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Traqué par l’échec électoral et la Cpi : J.P Bemba aux abois ; affaire Kuthino, un faux alibi
(L'Avenir Quotidien 18/05/2006)
L’affaire Kuthino n’est qu’un piètre alibi. * Anticipant un véritable Waterloo électoral du fait de la liquéfaction de son Mouvement de Libération du Congo (Ml)c qui s’est vidé de la fine crème de ses cadres les plus crédibles, poursuivi inexorablement par les dossiers des crimes de guerre et contre l’humanité au préjudice des populations centrafricaines et rd-congolaises de l’Ituri qui ne cessent de le rattraper, le chef de l’ex-rébellion pro-ougandaise de Gbadolite rue sur les brancards et fait feu de tout bois pour exorciser le signe indien qui lui colle à la peau. L’heure des comptes a sonné... Nous reprenons cet article à cause des imperfections indépendantes de notre particulière attention.
IL NE SE PASSE plus une semaine sans que Jean-Pierre Bemba Gombo, le Vice-Président de la République en charge de l’Economie et des Finances du gouvernement de transition n’empoigne son bâton de pèlerin-propagandiste pour visiter les agglomérations, villages et hameaux de l’arrière-pays rd-Congolais pour y prêcher la bonne nouvelle du « changement démocratique », un concept paradoxal dans la bouche d’un véritable bébé dinosaure, nourri depuis le plus bas âge aux mamelles du mobutisme décadent. Plus un jour sans que les fiers-à-bras - toujours les mêmes - du Mlc n’embouchent les trompettes de l’invective pour crier haro sur le... Président de la République Joseph Kabila qui se trouve être par la force des choses le futur principal rival à l’élection présidentielle du ‘chairman’ du Mlc dans la bouche d’un véritable bébé dinosaure, nourri depuis le plus bas âge aux mamelles du mobutisme décadent. Plus un jour sans que les fiers-à-bras - toujours les mêmes - du Mlc n’embouchent les trompettes de l’invective pour crier haro sur le... Président de la République Joseph Kabila qui se trouve être par la force des choses le futur principal rival à l’élection présidentielle du « chairman’ »du Mlc Dernier conseiller financier et logistique du Maréchal Mobutu Sese Seko, Jean-Pierre, fils de Jeannot Bemba Saolona, l’inamovible patron des patrons zaïrois des années Mobutu, semble aussi déterminé à n’en faire qu’à sa tête qu’à l’époque des splendeurs mobutiennes. Le choix du slogan « le grand retour » par les idéologues du Mlc lors du dernier congrès de ce parti ne procède pas du hasard, loin s’en faut. Ce slogan est révélateur du fait, aujourd’hui indéniable, que Jean-Pierre Bemba a, chevillée au plus profond de lui-même, la nostalgie d’un passé qu’il lui arrive de temps en temps de pourfendre pour amuser - et abuser - la galerie. Les dignes commissaires de la Haute Autorité des Médias, chargée de la régulation des médias congolais ont beau multiplier les remontrances contre les nombreuses violations des lois et du code de bonne conduite des entreprises de presse et des partis politiques pendant la période pré-électorale par les stations Cctv et Cktv, propriétés de J-PB, rien n’y a fait. Les téléspectateurs kinois se souviendront longtemps de ce congrès du Mlc, l’un des tout premiers à être organisé dans le microcosme politique kinois. Dans une salle des conférences du Jardin Botanique de Kinshasa pleine comme un œuf et chauffée à blanc, la barre avait été délibérément placée par les organisateurs à la hauteur du concept questionnable de la « congolité ». Des congressistes, au premier rang desquels le Vice-Président de la République en charge de l’Ecofin en personne ont chanté et dansé au rythme du couplet « aza mwana Congo » (il est un fils du Congo !) tiré d’un refrain publicitaire de l’artiste-musicien J-B Mpiana à la gloire d’une marque de bière kinoise. Ce faisant, Bemba qui s’identifiait avec le « il » du couplet tentait simplement de jeter le doute sur la nationalité de Joseph Kabila et ainsi le vouer aux enfers dans un pays où le péché d’altérité peut-être mortel (politiquement). Bemba, lui-même un quarteron, fils d’un métis belgo-congolais, tentait de la sorte de jeter sur Joseph Kabila le soupçon totalement gratuit du « crime » d’altérité, en se basant sournoisement sur un brûlot sulfureux de Honoré Ngbanda Zambo ko Atumba, le ‘terminator’ mobutiste qui attribuait au fils des Congolais Mzee Laurent-Désiré Kabila et Madame Sifa Mahanya une nationalité étrangère. Le Vice-Président de l’Ecofin n’en est pas à une provocation près. Des sources concordantes ont indiqué à nos rédactions que, prenant prétexte de ce que Joseph Kabila disposait en sa qualité de Chef de l’Etat d’une Garde Républicaine, anciennement le Groupement Spécial de la Sécurité Présidentielle, il aurait délibérément refusé de désarmer et intégrer dans la nouvelle