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RDC:LES RESULTS SERRES DU SECOND TOUR DES PRESIDENTIELLES

Les non-dits des observateurs: Kabila et Bemba : résultats serrés / Selon la MOEUE, le report arithmétique des voix n’est pas automatique
(Le Potentiel 02/11/2006)
( 02/11/2006)


Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, candidats au 2ème tour de la présidentielle du 29 octobre 2006, seraient au coude à coude dans les premiers résultats partiels disponibles dans les milieux des observateurs nationaux et internationaux. Crédités respectivement de 44,81 % et de 20,03% au premier tour, les deux candidats ont fait des mises aux fortunes aujourd’hui inattendues. Du fait qu’elles sont liées à des facteurs sur lesquels ils n’avaient aucune prise au départ : le taux de participation, la motivation des électeurs et le report automatique des voix promises par de nouveaux alliés recrutés dans les rangs d’anciens présidentiables.

LE POTENTIEL
Ils étaient 17 millions d’électeurs au premier tour. A quelque trois millions près, c’est le même nombre qui s’est présenté dans les 50.045 bureaux de vote ouverts sur l’ensemble du territoire.

Les irréductibles sont allés confirmer leurs premiers votes, tandis que les indécis du 30 juillet – estimés à 7 millions d’électeurs - ont résolu de faire pencher la balance en faveur de l’un des deux candidats.

RESULTATS LIES A TROIS FACTEURS

La victoire au 2ème tour de la présidentielle se joue donc sur trois facteurs essentiels. D’abord, la participation des électeurs. Elle n’a pas été fameuse dimanche, les chiffres publiés par certains observateurs indiquant une baisse sensible. « Le taux de participation des électeurs est relativement plus faible, soit une moyenne de 59,6 % contre 71 % lors du premier tour », selon le Cadre de concertation de la société civile pour l’observation des élections (CDC).

Dans ce chapitre, le Kasaï Oriental a fait exception, avec 46,4 % contre 39,2 % au premier tour. Cette baisse serait consécutive à une absence manifeste de motivation dans le chef des électeurs, les uns estimant que tout serait « déjà joué » alors que d’autres, notamment au Kasaï Oriental, se seraient rendu aux urnes en réponse à un appel mobilisateur.

S’agissant du report automatique des voix au second tour, des observateurs notent que des milliers d’électeurs ont été victimes d’un déficit de communication. Menée au 1er tour avec un message précis, la campagne électorale au 2ème tour n’a pas pu être adaptée à la nouvelle donne commandée par les nouveaux intérêts des chefs de partis.

Restés à Kinshasa, ils n’ont pas été en mesure d’expliquer à leurs électeurs les raisons profondes pour lesquelles il fallait voter en faveur de ceux-là mêmes qu’ils ont vilipendés trois semaines plus tôt. Comme on le sait, plusieurs acteurs politiques ont, pour des considérations de divers ordres, adhéré aux plates-formes électorales AMP (Alliance de la majorité présidentielle) et UN (Union pour la nation) aussitôt connus les résultats du premier tour.

UNE GAGEURE

Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, avec le concours des états-majors outillés, ont un défi à relever : conserver et ajouter 7 % de voix au score précédent, pour le premier, renverser complètement la tendance, pour le second.

A ce propos, les résultats affichés devant les bureaux de vote indiquent que les deux concurrents ont réussi la gageure de grignoter d’inestimables voix sur le terrain de l’adversaire. Ainsi, Kabila a réalisé une importante remontée dans la ville de Kinshasa, généralement acquise à Bemba. Et ce grâce à un taux de participation évalué partiellement à 60%. Celui-ci a, de son côté, pu relever la tête dans certaines provinces de la partie orientale du pays. Le taux de participation au Katanga serait de 70% ; au Sud - Kivu 80% contre 90% au premier tour ; Nord Kivu 90% contre 98% au premier tour ; tandis que les deux Kasai accuseraient près de 50 % de taux de participation contre 36% au premier tour.

Si, à ce stade, il serait hasardeux de désigner le futur président de la République démocratique du Congo, les observateurs notent cependant deux phénomènes. L’Amp devrait conserver son avantage dans les deux Kivu, malgré la baisse du taux de participation. Mais, elle pourrait perdre une partie de la province Orientale et du Katanga, à l’analyse des chiffres disponibles.

Elle ne saurait pas, non plus, s’imposer au Bandundu, fief naturel du Parti lumumbiste unifié (Palu) dont le leader représentait un électorat de 13 %. Aux 44,81 % de Kabila, ne pourraient donc pas se greffer totalement les 13 % de voix espérés.

