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UE Aide au développement L'Europe veut faire de l'Afrique sa priorité Bruxelles : de notre correspondant Pierre Avril Trois mois après avoir inondé l'Asie de promesses de dons, après le tsunami, l'Union européenne est décidée à recentrer son attention sur le sort du continent africain. La commission de Bruxelles a, hier, appelé les vingt-cinq états membres à faire de l'Afrique la «priorité» de la politique de développement européenne. Des propositions susceptibles d'être défendues en septembre prochain, à New York, à l'occasion du sommet de l'ONU consacré aux objectifs du millénaire. Définis en 2000, ces derniers visent à réduire de moitié d'ici à 2015 le nombre de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour. Ce qui se traduit, pour chacun des donateurs, par un effort financier équivalent à 0,7% de leur PIB. Pour devenir réalité, cette perspective doit obligatoirement passer par une étape intermédiaire, en 2010, échéance à laquelle les Quinze devront consacrer au minimum 0,51% de leur richesse intérieure à l'aide au développement (0,17% pour les Dix). L'effort supplémentaire se chiffrerait alors à 20 milliards d'euros par an, dont «au minium 70%» devraient revenir à l'Afrique. «Nous devons faire plus et mieux» en faveur du continent subsaharien, a déclaré le commissaire européen, Louis Michel. Il faut respecter nos engagements, pour des raisons d'humanité et de solidarité, mais aussi de stabilité». Déjà touchée plus que toute autre par le sida, cette région aurait par ailleurs besoin, pour sortir de l'ornière, d'une croissance deux fois supérieure à son taux actuel ; au rythme que l'Afrique connaît, l'objectif du millénaire visant à réduire des deux tiers la mortalité des enfants de moins de cinq ans ne serait pas atteint avant... 2165. En dépit de ces prévisions pessimistes, «il n'y a pas de fatalité au sous-développement de l'Afrique», affirme le président de la commission, José Manuel Barroso, qui cite l'exemple du Mozambique. L'effort, précise l'exécutif européen, doit s'accompagner d'un droit de regard accru de l'Europe dans la gestion, par les gouvernements africains, de la future manne communautaire. «On ne veut plus se contenter de signer des chèques aux ONG», explique une source communautaire. En février, la révision des accords de Cotonou, qui lie l'Europe aux soixante-dix-huit pays ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique), avait déjà permis d'obtenir de ces derniers un engagement à lutter contre la prolifération des armes de destruction massive, et à coopérer avec le Tribunal pénal international. Par ailleurs, l'Europe entend freiner la multiplication des projets de développement, au profit d'une intervention directe dans les «politiques budgétaires» des gouvernements. L'équivalent de «tickets d'entrée» qui permettraient de «discuter» avec les autorités nationales. Ce faisant, l'UE entend concurrencer les Etats-Unis, dont l'influence sur le continent se révèle croissante. Et voit dans ses propositions, comparativement à l'action de Washington, une «valeur ajoutée». «Nous ne poursuivons pas de vision utilitariste», a déclaré Louis Michel. «Nous sommes des multilatéralistes engagés et répondons à la pauvreté partout où elle se trouve.» |