armée en formation l’ensemble des unités combattantes de la théoriquement défunte Armée de Libération du Congo (Alc), la branche armée du Mlc dont les tristement célèbres exploits en Ituri et à Bangui en 2002 et 2003 font encore trembler les paisibles populations de ces contrées congolaises et centrafricaines. Selon notre consœur « Jeune Afrique », un bon millier de ces éléments sans foi ni lois ont été transférés à l’insu de la hiérarchie militaire congolaise vers une propriété du ‘chairman’ du Mlc aux pieds du mont Mangengenge à Maluku, une banlieue de la capitale congolaise. Un demi-millier, affectés à sa garde, parallèlement aux éléments de la Monuc et de la Police nationale, narguent à longueur des jours, l’opération de brassage et d’intégration des forces armées de la RD Congo. En prévision de joutes post-électorales musclées ? Depuis que la Cour de Cassation de la République a décidé de faire parvenir à la Cour Pénale Internationale une requête visant à faire poursuivre par cette dernière juridiction l’ex-Président Ange-Félix Patassé, l’officier français Paul Barril, le rebelle Tchadien Miskine et le Vice-Président rd-congolais Jean-Pierre Bemba pour crimes contre l’humanité, ce dernier est sorti de ses gongs pour donner de l’artillerie lourde sur les médias contre... Joseph Kabila et ses proches, coupables à ses yeux d’avoir manipulé le gouvernement, les victimes et la justice de la République Centrafricaine qui, autrement, n’auraient jamais songé à réclamer que justice leur soit faite devant les instances judiciaires internationales ! Chaque jour, les téléspectateurs congolais sont abreuvés de propos incendiaires assaisonnés de noms d’insectes et de petits oiseaux qui s’évertuent à peindre sous le jour le plus noir le leadership du Président Joseph Kabila, auquel sont imputés tous les dysfonctionnements du régime 1+4 tandis que les quelques succès engrangés ça et là par ce régime que pilote Joseph Kabila sont mis au compte du Mlc. Les quelques rares résultats positifs, notamment la stabilité monétaire et la maîtrise de l’inflation avec la stabilité monétaire qui s’ensuit, sont bien sûr dus à la poigne et au doigté « infaillible » de Jean-Pierre Bemba. Peu importe si, de fait, le pays avait renoué avec une inflation maîtrisée deux ans avant le retour au pays - et au pouvoir - de M. Bemba, c’est-à-dire en 2001, à l’avènement de Joseph Kabila à la tête d’un gouvernement politiquement homogène. Curieusement, lorsqu’en avril 2006, le Programme Economique du Gouvernement (Peg) passe par les fourches caudines des institutions de Breton Wood pour cause d’indiscipline budgétaire du gouvernement 1+4, le Vice-Président de la République qui a reçu mandat de coordonner l’action économique du Gouvernement, en rend seul responsable le tout nouveau Ministre des Finances, le Pprd Marco Banguli. Au Mlc, on n’hésite plus de réécrire l’histoire à la convenance du Maître. On a ainsi entendu un des proches conseillers du ‘chairman’ affirmer sans rire que la mise en garde faite par Bemba l’année dernière à ceux qui à la tête de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (Udps) d’Etienne Tshisekedi, voulaient organiser de grandes manifestations de rue pour arrêter la transition à la date du 30 juin 2005 (« ils trouveront le Mlc sur leur route ! ») voulait dire tout à fait autre chose du genre « attention les gars ! les forces de Kabila sont sans pitié et risquent de faire couler votre sang. Je voudrais vous protéger en les empêchant de vous massacrer ». Démagogie, quand tu nous tiens ! La dernière en date des frasques du numéro 1 du Mouvement de Libération du Congo est sans doute la plus pathétique : décidé à faire feu de tout bois, Bemba jette ces jours-ci son dévolu sur la quasi-totalité des causes perdues de la République Démocratique du Congo pour essayer de se refaire une santé - et une virginité - politique à l’aube d’élections qui s’annoncent catastrophiques pour ses ambitions. C’est ce qui explique que Joseph Olenghankoy, candidat président peu crédible mais vrai fou du Roi que Bemba tenta à maintes reprises d’éjecter du gouvernement avant de s’offrir sa tête à la faveur d’une enquête de la célèbre Commission Bakandeja, fait de nouveau cause commune avec lui. « L’alliance de l’eau et du feu s’est constituée grâce à l’alchimie d’un anti-kabilisme primaire », croit savoir un diplomate africain sous le sceau de l’anonymat. Jean-Pierre Bemba Gombo est également devenu l’allié de tout ce que la faune politique congolaise compte d’agitateurs ennemis jurés des institutions de la transition qui ne leur ont assuré ni le gîte, ni le couvert. Le dernier sur la liste des nouveaux convives du Mlc n’est autre que le Révérend Kuthino Fernando, frais émoulu d’un exil européen au cours duquel tout indique