Nourrir sonne comme « Mourir » en Centrafrique depuis Barthélemy Boganda et ses cinq verbes magiques, l'alimentation est devenue comme l'un des éléments essentiels des programmes de développement de tous les régimes qui se sont succédés à la tête de l'Etat depuis l'indépendance nationale.
Hélas, malgré un sous-sol d'une richesse faramineuse et un sol généreux doublé d'une flore et d'une faune exubérante, on meurt de faim en Centrafrique comme on meurt de faim dans le reste du monde. Au plan mondial, les chiffres sont effrayants : près de 900 millions de personnes ne mangent pas à leur faim dont au moins 400 millions d'enfants l'Afrique est terriblement concernée par ces statistiques macabres. Car, ici on meurt de Sida, du paludisme ou de la tuberculose. Le fait est que la faim est devenue une maladie comme les autres. La sous- alimentation et la malnutrition en sont leurs causes c'est pourquoi d'ailleurs la « J.M.A » apparaît d'ailleurs comme un moment universel de sensibilisation aux multiples problèmes de la faim qui frappe de plein fouet les enfants en bas âge dans les pays sous-développés comme la RCA où les enfants peuvent justement mourir encore du « Rachitisme »ou du Kwashiorkor »… comment conjugué le verbe « Nourrir » pour que tous les centrafricains mangent à leur faim et échappent aux affres de la mal nutrition qui empêche en particulier les enfants de croître normalement et de connaître un apaisement intellectuel ? C'est toute la question qui appelle une politique économique et sociale qui garantisse le «minimum vital aux couches moyennes et déshéritées. Car contrairement à ce que l'on imagine dans les cabinets politiques et autour des festins dignes de princes, le fossé entre les « riches » et les « pauvres » continuent de se creuser en République Centrafricaine entre ceux qui mangent à leur faim et ceux qui sont dans l'incapacité économique et sociale de s'octroyer un repas décent et riche en calories et en protéines animales par jour.
La clé de la solution à ce fléau planétaire ne saurait résider dans la « Journée Mondiale de l'Alimentation » (J.M.A) qui offre une occasion de sensibilisation et d'information aux populations rurales. Car dans certains pays la République Centrafricaine, la Journée a plutôt tendance à se transformer en une occasion festive avec des grands discours politiques sans lendemain et des cérémonies de réjouissance de caractère carnavalesque ou folklorique.
Dans un pays à vocation agricole ou rurale, la solution ne réside nulle part ailleurs que dans la réhabilitation de l'agriculture et de l'élevage dans la modernisation du secteur adapté aux multiples défis de la mondialisation qui ne fait de cadeau aux « canards boiteux »
Investir massivement dans l'agriculture et l'élevage demeure à nos yeux la seule exigence qui vaille aujourd'hui à l'heure de la reconstruction nationale. Or malheureusement, on constate que malgré des déclarations d'intention, les princes qui nous gouvernent n'ont pas toujours le moyen de leur politique qui reste démagogique et sans grande attache aux vraies réalités économiques et sociales d'une Centrafrique en mutation. Et le tout n'est pas d'exhorter à longueur de journée le peuple au travail quand on sait que sans intrants qui coûtent les yeux de la tête, sans des moyens modernes de mise en valeur de l'agriculture et de l'élevage, on ne saurait jamais accroître la productivité dans le secteur ni améliorer l'alimentation du plus grand nombre.
La preuve est faite qu'avec des moyens rudimentaires et préhistoriques (La Daba), l'économie rurale est condamnée à être une « économie de substance » ou d'auto substance » . Celle-là qui ne permet où des progrès sociaux ni encore moins de décollage économique du pays. Car il n'y a de place à l'exportation ni à l'épargne nationale.
Ce genre d'économie condamne effectivement à la pauvreté et à la misère telles que nous vivons dans notre pays depuis l'indépendance.
Pour sortir du cercle vicieux de la faim qui tue les plus faibles et les plus pauvres, des bailleurs de fonds doivent appuyer le monde rural au lieu de continuer à prêter aux gouvernements prédateurs et corrompus jusqu'à la moelle.
Soutenir effectivement les ONG qui oeuvrent dans ce domaine, les groupements paysans collectifs, les groupements familiaux constituent un atout indéniable pour réguler l'insécurité alimentaire. C'est l'avis autorisé de la FAO, mais c'est aussi l'avis des économistes, des sociologues, ingénieurs agronomes qui maîtrisent la question. Il revient à investir massivement dans le secteur agricole pour le relancer, le moderniser et impliquer directement les paysans et les éleveurs dans la lutte contre la sous-alimentation et la malnutrition. Il n'y a pas d'autre manière pour éviter la mal gouvernance et la prédation, mais aussi pour apprendre au peuple à se nourrir lui-même. Peut-être qu'ainsi le verbe « Nourrir » pourra se conjuguer au pluriel et ne sera plus synonyme de « Mourir »