Du côté de Bemba, il est peu sûr qu’il puisse recueillir le même nombre de voix qu’au premier tour à Kinshasa. Toutefois, il devrait tirer avantage d’une partie de l’électorat du Bandundu, de la province Orientale et de la mobilisation observée dans les deux Kasaï, qui comptent quelque 4 millions d’électeurs enrôlés.

Tant à l’AMP qu’à l’UN, les gens bien pensants s’attendent à des résultats très serrés. « La victoire va se jouer sur le fil », s’est hasardé un acteur politique, ayant requis l’anonymat.


Par Le Potentiel

Second tour de la présidentielle

Selon la MOEUE, le report arithmétique des voix n’est pas automatique


La Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOEUE) en République démocratique du Congo (RDC) n’écarte pas l’hypothèse des scores serrés à l’issue du second tour du scrutin présidentiel organisé le 29 octobre 2006. Si elle s’en tient à la présomption de l’ensemble des observateurs politiques nationaux et internationaux lors du premier tour de ces joutes électorales.

Le chef de la MOEUE, le général Philippe Morillon, l’a reconnu lors de la conférence de presse qu’il a tenue hier mercredi 1er novembre 2006 au salon Virunga de l’hôtel Memling à Kinshasa.

Il s’est empressé de faire remarquer que la Mission qu’il conduit n’a pas la prétention d’avancer quoi que ce soit, ne disposant pas aujourd’hui d’éléments statistiquement suffisants pour ce faire. Avant de noter que le clivage Est-Ouest n’existe que dans l’imaginaire de certains hommes politiques en mal de positionnement qui veulent la division du pays. Lequel reste pourtant un et indivisible. Le report arithmétique des voix exprimées à l’intention de chaque candidat au premier tour n’est pas automatique, a-t-il ajouté. Il en est de même de celles des alliés de chaque présidentiable. Ce sont notamment les éléments qui permettent d’envisager des résultats serrés, selon les observateurs de la scène électorale de la RDC.

A tout prendre, Philippe Morillon a indiqué que l’après scrutin demeure la période la plus importante de la tâche dévolue à la MOEUE. Laquelle, renseigne-t-il dans son communiqué de presse, doit faire montre de vigilance tous azimuts pour décourager toute manipulation frauduleuse au cours de cette phase cruciale de compilation et de publication des résultats à laquelle elle participe. Ce qui permettra à la Mission de contribuer à ce que les résultats ne soient pas faussés et que la volonté du souverain primaire ne soit travestie. Il a fait observer le fait que, dans un contexte de méfiance réciproque dans le chef de partisans de deux camps, il est essentiel que tous les éléments de la transparence soient réunis et mis en œuvre.

CONTESTATION PAR LA VIOLENCE A ECARTER

Par ailleurs, le chef de la MOEUE signale que les observateurs européens procèdent également à l’évaluation des incidences que les résultats pourraient avoir sur les incidents survenus le jour du scrutin et après celui-ci. Cela au fur à mesure que les rapports des hommes sur terrain parviennent à la Mission. Toutefois, il est convaincu que le second tour de la présidentielle « s’est déroulé dans un calme remarquable, à l’exception des deux seuls incidents dramatiques survenus à Bumba, province de l’Equateur, et à Fataki, district de l’Ituri dans la province Orientale. » Et de préciser que « l’ensemble de nos observateurs s’accorde ainsi à reconnaître que tout s’est passé dans l’ordre avec des améliorations sensibles dans la transparence des opérations, grâce aux mesures adoptées par la Commission électorale indépendante (CEI)… »

Pour Philippe Morillon, la contestation par la violence n’a pas de chance, elle n’aura pas droit de cité. Le peuple congolais n’étant pas prêt à suivre qui que ce soit dans une aventure vouée à l’échec. D’ailleurs, les deux candidats et leurs lieutenants ont pris l’engagement relatif à ce que le vainqueur n’écrase le vaincu. Ils sont appelés à imposer le calme. Car, a-t-il fait valoir, nul ne peut prétendre diriger le pays sans qu’il ait la maîtrise de ses partisans.

Intervenant à son tour, un député européen, restituant l’analyse des parlementaires de l’UE, a soutenu que le peuple congolais a prouvé qu’il est capable de prendre son avenir en mains par des moyens démocratiques.

Et de relever le fait qu’il ne suffit pas d’avoir un Parlement, mais exercer ses fonctions. Les deux Chambres du Parlement, a-t-il avancé, doivent s’occuper de vrais problèmes du pays. A l’instar de la MOEUE, il n’a pas manqué de louer l’esprit patriotique du peuple congolais et l’amélioration nette par la CEI des procédures par rapport au premier tour.
Par DIOSSO OLIVIER

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