des Sceaux Paul Otto aurait reçu en fin de la semaine dernière quelques magistrats qui auraient désavoué les nouvelles orientations qu'impose l'AMCA à ce mouvement. Ce qui a donné de la vigueur au ministre de la Justice pour rédiger par son cabinet d'ailleurs composé des magistrats directeurs un communiqué officiel signé du Directeur Général des Services Judiciaires et le faire diffuser en toute urgence par les bons soins du Directeur de Cabinet du ministre de la communication sur les ondes de Radio Centrafrique. Ce communiqué demande à tous les magistrats travaillant dans l'arrière pays de rester sur place car des solutions sont trouvées aux problèmes posés. Le Garde des Sceaux Paul Otto qui se défend de ne rien connaître du fond de cette grève a laissé le soin au Directeur Général des Services Judiciaires qui est de surcroît magistrat, de convaincre ses collègues de l'issue favorable déjà trouvée par les autorités politiques aux revendications des magistrats.
Pendant ce temps, le Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, le Président François Bozizé se tourne les pouces, convaincu que tôt ou tard les magistrats finiront eux-mêmes par se mordre le nez lorsque certains seront fatigués d'une action qui n'aura pas d'écho.
La division donnera inéluctablement la force aux autorités politiques de bien sévir dans les rangs des diseurs de droit. Déjà certaines rumeurs du côté du pouvoir font état des menaces de sanctions qui planent sur les acteurs du mouvement. Ce qui est sûr, l'union fait la force et la défection de certains magistrats qui privilégient leurs intérêts égoïstes risquent de déboucher sur des conséquences néfastes pour l'avenir des mouvements corporatistes au sein de la magistrature centrafricaine.
précisons que la grève des magistrats trois ans après le changement politique dans le pays traduit bien un malaise social grandissant. Quoique les autorités politiques fassent, la politique de l'autruche, l'eau finira toujours par déborder le vase si elle n'est pas contenue à temps. Ces mêmes autorités avaient refusé entre-temps tout esprit de dialogue recommandé par certaines couches sociales. Mais aujourd'hui, elles ont fini par demander la tenue d'une rencontre de discussion sur la paix. Le malaise social est perceptible. Il faut regarder la réalité en face et appliquer la thérapeutique appropriée au mal social.