qu’il a conclu un ‘deal’ avec Terminator Honoré Ngbanda pour déstabiliser à son retour le processus électoral. Kuthino, un autre apôtre de la Congolité, ce qui est loin de n’être qu’un hasard. Kuthino appréhendé et déféré le plus régulièrement du monde devant ses juges, Jean-Pierre Bemba est entré dans une de ces colères bruyantes auxquelles ses proches sont habitués. Multipliant les bévues, il a perturbé une cérémonie présidée par son collègue (et aîné) Yerodia sur la route qui mène au pénitencier de Kinshasa pour rendre visite au prévenu Kuthino. Auparavant, il s’était fendu, par son cabinet interposé, d’un communiqué au vitriol vilipendant le Gouverneur de la Ville de Kinshasa, la Police et la Justice pour avoir fait interpeller le Pasteur et défiant les Cours et Tribunaux en exigeant une Commission d’enquête indépendante parallèlement à la procédure judiciaire en cours. Entre deux quolibets au Président de la République, les fiers-à-bras du ‘chairman’ du Mlc s’époumonent depuis l’arrestation de Kuthino Fernando sur des concepts comme les droits de la défense, le secret de l’instruction ou la présomption d’innocence. Ainsi, celui-là même qui décima les Nande et leurs guides pygmées pour punir par le sang l’« insolence » du Rcd-K/Ml Mbusa Nyamuisi à l’égard de son autorité qu’il n’appréhendait que totale et sans partage ; le même qui fit massacrer des Centrafricains pour « crime de lèse-Patassé » à Bangui il y a à peine trois ans s’offre aux regards ébahis des Congolais sous les traits d’un démocrate défenseur pur et dur des Droits de l’Homme. Le Bemba nouveau serait-il arrivé ?
L’Avenir
Bemba à Mbuji-Mayi
Cela fait rire ? Car en fait, on assiste à une vraie comédie de mauvais goût. Le Vice-président de la république en charge de l’Ecofin n’est pas à l’aise. On dirait qu’il a compris qu’il fallait courir. Il court tellement que l’on peut lui appliquer la mésaventure du lézard qui, trop pressé, a dépassé, sans la savoir, le trou où il devrait se réfugier. Le leader du Mlc donne également l’impression d’un lion pris au piège. Au lieu de prendre le temps de réflexion afin de trouver les voies et moyens de s’en tirer, il se débat de toutes ses forces au point de se fatiguer. Le résultat final, c’est la mort. Qu’est ce qui fait courir tellement le leader du Mlc ? Pourquoi en ce moment ? S’il est de bonne politique de mettre les bouchées doubles pour atteindre le but, il y a cependant lieu de bien penser ses stratégies. Tous les membres du Mlc qui passent à la télévision font preuves d’un manque de sérénité. Naïvement, JP Bemba a cru qu’avec Kuthino, il pouvait jouer un sal tour à ses concurrents. Il y en a 33. Il sait que beaucoup sont là pour la parade. L’homme qu’il veut abattre, qui lui parait le plus sérieux, c’est Joseph Kabila. Pour l’abattre, il fallait un discours qui ne passe plus dans la tête des Congolais, mais qui pourrait passer une fois prononcé par un pasteur. Fernando Kuthino est donc descendu très bas en se laissant prendre au jeu de Bermba. Cela n’étonne personne. Le leader du Mlc pouvait chercher un pasteur plus posé et plus populaire que Kuthino. Mais quel autre pasteur sérieux se laisserait engager dans un saut vers l’inconnu. Le choix de Kuthino n’est pas un hasard. Ce sont des retrouvailles. Les Kinois savent que Kuthino n’est pas dans sa première affaire d’armes. On sait également que hier comme aujourd’hui, qui sont ses complices. Les Kinois savent qui alimentait la rébellion de Savimbi en armes et quel rôle le pasteur y jouait. L’avion tombé sur le marché « Type-K » à Kinshasa parle encore. On connaît son affréteur et sa destination. D’aucuns pensent même que le pasteur était sous chantage. JP Bemba croit à une large opinion qui soutiendrait Kuthino. Alors il fallait faire un Kuthino à son image pour le mettre à son service. Il fallait également récupérer cette opinion. Il sait que parmi les soutiens de « Sauvons le Congo » de Kuthino, figure en bonne place l’Udps. En jouant la carte Kuthino, il pense récupérer les militants de l’Udps. Autant qu’il se dit prêt à aller aux élections en même temps il demande des négociations. Question pour lui, pense-t-il de gagner la sympathie des militants de l’Udps. Il sait que le gros de troupes de l’Udps se retrouve enfin dans le cadre tribalo provincial. Le leader du Mlc qui ne se fait plus de scrupules, entend, selon certaines indiscrétions tenir ce discours à Mbuji Mayi. Il compte sur la mémoire courte des Udpsiens. Ces derniers vont-ils abandonner le mot d’ordre de boycott de Tshisekedi pour s’engager à voter pour JP Bemba ? Encore faut-il qu’il commence par se faire électeurs. Il n’y a pas pensé. Que de peines perdues ! JP Bemba veut faire peur, mais c’est sa propre peur qu’il veut faire passer dans un courage téméraire.
L’Avenir